Pathé Palace (Paris)

salles de cinéma du 9e arrondissement de Paris, France
(Redirigé depuis Paramount (cinéma))

Le Pathé Palace[N 1] est un complexe cinématographique de 7 salles situé dans le 9e arrondissement de Paris, à l'angle du boulevard des Capucines et de la rue de la Chaussée-d'Antin, se poursuivant jusqu'à la rue Meyerbeer.

Pathé Palace
Description de cette image, également commentée ci-après
Façade du cinéma en 2013.
Type Cinéma
Lieu 9e arrondissement de Paris, Drapeau de la France France
Coordonnées 48° 52′ 16″ nord, 2° 20′ 02″ est
Architecte Auguste Bluysen
Inauguration
Nb. de salles 7
Capacité 882 places
Catégorie Complexe cinématographique
Réseau Paramount (1927–2007)
Pathé (depuis 2007)
Format de langue VOST
VF
Anciens noms Paramount (1927–1971)
Paramount-Opéra (1971–2008)
Gaumont Opéra - côté Capucines (2008–2019)
Site web pathe.fr

Carte

Cinéma historique de la Paramount depuis 1927, il passe sous enseigne Gaumont en 2008 et deviendra, en juin 2024, le siège et cinéma de référence du groupe Pathé[1].

Historique

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Création du Paramount

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En mars 1925, la Famous Players-Lasky Corporation, propriétaire de Paramount Pictures, rachète le théâtre du Vaudeville à Paris[2]. Un premier projet, porté par Gustave Quinson, envisageait de conserver le théâtre à l'identique et de créer une salle de cinéma en sous-sol ainsi qu'un petit théâtre dans la rotonde[3] . Le théâtre est finalement démoli dès l'été 1925[4].

La construction du « Paramount » débute en octobre 1926. Initialement prévue dans un style Art déco, la façade conçue par Auguste Bluysen reprend le style de l'ancien Vaudeville pour se plier à l'ordonnancement du quartier de l'Opéra défini sous Napoléon III. La décoration et l'aménagement intérieur sont imaginés par l'architecte britannique Frank Verity[5].

 
Façade du Paramount en 1928.

Après deux ans de travaux, le cinéma Paramount est inauguré le 24 novembre 1927 avec les films Printemps d'amour de Léonce Perret et Chang de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack. La soirée de réception rassemble un grand nombre de personnalités politiques (Fernand Bouisson, Philippe Pétain, Ferdinand Foch) mais aussi du cinéma (Abel Gance, Léon Gaumont, Charles Pathé, Bernard Natan) et de la culture (André Gide, Jean Cocteau)[6].

L'architecture du Paramount, sa surface considérable (avec 1920 fauteuils répartis entre trois niveaux) et ses innovations dans l'époque (climatisation et chauffage) font forte impression dès l'ouverture. Il instaure l'année suivante le « spectacle permanent », débutant de 9h30 jusqu'à 2h15 du matin[7]. La filiale française de Paramount Pictures, dirigée par Adolphe Osso, s'installe en 1929 dans les derniers étages du bâtiment[8]. Elle y restera jusqu'en 2013.

En 1930, le Paramount enregistre 2,5 millions d'entrées[9].

Un lieu de résistance sous l'Occupation

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Sous l'Occupation, les Allemands chassent les studios américains et s'emparent progressivement des cinémas d'exclusivité afin de favoriser la production de la Continental Films sous leur contrôle. Le cinéaste et producteur Roger Richebé, comprenant que la survie de sa société dépendrait de l'exploitation des films, cherche à prendre le contrôle du Paramount[10]. Par l'intermédiaire de René de Chambrun, avocat franco-américain et gendre de Pierre Laval, Richebé signe un bail locatif de quatre ans avec Paramount Pictures pour l'exploitation du cinéma à partir de 1941. Paramount lui propose de racheter les salles qu'elle détient en France et en Afrique du Nord mais l'attaque de Pearl Harbor et l'entrée en guerre des États-Unis font échouer la transaction[11].

