Simon le Cananéen

apôtre de Jésus-Christ
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Simon le Cananéen
Saint chrétien
Image illustrative de l’article Simon le Cananéen
Simon par Le Caravage.
Apôtre, martyr
Naissance Fin du Ier siècle av. J.-C. ou début du Ier
Cana, Galilée
Décès v. 65 ou v. 107 
Nikopsia ou Suanir en Colchide (Abkhazie actuelle),
ou bien Jérusalem
Vénéré à Monastère et église Saint-Simon à Nouvel Athos
Vénéré par Église catholique
Église orthodoxe
Fête 28 octobre (catholiques)
10 mai (orthodoxes)
Attributs Livre saint, scie
Saint patron Mariage, jeunes mariés, scieurs de long

Simon le Cananéen ou Simon le Zélote (de l’hébreu שִׁמְעוֹן Shiemone), est un Juif du Ier siècle et l'un des douze apôtres de Jésus-Christ. Il est un apôtre, à ne pas confondre avec le disciple Simon le magicien qui lui aussi devint chrétien (Actes 8, 9-13). La tradition voit l'apôtre Simon comme un des quatre « demi-frères » de Jésus (Mathieu 13, 56 et Marc 6, 3). Un texte attribué à Hippolyte de Rome indique que Siméon de Clopas aurait lui aussi été surnommé « le Zélote ». Sur cette base, certains auteurs émettent l'hypothèse que Simon le Cananéen aurait pu être le deuxième évêque de Jérusalem.

Tradition et histoireModifier

Simon est mentionné dans les listes des douze apôtres figurant dans les trois évangiles synoptiques (Mc 3, 18 ; Mt 10, 4 ; Lc 6, 15) et les Actes des Apôtres (Ac 1, 13)[1]. Il figure aussi dans plusieurs sources chrétiennes occidentales, mais ne fait pas partie des Hommes illustres auxquels saint Jérôme consacre une notice[2]. On le rencontre beaucoup plus souvent dans les sources chrétiennes orientales — écrites notamment en syriaque —

Il est appelé Cananéen pour le distinguer de l'apôtre Pierre ayant d'abord le même nom et sans doute parce qu'il est natif de la ville de Cana, là où Jésus de Nazareth va effectuer son premier miracle en changeant de l'eau en vin à des noces. Certains on même proposés qu'il aurait pu être le marié. Autrement, l'hébreu qin’ah de qana’ traduit en latin par cananæus signifie « plein d'ardeur », « zélé » ou « jaloux ».

Dans les évangiles attribués à Marc et à Matthieu on trouve Simon Kananaios (« Cananéen »), probablement la translittération de la tournure hébraïque qannaim, venant donc du verbe qana’, « être jaloux » et signifiant aussi « zélote »[1]. Pour André Paul, l'auteur de l'évangile attribué à Marc, ayant écrit au moment du triomphe de Titus et de Vespasien consécutif à la prise de Jérusalem (v. 71) a conservé la forme hébraïque dans ce texte pourtant écrit en grec[1]. Kananaios était ainsi incompréhensible par les lecteurs grecs du texte, pour ne pas présenter « un rebelle, comme appartenant au groupe des disciples de Jésus, précaution qu'inspirait à l'auteur le contexte politique de la Rome contemporaine[1]. » Une quinzaine d'années plus tard, l'auteur de l'évangile attribué à Luc devait s'affranchir plus facilement de cette contrainte dans la région où il publia son texte[1].

Son surnom, « le Zélote », associé au discours de Jésus tel que transcrit par les évangiles, conduit certains historiens à penser que Simon était un membre du groupe zélote[3] ou un ancien membre qui l'aurait quitté pour rallier le mouvement de Jésus[1]. Toutefois, la question de savoir s'il appartenait au mouvement zélote est débattue chez les historiens. Pour Gérard Nahon, l'apôtre Simon était un Zélote et Jésus, crucifié entre deux « brigands[4] », a peut-être été « considéré comme zélote par Pilate, qui venait de faire exécuter des Galiléens (Luc 13, 1)[3]. » André Paul estime que « comme d'autres apôtres du Christ, ce Simon devait être un ancien zélote[1]. » Toutefois pour Simon Claude Mimouni, l'appellation « Simon le Zélote » ne renvoie pas au groupe de Judas le Galiléen, mais signifie simplement « Simon le Zélé »[5]. Pour lui, le groupe des Zélotes n'existe pas à l'époque de Jésus, mais son mouvement a toutefois pu relever « d'un de ces mouvements d'opposition de la société installés tant en Galilée qu'à Jérusalem — c'est en tout cas ainsi qu'il a été compris par certains de ses disciples, et notamment par ses frères dont le premier d'entre eux est Jacques — Autrement dit Jésus a très bien pu être l'un de ces révoltés qui ont été si nombreux à son époque[5]. »

