Paul Gorgulov
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Paul Gorgulov en 1932.
Nom de naissance Pavel Timofeïevitch Gorgoulov
Павел Тимофеевич Горгу́лов
Naissance
Drapeau de la Russie Labinsk
Décès (à 37 ans)
Drapeau de la France Paris
Activité principale
Autres activités
Prétendu médecin

Compléments

Paul Gorgulov ou Gorguloff, de son nom russe complet Pavel Timofeïevitch Gorgoulov (Павел Тимофеевич Горгу́лов), né le à Labinskaïa en Empire russe et mort guillotiné le à Paris en France, est un prétendu médecin russe, assassin du président français Paul Doumer.

BiographieModifier

Origines et carrière militaire en RussieModifier

Né le [1], issu d’une famille de paysans caucasiens aisés, Paul Gorgulov étudie la médecine, avant d'être mobilisé au début de la Première Guerre mondiale. Au cours du conflit, il aurait été gravement blessé à la tête par un éclat de grenade[2]. Démobilisé, il étudie à la faculté de médecine de Rostov-sur-le-Don[2]. Pendant la révolution russe de 1917, il combat aux côtés des Armées blanches, où il officie comme médecin auxiliaire[3]. Après la débâcle des armées blanches, il s'enfuit en Pologne, où il fait la connaissance de Boris Savinkov, un révolutionnaire anti-bolchevik.

Parcours en EuropeModifier

On le retrouve ensuite en Tchécoslovaquie, parfois à Prague et surtout à la campagne, où il se prétend médecin[1] et commence à publier des poèmes. Il reprend ses études de médecine à Prague et obtient son diplôme de docteur en médecine en 1926[3]. Il installe son cabinet dans une petite ville de Tchécoslovaquie et crée le parti Vert, dont il est président. Les objectifs de ce parti sont flous, le terme « vert » faisant référence à la nature, à l’agriculture et aux paysans russes[3]. Il publie à compte d’auteur plusieurs livres à la gloire de la « sainte Russie », dont Le Roman d’un cosaque et Le Lointain… sous le pseudonyme de Donskoï[4].

Il épouse la fille d’un notable local, mais celle-ci demande le divorce pour mauvais traitements[1]. Il est par deux fois accusé de viol, mais, bien conseillé, c’est lui qui porte plainte contre ses victimes, les accusant de diffamation. Il s’en sort avec des non-lieux[5]. Il est atteint de la syphilis[3]. Suspecté d'avoir pratiqué des avortements ayant entraîné la mort des patientes[1], il fuit le pays en . Il peut entrer légalement en France grâce à un passeport Nansen, créé pour les réfugiés russes[5].

Par la suite, il arrive à Paris, où il rencontre Anne-Marie, d’origine suisse[1], qui devient sa troisième épouse le . Il exerce à Boulogne-Billancourt, mais n’a pas de diplôme français[5]. Alors qu'il est de passage à Nice, il reçoit un arrêté d’expulsion[N 1] pour exercice illégal de la médecine. Il obtient un permis de séjour délivré par la principauté de Monaco — où il réside jusqu'au  — ainsi qu'un certificat d'identité, valable jusqu'en .

Gorgulov dilapide rapidement les 40 000 francs de dot de sa femme au casino de Monte-Carlo[6]. En avril 1932, il est quasiment ruiné et désillusionné. Lui qui se croyait l’égal de Mussolini et Hitler, lui qui avait formé un triumvirat pour diriger « l’Union des Grandes Russies » et en avait rédigé la nouvelle constitution, se trouve lâché par ses compatriotes[6]. À la recherche d’une tribune, il est prêt à tout[7].

Assassinat du président Paul DoumerModifier

 
Paul Gorgulov peu après son arrestation, avant laquelle il a manqué de se faire lyncher.

Le , vers 15 h 10, Gorgulov tire trois coups de pistolet automatique Browning M1910[8] en direction du président de la République Paul Doumer, alors que ce dernier assiste à une réunion de l'Association des écrivains anciens combattants[N 2],[9]. Après avoir opposé une vive résistance, et avoir failli se faire lyncher par les hommes présents sur les lieux, Gorgulov est arrêté sur-le-champ. Le lendemain, le président Doumer meurt des suites de ses blessures[10].

