Ouvrir le menu principal

Menstruation

Désagrégation progressive de la couche fonctionnelle de l'endomètre en l'absence de grossesse, véhiculée par des pertes de sang évacuées par l'utérus
Morceau de papier hygiénique comportant du sang menstruel à la couleur vive.
Du sang menstruel humain et frais sur un papier hygiénique.

La menstruation, ou règles, désigne l'écoulement périodique d'un fluide biologique complexe composé de sang, de sécrétions vaginales, et de cellules endométriales de la paroi utérine, évacué par le vagin. Ce fluide d'apparence sanguine est une manifestation visible du cycle menstruel des femmes et des femelles en âge de procréer de certaines espèces de mammifères. Parmi ces espèces se trouvent majoritairement des primates : tous les Catarhiniens ou presque (singes de l'Ancien monde, dont fait partie l'espèce humaine), ainsi que certains Platyrhiniens (singes du Nouveau monde)[1]. Des chauves-souris et une espèce de musaraigne, le macroscélide de Peters présentent aussi cette caractéristique physiologique[2].

Les menstrues correspondent à l'évacuation de la couche superficielle de la muqueuse de l'utérus, l'endomètre, qui s'était constitué plus tôt durant le cycle menstruel pour accueillir un éventuel œuf fécondé. En l'absence de fécondation, la surface de l'endomètre, richement vascularisé, est alors évacuée par le vagin sous forme d'un saignement plus ou moins abondant, sur une période pouvant durer de trois à dix jours, et pouvant s'accompagner de douleurs.

Dans l'espèce humaine, la première menstruation ou « ménarche » apparaît entre la préadolescence et l'adolescence, et ce phénomène s’arrête définitivement lors de la ménopause. Les menstruations sont généralement interrompues durant la grossesse. Les saignements sont communément absorbés par des protections hygiéniques. Culturellement, les règles sont souvent associées à l'impureté et à une contrainte. Chez la femme, le volume des pertes menstruelles est compris entre 50 et 60 mL de sang, mais varie entre les individus et selon les cycles[3].

ÉtymologieModifier

Le terme menstruation vient du mot latin mensis « mois » (proche du grec mene, la lune) qui évoque une parenté avec les cycles lunaires mensuels.

GénéralitésModifier

Les menstruations sont l'écoulement d'un fluide biologique complexe composé de sang, de sécrétions vaginales, et de cellules endométriales de la paroi utérine[4]. Elles surviennent généralement après un cycle menstruel durant lequel l'ovule n'a pas été fécondé.

Les premières règles ou ménarches apparaissent à une âge variable selon les individus, estimé entre 12 et 13 ans. Elles peuvent toutefois survenir beaucoup plus tôt ou beaucoup plus tard, sans que cela ne soit révélateur d'une affection. Les règles peuvent mettre plusieurs cycles à devenir régulières[5].

L'hypothétique effet McClintock indiquerait que lorsque plusieurs femmes vivent ensemble, il y a synchronisation des règles. Cependant, cet effet est largement controversé et les preuves scientifiques actuelles tendent à indiquer l'absence de phénomène de synchronisation, la synchronisation constatée serait due au hasard. Ce phénomène a été observé chez d'autres animaux comme la souris sous la forme d'une synchronisation des œstrus au sein d'un même groupe, phénomène appelé effet Whitten[6].

Changement de la vie reproductive chez la femme moderne par rapport à autrefoisModifier

Dans l’histoire de l’humanité, le fait qu'une femme a des menstruations chaque mois est très récent[7],[8]. Les femmes préhistoriques alternaient grossesse et allaitement presque de manière continue, donc sans avoir de menstruation[7], étant enceinte à nouveau avant d'avoir fini l'allaitement du précédent enfant[7].

Le nombre de menstruations au cours de la vie varie. Il est estimé qu'une femme américaine a environ 450 menstruations durant sa vie, alors qu'une femme aborigène d'Australie en a environ 180, en raison du nombre plus élevé d'enfants conçus et de l'allaitement consécutif à la grossesse. Il est également estimé que les femmes du Paléolithique étaient peu réglées, en raison de leur courte espérance de vie, du nombre de grossesse vécues et de l'allaitement consécutif, mais aussi en raison de leur activité physique ou de leur mauvais état de santé, périodes pouvant provoquer une absence de règles[9].