Selon la tradition chrétienne, après avoir évangélisé l'Égypte et les Berbères[6], Simon aurait rejoint l'apôtre Jude de l'autre côté de l'Euphrate pour prêcher en Perse, ce qui à l'époque correspond à l'Empire parthe. De très nombreuses sources chrétiennes convergent pour parler de cette prédication dans l'espace parthe et au sud de l'Arménie.

Selon les sources, Simon serait mort découpé à la scie ou crucifié. Dans son Histoire d'Arménie, Moïse de Khorène rapporte une tradition selon laquelle il serait mort à Weriosphora dans le royaume d'Ibérie (Caucase), tout en précisant qu'il n'est pas sûr de cette information[7]. Les Chroniques géorgiennes et le chapitre Passio SS. Apostolorum Simonis et Judæ du Passiones et vitae sanctorum, disent qu'après avoir évangélisé en Perse il a été martyrisé dans la ville de Nikopsia (frontière circassienne) ou à Suanir (proche de Nouvel Athos) en Colchide (Abkhazie actuelle).

Problème d'identificationModifier

 
Simon le Zélote, église Saint-Merry (Paris).

Confusion avec le deuxième évêque de JérusalemModifier

Simon le Zélote est parfois confondu avec Siméon fils de Clopas, le deuxième « évêque » (episkopos) de Jérusalem ayant succédé à Jacques le Juste[8],[9],[10]. Selon Hippolyte de Rome, Siméon fils de Clopas a lui aussi été surnommé « le Zélote » (Hippolyte sur les douze apôtres). Ils sont néanmoins différents, ne serait-ce que parce que Siméon fils de Clopas meurt crucifié dans l'Empire romain, jugé en présence d'un consul romain au plus tôt en 106[8], alors que Simon le Zélote meurt scié en deux, dans un pays situé de l'autre côté de l'Euphrate — c'est-à-dire soit l'Arménie soit l'Empire parthe — plusieurs décennies auparavant.

La confusion semble provenir de l'identification de Jacques le Juste avec Jacques le Mineur effectuée par Jérôme de Stridon (saint Jérôme), qui a fait que les « frères » de Jésus sont devenus des cousins de ce dernier et précisément des fils de Marie Jacobé avec Clopas[11]. Comme l'identification proposée par Jérôme a par la suite été acceptée par l'Église catholique[11], il est logique que des critiques aient considéré que tous ceux qui étaient appelés « frère de Jésus » étaient des fils de Clopas, bien que Jérôme n'ait alors parlé que des deux fils mentionnés dans les évangiles: Jacques le Mineur et José. Cette identification n'a toutefois jamais été acceptée par les Églises orientales qui distinguent Jacques le Mineur et Jacques frère du Seigneur et les fêtent séparément[11]. Pour une partie de la tradition catholique le « frère » de Jésus appelé Simon dans les évangiles synoptiques est à la fois Simon le Cananéen et Siméon fils de Clopas deuxième évêque de Jérusalem tous deux surnommés « le Zélote »[12]. C'est ce qu'a soutenu Hippolyte de Rome dans un écrit qui lui attribué, Hippolyte sur les douze apôtres, dans lequel il prétend qu'il s'endormit dans la mort et fut enterré à Jérusalem à l'âge de 120 ans.