En parallèle, une cellule de la Résistance s'est fondée dès 1941 autour d'André Ullmann, directeur des cinémas Paramount en France[12]. À Paris, le personnel du Paramount se mobilise pleinement. Des aviateurs alliés sont cachés et dorment dans le cinéma, qui devient un lieu de stockage d'armes et d'explosifs pour la Résistance. Le courrier de la Résistance passe par le cinéma et des renseignements sont rapportés et dactylographiés par une agente clandestine qui travaille en tant qu'ouvreuse[13]. D'autres employés cachent chez eux des membres des troupes alliées[14].

Le 23 juin 1944, la Gestapo fait une descente au Paramount pour arrêter son directeur, René Lebreton, soupçonné d'être un membre actif de la Résistance[13]. Lebreton est libéré mais une seconde descente fait arrêter le projectionniste Ernest Béchet, membre du réseau Marco-Polo. Torturé pendant cinq jours, Béchet est déporté au camp de Buchenwald en août 1944. Il y restera près d'un an[14].

À la Libération de Paris, Paramount Pictures reprend le contrôle du cinéma et leur filiale française rouvre dès septembre 1944[15]. André Ullmann et Ernest Béchet recevront de multiples médailles et décorations militaires, ainsi que plusieurs ouvreuses et projectionnistes du Paramount[16].

L'ère des transformations

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L'architecte Vladimir Scob modernise la façade du Paramount en 1948, puis les intérieurs en 1958[17]. En parallèle, le cinéma s'équipe en décembre 1954 d'un écran large VistaVision, procédé développé par les ingénieurs de la Paramount en réponse au CinemaScope de la 20th Century-Fox. Le Paramount projette dans ce format Les Dix Commandements de Cecil B. DeMille, resté à l'affiche 32 semaines en 1958, ou encore Sueurs froides d'Alfred Hitchcock l'année suivante[7].

À partir de 1967, la programmation du Paramount est assurée par le circuit Parafrance. Le cinéma est racheté en juillet 1971 par Famous Players, filiale canadienne de Gulf+Western (propriétaire de Paramount Pictures), qui prend également une participation dans Parafrance[18],[19]. Face à la multiplication des cinémas Paramount en France, la salle prend le nom de Paramount-Opéra.

Les années 1970 vont transformer le Paramount-Opéra. D'abord divisé en deux salles en 1972, le complexe passe à trois salles en 1973 puis cinq en 1975 grâce à l'annexion de deux commerces rue de la Chaussée-d'Antin ; six en 1978 et enfin, sept salles en 1982. Face à la faillite du circuit Parafrance, le Paramount-Opéra reprend son autonomie en novembre 1985[20].

Des grands travaux de modernisation sont menés en 1995 puis en 2006[21].

Reprise par Pathé

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En octobre 2007, le groupe EuroPalaces, géré par Pathé, rachète le Paramount-Opéra à Viacom, propriétaire de Paramount Pictures[22]. Gaumont, bien que minoritaire au capital d'EuroPalaces, parvient à imposer son enseigne afin de rester en cohérence avec les autres cinémas du quartier[23]. Un an plus tard, le Paramount-Opéra devient ainsi le « côté Capucines » du Gaumont Opéra, jumelé au côté Français (5 salles) et au côté Premier (6 salles), formant un pôle de 18 écrans.

 
Chantier du Pathé Palace en 2021.

En 2017, Pathé reprend les parts de Gaumont au sein de leur circuit de salles. Le Gaumont Opéra (côté Capucines) ferme ses portes en octobre 2019 pour entamer un vaste projet de restructuration, confié au cabinet d'architectes Renzo Piano Building Workshop. L'immeuble de bureaux rue de la Chaussée-d'Antin est racheté par Pathé puis l'ensemble démoli, tout en conservant et restaurant les façades et la rotonde, inscrites aux Monuments historiques[24].

Le Pathé Palace, nouveau nom du lieu, intègrera sept salles de cinéma haut de gamme (à l'instar du Pathé Parnasse) avec un restaurant, un bar, une pâtisserie, un espace de cotravail et le siège du groupe Pathé. L'ouverture est prévue en juin 2024[25],[1].

Moyens d'accès

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Le Pathé Palace est desservi par la station Opéra du métro de Paris (sur les lignes 3, 7 et 8) et par la station Chaussée d'Antin - La Fayette (lignes 7 et 9). Il est également accessible avec les bus 20, 21, 22, 52, 53, 66 et 95.