La vie reproductive de la femme moderne est différente de celle ses ancêtres [8], l'augmentation des périodes de menstruation chez la femme dans la société moderne encline la femme à devenir carencée en fer[8]. Les ancêtres de l'homme avaient uniquement une dizaine de menstruations dans leur vie[10].

  1. la réduction des naissances[8] de manière artificielle entraînant des menstruations régulières peut être une cause d'anémie[11]. Dans les sociétés traditionnelles, et dans l'histoire de l'humanité, les femmes faisaient beaucoup d'enfants[10].
  2. Le raccourcissement de la période l'allaitement entraine une augmentation de la fréquence des menstruations[8]. Dans les sociétés traditionnelles, par exemple les inuits,les enfants étaient allaités 3 ans en moyenne[12], pour les femmes préhistoriques c'était 5 ans[13]. Or allaiter entraine une aménorrhée de lactation, soit une absence de menstruation et des besoins en fer de 9 mg par jour, soit 2 fois moins qu'une femme avec menstruation.

FertilitéModifier

Les spermatozoïdes peuvent survivre dans le corps de la femme pendant une période de 2 à 5 jours et l'ovule environ 24 heures. La période de fécondation commence donc cinq jours avant l'ovulation et se termine une journée après celle-ci.

La période de menstruation, lorsque les cycles sont régulièrement établis, est donc peu fertile mais le reste néanmoins[14].

PhysiologieModifier

 
Cycle Menstruel et hormonal

La fonction de reproduction, c'est-à-dire la production des gamètes et des hormones gonadiques, est contrôlée par l'axe hypothalamo-hypophysaire. L'hypothalamus synthétise et libère de manière pulsative une hormone peptidique (GnRH = hormone gonadolibérine) qui stimule la libération par l'hypophyse antérieure de deux hormones FSH et LH. Les hormones principales ovariennes impliquées dans le contrôle du cycle menstruel sont les œstrogènes, la progestérone et l'inhibine. Au début du cycle, l'hypophyse antérieure (glande pituitaire) libère la FSH (hormone stimulant la folliculogenèse) signalant au follicule immature de grandir dans les ovaires. Le follicule est un sac contenant l'ovocyte. Normalement, un seul ovule est produit par cycle. Il n'y a pas de coordination gauche/droite. Le même ovaire peut donc théoriquement émettre un ovule plusieurs mois de suite. En fait, la présence d'un corps jaune dans un ovaire perturbe fortement la sélection du follicule dominant, de telle sorte que chez 88 % des femmes, l'ovulation se produit alternativement dans un ovaire, puis dans l'autre. Le premier follicule à se développer sécrète de l'inhibine. Les niveaux d'œstrogènes montent quand l'hormone est sécrétée par le follicule qui se développe. Ce taux d'œstrogènes est à son maximum juste avant l'arrivée de l'ovulation. L'ovulation a lieu le 14e jour du cycle, environ 36 h après le pic de LH (hormone lutéotrophe) libérée par l'hypophyse antérieure. Ce pic de L.H est provoqué par l'importante quantité d'œstrogènes qui étaient présents juste avant l'ovulation[15].

Après l'ovulation, œstrogènes et progestérone sont chacun sécrétés par le corpus luteum (ou corps jaune) qui se développe à partir du follicule rompu et reste dans l'ovaire. Le rôle de la progestérone est de préparer le corps pour une éventuelle grossesse. En particulier, la progestérone provoque une augmentation de la température basale d'environ 0,3 °C. Cette augmentation de la température peut être utilisée pour détecter l'ovulation.

Si aucune grossesse n'intervient le corpus luteum dégénère et le niveau des hormones chute brutalement, ce qui provoque l'élimination de l'endomètre lors de la menstruation.

S'il y a une grossesse, le placenta produit les hormones pour interrompre le cycle menstruel :

  • hCG (hormone gonadotrophine chorionique humaine) pour garder le corpus luteum ;
  • inhibine pour empêcher une autre ovulation.

Absence de règlesModifier

Article détaillé : Aménorrhée.

L'absence de règles est désignée sous le terme d'« aménorrhée ». Elle peut être primaire ou secondaire.

