Luna Park (Paris)

ancien parc d'attractions de Paris

Luna Park de Paris
Image illustrative de l’article Luna Park (Paris)
Affiche de Sem (1905).

Ouverture 1909
Pays Drapeau de la France France
Département Seine
Commune Paris
Type de parc Parc d'attractions
Coordonnées 48° 52′ 46″ nord, 2° 17′ 00″ est
Géolocalisation sur la carte : Paris
(Voir situation sur carte : Paris)
Luna Park de Paris
Bon au porteur du Luna-Park en date du 27 septembre 1909.

Luna Park était un parc d'attractions situé près de la porte Maillot, en périphérie de Paris, ouvert en 1909. Sa date de fermeture diffère selon les sources.

HistoriqueModifier

À l'emplacement du Palais des Congrès actuel se trouva pendant près d'un demi-siècle, le plus grand parc de loisirs de Paris, le « Luna Park » qui a animé les loisirs de plusieurs générations de Parisiens.

Le théâtre géant ColumbiaModifier

 
Le programme du Columbia
 
Le Luna Park (photo aérienne 1919)

Avant cela, pour l'ouverture de l'Exposition universelle de 1900, une salle de 6 000 places, nommée « le Columbia », fut construite pour abriter un spectacle de 1 500 personnages dont 600 danseuses et toute une ménagerie de serpents, éléphants, chameaux et chevaux. « Entre la rampe et les premières rangées de spectateurs s'étend un lac où naviguent des escadres »[1].

Le burlesque avait grande place dans ces représentations, le numéro « La maison qui brûle » y tient l'affiche en tant que « spectacle démontré par les corps de pompiers de la Cité de New York ; corps de sauvetage, corps des échelles et crochets, police, armée du salut, sœurs de charité, ouvriers visiteurs et troupe d'artistes d'un théâtre ; avec un grand nombre de pompiers, vendeuses de fleurs, gens de New-York, officiers de police, Chinois et nègres burlesques ».

 
Le Printania vers 1905

Le Printania-music-gardenModifier

Détruit quatre années plus tard, le Columbia fait place au Printania-music-garden, inauguré le . De 1905 à 1908, le « Printania » regroupait aux côtés d'une salle de danse des attractions foraines. Construit par l'architecte Jandelle[2], le public y voyait défiler jusqu'à vingt-cinq numéros de cirque par représentation, et se divertissait dans les jardins environnants qui comportaient des bars, un toboggan géant avec ascenseur et un restaurant avec terrasse-promenoir donnant sur l'avenue de la Grande-Armée. Dans la salle de concert des chanteurs de second plan se succédaient. À la suite de mauvaises affaires, l'établissement fut vendu à une société américaine puis fut géré par Léon Volterra.

 
La Water Chute

Création du Luna ParkModifier

Le Printania sera remplacé par le Luna Park. Construit en 1909, il est le troisième parc d'attractions de l'histoire de France, après les jardins de Tivoli et Magic City. Il devint l'équivalent, pour Paris, du Prater pour Vienne ou du Tivoli pour Copenhague. À Paris et particulièrement dans le 17e arrondissement, il ressuscitait la vogue, depuis longtemps déjà oubliée, des « Tivolis », qui faisaient florès sous l'Empire et la Restauration. Dans le quartier des Ternes l'un des premiers abritait les Montagnes Russes de la Barrière du Roule (situées sur l'actuelle Place des Ternes) et l'un des tout derniers occupa ce qui est aujourd'hui la villa des Ternes.

Son emplacement précis et ses dimensions sont visibles sur une photographie aérienne de 1919[3]. Il sera encore agrandi après suppression des fortifications.

50 ans de festivitésModifier

 
Plan d'ensemble, 1909

Au Luna Park abondaient les attractions à grand spectacle, permises par les progrès de la construction métallique. Il était conçu sur le modèle new-yorkais du parc de Coney Island. C'était une indescriptible fête foraine permanente, attirant des foules considérables[4] avec des attractions de choix notamment son « Scenic Railway », ses montagnes russes, sa « Water-Chute », ou son « Palais des folies », c'est-à-dire son dancing. Les montagnes russes longues de 1 947 m[5], réservées aux amateurs de sensations fortes, permettent d'atteindre de vertigineuses vitesses, grâce à l'électricité. Les voitures sont équipées de moteurs électriques et alimentées en courant par un rail central, notamment aux passages où la vitesse acquise n'est plus suffisante par rapport à celle souhaitée.

Charles Sorlier[6] a décrit avec malice deux divertissements qui avaient la particularité d'attirer les adolescents boutonneux et les amateurs de lingerie féminine. Le premier consistait à viser une cible avec une boule de bois qui, si elle parvenait à son but, faisait basculer d'un lit une fille en porte-jarretelles. Le second, aussi goûté, était le vaisseau spatial de l'attraction « Voyage dans la lune »[7], sorte de « maison du rire » qui se terminait invariablement par un jet d'air comprimé relevant la jupe de demoiselles audacieuses. Cette attraction, mise en place lors de l'exposition pan-américaine, a inspiré le nom de Luna Park, des parcs Magic City et de ceux qui ont suivi[8]

Charles Sorlier prétend que des filles légères venaient tout spécialement sur cette attraction, « oubliant » chez elles leurs culottes, et proposant ensuite aux amateurs un autre genre de voyage...

