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Menstruation

manifestation la plus visible du cycle menstruel de la femme consiste en la désagrégation progressive de la couche fonctionnelle de l'endomètre en l'absence de grossesse, véhiculée par des pertes de sang évacuées par l'utérus

La menstruation (ou règles) est la manifestation la plus visible du cycle menstruel de la femme et des femelles de certaines espèces de primates (les Catarrhini), de chauves-souris et d'une musaraigne, le macroscélide de Peters[1].

La menstruation est la désagrégation progressive et irrémédiable de la couche superficielle de la muqueuse de l'utérus, l'endomètre, qui s'était constitué plus tôt durant le cycle menstruel pour accueillir un éventuel œuf fécondé. L'endomètre, richement vascularisé, est alors évacué par le vagin sous forme d'un saignement plus ou moins abondant, sur une période pouvant aller de quatre à huit jours, et pouvant s'accompagner de douleurs.

La menstruation apparaît chez l'humain entre la préadolescence et l'adolescence (la « ménarche ») et s’arrête définitivement lors de la ménopause. Elle est interrompue durant la grossesse.

Les saignements sont communément absorbés par des protections hygiéniques. Culturellement, les règles sont souvent associées à l'impureté et à une contrainte.

Sommaire

GénéralitésModifier

Le terme menstruation vient du mot latin mensis « mois » (proche du grec mene, la lune) qui évoque une parenté avec les cycles lunaires mensuels.

Biologiquement parlant, les règles ne sont qu'une façon particulière de renouveler un tissu, en l'occurrence l'endomètre, qui se reconstitue de façon discontinue ; à la différence du renouvellement continu de la peau et des autres muqueuses.[réf. nécessaire] Entre deux grossesses[pas clair] et pendant l'allaitement, le renouvellement bascule en mode continu et les règles, tout comme les cycles, s'interrompent. L'absence de règle liée à la prise de certaines pilules progestatives traduit également un mode de renouvellement continu.[réf. nécessaire]

Chez les femmes, une fois les premières menstruations apparues et régulièrement établies, l'absence de menstruations, ou aménorrhée secondaire, traduit généralement une grossesse (ou, à partir de 40-50 ans, l'apparition de la ménopause). Toutefois, d'autres facteurs très fréquents peuvent causer cette disparition des règles : maladies graves, prises de certains médicaments, anorexie, pratique sportive intensive, troubles d'origines utérine ou ovarienne[2].

L'hypothétique effet McClintock indiquerait que lorsque plusieurs femmes vivent ensemble, il y a synchronisation des règles. Cependant, cet effet est largement controversé et les preuves scientifiques actuelles tendent à indiquer l'absence de phénomène de synchronisation, la synchronisation constatée serait due au hasard. Ce phénomène a été observé chez d'autres animaux comme la souris.

Certains moyens de contraception permettent à la femme de décider d'être menstruée ou non : d'après certains, il ne serait pas dangereux de se passer de règles[réf. nécessaire]. Cependant, l'industrie pharmaceutique finançant de nombreuses recherches, il faut rester conscient du risque d'informations erronées même si ces dernières sont transmises par des médecins. Par ailleurs, les pilules sont des médicaments fabriqués et vendus par cette même industrie pharmaceutique. Pour ne pas avoir ses règles, la femme pourra, si elle le souhaite, choisir un moyen de contraception adéquat : pilule combinée prise sans interruption, pilule progestative prise en continu, DIU hormonal, anneau contraceptif pris sans interruption.

Jadis du fait des nombreuses grossesses ou de la longue durée de l'allaitement, les femmes étaient rarement réglées. Nous sommes passées en deux siècles de trente cycles par vie à plus de quatre cent cinquante voire six cents en cas de traitement de ménopause[réf. nécessaire].  

Globalement il existe une corrélation entre le nombre de cycles au cours d'une vie et le risque de cancer du sein [3].

L'impact du nombre de cycles sur le risque de cancer du sein est d'autant plus élevé que ces cycles « supplémentaires » se produisent tôt, du fait d'une charge hormonale des cycles qui diminue avec l’âge. Ainsi pour chaque année supplémentaire par rapport à une moyenne, le risque de cancer du sein augmente de 5% lorsque ces cycles se situent à la puberté, et de 3 % lorsqu'ils se situent vers la période de ménopause[4]. En d’autres mots, le risque de cancer du sein augmente quand on est pubère tôt et ménopausée tard[5].

DouleursModifier

Article détaillé : Dysménorrhée.