Une fois les premières menstruations apparues et régulièrement établies, l'absence de règles, ou aménorrhée secondaire, traduit généralement une grossesse et peut se prolonger pendant l'allaitement (aménorrhée de lactation). À partir de l'âge de 40 à 50 ans, il peut s'agir de l'apparition de la ménopause. D'autres facteurs très fréquents peuvent causer une disparition des règles : maladies graves, prises de certains médicaments, anorexie, pratique sportive intensive, troubles d'origines utérine ou ovarienne[16].

Aménorrhée de lactationModifier

Article détaillé : Aménorrhée de lactation.

L'allaitement consécutif à une grossesse aboutit à une anovulation ainsi qu'à la suspension des règles, dues à l'action sur l'axe hypothalamo-hypophysaire des stimulations mamelonnaires liés à la succion et aux stimuli neurosensoriels[17].

Contraception hormonaleModifier

Il est possible de choisir d'avoir des règles ou non par l'utilisation d'un moyen de contraception hormonal comme une pilule combinée prise sans interruption, une pilule progestative prise en continu, un DIU hormonal, un implant progestatif, un anneau contraceptif ou encore un patch pris sans interruption[18].

ConséquencesModifier

FluxModifier

DouleursModifier

Articles détaillés : Dysménorrhée et Congé menstruel.

Chez certaines femmes, une douleur pelvienne (au niveau du bassin) ou des crampes de l'utérus, appelées dysménorrhées peuvent précéder et accompagner la période des règles. Elle peut s'associer dans le cadre du syndrome prémenstruel (ou SPM) à des douleurs, des malaises, de la fatigue, dans certains cas à une anémie. Ces douleurs peuvent perturber la vie quotidienne ou le sommeil et entraîner une irritabilité. Certaines femmes peuvent également ressentir des maux de tête, une douleur dans le bas du dos ou une tension des seins (qui peuvent augmenter de volume en fin de cycle), et rendre nécessaire le changement de taille de soutien-gorge.

Une étude indique une correlation entre la présence d'anémie et les troubles menstruels notamment la dysménorrhée, le syndrome prémenstruel, et les cycles irréguliers ou d'une longueur anormale[19].

On distingue généralement les dysménorrhées primaires, liées à l'effet des prostaglandines, qui affectent en priorité les adolescentes lors des premières années de leurs règles, et qui sont le plus souvent sans gravité, bien que pouvant être invalidantes, et les dysménorrhées secondaires, liées à de nombreuses pathologies possibles, dont l'endométriose. Dans le premier cas, les pharmaciens peuvent délivrer des traitements de type anti-inflammatoire non stéroïdien, en l'absence de contre-indications. Dans le second cas, ou lorsque les traitements sont inefficaces, il est nécessaire de consulter un médecin[20].

Ces douleurs poussent certains pays à instituer un « congé menstruel » pour les femmes concernées :

  • le Japon depuis 1947 : les employeurs doivent déterminer la durée autorisée des absences et si elles sont rémunérées ou non ; seules 0,09 % des Japonaises osent le prendre en 2016, contre 1,6 % en 2004, 9,2 % en 1985 et 26,2 % en 1965 ; 17,8 % prennent systématiquement des anti-douleurs et 31,8 % en prennent « parfois »[21] ;
  • l'Indonésie depuis 1948 ; cependant, depuis la modification de la loi en 2003, l'employeur n'est plus obligé de payer ses salariées quand elles veulent bénéficier de ce congé et les femmes doivent désormais subir un examen médical afin de prouver qu'elles ont bien leurs règles[21] ;
  • la Corée du Sud depuis 2001 : chaque salariée a droit à un jour de congé (non payé) par mois[21] ;
  • Taïwan depuis 2013 : les femmes ont droit à trois jours de congés menstruels payés supplémentaires par an, additionnés aux 30 jours de congés maladie à moitié payé auquel tous les employés ont droit[21] ;
  • en 2015, la Zambie institue une « fête des mères » qui accorde aux salariées un jour de repos supplémentaire chaque mois, sans certificat médical et indépendamment de l'âge de l'employée[22].

En Italie, un projet de loi autorisant les femmes à prendre trois jours de congés payés par mois en cas de règles douloureuses, a été présenté en mars 2017[21].

