Natation aux Jeux olympiques d'été de 1924

Natation aux Jeux olympiques d'été de 1924
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Généralités
Sport Natation sportiveVoir et modifier les données sur Wikidata
Éditions 7e
Lieu(x) Paris, France
Date au
Participants 211 engagés, 173 concurrents
Épreuves 11

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1896 1900 1904 1908 1912 1920 1924 1928 1932 1936 1948 1952 1956 1960 1964 1968 1972 1976 1980 1984 1988 1992 1996 2000 2004 2008 2012 2016 2020

Les épreuves de natation lors des Jeux olympiques d'été de 1924 organisés à Paris se déroulent du au .

Le programme des Jeux de 1924 est fixé jusqu'aux Jeux de Melbourne en 1956. Pour les hommes : en nage libre : 100, 400 et 1 500 mètres en individuel et un relais 4 × 200 mètres ; en dos : 100 mètres ; en brasse : 200 mètres. Pour les femmes : en nage libre : un 100 et un 400 mètres en individuel et un relais 4 × 100 mètres ; en dos : 100 mètres ; en brasse : 200 mètres.

Pour la première fois, les épreuves de natation ont lieu dans un bassin long de 50 mètres, permanent destiné à être conservé ensuite : le stade aquatique des Tourelles. Pour la première fois aussi, les couloirs de nage sont matérialisés par des lignes de bouchons.

OrganisationModifier

L'organisation des épreuves nautiques aux Jeux de Paris est confiée au poloïste olympique Émile-Georges Drigny[1].

Stade nautiqueModifier

 
La piscine des Tourelles pour les Jeux de 1924 : vide et remplie.

Pour la première fois, les épreuves de natation ont lieu dans un bassin permanent destiné à être conservé ensuite : le stade aquatique des Tourelles[N 1].

Au printemps 1921, lorsqu'il est certain que Paris va organiser les Jeux de 1924, se pose la question de la création des infrastructures. Dans un premier temps, la municipalité de Paris et le comité d'organisation lancent un concours d'architecture pour les divers stades et le village olympique. En parallèle, divers emplacements sont envisagés : le Stade Pershing réaménagé, le Parc des Princes ou la Porte Dorée. Le stade nautique est alors prévu dans les fossés des fortifications de Paris, Porte des Lilas, au nord-est de la ville. Finalement, en avril 1922, tous ces projets sont abandonnés quand le comité d'organisation passe un accord avec le Racing Club de France pour la construction des installations sur ses terrains à Colombes. Le stade nautique doit alors être construit avec des tribunes pouvant accueillir 3 000 personnes de façon permanente plus des tribunes provisoires pour 7 000 de plus lors des Jeux[2]. Malgré tout, fin mars 1923, la ville de Paris et le Conseil général de la Seine financent la construction du stade aquatique des Tourelles (à nouveau Porte des Lilas), pouvant lui aussi accueillir 10 000 personnes. Il est mis à la disposition de l'organisation des Jeux. Le stade nautique, presque achevé à Colombes, est alors abandonné[3].

Émile-Georges Drigny, alors secrétaire général de la Fédération française de natation et de sauvetage, suggère des modifications du bassin, acceptées par la FINA. Alors qu'il était long de 100 mètres à Londres en 1908, Stockholm en 1912 ou Anvers en 1920, pour la première fois, et pour tous les Jeux suivants, il est long de 50 mètres. La commission technique de l'organisation des Jeux et la Fédération française de natation et de sauvetage avaient demandé aux architectes de la piscine de prévoir des rigoles latérales pour briser les vagues, mais ne l'avaient pas obtenu. Finalement, l'utilisation de « lignes d'eau » matérialisant des couloirs de nage par des lignes de bouchons a deux effets positifs. Les lignes de bouchons servent de brise-vague, remplaçant avantageusement les rigoles latérales. Surtout, elles évitent les réclamations pour gêne entre nageurs. Les lignes d'eau, utilisées pour la première fois lors des Jeux de Paris sont ensuite généralisées[1],[4]. Un mécanisme contre les faux départs avait aussi été suggéré à la FINA qui avait refusé[4]. Enfin, il semble que le bassin des Tourelles ait disposé d'un système de chauffage de l'eau à une température idéale pour les nageurs[N 2],[4].

ProgrammeModifier

Le programme des épreuves est définitivement fixé et inchangé, au moins jusqu'aux Jeux de Melbourne en 1956[1].

Le programme masculin aux Jeux de Paris en 1924 est le même qu'aux Jeux de Londres en 1908 où il a commencé à être fixé : en nage libre : 100, 400 et 1 500 mètres et un relais 4 × 200 mètres ; en dos : 100 mètres ; en brasse : 200 mètres. L'éphémère 400 mètres brasse présent à Stockholm en 1912 et Anvers en 1920 a en effet été retiré définitivement du programme olympique masculin qui n'évolue alors plus jusqu'aux Jeux de Melbourne en 1956[5].

