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Le Dictateur

film sorti en 1940
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Le Dictateur
Description de cette image, également commentée ci-après
Charlie Chaplin dans la scène du discours d'Hynkel.
Titre québécois Le Dictateur
Titre original The Great Dictator
Réalisation Charlie Chaplin
Scénario Charlie Chaplin
Acteurs principaux
Sociétés de production Charles Chaplin Productions
Pays d’origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Comédie burlesque
Drame social
Durée 124 minutes
Sortie 1940

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Le Dictateur (The Great Dictator en anglais) est un film américain, de type satirique, réalisé en 1940 par Charlie Chaplin, dont c'est le premier film parlant[1].

Ce film, conçu avant l'entrée des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale, fut le plus grand succès commercial de Charlie Chaplin[2] et contribua à mobiliser l'opinion publique nord-américaine en faveur des démocraties européennes, à une époque où seul le Royaume-Uni résistait à l'Allemagne nazie. Il est ouvertement inspiré par le régime nazi mis en place par Hitler. Le gouvernement allemand de l'époque protesta officiellement contre sa réalisation et demanda l'abandon du projet, que Chaplin tint à terminer malgré ces pressions[3].

Le dictateur Adenoïd Hynkel incarné par Chaplin est largement inspiré par Hitler, et le personnage de Benzino Napoleoni (interprété par Jack Oakie) est inspiré de Benito Mussolini. Bien que réalisé au début de la Seconde Guerre mondiale, ce film anticipe la possibilité d'une nouvelle guerre en Europe, en même temps qu'il rappelle la brutalité du régime nazi.

Le Dictateur présente le nazisme comme un danger mortel pour les communautés juives d'Europe, pour l'humanité entière et pour la démocratie. Cette première satire a marqué la satire anti-hitlérienne postérieure, laquelle se réfère toujours, plus ou moins directement, au film de Chaplin, de Jeux dangereux d'Ernst Lubitsch en 1942 à La vie est belle de Roberto Benigni en 1997[4].

SynopsisModifier

Bande-annonce du film.

Lors de la Première Guerre mondiale, dans un pays imaginaire nommé la Tomainia[a] (Tomanie en VF) et ressemblant beaucoup à l'Allemagne, un soldat maladroit sauve la vie d'un pilote de chasse nommé Schultz. Tous deux réussissent à s'enfuir en avion mais l'appareil s'écrase et le soldat est blessé. Devenu amnésique, le soldat passe de longues années à l'hôpital, coupé du monde. Entre-temps, la Tomainia est devenue un régime dictatorial et fasciste, dirigé par Adenoïd Hynkel (une caricature d'Adolf Hitler), et les Juifs sont persécutés comme sous le régime nazi.

Finalement le soldat amnésique s'enfuit de l'hôpital et reprend son métier de barbier dans sa boutique, qui fait désormais partie du ghetto juif. Le barbier est lui-même juif et peu au courant de l'évolution politique et sociale de son pays, ni du fait qu'il est un parfait sosie du dictateur.

Arrêté lors d'une rafle, il est accusé de comploter contre le régime d'Hynkel et se retrouve en camp de concentration avec Schultz. Tous les deux finissent par s'évader au moment où la Tomainia envahit l'Österlich.

Finalement, les soldats confondent les deux personnages : Hynkel est arrêté en tant que fugitif tandis que le barbier, pris pour le dictateur, est contraint de prendre sa place et d'improviser un discours officiel sur un podium devant le peuple, retransmis à la radio. Dans son discours, le barbier défend la liberté de tous les humains, et prône la tolérance, la démocratie et la paix.

Fiche techniqueModifier

DistributionModifier

Note : Bien que le film soit sorti en France en 1945, le doublage n'a été effectué qu'à sa ressortie sur les écrans en 1968.

Acteurs non crédités


ProductionModifier

Pays fictifs présentsModifier

Plusieurs pays fictifs dans le film rappellent et caricaturent des pays réels d'Europe :

TournageModifier

Mis à part à la fin du film, Le Dictateur présente une suite de gags visuels (en) ou de situations drôles, notamment les scènes où le dictateur Hynkel joue avec un globe terrestre gonflable, ou lorsque son homologue de Bacteria (un État imaginaire inspiré de l'Italie fasciste) et lui rivalisent sur la hauteur de leurs sièges respectifs.

La scène du film dans laquelle le barbier regarde longuement brûler sa boutique est citée dans plusieurs ouvrages consacrés au langage visuel dans le cinéma[réf. souhaitée].

