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Robert Nicoïdski
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Naissance
Décès
(à 64 ans)
Paris
Nom de naissance
Robert Louis dit "Willy" Nicoïdski
Nationalité
Activité
Formation
Maître
Mouvement
Distinctions
Prix Nichido 1976

Robert-Louis Nicoïdski, né à La Chaux-de-Fonds le 5 décembre 1931 et mort à Paris le 23 octobre 1996, est un artiste peintre et graveur suisse d'ascendance polonaise. L'écrivain Clarisse Nicoïdski est son épouse.

Sommaire

BiographieModifier

Robert Nicoïdski, enfant d'un tempérament solitaire dont la vocation artistique apparaît très tôt, commence à peindre à l'âge de seize ans, « et ceci, frénétiquement »[1]. Il est élève de Lucien Schwob[2] à La Chaux-de-Fonds de 1950 à 1952, puis entre à l'École des beaux-arts de Genève en 1952. S'y montrant indépendant et rebelle (reconnu très bon dessinateur mais créant déjà sa propre peinture en lieu et place de l'incontournable copie des classiques de l'art), la relation conflictuelle avec son maître de peinture l'en fait exclure en 1955[1].

Arrivant à Paris en 1956 (il vivra au 11, boulevard de Clichy[3]), Robert Nicoïdski fréquente l'École nationale supérieure des beaux-arts de 1957 à 1960, travaillant successivement dans les ateliers de gravure d'Édouard Goerg, dont il ne peut que remarquer « le caricatural douloureux dans ses nus et le traitement sans complaisance du thème de la volupté »[4], et de Jean-Eugène Bersier, maître consensuel en ce qu'« il mêle sympathie pour l'archaïsme et curiosité pour les expressions contemporaines »[5]. Bersier énoncera du reste une relation maître-élève qui fut bonne, voire complice, en évoquant Nicoïdski dans sa Petite histoire de la lithographie originale en France[6]. Le galeriste René Bréheret le découvre alors et est le premier à exposer Robert Nicoïdski à Paris.

En 1962, Robert Nicoïdski se rend à New York où c'est Karl Lunde (1931-2010)[7] qui le découvre à son tour et l'expose, une première fois en 1962, régulièrement ensuite, dans sa galerie The Contemporaries. Malgré son succès immédiat sur le marché américain, l'artiste, refusant tout appât d'aisance financière ainsi offerte, tient à rester rigoureusement vigilant à ne pas « produire » de la répétition et s'astreint pour cela, avec son épouse Clarisse et leur fils, à une discipline de vie recluse toute consacrée à la recherche picturale pour lui, à l'écriture pour elle, à une solitude donc qui restera consentie jusqu'en 1975. C'est la période où il glisse de l'abstraction lyrique vers la composition des Nus, où « il déforme et torture le corps pour en faire un paysage, un monstre, un martyr, où il fait les portraits des gens qu'on assassine et de ceux qui les côtoient »[1], annonçant ses séries des Avortements, de La mère et l'enfant, des décorporations, des 33 crucifixions[8].

La plus fulgurante rencontre de Robert Nicoïdski demeure en 1975 celle du lyonnais Roger Kowalski[9] dont il devient immédiatement l'ami, celui-ci l'accueillant pour l'accrochage aux cimaises de sa Galerie K., à Lyon, de la série de toiles Avortements. Roger Kowalski, âgé de seulement 41 ans, décédera quelques semaines après cette exposition et Robert Nicoîdski brossera plusieurs importants portraits, hommages au poète-galeriste, intitulés Portrait de K.[10].

Si les relations entre Robert Nicoïdski et le sulfureux Fernand Legros ne sont pas historiquement reconstituées, elles sont attestées par une suite de scènes et portraits peints par Nicoïdski, l'un de ces tableaux illustrant la couverture du livre de Fernand Legros (Fausses histoires d'un faux marchand de tableaux, Albin Michel, 1979)[11].

