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Assassinat de Paul Doumer

Assassinat de Paul Doumer
Image illustrative de l’article Assassinat de Paul Doumer
Supplément illustré du Petit Journal, où un illustrateur a reconstitué l'assassinat du président Paul Doumer.

Localisation Paris (France)
Cible Paul Doumer
Coordonnées 48° 52′ 31″ nord, 2° 18′ 11″ est
Date
Vers 15 h
Type Assassinat
Armes Browning M1910
Morts 1
Auteurs Paul Gorgulov
Mouvance Fascisme, Russes blancs

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(Voir situation sur carte : Paris)
Assassinat de Paul Doumer

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Assassinat de Paul Doumer

L'assassinat de Paul Doumer, 14e président de la République française, est perpétré le 6 mai 1932 à l'hôtel Salomon de Rothschild, à Paris. Le président meurt le lendemain matin, à l'aube, des suites de ses blessures. Son assassin, Pavel Gorgoulov dit Paul Gorgulov, un soviétique fascisant, est condamné à mort et exécuté.

ContexteModifier

En 1929, une crise économique touche les États-Unis puis toute l'Europe et surtout en Allemagne et au Royaume-Uni. Cette crise provoque une forte montée du chômage et des prix et une baisse de la production industrielle. La France n'est touchée par la Grande Dépression qu'en 1931. La France entre assez tardivement dans la crise, dont elle a apparemment été protégée durant quelques années, lorsque la chute de l’activité économique des autres pays affecte fortement ses exportations. La France apparaît alors comme un « îlot de prospérité ».

Par ailleurs, ces vingt années sont marquées par un bouleversement durable des rapports de force internationaux, après l'effondrement des anciens empires allemand, autrichien, russe et ottoman, l'acquisition du statut de première puissance économique mondiale par les États-Unis, et la création de l'URSS. Elles sont également caractérisées par la cristallisation d'idéologies (communisme, nationalisme, fascisme, nazisme) en blocs géopolitiques, par la multiplication en Europe de la violence politique, des conflits locaux et des incidents diplomatiques, et par l'apogée du colonialisme en Afrique et en Asie.

Paul DoumerModifier

 
Paul Doumer en 1931.

Issu d'une famille modeste, Paul Doumer est né le à Aurillac. Après avoir obtenu le certificat d'études primaires, il commence à travailler à 12 ans comme coursier ; il devient ensuite ouvrier graveur dans une fabrique de médailles, tout en poursuivant ses études grâce aux cours du soir du Conservatoire national des arts et métiers. Il est reçu au baccalauréat ès-sciences puis, entré dans l'enseignement comme répétiteur, obtient, en 1877, une licence de mathématiques. Il est nommé professeur de mathématiques au collège de Mende. En 1878, il obtient une licence de droit. La même année, il épouse Blanche Richel, dans la famille de laquelle il logeait pendant ses études. De leur union naissent huit enfants, dont quatre fils qui tomberont pour la France pendant la Première Guerre mondiale. Membre du parti radical, il est gouverneur général d'Indochine de 1897 à 1902. Élu président de la Chambre des députés le , il est plusieurs fois ministre des Finances de 1895 à 1926 et fait partie de la Commission de l'armée du Sénat pendant la Première Guerre mondiale. Il préside le Sénat du au , date à laquelle il commence son mandat de président de la République, après l'élection du 13 mai. Paul Doumer a été franc-maçon jusqu'en 1906.

Paul GorgulovModifier

Issu d’une famille de paysans caucasiens aisés, Paul Gorgulov ou Gorguloff, de son vrai nom Pavel Timofeïevitch Gorgoulov (en russe : Павел Тимофеевич Горгу́лов), est né en 1895 à Labinskaïa dans la région du Kouban en Russie. Il étudie la médecine puis est mobilisé au début de la Première Guerre mondiale : il y aurait ensuite été gravement blessé à la tête. Pendant la révolution russe de 1917, il combat aux côtés des armées blanches, puis va en Pologne où il fait la connaissance de Boris Savinkov, un révolutionnaire antibolchevik. Il va ensuite en Tchécoslovaquie et devient docteur en médecine à Prague tout en publiant ses premiers poèmes. On lui interdit cependant d’exercer pour avoir commis des avortements illégaux et il est expulsé du pays pour la même raison. Il part ensuite pour Paris où il fait la connaissance de sa troisième femme, d’origine suisse. Il réside à Nice lorsqu'il reçoit un arrêté d’expulsion pour exercice illégal de la médecine. En septembre 1931, il obtient un permis de séjour délivré par la principauté de Monaco où il reste jusqu'au , ainsi qu'un certificat d'identité valable jusqu'en août 1932. Il séjourne à Paris où il assassine le président français Paul Doumer le 6 mai. Condamné à mort, il meurt guillotiné le  à Paris.