Notes et références

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  1. L'actuel cinéma UGC Opéra, à proximité, porta également le nom de Pathé Palace de 1911 à 1924.

Références

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  1. a et b Léna Lutaud, « Pourquoi deux cinémas mythiques de la capitale ferment leurs portes », Le Figaro,‎ (lire en ligne).
  2. « Le Vaudeville va disparaître », Excelsior, no 5223,‎ , p. 4 (lire en ligne).
  3. « La grave question du Vaudeville », Comœdia, no 4504,‎ , p. 1 (lire en ligne).
  4. « Un théâtre bien parisien, le Vaudeville, s'en va », Excelsior, no 5378,‎ , p. 6 (lire en ligne).
  5. « New-York inaugure, Paris construit », Comœdia, no 5120,‎ , p. 3 (lire en ligne).
  6. « Ceux qui étaient au Paramount », Comœdia, no 5438,‎ , p. 2 (lire en ligne).
  7. a et b Thierry Béné, « Cinéma Paramount Opéra à Paris », sur salles-cinema.com, (consulté le ).
  8. « Théâtres, cinémas, spectacles divers », La Journée industrielle, no 3558,‎ , p. 2 (lire en ligne).
  9. « Le Théâtre Paramount a 35 ans », Le Film français,‎ , p. 19.
  10. Jean-Pierre Bertin-Maghit, « Roger Richebé, un producteur sous l'Occupation : questions aux archives », dans Laurent Creton, Histoire économique du cinéma français : Production et financement 1940-1959, Paris, CNRS Éditions, (ISBN 978-2-271-06224-6, lire en ligne), p. 125-148.
  11. Roger Richebé, Au-delà de l'écran : 70 ans de la vie d'un cinéaste, Éditions Pastorelly, , 273 p. (ISBN 978-2-203-44414-0).
  12. (en) Ross Melnick, « A New Battleground : U.S. Exhibitors Under Nazi Occupation, 1941–1945 », dans Hollywood's Embassies : How Movie Theaters Projected American Power Around the World, New York, Columbia University Press, (ISBN 978-0-231-20150-6), p. 64-75.
  13. a et b (en) Paul Perez, « Now It Can Be Told… », Boxoffice,‎ , p. 22-23.
  14. a et b (en) « André Ullmann Recounts Epic Story of Courage Under Bitterest Conditions », Paramount International News,‎ , p. 10-11.
  15. (en) « Robert Schless Leaves for European Post », The Exhibitor, vol. 33, no 24,‎ , p. 24 (lire en ligne).
  16. « Décoration des employés du Théâtre Paramount », La Cinématographie française, no 1186,‎ , p. 9 (lire en ligne).
  17. « Modernisation de la façade du Paramount de Paris », La Cinématographie française, no 1292,‎ , p. 141-142 (lire en ligne).
  18. « Famous Players (Canada) achèterait des cinémas à Londres et à Paris », La Presse,‎ , p. 50 (lire en ligne).
  19. (en) Manjunath Pendakur, Canadian Dreams and American Control : The Political Economy of the Canadian Film Industry, Garamond Press, , 331 p. (ISBN 0-920059-93-7), p. 114.
  20. Pierre Rival, « Parafrance : la reprise par les frères Stevens entraîne la dissolution de Groupement n° 1 et le démantèlement du quatrième circuit national », Le Film français, no 2064,‎ , p. 6-7.
  21. « Focus exploitant : le Paramount Opéra », Côté Cinéma, no 79,‎ , p. 44-45 (lire en ligne).
  22. Gaumont, « Document de référence 2007 », sur gaumont-finance.com, (consulté le ).
  23. Nicolas Seydoux, Le cinéma, 50 ans de passion, Gallimard, , 464 p. (ISBN 978-2-07-303143-3), p. 274.
  24. Bouygues Bâtiment Ile-de-France, « Le cinéma Pathé Capucines fête la fin du gros œuvre, et se refait un nom : Pathé Palace ! », sur bouygues-batiment-ile-de-france.com, (consulté le ).
  25. Marion Delique, « Le Pathé Palace validé en CDACi », Boxoffice Pro,‎ (lire en ligne).

Voir aussi

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Articles connexes

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Liens externes

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