Selon la gynécologue Brigitte Letombe, opposée à la mise en place de ce congé : « Les femmes ne doivent pas rester chez elles en cas de règles insupportables à chaque cycle. » et doivent consulter « Contrairement à une croyance populaire, il n’est pas normal d’avoir mal pendant cette période. Cela peut cacher une pathologie plus grave, comme l’endométriose. Selon l’Inserm, 40 % des femmes qui souffrent de douleurs chroniques pelviennes intenses, notamment au moment des règles, en sont atteintes »[23].

Risque de carence en ferModifier

Article détaillé : Carence martiale.

Il y a un risque de carence martiale , déficit en fer avec anémie (anémie ferriprive) ou sans anémie (carence en fer sans anémie), chez la femme moderne[8].

Chez la femme en âge de procréer, les principales causes d'anémie ferriprive sont la menstruation et la perte de fer associée à la grossesse[24].

Dans le monde, 30% des femmes agées entre 15 et 49 ans sont anémiques[25].

Les femmes qui ont des menstruations ont des besoins en fer (18mg par jour) 2 fois supérieurs aux hommes (8mg par jour) et aux femmes allaitantes(9mg par jour)[26].

Sachant que concernant le fer les apports nutritionnels conseillés, hors carence en fer, pour les femmes adultes (hors grossesse et allaitement) sont de 18 mg par jour, soit l'équivalent de 750g de steak par jour (2,4mg de fer dans 100g de steak). Selon une étude, les femmes adultes avec des menstruations devraient avoir 18,9 mg; et les femmes adolescentes avec menstruation devraient avoir 21,4 mg de fer par jour[27].

Une étude indique qu'obtenir 18mg de fer par jour peut rarement être atteint avec les aliments ordinaires disponibles[28]. Sachant que sur les 18mg que contiennent la nourriture, seuls 10% seront absorbés[28]. Il a été établit que 1,8mg de fer doit être assimilé pour satisfaire les besoins de 80 à 90 % des femmes[28].

En 1994, l'alimentation de 92% des femmes anglaises entre 16 et 50 ans n'atteignait pas 14,8mg de fer[29].

Histoire et sociétésModifier

La menstruation est un phénomène physiologique « spectaculaire », à l'origine de nombreux croyances et tabous culturels souvent liés à l'idée d'impureté.

Dans l'Europe pré-chrétienne les règles sont partie prenante d'une ritualisation du passage des saisons, qui concernent aussi bien la terre, les plantes que la reproduction humaine. L'ethnologue Sylvie Muller explique ainsi la place des règles dans le calendrier de l'ancienne Irlande paysanne :

« Au printemps, les fleurs signalent la disponibilité d’un potentiel fécond, exploité en Irlande par les mariages de février ; en été, se déroule la gestation des fruits ; en automne ont lieu la récolte et l’accouchement ; enfin, l’hiver correspond à la saison de la mort, de la menstruation et des sacrifices sanglants, pendant laquelle se constitue le terreau, lequel est composé des vies mortes qui nourriront le prochain cycle saisonnier[30]. »

Chez les Oglalas, un rite de passage nommé Išnati Awicalowanpi isolait les jeunes filles en ménarche. On leur attribuait temporairement un tipi à l'extérieur du village. Une femme d'expérience, choisie par la famille, avait comme rôle de voir à ses besoins et de lui enseigner ses futures tâches d'épouse et de mère. Une dizaine de jours après l'apparition des premières menstruations, une cérémonie était menée par un chaman. L'invocation de l'esprit du buffle avait pour but d'assurer la fécondité de la jeune fille et de marquer son passage du monde des enfants à celui des adultes.[31]

ReligionsModifier

Les religions sémitiques (notamment juives et musulmanes) associent différentes croyances et interdits aux règles. Les femmes sont considérées en état d'impureté rituelle lorsqu'elles ont leurs règles. En Islam, pendant son cycle menstruel[32], la femme musulmane n'a pas le droit de faire sa prière ni son jeûne ni d'avoir un rapport sexuel (avec pénétration) avec son mari. Par ailleurs, pendant le pèlerinage de la Mecque, la circumambulation lui est interdite.