Chez certaines femmes, une douleur pelvienne (au niveau du bassin) ou des crampes de l'utérus, appelées dysménorrhées peuvent précéder et accompagner la période des règles. Elle s'inscrit dans le cadre du syndrome prémenstruel (ou SPM), qui associe douleurs, malaises, fatigues, dans certains cas anémie. Ces douleurs peuvent perturber la vie quotidienne, ou le sommeil et entraîner une irritabilité.

Certaines femmes peuvent également ressentir des maux de tête, une douleur dans le bas du dos ou une tension des seins, (qui peuvent augmenter de volume en fin de cycle), et rendre nécessaire le changement de taille de soutien-gorge.

On distingue généralement les dysménorrhées primaires, liées à l'effet des prostaglandines, qui affectent en priorité les adolescentes lors des premières années de leurs règles, et qui sont le plus souvent sans gravité, bien que pouvant être invalidantes, et les dysménorrhées secondaires, liées à de nombreuses pathologies possibles, dont l'endométriose. Dans le premier cas, les pharmaciens peuvent délivrer des traitements de type anti-inflammatoire non stéroïdien, en l'absence de contre-indications. Dans le second cas, ou lorsque les traitements sont inefficaces, il est nécessaire de consulter un médecin [6].

Période fertileModifier

Les spermatozoïdes peuvent survivre dans le corps de la femme pendant une période de 2 à 5 jours. La période de fécondation (le zygote est la réunion des deux gamètes) commence donc six jours avant et se termine 24h environ après l'ovulation : en effet, l'ovule ne vit que 24 heures environ. Les méthodes de planification familiale naturelle utilisent ce principe, soit pour favoriser une grossesse, soit pour l'éviter.

La période de menstruation, lorsque les cycles sont régulièrement établis, est donc peu fertile mais le reste néanmoins[7].

Contrôle hormonalModifier

 
Cycle Menstruel et hormonal

La fonction de reproduction, c'est-à-dire la production des gamètes et des hormones gonadiques, est contrôlée par l'axe hypothalamo-hypophysaire. L'hypothalamus synthétise et libère de manière pulsative une hormone peptidique (GnRH = hormone gonadolibérine) qui stimule la libération par l'hypophyse antérieure de deux hormones FSH et LH. Les hormones principales ovariennes impliquées dans le contrôle du cycle menstruel sont les œstrogènes, la progestérone et l'inhibine. Au début du cycle, l'hypophyse antérieure (glande pituitaire) libère la FSH (hormone stimulant la folliculogenèse) signalant au follicule immature de grandir dans les ovaires. Le follicule est un sac contenant l'ovocyte. Normalement, un seul ovule est produit par cycle. Il n'y a pas de coordination gauche/droite. Le même ovaire peut donc théoriquement émettre un ovule plusieurs mois de suite. En fait, la présence d'un corps jaune dans un ovaire perturbe fortement la sélection du follicule dominant, de telle sorte que chez 88 % des femmes, l'ovulation se produit alternativement dans un ovaire, puis dans l'autre. Le premier follicule à se développer sécrète de l'inhibine. Les niveaux d'œstrogènes montent quand l'hormone est sécrétée par le follicule qui se développe. Ce taux d'œstrogènes est à son maximum juste avant l'arrivée de l'ovulation. L'ovulation a lieu le 14e jour du cycle, environ 36 h après le pic de LH (hormone lutéotrophe) libérée par l'hypophyse antérieure. Ce pic de L.H est provoqué par l'importante quantité d'œstrogènes qui étaient présents juste avant l'ovulation[8]

Après l'ovulation, œstrogènes et progestérone sont chacun sécrétés par le corpus luteum (ou corps jaune) qui se développe à partir du follicule rompu et reste dans l'ovaire. Le rôle de la progestérone est de préparer le corps pour une éventuelle grossesse. En particulier, la progestérone provoque une augmentation de la température basale d'environ 0,3 °C. Cette augmentation de la température peut être utilisée pour détecter l'ovulation.

Si aucune grossesse n'intervient le corpus luteum dégénère et le niveau des hormones chute brutalement, ce qui provoque l'élimination de l'endomètre lors de la menstruation.

S'il y a une grossesse, le placenta produit les hormones pour interrompre le cycle menstruel :

  • hCG (hormone gonadotrophine chorionique humaine) pour garder le corpus luteum ;
  • inhibine pour empêcher une autre ovulation.