Le programme féminin continue à évoluer et à être étoffé. Il comptait deux épreuves à Stockholm en 1912 (en nage libre : un 100 mètres individuel et un relais 4 × 100 mètres) puis trois épreuves à Anvers en 1920 (en nage libre : un 100 et un 300 mètres en individuel et un relais 4 × 100 mètres). Aux Jeux de Paris en 1924, on monte à cinq épreuves : en nage libre : un 100 et un 400 mètres en individuel et un relais 4 × 100 mètres ; en dos : 100 mètres ; en brasse : 200 mètres. Ce programme féminin n'évolue plus non plus jusqu'aux Jeux de 1956[5].

EngagementsModifier

Au total, 23 nations engagent 211 nageurs et nageuses. En enlevant les forfaits, ce sont finalement 173 nageurs et nageuses qui participent aux épreuves des Jeux de Paris[6].


DéroulementModifier

 
Finale du 1 500 mètres nage libre aux JO de 1924 (stade aquatique des Tourelles).

Comme lors des Jeux précédents, la domination des nageurs et nageuses des États-Unis est totale, laissant peu de place aux autres nations. Seuls la Britannique Lucy Morton, aux 200 mètres brasse et l'Australien Andrew Charlton aux 1 500 mètres nage libre empêchent les nageurs et nageuses américains de remporter toutes les médailles d'or. Johnny Weissmuller prend la succession de Duke Kahanamoku sur le 100 mètres nage libre, mais en plus, il s'impose aussi sur le 400 mètres[7],[1]. Warren Kealoha conserve son titre sur 100 mètres dos. La jeune (quinze ans) Martha Norelius est la première championne olympique du 400 mètres nage libre ; Sybil Bauer, la première sur 100 mètres dos ; et la Britannique Lucy Morton la première sur 200 mètres brasse. Dans cette course, la Néerlandaise Marie Baron avait nagé min 22 s 6 en séries, soit cinq secondes plus vite que la première qualifiée l'Américaine Agnes Geraghty et dix secondes plus vite que la finale. Elle a cependant été disqualifiée pour virage incorrect[1].

Johnny Weissmuller, vainqueur du 100 mètres chez les hommes et Ethel Lackie qui remporte la même distance chez les dames, sont tous deux entraînés par Bill Bachrach (en) qui est le coach de l'Illinois Athletic Club. Il faut attendre les Jeux de 1956 pour que ce fait se reproduise[1].

La médaille d'argent de Kahanamoku sur le 100 mètres nage libre est sa dernière médaille olympique ; sa première remontait aux Jeux de Stockholm, douze ans plus tôt[7],[8]. La médaille de bronze de l'Australien Frank Beaurepaire sur le 400 mètres nage libre est aussi sa dernière médaille olympique ; sa première remontait aux Jeux de Londres, seize ans plus tôt[8].

Les Jeux de Paris sont aussi marqués par une innovation sur le virage en sprint en nage libre. Jusque là, le nageur pratiquait ce qu'on appelait le « virage de surface » : il s'agrippait au mur, pivotait et ne lâchait le mur que lorsqu'il s'apprêtait à pousser. Après la Première Guerre mondiale, la nageur américain Perry McGillivray avait mis au point le « virage plongeant », rendu célèbre lors des Jeux de 1924 par Johnny Weissmuller, à tel point que le virage est surnommé « virage Weissmuller ». Le nageur se contente de toucher rapidement le mur tout en pivotant en même temps et il repart avec une poussée sous l'eau. La « culbute » n'arrive que plus tard et là encore uniquement sur le sprint. En effet, le « virage de surface » reste utilisé en demi-fond des années 1930 aux années 1950. Dawn Fraser lors de ses médailles sur le 100 mètres nage libre (de 1956 à 1964) continue à utiliser le « virage de surface », sans toutefois s'agripper. Il faut attendre le changement de règlement de la FINA en 1965 pour que la culbute se généralise[9].

Tableau des médaillesModifier

Rang Pays       Total
1   États-Unis 9 5 5 19
2   Grande-Bretagne 1 2 1 4
3   Australie 1 1 2 4
4   Suède 0 2 2 4
5   Belgique 0 1 0 1
6   Hongrie 0 0 1 1
Total 11 11 11 33