Dans la Bible, le Lévitique décrit l'impureté des objets qui touchent les règles de la femme :

« La femme qui aura un écoulement de sang restera 7 jours dans la souillure de ses règles. Si quelqu'un la touche, il sera impur jusqu'au soir.
Tout lit sur lequel elle couchera pendant ses règles sera impur et tout objet sur lequel elle s'assiéra sera impur.
Si quelqu'un touche son lit, il lavera ses vêtements, se lavera dans l'eau et sera impur jusqu'au soir.
Si quelqu'un touche un objet sur lequel elle s'est assise, il lavera ses vêtements, se lavera dans l'eau et sera impur jusqu'au soir.
S'il y a quelque chose sur le lit ou l'objet sur lequel elle s'est assise, celui qui y touchera sera impur jusqu'au soir.
Si un homme couche avec elle, si la souillure des règles de cette femme vient sur lui, il sera impur pendant 7 jours et tout lit sur lequel il couchera sera impur.
La femme qui aura un écoulement de sang pendant plusieurs jours en dehors de ses règles, ou dont les règles dureront plus que d'habitude, sera impure pendant toute la période de son écoulement, comme pendant ses règles[33]. »

InterditsModifier

Dans les sociétés traditionnelles, il existe également des croyances très diverses liées aux menstruations. La question de la contamination est par exemple présente chez les Marquisiens :

« Les menstruations étaient entourées de plusieurs restrictions, et étaient la principale raison pour laquelle les femmes étaient regardées comme impures et impies. Les femmes ayant leurs règles devaient être évitées sous peine de contracter la lèpre, par contamination par contact avec elles, ou avec le fluide menstruel ou avec leurs vêtements. Les restrictions liées aux menstruations ont ensuite été étendues à toutes les femmes pubères à toutes les occasions. Il était interdit aux femmes de passer au-dessus de tout objet ou structure, ou de passer au-dessus de la tête d'une personne. Ainsi, une femme ne pouvait pas s'asseoir sur la selle d'un homme, aller en canoë, ou s'asseoir sur une chaise ou sous le porche d'une maison si un enfant était également en dessous. Car autrement elle contaminait l'objet ou la personne. Et la contamination ne pouvait être enlevée qu'en tuant la femme, ou en détruisant l'objet, ou en pratiquant le rituel ha'a tahe tahe[34]. »

Le supposé pouvoir contaminant des règles reçoit à l'époque moderne diverses justifications. Au XIXe siècle, le criminologue italien Cesare Lombroso, dans le cadre d'une théorie sexiste et naturalisante de la criminalité, liait ainsi les menstruations à la criminalité féminine[35]. Les sexologues Masters et Johnson font état, concernant la même époque, d'une tentative de justification médicale, en Angleterre, de la croyance en un pouvoir corrupteur des règles sur la nourriture :

« En 1878, le prestigieux British Medical Journal édita une série de lettres de médecins qui donnaient des « preuves » que le contact d’une femme qui avait ses règles pouvait abîmer le jambon qu’elle avait touché[36]. »

En 1846, Victor Hugo cite l’exemple des catacombes de Paris, vouées en partie à la culture des champignons, et interdites aux femmes, dont les menstrues pouvaient « faire tourner et pourrir » les plantations. Lui-même affirme que l’indisposition périodique des actrices « fait tomber le blanc et le rouge » dont elles se maquillent[37].

Un tabou dans de nombreux paysModifier

En 2017, un groupe multinational vendant des protections périodiques, Essity, lance dans de nombreux pays une campagne publicitaire montrant un liquide rouge simulant le sang menstruel, au lieu du liquide bleu habituellement utilisé pour le représenter, avec le slogan Le sang c'est normal, le montrer devrait l'être aussi. Cette campagne déclenche en Australie les foudres de 600 téléspectateurs, qui se plaignent auprès de l'autorité de contrôle du caractère « désagréable », « inutile », « choquant et inapproprié », « dérangeant », « dégradant pour les femmes » de la campagne et du fait qu’elle « ne convient pas aux enfants », sans toujours réaliser que le sang affiché lors de scènes de violence ne les fait pas réagir comme l'analyse une chargée de cours en études de genre. D'autres s'inquiètent que le spot publicitaire, passé à une heure de grande écoute, ne les expose à des questions de la part de leurs enfants sur ce que sont les règles. L'organisme de contrôle de la déontologie publicitaire, Ad Standards, rejette les plaintes et donne raison au fabricant, notant que « la publicité faisait partie d’une campagne conçue, au contraire, pour normaliser les règles et éliminer toute stigmatisation de honte ou de gêne envers les femmes ». Une étude parue après cet incident montre que pour 3 australiennes sur 4 avoir ses règles est une honte, et 70 % d'entre elles préfèreraient rater un examen plutôt que leurs camarades apprennent qu'elles sont en période de menstruations[38].