DéroulementModifier

AttentatModifier

Dans l’après-midi du , deux jours avant le second tour des élections législatives, Paul Doumer inaugure le salon littéraire annuel des écrivains anciens combattants de la Grande Guerre, organisé par l'Association des écrivains combattants à l'hôtel Salomon de Rothschild, au 11 rue Berryer dans le VIIIe arrondissement de Paris[1].

Après avoir acheté deux livres et s’être fait passer sous le faux nom de Paul Brède, Paul Gorgulov attend l'arrivée de sa victime. Le chef de l'État salue courtoisement les écrivains présents et achète quelques livres, dans le but de les offrir à son épouse, Blanche[2]. Vers 15 heures, alors que le président échange avec l'écrivain Claude Farrère en compagnie du ministre François Piétri, il est mortellement blessé de deux coups d'un pistolet automatique Browning M1910 (aujourd'hui conservé au Musée de la Préfecture de Police)[3] : il reçoit une balle à la base du crâne (sortie au niveau de la pommette droite) et une autre au niveau de l'aisselle droite (sortie derrière l’épaule)[1]. Il s'écrie « Tout de même ! », puis s'effondre au beau milieu de l'assistance, médusée. Gorgulov est déstabilisé par Farrère qui, après avoir tenté de sauver le président en détournant l'arme du criminel, est blessé de deux balles au bras. Une quatrième balle se fiche dans le décor. L'agresseur de Doumer est immédiatement maîtrisé par les inspecteurs de la Sûreté, puis arrêté, après avoir failli être lynché par la foule présente sur les lieux.

Mort du présidentModifier

 
Paul Doumer pris en charge après s’être fait tirer dessus par Paul Gorgulov.

Le chef de l'État est relevé par Roger Labric et les commissaires de police Lefils et Caron[4] et immédiatement transporté en automobile à l'hôpital Beaujon, qui était alors situé à quelques pas du lieu de l'agression, au no 208 rue du Faubourg-Saint-Honoré. À son arrivée à l'hôpital, bien qu'ayant manifesté des signes de conscience et ayant recouvré partiellement l'usage de la parole, le président a déjà perdu deux litres de sang. Il est pris en charge et opéré par les professeurs Gosset, Cunéo, Abrami, Okinczyc, et les docteurs Talheimer, Félix Ramond, Bopp, Tzanck. Finalement, Paul Doumer, mal soigné et victime d'une hémorragie sévère due à la section de l'artère axillaire qui sera ligaturée trop tard[5], sombre dans le coma le lendemain 7 mai vers deux heures du matin, et meurt peu après, à quatre heures trente-sept[6]. Le corps du président est autopsié par le médecin légiste Charles Paul.

Paul Doumer est le second président français à être assassiné après Sadi Carnot, tué en 1894. Les circonstances de sa mort suscitent émotion et indignation dans le pays ainsi qu'à l’international[7]. Les autorités proposent à Blanche Doumer d'inhumer son mari au Panthéon, mais celle-ci s’y oppose en ces termes : « Ils me l'ont pris toute sa vie, ils me l’ont tué. Je veux au moins être avec lui dans la mort[8] ». Le corps est exposé au palais de l'Élysée et les obsèques nationales en hommage au président défunt sont organisées le 12 mai 1932 à la cathédrale Notre-Dame de Paris et au Panthéon[9]. Il est inhumé dans l'intimité, dans le caveau familial du cimetière de Vaugirard[8].

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Procès de GorgulovModifier

 
Paul Gorgulov durant son procès.

Le procès de Paul Gorgulov s'ouvre devant la cour d'assises de la Seine le 25 juillet 1932. Jugé après une instruction de seulement un mois, Paul Gorgulov se montre incohérent et agité, mais voit sa responsabilité pénale être retenue ; affirmant avoir agi seul alors que circule avec insistance la thèse d'un complot visant à stopper les projets de remilitarisation de Paul Doumer, Gorgulov donne notamment pour mobile une prétendue complaisance de la France avec les bolcheviks, parce que celle-ci n'avait pas voulu intervenir en Russie contre eux durant la guerre civile russe[10]. La police a découvert sur lui des coupures de journaux concernant les derniers livres parus et les prochains déplacements du président, ainsi qu'un plan de Paris et un carnet sur lequel est écrit : « Mémoire de Paul Gorguloff, chef Président des fascistes russes. Qui a tué le Président de la République française ». Le surlendemain, rejetant la démence, les jurés le condamnent à mort. La Cour de cassation rejette le pourvoi de Gorguloff le 20 août 1932[11].