Gorgulov déclare avoir assassiné le président pour se venger de la France, parce qu'elle n'a pas voulu intervenir en Russie contre les bolcheviks. On découvre sur lui des coupures de journaux concernant les derniers livres parus et les prochains déplacements du président Doumer, ainsi qu'un plan de Paris, et un carnet dans lequel est écrit : « Mémoire de Paul Gorgulov, chef Président des fascistes russes. Qui a tué le Président de la République française ».

Procès et exécutionModifier

 
Paul Gorgulov lors de son procès.

Le procès de Paul Gorgulov s'ouvre devant la cour d'assises de la Seine le . Le surlendemain, rejetant l'idée selon laquelle Gorgulov aurait agi en état de démence, les jurés le condamnent à mort. Le , la Cour de cassation rejette le pourvoi[11]. Gorgulov est guillotiné par Anatole Deibler le à la prison de la Santé, malgré les protestations de la Ligue des droits de l'homme.

Pendant son réquisitoire, le procureur émet l’hypothèse que Gorgulov aurait été manipulé par un nazi russe, Yakovlev, qu’il rencontrait fréquemment. Il s’appuie sur le fait que le président Doumer était un farouche partisan du réarmement de la France face aux pays fascistes, et que Gorgulov était en possession de deux pistolets avec des munitions non françaises[12].

Gorgulov est l'auteur d'une brochure sur la Russie nationale paysanne (1931), et de poèmes.

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Circulaire datée du sur les étrangers recherchés ou refoulés[1].
  2. À l'hôtel Salomon de Rothschild, 11 rue Berryer à Paris.

RéférencesModifier

  1. a b c d e et f Le Petit Journal, 8 mai 1932, p. 2.
  2. a et b Serge Janouin-Benanti, Les médecins criminels, 3E éditions, , 386 p. (ISBN 979-10-95826-63-7), p. 242
  3. a b c et d Serge Janouin-Benanti, Les médecins criminels, 3E éditions, , 386 p. (ISBN 979-10-95826-63-7), p. 243
  4. Serge Janouin-Benanti, Les médecins criminels, 3E éditions, , 386 p. (ISBN 979-10-95826-63-7), p. 244
  5. a b et c Serge Janouin-Benanti, Les médecins criminels, 3E éditions, , 386 p. (ISBN 979-10-95826-63-7), p. 246-247
  6. a et b Serge Janouin-Benanti, Les médecins criminels, 3E éditions, , 386 p. (ISBN 979-10-95826-63-7), p. 248-249
  7. Serge Janouin-Benanti, Les médecins criminels, 3E éditions, , 386 p. (ISBN 979-10-95826-63-7), p. 250
  8. Amaury Lorin, « Un « régicide républicain » : Paul Doumer, le président assassiné (6 mai 1932) », Criminocorpus, revue hypermédia, Varia, mis en ligne le 17 novembre 2011, consulté le 11 avril 2012.
  9. Le Petit Journal, 7 mai 1932, p. 1.
  10. Le Petit Journal, 8 mai 1932, p. 1.
  11. « Texte de la décision de la chambre criminelle de la Cour de cassation : Audience publique du 20 août 1932 », sur www.lexinter.net, Paris, Répertoire de jurisprudence (consulté le 27 juillet 2015).
  12. Serge Janouin-Benanti, Les médecins criminels, 3E éditions, , 386 p. (ISBN 979-10-95826-63-7), p. 251-252

AnnexesModifier

SourcesModifier

  • « Le Président de la République grièvement blessé de deux coups de revolver par un Russe : Le président a été transporté à Beaujon », Le Petit Journal, Paris, no 25314,‎ , p. 1-3 (lire en ligne) sur Gallica.
  • « La France porte le deuil du Président », Le Petit Journal, Paris, no 25315,‎ , p. 1-3 (lire en ligne) sur Gallica.
  • Frédéric Monier, Sophie Cœuré, « Paul Gorgulov, assassin de Paul Doumer (1932) », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, no 65, janvier-mars 2000, p. 35-46 [lire en ligne].
  • Amaury Lorin, « Un « régicide républicain » : Paul Doumer, le président assassiné (6 mai 1932) », Criminocorpus, revue hypermédia [En ligne], Varia, mis en ligne le 17 novembre 2011 [lire en ligne].
  • Serge Janouin-Benanti, Les médecins criminels : Dr Petiot et Cie, 3E éditions, coll. « Contes cruels et véridiques », , 386 p. (ISBN 979-10-95826-63-7)

Liens externesModifier