Dans la majorité des pays où le groupe a décliné sa campagne, celle-ci n'a été relayée que sur Internet, les autorités locales l'ayant jugé « inappropriée », dont la France pour la marque Nana qui a jugé que « le sang sur une serviette est susceptible d’offenser le public. [38]»

En France aussi à l'époque contemporaine les premières règles sont généralement mal vécues par les jeunes filles. Les règles en effet sont largement associées à un sentiment de honte et de dégoût. Elles sont identifiées à une saleté à cacher, en particulier des hommes. Cela participe à faire considérer la condition féminine comme une contrainte[39].

EducationModifier

En 2018, selon l'UNESCO dans certains pays, les 2/3 des jeunes filles ignorent encore ce qui leur arrive quand leurs règles apparaissent[40].

L'ONU a mis à jour début 2018 ses principes directeurs internationaux sur l’éducation sexuelle en plaidant pour une éducation sexuelle "complète et de qualité" promouvant la santé et le bien-être, le respect des droits de l'homme et l'égalité des sexes, pour un passage plus facile et sûr de l'enfance à la vie adulte[40]. La connaissance du phénomène de menstruation est l'un des nombreux sujets que l'éducation sexuelle aborde (dans la famille et/ou à l'école).

ExpressionsModifier

Plusieurs expressions désignent les menstrues d'une femme.

Certaines font référence à la guerre : « les Anglais ont débarqué » remonte aux guerres napoléoniennes par référence aux armées britanniques qui ont débarqué en France suite à la bataille de Waterloo en 1815 et l'ont occupée jusqu'en 1818. Ces armées étaient en effet vêtues d'uniformes rouges et le lien avec le flux menstruel désagréable apparaît en 1820 dans le parler populaire parisien, en mauvais souvenir de l'occupant[41]. La métaphore de la couleur rouge est aussi utilisée en Belgique ou en Grèce avec l'expression « les Russes sont arrivés » (référence à l'Armée rouge), tandis qu'aux Pays-Bas on « hisse le drapeau rouge », voire le « drapeau japonais »[41].

« Avoir ses ragnagnas » utilise le mot ragnagna qui semble dériver du gascon « arrouganh » signifiant le désir ou l'envie[42].

« Avoir ses ourses » (ou « avoir ses ours ») est peut-être un glissement linguistique pour « avoir ses jours » (expression désuète) ou une référence à la déesse lunaire Artémis dont le nom signifie « ourse puissante »[43].

Notes et référencesModifier

  1. (en) Saltzman, Tardif & Rutherford, « Hormones and Reproductive Cycles in Primates », Hormones and Reproduction of Vertebrates Volume 5: Mammals,‎ , p. 291–327 (DOI 10.1016/B978-0-12-374928-4.10013-6, lire en ligne, consulté le 11 août 2018)
  2. Élise Thiébaut, Ceci est mon sang. Petite histoire des règles, de celles qui les ont et de ceux qui les font, La Découverte, , p. 17.
  3. (en) Miranda A. Farage et Howard I. Maibach, The Vulva: Anatomy, Physiology, and Pathology, CRC Press, , 344 p. (ISBN 978-0849336089), p. 155.
  4. Heyi Yang, Bo Zhou, Mechthild Prinz et Donald Siegel, « Proteomic Analysis of Menstrual Blood », Molecular & Cellular Proteomics : MCP, vol. 11, no 10,‎ , p. 1024–1035 (ISSN 1535-9476, PMID 22822186, PMCID 3494145, DOI 10.1074/mcp.M112.018390, lire en ligne, consulté le 3 novembre 2019) :

    « menstrual blood is a complex biological fluid composed of blood, vaginal secretions, and the endometrial cells of the uterine wall as they exist immediately prior to menses. »