Il est guillotiné par Anatole Deibler en public le  à la prison de la Santé, malgré les protestations de la Ligue des droits de l'homme[12].

BibliographieModifier

  • Sophie Coeuré et al., « Paul Gorguloff, assassin de Paul Doumer (1932) », Vingtième siècle, revue d'histoire, n° 65, janvier-mars 2000, p. 35-46.
  • Adrien Dansette, « Il y a vingt-cinq ans : le président Doumer était assassiné », Historia, n° 126, mai 1957, p. 412-418.
  • Katherine Foshko, « The Paul Doumer Assassination and the Russian Diaspora in Interwar France », French History, vol. 23, n° 3, septembre 2009, p. 383-404.
  • Serguei Koudriavtsev, Une version de l'affaire Gorguloff [traduction du titre en russe], Moscou, Gileia, 1999.
  • Amaury Lorin, « Un paranoiaque abat le président Doumer », dossier « Complots : ces meurtriers qui ont bousculé l'Histoire », Historia, n° 747, mars 2009, p. 25-27.
  • Amaury Lorin, « Un "régicide républicain" : Paul Doumer, le président assassiné (6 mai 1932) », Criminocorpus : histoire de la justice, des crimes et des peines, 2011, disponible en ligne : « Un "régicide républicain" », sur criminocorpus.revues.org (consulté le 30 juin 2016).
  • Amaury Lorin, « On a tué le président ! », L’Histoire, n° 375, mai 2012, p. 32-33.
  • Monique Moncel, « Il y a cinquante ans : le docteur Gorguloff, l'étrange assassin du président Doumer », Historia, n° 426, mai 1982, p. 86-95.
  • Dimitri Vicheney, « Le tragique destin de Paul Doumer », Bulletin de la Société historique et archéologique du XVe arrondissement de Paris, n° 28, automne 2006, p. 50-65.
  • Karelle Vincent, « Le régicide en République : Sadi Carnot, 24 juin 1897-Paul Doumer, 6 mai 1932 », Crime, histoire et sociétés, vol. 3, n° 2, 1999, p. 73-93.

RéférencesModifier

  1. a et b Véronique Laroche-Signorile, « Il y a 85 ans, l'assassinat du Président Paul Doumer », Le Figaro,‎ (lire en ligne, consulté le 24 février 2019).
  2. Parti social français Auteur du texte, « Le Petit journal », sur Gallica, (consulté le 8 janvier 2017)
  3. « Wikiwix's cache », sur archive.wikiwix.com (consulté le 8 janvier 2017)
  4. L'Ouest-Éclair disponible sur Gallica
  5. En particulier, la ligature de l’artère axillaire est pratiquée trop tardivement par l’interne de garde. Cf. Amaury Lorin (préf. Jean-Pierre Bel), Une ascension en République : Paul Doumer (1857-1932) d'Aurillac à l'Élysée, Paris, Dalloz (premier prix de thèse du Sénat 2012), coll. « Bibliothèque parlementaire et constitutionnelle », , 601 p. (ISBN 978-2247126040), p. 318-319.
  6. Parti social français Auteur du texte, « Le Petit journal », sur Gallica, (consulté le 8 janvier 2017)
  7. « La France porte le deuil du président », Le Petit Journal,‎ , p. 1 (lire en ligne, consulté le 15 février 2019).
  8. a et b Amaury Lorin (préf. Jean-Pierre Bel), Une ascension en République : Paul Doumer (1857-1932) d'Aurillac à l'Élysée, Paris, Dalloz (premier prix de thèse du Sénat 2012), coll. « Bibliothèque parlementaire et constitutionnelle », , 601 p. (ISBN 978-2247126040), p. 318-319.
  9. « Les obsèques nationales de M. Paul Doumer », L'Écho d'Alger,‎ , p. 1 (lire en ligne, consulté le 24 février 2019).
  10. Sophie Cœuré et Frédéric Monier, « Paul Gorgulov, assassin de Paul Doumer (1932) », Vingtième Siècle : Revue d'histoire, no 65,‎ , p. 35-46.
  11. « CRIME POLITIQUE », sur www.lexinter.net (consulté le 8 janvier 2017)
  12. « Gorguloff est exécuté ce matin », Le Petit Journal,‎ , p. 1 (lire en ligne, consulté le 24 février 2019).

Articles connexesModifier

Liens externesModifier