Histoire et sociétésModifier

La menstruation est un phénomène physiologique « spectaculaire », à l'origine de nombreuses croyances et tabous culturels souvent liés à l'idée d'impureté.

Dans l'Europe pré-chrétienne les règles sont partie prenante d'une ritualisation du passage des saisons, qui concernent aussi bien la terre, les plantes que la reproduction humaine. L'ethnologue Sylvie Muller explique ainsi la place des règles dans le calendrier de l'ancienne Irlande paysanne :

« Au printemps, les fleurs signalent la disponibilité d’un potentiel fécond, exploité en Irlande par les mariages de février ; en été, se déroule la gestation des fruits ; en automne ont lieu la récolte et l’accouchement ; enfin, l’hiver correspond à la saison de la mort, de la menstruation et des sacrifices sanglants, pendant laquelle se constitue le terreau, lequel est composé des vies mortes qui nourriront le prochain cycle saisonnier[9]. »

Les religions sémitiques (notamment juives et musulmanes) associent différentes croyances et interdits aux règles. Les femmes sont considérées en état d'impureté rituelle lorsqu'elles ont leurs règles. En Islam, l'intromission sexuelle est interdite pendant le cycle menstruel[10], en plus de ça, la femme musulmane a droit de ne pas faire sa prière ni son jeûne. Par ailleurs, pendant le pèlerinage de la Mecque, la circumambulation leur est interdite.

Dans la Bible, le Lévitique décrit l'impureté de la femme ayant ses règles :

« La femme qui aura un écoulement de sang restera 7 jours dans la souillure de ses règles. Si quelqu'un la touche, il sera impur jusqu'au soir.
Tout lit sur lequel elle couchera pendant ses règles sera impur et tout objet sur lequel elle s'assiéra sera impur.
Si quelqu'un touche son lit, il lavera ses vêtements, se lavera dans l'eau et sera impur jusqu'au soir.
Si quelqu'un touche un objet sur lequel elle s'est assise, il lavera ses vêtements, se lavera dans l'eau et sera impur jusqu'au soir.
S'il y a quelque chose sur le lit ou l'objet sur lequel elle s'est assise, celui qui y touchera sera impur jusqu'au soir.
Si un homme couche avec elle, si la souillure des règles de cette femme vient sur lui, il sera impur pendant 7 jours et tout lit sur lequel il couchera sera impur.
La femme qui aura un écoulement de sang pendant plusieurs jours en dehors de ses règles, ou dont les règles dureront plus que d'habitude, sera impure pendant toute la période de son écoulement, comme pendant ses règles[11]. »

Dans les sociétés traditionnelles, il existe également des croyances très diverses liées aux menstruations. La question de la contamination est par exemple présente chez les Marquisiens  :

« Les menstruations étaient entourées de plusieurs restrictions, et étaient la principale raison pour laquelle les femmes étaient regardées comme impures et impies. Les femmes ayant leurs règles devaient être évitées sous peine de contracter la lèpre, par contamination par contact avec elles, ou avec le fluide menstruel ou avec leurs vêtements. Les restrictions liées aux menstruations ont ensuite été étendues à toutes les femmes pubères à toutes les occasions. Il était interdit aux femmes de passer au-dessus de tout objet ou structure, ou de passer au-dessus de la tête d'une personne. Ainsi, une femme ne pouvait pas s'asseoir sur la selle d'un homme, aller en canoë, ou s'asseoir sur une chaise ou sous le porche d'une maison si un enfant était également en dessous. Car autrement elle contaminait l'objet ou la personne. Et la contamination ne pouvait être enlevée qu'en tuant la femme, ou en détruisant l'objet, ou en pratiquant le rituel ha'a tahe tahe[12]. »

Le supposé pouvoir contaminant des règles reçoit à l'époque moderne diverses justifications. Au XIXe siècle, le criminologue italien Cesare Lombroso, dans le cadre d'une théorie sexiste et naturalisante de la ciminalité, liait ainsi les menstruations à la criminalité féminine[13]. Les sexologues Masters et Johnson font état, concernant la même époque, d'une tentative de justification médicale, en Angleterre, de la croyance en un pouvoir corrupteur des règles sur la nourriture :

« En 1878, le prestigieux British Medical Journal édita une série de lettres de médecins qui donnaient des « preuves » que le contact d’une femme qui avait ses règles pouvait abîmer le jambon qu’elle avait touché[14]. »

En 1846, Victor Hugo cite l’exemple des catacombes de Paris, vouées en partie à la culture des champignons, et interdites aux femmes, dont les menstrues pouvaient « faire tourner et pourrir » les plantations. Lui-même affirme que l’indisposition périodique des actrices « fait tomber le blanc et le rouge » dont elles se maquillent[15] .