  5. Martin Winckler, Tout ce que vous vouliez savoir sur les règles sans jamais avoir osé le demander, Fleurus, coll. « La santé en questions », , 143 p. (ISBN 978-2215094814), p. 55-56.
  6. Élise Thiébaut, Ceci est mon sang : Petite histoire des règles, de celles qui les ont et de ceux qui les font, La Découverte, , 248 p. (ISBN 978-2-7071-9292-9), p. 169-171.
  7. a b et c « TOUT CE QUE VOUS AVEZ TOUJOURS VOULU SAVOIR SUR LES RÈGLES SANS JAMAIS AVOIR OSÉ LE DEMANDER » (consulté le 13 novembre 2019), p. 31, 32,33 et 46, 47
  8. a b c d e et f D. Hugh Rushton et Julian H. Barth, « What is the evidence for gender differences in ferritin and haemoglobin? », Critical Reviews in Oncology/Hematology, vol. 73, no 1,‎ , p. 1–9 (ISSN 1879-0461, PMID 19394859, DOI 10.1016/j.critrevonc.2009.03.010, lire en ligne, consulté le 1er novembre 2019) :

    « This divergence between genders is aggravated by the lifestyle of modern women who have a very different reproductive history from their forebears. They reach sexual maturity at an earlier age, have fewer pregnancies and breastfeed for shorter periods of time; as a result they menstruate more frequently and therefore become more iron deficient. With the exception of a few countries, women of fertile years around the world have a negative iron balance. »

  9. Martin Winckler, Tout ce que vous vouliez savoir sur les règles sans jamais avoir osé le demander, Fleurus, coll. « La santé en questions », , 143 p. (ISBN 978-2215094814), p. 30-35.
  10. a et b (en) Quora, « How And Why Did Women Evolve Periods? », sur Forbes (consulté le 23 octobre 2019)
  11. « Impact d’une carence martiale sans anémie sur la performance sportive, intérêt d’une supplémentation ? » (consulté le 13 novembre 2019) : « page 41 - Dans les pays développés, la plus forte prévalence d’un statut en fer abaissé est observé chez les femmes avant la ménopause, principalement du à des apports trop bas en fer et à des pertes régulières de fer par le biais du cycle menstruel. (...)La principale étiologie de la carence martiale chez les sportives serait les pertes sanguines au cours du cycle menstruel. »
  12. « Report 2: Breastfeeding among Inuit in Canada » (consulté le 13 novembre 2019)
  13. « Féminisme biologique, allaitement et travail, unenouvelle forme d’autodétermination des femmes » (consulté le 13 novembre 2019) : « Les données biologiques de notre espèce sont claires : les humains, comme au demeurant les grands singes, doivent, pour atteindre une santé optimale, être allaités entre deux et sept années. Les travaux de préhistoriens montrent ainsi à partir de l’analyse de la dentition, que les petits humains étaient allaités il y a encore peu de temps, en moyenne cinq années . »
  14. Efficacité contraceptive et taux d’abandons de la méthode après 1 an aux États-Unis et en France, HAS 2013, p. 27, tableau 1
  15. cours La Procréation
  16. Aménorrhée secondaire Faculté de médecine Pierre et Marie Curie
  17. Comité éditorial pédagogique de l'UVMaF, « Physiologie de la lactation » [PDF], .
  18. Martin Winckler, Tout ce que vous vouliez savoir sur les règles sans jamais avoir osé le demander, Fleurus, coll. « La santé en questions », , 143 p. (ISBN 978-2215094814).
  19. « Anemia: Does it Have Effect on Menstruation? » (consulté le 13 novembre 2019)
  20. Règles douloureuses ameli-sante.fr, 12 décembre 2013
  21. a b c d et e Jadine Labbé Pacheco, « Un congé menstruel ? Ça existe déjà en Asie. Et voilà comment ça se passe », sur tempsreel.nouvelobs.com, (consulté le 21 août 2017).
  22. AFP, « En Zambie, le congé "menstruel" fait polémique », sur tempsreel.nouvelobs.com, (consulté le 21 août 2017).
  23. Clémence Levasseur, « Débat : Faut-il proposer aux femmes un congé menstruel ? », sur leparisien.fr, (consulté le 21 août 2017).
  24. « Prevalence and causes of anemia in the United States, 1976 to 1980 » (consulté le 13 novembre 2019) : « Iron deficiency anemia (...) In women, menstrual blood loss and the iron losses associated with pregnancy are the major factors. »
  25. Lia A. Bernardi, Marissa S. Ghant, Carolina Andrade et Hannah Recht, « The association between subjective assessment of menstrual bleeding and measures of iron deficiency anemia in premenopausal African-American women: a cross-sectional study », BMC Women's Health, vol. 16, no 1,‎ , p. 50 (ISSN 1472-6874, PMID 27524363, PMCID PMC4983800, DOI 10.1186/s12905-016-0329-z, lire en ligne, consulté le 3 novembre 2019) :