Le Luna Park était ouvert de 13 heures à minuit et son accès coûtait à l'époque 1 franc (avec une attraction gratuite), à l'exception du vendredi où le prix était plus élevé.

Fin du Luna ParkModifier

Il est rapporté qu'au début la clientèle était plutôt « habillée » : on n'aurait pas osé s'y présenter sans un complet strict, un col et une cravate. Beaucoup plus tard, sans doute parce que les Allemands, sous l'Occupation, en avaient fait l'un de leurs lieux de divertissement préférés, et que l'on y pratiquait sans vergogne la « fraternisation », le Luna Park acquit une réputation douteuse.[réf. nécessaire]

En 1929-1930, Léonard Rosenthal désire y établir une Place de la Victoire et tente dans ce but d'acquérir la concession des terrains où se dresse Luna Park[9],[10]. La baisse de popularité, due en partie à la Grande Dépression, incite le propriétaire du parc à acheter en 1931 vingt-cinq baleines embaumées et cent manchots vivants pour les montrer au public. Ces ajouts ne réussissent pas à redresser la barre. La date de fermeture est sujette à caution et diffère selon les sources. Elle varie de 1931[11],[12] à 1934[13], voire « lors de la Seconde Guerre mondiale »[14].

Le parc de loisirs a probablement fermé ses portes en premier, suivi quelque temps plus tard par la salle. Léon Blum tient d'ailleurs un discours dans cette même salle le [15],[16]. La confusion entre les dates provient vraisemblablement de cessation d'activité à date différée.

Détruit en 1942[13] ou en 1948[14],[17], le « Luna Park » céda la place à un terrain vague sur lequel, après de nombreux projets, fut finalement édifié le Palais des Congrès inauguré en 1974.

Les attractionsModifier

Source : cartes postales anciennes

Autres attractions voisinesModifier

Le Tour de France cycliste 1912 partit du Luna Park.

Monsieur de Verzy, conseiller municipal de Neuilly, avait également créé près de la Porte Maillot le « Panstéréorama », dispositif permettant d'admirer les reliefs des plus grandes villes d'Europe.

Notes et référencesModifier

  1. Le Temps, 25-8-1899
  2. « l'architecte bien connu de la Gaîté, de l'Olympia, etc., il fit sortir de terre un véritable Paradis où les Adams et les Eves modernes retrouvent toutes les séductions de l'Eden Préhistorique. »
  3. "Des fortifs au périph", de JL. Cohen et A. Lortie, éd. Picard et Pavillon de l'Arsenal)
  4. « Le public, curieux de connaître l'intérieur de cet établissement fabuleux, enfonça littéralement les portes, brisa le contrôle, et prit d'assaut les merveilleuses attractions. Paris avait conquis Luna, mais Luna venait de conquérir Paris ».
  5. « Énorme machine dont la construction a réclamé le travail de 270 ouvriers, pendant deux mois. Les câbles électriques employés pour cette construction, mis bout-à-bout, auraient atteint 270 km !»
  6. Le guide du promeneur : du 17e, Parigramme, (ISBN 978-2-84096-027-0)
  7. « Le nom de Luna-Park donné à cet établissement provient probablement de ce qu'en anglais on appelle « lunatic » les aliénés, et qu'il faut être quelque peu fou pour goûter ce genre de jeux. » (La Nature, .
  8. Dale Samuelson, AJP Samuelson, and Wendy Yegoiants, The American Amusement Park (ISBN 0760309817)
  9. Le Corbusier, Pierre Jeanneret et Willy Boesiger, Œuvre complète de 1929-1934, Zurich, H. Girsberger, , 207 p. (OCLC 2030898, lire en ligne)
  10. Évelyne Cohen, Paris dans l’imaginaire national de l’entre-deux-guerres, Paris, Publications de la Sorbonne, , 396 p. (ISBN 2859443665 et 978-2859443665, OCLC 949652165, lire en ligne)
  11. (en) Lauren Rabinovitz, Electric Dreamland : Amusement Parks, Movies, and American Modernity, New York, Columbia University Press, , 237 p. (ISBN 0231156618 et 978-0231156615, OCLC 939662913, lire en ligne)
  12. « Animals: Order », sur Time, (consulté le 4 juin 2013)
  13. a et b « Luna Park - Paris 17e - Constructions détruites », sur paris1900.lartnouveau.com (consulté le 2 avril 2020)
  14. a et b « Histoire du 17e en 50 dates », sur mairie17.paris.fr (consulté le 3 mars 2016)
  15. Georges Lefranc, Histoire du Front populaire : 1934-1938, Paris, Payot, , 503 p. (OCLC 49075486, ASIN B0014UM3F0, lire en ligne)
  16. Robert Escarpit, Carnets d'outre-siècle, 1934-1940, Paris, Messidor, , 273 p. (ISBN 2209061210 et 9782209061211, OCLC 23975263)
  17. « Sur les traces du Luna Park, premier parc d’attractions parisien », sur pariszigzag.fr (consulté le 2 avril 2020)

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

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