PodiumsModifier

HommesModifier

Épreuves Or Argent Bronze
Nage libre
100 m Johnny Weissmuller
  États-Unis
59 s (RO)
Duke Kahanamoku
  États-Unis
min 1 s 4
Samuel Kahanamoku
  États-Unis
min 1 s 8
400 m Johnny Weissmuller
  États-Unis
min 4 s 2 (RO)
Arne Borg
  Suède
min 5 s 6
Andrew Charlton
  Australie
min 6 s 6
1 500 m Andrew Charlton
  Australie
20 min 6 s 6 (RM) et (RO)
Arne Borg
  Suède
20 min 41 s 4
Frank Beaurepaire
  Australie
20 min 48 s 4
Dos
100 m Warren Kealoha
  États-Unis
min 13 s 2 (RO)
Paul Wyatt
  États-Unis
min 15 s 4
Károly Bartha
  Hongrie
min 17 s 8
Brasse
200 m Robert Skelton
  États-Unis
min 56 s 6
Joseph De Combe
  Belgique
min 59 s 2
William Kirschbaum
  États-Unis
min 1 s
Relais
4 × 200 m nage libre   États-Unis
Ralph Breyer
Harrison Glancy
Wally O'Connor
Johnny Weissmuller
min 53 s 4 (RM) et (RO)
  Australie
Andrew Charlton
Moss Christie
Frank Beaurepaire
Ernest Henry
10 min 2 s 2
  Suède
Arne Borg
Åke Borg
Orvar Trolle
Georg Werner
10 min 6 s 8

FemmesModifier

Épreuves Or Argent Bronze
Nage libre
100 m Ethel Lackie
  États-Unis
min 12 s 4
Mariechen Wehselau
  États-Unis
min 12 s 8
Gertrude Ederle
  États-Unis
min 14 s 2
400 m Martha Norelius
  États-Unis
min 2 s 2 (RO)
Helen Wainwright
  États-Unis
min 3 s 8
Gertrude Ederle
  États-Unis
min 4 s 8
Dos
100 m Sybil Bauer
  États-Unis
min 23 s 2 (RO)
Phyllis Harding
  Grande-Bretagne
min 27 s 4
Aileen Riggin
  États-Unis
min 28 s 2
Brasse
200 m Lucy Morton
  Grande-Bretagne
min 33 s 2
Agnes Geraghty
  États-Unis
min 34 s
Gladys Carson
  Grande-Bretagne
min 35 s 4
Relais
4 × 100 m nage libre   États-Unis
Euphrasia Donnelly
Gertrude Ederle
Ethel Lackie
Mariechen Wehselau
min 58 s 8 (RM) et (RO)
  Grande-Bretagne
Florence Barker
Constance Jeans
Grace McKenzie
Vera Tanner
min 17 s
  Suède
Aina Berg
Gulli Ewerlund
Wivan Pettersson
Hjördis Töpel
min 35 s 6

AnnexesModifier

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BibliographieModifier

  • (it) Aronne Anghileri, Alla ricerca del nuoto perduto : I protagonisti, le storie, i fatti dimenticati di un secolo vissuto in acqua, t. 1, Milan, Cassina de' Pecchi, SEP editrice S.R.L., , 670 p. (ISBN 88-87110-27-1).
  • (it) Aronne Anghileri, Alla ricerca del nuoto perduto : le statistiche, t. 2, Milan, Cassina de' Pecchi, SEP editrice S.R.L., , 130 p. (ISBN 88-87110-27-1).
  • A. Avé (dir.), Les Jeux de la VIIIe Olympiade Paris 1924 : Rapport officiel, Paris, La Librairie de France, , 852 p.
  • Françoise Hache, Jeux olympiques : La flamme de l'exploit, Paris, Gallimard, coll. « Découvertes », , 176 p. (ISBN 2-07-053173-2).
  • François Oppenheim, Histoire de la natation mondiale et française, Paris, Chiron, coll. « Chiron-Sports », , 359 p. (ISBN 2-7027-0265-1).
  • (en) Ellen Phillips, The Olympic Century : VIII Olympiad, Paris 1924 & St-Moritz 1928, Los Angeles, World Sport Research & Publications Inc., , 176 p. (ISBN 1-888383-08-9).
  • Gérard Schaller (dir.) et Jacques Hennaux (dir.), Les Jeux olympiques : d'Athènes à Athènes, t. 1, Paris, L'Équipe, , 272 p. (ISBN 2-9512031-7-9).

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. À Athènes en 1896, les épreuves ont lieu dans la baie du Pirée ; à Paris en 1900 dans la Seine ; à Saint-Louis en 1904 dans le lac artificiel d'un parc de la ville ; à Londres en 1908 dans un bassin creusé dans le stade olympique ; à Stockholm en 1912 dans un bassin éphémère installé dans une baie de la ville ; à Anvers en 1920 dans un bassin éphémère dans les douves des fortifications. (Oppenheim 1977, p. 29-32 et 58-62).
  2. À Anvers, l'eau était entre 12° à 16° (Oppenheim 1977, p. 62), (Anghileri 2002, p. 130).

RéférencesModifier

  1. a b c d e et f Oppenheim 1977, p. 63.
  2. Avé 1924, p. 42-46.
  3. Avé 1924, p. 47, 50 et 437.
  4. a b et c Avé 1924, p. 437.
  5. a et b Oppenheim 1977, p. 39.
  6. a et b Avé 1924, p. 448-456, 474-478, 485-488 et 727-762.
  7. a et b Hache 1992, p. 59.
  8. a et b Oppenheim 1977, p. 64.
  9. Oppenheim 1977, p. 64-65.