Le Prix Nichido qui est attribué à Robert Nicoïdski en 1976 est doté d'une exposition personnelle itinérante dans les grandes villes japonaises, et donc, pour notre artiste, d'un voyage au Japon où une fascination majeure se révèle pour le spectacle des sumo. Il y découvre une notion de l'esthétique qui conforte la sienne propre, où ce qui constitue selon les normes occidentales « de la disproportion et de l'énormité » se transfigure, à ses yeux, en représentation du « beau essentiel »: ses « toiles, où l'on voit s'entrelacer douloureusement ces guerriers nus destinés dès leur plus jeune âge à une mort précoce, portent en elles ce mélange inquiétant de douceur et de violence que suggère la puissante fragilité des formes »[1].

Quittant ce monde - elle aussi trop tôt - le 23 décembre 1996, soit deux mois jour pour jour après le décès de Robert, l'ultime texte d'écrivain de Clarisse Nicoïdski fut la biographie de son mari qu'elle remit au Musée des beaux-arts de Chartres en vue de la rétrospective-hommage Robert Nicoïdski qui s'ouvrit en janvier 1997 et à laquelle il était promis qu'elle assistât. « Travailleur infatigable, évoque-t-elle[8], il interrogea tous les aspects du trait sans se donner de limite artificielle entre ce qui relève de l'abstrait et ce qui relève du figuratif. Curieux à l'extrême de toutes les ressources que peuvent offrir à un plasticien les matériaux, il sera un des premiers à utiliser la peinture acrylique dans son association à d'autres types de peinture. Il est également un des premiers à avoir utilisé les résines plastiques pour en faire des vitraux[12] et à collaborer à diverses œuvres architecturales »[13].

Expositions personnellesModifier

Expositions collectivesModifier

Réception critiqueModifier

  • « Un érotisme sauvage émane des nus de Nicoïdski. Les attitudes, les distorsions, certes le traduisent. On pourra le trouver obsédant encore dans les longues et lourdes chevelures qui voilent les trais ou les membres, dont le poids fait se cambrer les échines, dans les Négritudes aussi dont l'épiderme a la patine du bronze. Rien n'est plus éloigné de l'obscénité que cet érotisme-là qui reste gravé et tendu dans ses manifestations les plus directes. » - Jean-Marie Dunoyer[15]
  • « Cette peinture remet en question ce que nous possédons de plus sûr et en même temps de plus fragile: notre domaine physique. La peinture de Nicoïdski est la plus grave et la plus directe qui se puisse trouver. Mais il y a lieu de s'interroger sur ses prolongements mentaux qui sont infinis... » - Alain Bosquet[1]
  • « Avec obstination, Nicoïdski sonde les secrets du corps, du mystère de sa naissance à l'alchimie de ses évolutions, de l'éblouissement de sa création aux combats qu'il ne cessera jamais de mener. Aux explosions de la vie et des sens de la première série de dessins répondent les grands nus féminins aux corps déchirés par de violentes distorsions. L'effervescence du tracé laisse ici le pas à une violence dans le traitement de ces corps torturés, arc-boutés, enfermés dans des architectures qui semblent ne ménager aucune issue. Inexorablement seul dans son corps, l'être est à jamais assailli par les mutations qui le conduisent vers son devenir. » - Maïthé Vallès-Bled[8]
  • « On dirait le créateur composant l'équation qui autoriserait le vivant. Nous sommes au cœur du cytoplasme qui va faire naître les corps. Nicoïdski nous livre les signes et les formes de son ADN qui feront naître ses modèles. » - André Parinaud[8]
  • « Il a peint une série Avortements représentant des fœtus monstrueux et sanglants. Ses Nus féminins sont hypertrophiés, ce qui dénote sa puissance de déformation et de recomposition, et son goût pour le sanglant, conférant à ses compositions une étrangeté presque angoissée. » - Dictionnaire Bénézit[16]
  • « Nicoïdski est un enragé de peinture, ses œuvres proclament un amour passionné pour un art qui lui est aussi essentiel que de respirer... De la génération des Rancillac et Schlosser, proche des artistes de la Nouvelle figuration, sa nature gargantuesque, son œil dostoïevskien commandent à une main sûre qui fait de lui un admirable portraitiste... Mais l'artiste, disparu à 65 ans, n'a pas supporté d'être en avance sur son temps, incompris, jugé trop violent et pourtant profondément ancré dans son époque. » - David Nordmann[17]

Prix et distinctionsModifier

  • Prix Nichido, Paris, 1976.