En France à l'époque contemporaine les premières règles sont généralement mal vécues par les jeunes filles. Les règles en effet sont largement associées à un sentiment de honte et de dégoût. Elles sont identifiées à une saleté à cacher, en particulier des hommes. Cela participe à faire considérer la condition féminine comme une contrainte[16].

ExpressionsModifier

Plusieurs expressions désignent les menstrues d'une femme

Certaines font référence à la guerre : « les Anglais ont débarqué » remonte aux guerres napoléoniennes par référence aux armées britanniques qui ont débarqué en France suite à la bataille de Waterloo en 1815 et l'ont occupée jusqu'en 1820. Ces armées étaient en effet vêtues d'uniformes rouges et le lien avec le flux menstruel désagréable apparaît en 1820 dans le parler populaire parisien, en mauvais souvenir de l'occupant[17]. La métaphore de la couleur rouge est aussi utilisée en Belgique ou en Grèce avec l'expression « les Russes sont arrivés » (référence à l'Armée rouge), tandis qu'aux Pays-Bas on « hisse le drapeau rouge », voire le « drapeau japonais »[17].

« Avoir ses ragnagnas » utilise le mot ragnagna qui semble dériver du gascon « arrouganh » signifiant le désir ou l'envie[18].

« Avoir ses ourses » (ou « avoir ses ours ») est peut-être un glissement linguistique pour « avoir ses jours » (expression désuète) ou une référence à la déesse lunaire Artémis dont le nom signifie « ourse puissante »[19].

Notes et référencesModifier

  1. Elise Thiébaut, Ceci est mon sang. Petite histoire des règles, de celles qui les ont et de ceux qui les font, La Découverte, , p. 17.
  2. Aménorrhée secondaire Faculté de médecine Pierre et Marie Curie
  3. Cancer du sein et nombre de cycles mentruels sur e3n.fr
  4. (en) « Menarche, menopause, and breast cancer risk: individual participant meta-analysis, including 118 964 women with breast cancer from 117 epidemiological studies ». Collaborative Group on Hormonal Factors in Breast Cancer, The Lancet Oncology, novembre 2012, 13 (11), p. 1141-1151
  5. Mais diminue d'autant que le nombre de grossesses est élevé et que la première grossesse est précoce, cf. >Cancer du sein et nombre de cycles mentruels sur e3n.fr
  6. Règles douloureuses ameli-sante.fr, 12 décembre 2013
  7. Efficacité contraceptive et taux d’abandons de la méthode après 1 an aux États-Unis et en France, HAS 2013, p. 27, tableau 1
  8. cours La Procréation
  9. Sylvie Muller, « Trésor d'archives : la sirène irlandaise, une femme entre fleurs et fruits », Ethnologie Française, vol. 41,‎ , p. 229-240
  10. Rapporté par Mouslim (RA)
  11. Lévitique, 15, 9-25.
  12. (en) Robert C. Suggs Marquesan sexual behavior, Harcourt, Brace & World, 1966.
  13. Hilde Olrik, « Le sang impur. Notes sur le concept de prostituée-née chez Lombroso », in Romantisme, 1981, no 31, Sangs p. 167-178.
  14. William Masters, Virginia Johnson, Robert Kolodny, Amour et sexualité : mieux vivre sa vie sexuelle dans le monde d'aujourd'hui, Interéditions, 1987.
  15. Victor Hugo, Choses vues 1830-1846, Paris, Gallimard, , 508 p. (ISBN 2-07-036011-3), p. 441
  16. Aurélia Mardon, « Honte et dégoût dans la fabrication du féminin », Ethnologie française, vol. 41, no 1,‎ , p. 33–40 (ISSN 0046-2616, DOI 10.3917/ethn.111.0033, lire en ligne)
  17. a et b Elise Thiébaut, Ceci est mon sang. Petite histoire des règles, de celles qui les ont et de ceux qui les font, La Découverte, , p. 76.
  18. Philippe Brenot, Les mots du sexe: guide sexologique, L'Esprit du temps, , p. 114.
  19. Elise Thiébaut, Ceci est mon sang. Petite histoire des règles, de celles qui les ont et de ceux qui les font, La Découverte, , p. 77.

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

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