Si on en croit Bède le Vénérable (mort en 735), ce serait également Isidore de Séville[13] qui aurait fait la confusion entre Simon le Zélote (Ac 1, 13) et Siméon qui a succédé à Jacques comme « évêque » de Jérusalem[14]. Après avoir repris cette information fournie par cet Isidore dans un premier livre de son Commentaire sur les Actes des Apôtres, Bède indique avoir cherché à la vérifier et n'avoir trouvé nulle trace dans les sources de l'époque d'un autre auteur qui ait fait la même identification[15],[16].

Simon le Zélote et Siméon fils de Clopas sont d'ailleurs fêtés à des dates différentes et figurent aussi à des dates différentes dans les martyrologes y compris les plus antiques.

Éventuel « frère » de JésusModifier

 
Vierge à l'Enfant, avec les saints Simon et Jude de Federico Barocci.

Indépendamment du débat pour savoir si ceux qui sont appelés des frères de Jésus étaient vraiment ses demi-frères ou seulement des cousins germains, une partie de la tradition chrétienne estime que Simon était un des quatre « frères » de Jésus[17]. C'est ce qu'indique Isidore de Séville au VIIe siècle et qui est développé ensuite dans la Légende dorée de Jacques de Voragine. Conformément à la proposition de Jérôme de Stridon, il est alors donné comme fils de Clopas et donc comme un « cousin » de Jésus (voir à ce sujet l'article Frères de Jésus). Eusèbe de Césarée dans son ouvrage Histoire de l'Église (III 11 et 22) mentionne qu'un certain Siméon ou Simon était le fils de Clopas et de Marie, son épouse qu'on retrouve au pied de la croix dans l'Évangile de Jean. Simon et saint Jude Thaddée sont souvent associés comme ils le sont dans les listes d'apôtres[18]. Ils ont évangélisé les mêmes régions à l'est de l'Euphrate, où Simon aurait rejoint Jude après son action missionnaire chez les « Berbères »[19]. Il est possible que Jude Thaddée soit le « demi-frère » de Jésus appelé Jude dans les listes de frères des évangiles canoniques[18]. Dans ce cas Simon et Jude Thaddée seraient demi-frères.

IconographieModifier

Simon le Zélote est traditionnellement représenté avec une scie pour avoir été sauvagement coupé en deux d’après une tradition de l’Église d’Orient. Cette représentation se retrouve notamment dans les églises de Saint-Jean-de-Latran et celle des Saints-Achille-et-Nérée, à Rome, et dans le Chiostro dei Voti de la basilique della Santissima Annunziata de Florence. Il est parfois représenté tenant un livre ou un phylactère en référence aux Évangiles. Il est souvent accompagné de saint Jude Thaddée[20] qui tient une massue en référence à la façon dont il a été tué[21],[22]

Peintures du sujet

Culte et reliquesModifier

 
L'église Saint-Simon à Nouvel Athos.

À Nouvel Athos, près de l'emplacement présumé de son martyre, existent une église du IXe siècle qui lui est dédiée, plusieurs fois reconstruite ou restaurée et qui conserve des reliques, et un monastère élevé par des moines du Mont Athos au XIXe siècle. Ceux-ci aménagèrent et consacrèrent une grotte où aurait vécu l'apôtre en chapelle près d'une source considérée comme sacrée.

La basilique Saint-Pierre du Vatican à Rome possède également des reliques qui sont vénérées avec celles de Jude Thaddée depuis le à l'autel central du transept gauche ou tribune qui porte leur nom et qui depuis 1963 est dédié à saint Joseph. Il y en a également à la basilique Saint-Sernin de Toulouse.