Musées et collections publiquesModifier

Œuvres monumentalesModifier

  • Les orgues, 1968, sculpture-fontaine acier-inox, installée 1, avenue d'Aire, Genève, propriété du Fonds municipal d'art contemporain de Genève[13].
  • Fresques murales et vitraux, 1965, hall central de l'École des charmilles, Genève, propriété du Fonds municipal d'art contemporain de Genève[12].

Collections privéesModifier

Notes et référencesModifier

  1. a b c d et e Alain Bosquet, Nicoïdski - une peinture de colosse, Éditions Galerie Jade, Colmar, 1977.
  2. Biblipothèque de la ville de la Chaux-de-Fonds, Biographie de Lucien Schwob Source= Fonds manuscrits Lucien Schwob]
  3. a b et c Françoise Woimant, Marie-Cécile Miessner et Anne Mœglin-Delcroix, De Bonnard à Baselitz, estampes et livres d'artistes, B.N.F., 1992.
  4. Jacques Busse, Édouard Goerg, Bénézit, Gründ, 1999, tome 6, pages 242 et 243.
  5. Jean-Eugène Bersier, Bénézit, Gründ, 1999, tome 2, page 203.
  6. Jean-Eugène Bersier, Petite histoire de la lithographie originale en France, Éditions Estienne, 1970
  7. William A. Peniston, Karl Lunde, College Art Association
  8. a b c et d Clarisse Nicoïdski, André Parinaud et Maïthé Vallès-Bled, Les derniers abstraits de Nicoïdski, Éditions du Musée des beaux-arts de Chartres, 1997.
  9. Christophe Dauphin et François Montmaneix, Roger Kowalski, Les hommes sans épaules
  10. Ader Nordmann, catalogue de l'atelier Robert Nicoïdski, 2015. Voir les Portraits de K., n°135 et 145.
  11. Ader Nordmann, catalogue de l'atelier Robert Nicoïdski, 2015. Voir les Portraits de Fernand Legros, n°34, 40, 41, 42, 48, 50, 52, 53 et 106.
  12. a et b Fonds municipal d'art contemporain de Genève, Intervention de Robert Nicoïdski, École des charmilles
  13. a et b Fonds municipal d'art contemporain de Genève, Les orgues de Robert Nicoïdski
  14. Morgane Hérault, Robert Nicoïdski, communiqué de presse, Ader Nordmann, septembre 2015
  15. Jean-Marie Dunoyer, Le Monde, 21 décembre 1974.
  16. Dictionnaire Bénézit, Gründ, 1999, tome 10, page 199.
  17. David Nordmann, Préface, catalogue de la vente de l'atelier Robert Nicoïdski, Ader Nordmann, Paris, octobre 2015.
  18. Olivier Tartart, Gilbert Delaine, père du Musée d'art contemporain de Dunkerque, La Voix du Nord, 31 juillet 2013

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • Jean-Eugène Bersier, Petite histoire de la lithographie originale en France, Éditions Estienne, 1970.
  • Alain Bosquet, Nicoïdski - Un colosse de la peinture, Éditions Galerie Jade, Colmar, 1977.
  • Jean Cassou, Pierre Courthion, Bernard Dorival, Georges Duby, Serge Fauchereau, René Huyghe, Jean Leymarie, Jean Monneret, André Parinaud, Pierre Roumeguère et Michel Seuphor, Un siècle d'art moderne - Histoire du Salon des indépendants, Denoël, 1984.
  • Françoise Woimant, Marie-Cécile Miessner et Anne Mœglin-Delcroix, De Bonnard à Baselitz, estampes et livres d'artistes, B.N.F., 1992.
  • André Roussard, Dictionnaire des artistes à Montmartre, Éditions André Roussard, 1995.
  • Clarisse Nicoïdski, André Parinaud, Maïthé Vallès-Bled, Les derniers abstraits de Nicoïdski, Éditions du Musée des beaux-arts de Chartres, 1997.
  • Emmanuel Bénézit, Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, Gründ, 1999.
  • Jean-Pierre Delarge, Dictionnaire des arts plastiques, modernes et contemporains, Gründ, 2001 (lire en ligne)
  • Ader Nordmann, Paris, Catalogue de la vente de l'atelier Robert Nicoïdski, Hôtel Drouot, vendredi 9 octobre 2015.

Liens externesModifier