    « approximately 29 % of non-pregnant females aged 15–49 are anemic »

  26. « DRI DIETARY REFERENCE INTAKES FORWater, Potassium, Sodium, Chloride, and Sulfate » (consulté le 13 novembre 2019) : « tableau page 608 du document ou page 628 du pdf »
  27. L. Hallberg et L. Rossander-Hultén, « Iron requirements in menstruating women », The American Journal of Clinical Nutrition, vol. 54, no 6,‎ , p. 1047–1058 (ISSN 0002-9165, PMID 1957820, DOI 10.1093/ajcn/54.6.1047, lire en ligne, consulté le 24 octobre 2019)
  28. a b et c E. R. Monsen, L. Hallberg, M. Layrisse et D. M. Hegsted, « Estimation of available dietary iron », The American Journal of Clinical Nutrition, vol. 31, no 1,‎ , p. 134–141 (ISSN 0002-9165, PMID 619599, DOI 10.1093/ajcn/31.1.134, lire en ligne, consulté le 26 octobre 2019)
  29. D. Hugh Rushton et Julian H. Barth, « What is the evidence for gender differences in ferritin and haemoglobin? », Critical Reviews in Oncology/Hematology, vol. 73, no 1,‎ , p. 1–9 (ISSN 1879-0461, PMID 19394859, DOI 10.1016/j.critrevonc.2009.03.010, lire en ligne, consulté le 1er novembre 2019)
  30. Sylvie Muller, « Trésor d'archives : la sirène irlandaise, une femme entre fleurs et fruits », Ethnologie Française, vol. 41,‎ , p. 229-240
  31. (en) Morton Klass, Across The Boundaries Of Belief : Contemporary Issues In The Anthropology Of Religion, New York, Routledge, (ISBN 9780813326955), « Menstruation and reproduction : an Oglala case / Marla N. Powers », p. 85-95
  32. Rapporté par Mouslim (RA)
  33. Lévitique, 15, 9-25.
  34. (en) Robert C. Suggs Marquesan sexual behavior, Harcourt, Brace & World, 1966.
  35. Hilde Olrik, « Le sang impur. Notes sur le concept de prostituée-née chez Lombroso », in Romantisme, 1981, no 31, Sangs p. 167-178.
  36. William Masters, Virginia Johnson, Robert Kolodny, Amour et sexualité : mieux vivre sa vie sexuelle dans le monde d'aujourd'hui, Interéditions, 1987.
  37. Victor Hugo, Choses vues 1830-1846, Paris, Gallimard, , 508 p. (ISBN 2-07-036011-3), p. 441
  38. a et b Mathilde Sallé de Chou, « Australie : 600 plaintes rejetées contre une pub montrant du sang de règles », sur positivr.fr, .
  39. Aurélia Mardon, « Honte et dégoût dans la fabrication du féminin », Ethnologie française, vol. 41, no 1,‎ , p. 33–40 (ISSN 0046-2616, DOI 10.3917/ethn.111.0033, lire en ligne, consulté le 14 avril 2017)
  40. a et b UNESCO/ONU (2018) Pourquoi l'éducation sexuelle complète est importante 15 Février 2018
  41. a et b Elise Thiébaut, Ceci est mon sang. Petite histoire des règles, de celles qui les ont et de ceux qui les font, La Découverte, , p. 76.
  42. Philippe Brenot, Les mots du sexe: guide sexologique, L'Esprit du temps, , p. 114.
  43. Elise Thiébaut, Ceci est mon sang. Petite histoire des règles, de celles qui les ont et de ceux qui les font, La Découverte, , p. 77.

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

Liens externesModifier

Sur les autres projets Wikimedia :