Notes et référencesModifier

  1. a b c d e f et g André Paul, Encyclopædia Universalis, article Simon le Zélote, saint ( Ier s.).
  2. A.D. Booth, The Chronology of Jerome's Early Years, Phoenix 35, 1981, p. 241.
  3. a et b Gérard Nahon , article Zélotes de l'Encyclopædia Universalis.
  4. « Bandits » et « brigands » (lestaï en grec) est « le vocabulaire discriminatoire des Romains » pour désigner les Sicaires et les Zélotes. Dans ses livres, Flavius Josèphe s'approprie ce vocabulaire « semblant vouloir ignorer les motivations sociales et politiques qui ont pu animer certains membres des groupes qu'il décrit ». Dans la littérature talmudique, au mot grec lestaï correspond le mot birioné ou bariona. cf. Simon Claude Mimouni, op. cit., p. 434 et 438
  5. a et b Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, p. 444.
  6. cf. Les Actes d'André, cité par Maxime Yevadian, Le catholicos arménien Sahak III Dzoroporetsi et l'Église de Chine in L'apôtre Thomas et le christianisme en Asie, éd. AED, Paris, 2013, p. 129.
  7. Moïse de Khorène, Histoire d'Arménie, livre II, chap. XXXIV.
  8. a et b Simon Claude Mimouni, La tradition des évêques chrétiens d'origine juive de Jérusalem, in Studia patristica vol. XL, publié par Frances Margaret Young, Mark J. Edwards, Paul M. Parvis, éd. Peeters, Louvain, 2006, p. 448.
  9. Marie-Françoise Baslez, Persécutions dans l'Antiquité: Victimes, héros, martyrs, Paris, Librairie Arthème Fayard, 2007, p. 37.
  10. François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, p. 257.
  11. a b et c Pierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus,  éd. Albin Michel, 2003, p. 17.
  12. (en) "The Brethren of the Lord". Catholic Encyclopedia.
  13. Probablement Isidore de Séville (mort le 4 avril 636) qui écrit : « Simon Zelotes qui interpretatur Zelus. Hic primus dictus est cananeus a vico Cana, quod interpretatur posideus, qui et Simon tertio nomine appelatus est, zelo Dei feruens. Par Petri in cognomento, et similis in honore. Apostolus domini, et consobrinus, Cleophae, et Mariae filius, quae Mariae Cleophae in euangelio dicitur, Cleophae pater eius, et Ioseph, qui quasi pater dicitur, Christi frates tuerunt, et mater eius, quae Mariae Cleophae dicitur, soror Mariae matris Domini fuit. Ita et miro modo duo frates dua sorores habuerunt vxores. Sed Cleophae carnaliter, Ioseph vero spiritualiter . Hic itaque Simon accepit in praedicatione Aegypti principatum, et post Iacobum Iustum cathedram dicitur tenuisse Ierosolymorum, et post annos LXX, meruit sub Hadriano imperator per crucem sustinere martyrium passionis, Iacet in Bosphoro , », Isidore de Séville, Hispalensis episcopi, Opera omnia, p. 394.
  14. Calvin B. Kendall, Faith Wallis, in Bède le Vénérable, Bede: On the Nature of Things and on Times, 2010, Liverpool University Press, Liverpool, p. 13.
  15. Calvin B. Kendall, Faith Wallis, in Bède le Vénérable, Bede: On the Nature of Things and on Times, 2010, Liverpool University Press, Liverpool, p. 14.
  16. Dans son Commentaire sur les Actes des Apôtres, Bède le Vénérable écrit: « Isidore pense que c'est Simon qui après Jacques le frère du Seigneur, a administré l'église de Jérusalem, et qui sous Trajan a été couronné avec le martyre de la croix quand il avait 120 ans. Je l'ai suivi il y a un certain temps dans mon premier livre sur les Actes des apôtres. N'examinant pas assez scrupuleusement les choses qu'il écrivait, mais en se basant simplement sur ses mots. » Il indique avoir alors supposé « de confiance » qu'Isidore reportait ce que disait « les anciens ». cf. Calvin B. Kendall, Faith Wallis, op. cit., p. 14.
  17. Catholic Encyclopedia, The Brethren of the Lord.
  18. a b et c Marcel Driot, Le saint du jour, article Saints Simon et Jude, 1995, p. 309.
  19. Maxime Yevadian, Le catholicos arménien Sahak III Dzoroporetsi et l'Église de Chine in L'apôtre Thomas et le christianisme en Asie, éd. AED, Paris, 2013, p. 129.
  20. Norman Pagé, La cathédrale Notre-Dame d'Ottawa: histoire, architecture, iconographie, p. 121.
  21. Norman Pagé, La cathédrale Notre-Dame d'Ottawa: histoire, architecture, iconographie, p. 120.
  22. Eliane Burnet, Régis Burnet, Pour décoder un tableau religieux, Nouveau testament, 2006, p. 50.

SourceModifier

AnnexesModifier

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Articles connexesModifier

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