Lors de ses discours, le dictateur Hynkel s'exprime en anglais mais aussi dans une langue peu compréhensible et très agressive, qui rappelle le ton sur lequel Adolf Hitler prononçait ses discours en allemand. On reconnaît d'ailleurs quelques mots similaires, comme blitzkrieg, freesprachen (pour « liberté d'expression » ; ce terme en fait ne veut rien dire, mais littéralement il signifie « libre parler »), beltn (proche de l'anglais belt, pour ceinture) ou « in der welt » (dans le monde), ou encore mit den Juden (avec les Juifs). D'autres noms n'ont aucun rapport avec le sujet comme Wienerschnitzel qui signifie littéralement « escalope viennoise ».

Toujours dans ce discours, il est fait référence à la Bible et notamment à l'évangile de Luc, chapitre 17 :

« 20 Les pharisiens demandèrent à Jésus quand viendrait le royaume de Dieu. Il leur répondit : Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards.
21 On ne dira point : Il est ici, ou : Il est là. Car voici, le royaume de Dieu est au milieu de vous[7]. »

— Luc 17 : 20, 21

À l'issue de son discours, Hynkel quitte les lieux en voiture aux côtés de son fidèle Garbitch. Le cortège passe devant deux sculptures détournées, effectuant le salut à Hynkel, qu'on reconnaît comme étant, dans l'ordre d'apparition, la Vénus de Milo et Le Penseur d'Auguste Rodin.

La ressemblance entre Hitler et Chaplin (ils sont nés à quatre jours de différence) furent l'objet de considérations astrologiques à dater de la sortie de ce film.[réf. souhaitée]

La croix gammée nazie n'apparaît à aucun moment dans le film ; elle est remplacée (notamment sur les drapeaux et les brassards) par une double croix parodique (en anglais, double cross renvoie aux notions de trahison ou traîtrise)[8].

Les affichages visibles dans le ghetto juif sont en anglais (langue de la production du film) mais aussi en espéranto, afin de ne pas faire clairement allusion à l'Allemagne, et parce que cette langue a été conçue par Ludwik Lejzer Zamenhof, un Juif, pour indiquer que le ghetto est bien habité par des Juifs.

La Gestapo est identifiée par une autre police aux services de Hitler : les milices. Des extraits couleurs du tournage, filmés par Sydney Chaplin (demi-frère aîné de Charlie Chaplin), retrouvés ultérieurement, montrent que les pantalons des miliciens de Hynkel sont rouges.

AccueilModifier

Dans le mondeModifier

Le Dictateur fut un succès populaire et le plus grand succès de Chaplin. Il fut projeté à Londres pendant la bataille d'Angleterre[réf. souhaitée] et nommé aux Oscars.

Il sortit sur les écrans en France en 1945. Il demeure le film de Chaplin ayant eu le plus de succès en salles en France, avec plus de huit millions d'entrées.[réf. souhaitée]

Malheureusement, il eut de mauvais débuts. Il fut interdit en Allemagne jusqu'à la fin de la guerre, mais Hitler se le fit projeter deux fois en privé[9]. Aux États-Unis, il eut de mauvaises critiques du fait de la réticence de l'opinion publique à une entrée en guerre[réf. souhaitée].

Depuis, le film est internationalement reconnu comme un chef-d’œuvre[réf. souhaitée].

En AllemagneModifier

Adolf Hitler fit interdire le film en Allemagne, mais il s’en procura une copie qu’il se fit projeter en privé à deux reprises[9]. Chaplin, quand il apprit la nouvelle, dit qu'il donnerait n'importe quoi pour savoir ce qu'en avait pensé Hitler[10]. Cependant, Albert Speer, l'architecte d'Hitler, a nié que celui-ci ait jamais vu le film[11]. L'historien britannique Kevin Brownlow pense avoir trouvé des preuves selon lesquelles le Führer aurait vu des projections privées du film[réf. nécessaire].

En pleine guerre, à l'initiative de Nikola Radošević, un projectionniste d'une salle de cinéma de Belgrade en Serbie, qui venait de trouver une copie grecque du film, Le Dictateur fut projeté à la place d'un autre film prévu pour cette séance dans la salle de cinéma d'un pays occupé par les Allemands. Pendant 40 minutes, le public regarda le film avec intérêt, jusqu'à ce qu'un SS se trouvant dans la salle tire en direction de l'écran, entraînant une évacuation du cinéma[12].

ControversesModifier

Charlie Chaplin subit des pressions de la United Artists à propos de ce film politiquement sensible (les États-Unis n'étaient pas encore engagés dans le conflit mondial à cette époque), mais le film sortit néanmoins six mois après la fin du tournage.

Le film fut censuré en Espagne (jusqu'en 1976), en Allemagne (jusqu'en 1945, date de sortie 1958), ainsi qu'en Irlande qui, voulant rester neutre durant le conflit européen, refusait la mention de la guerre sous quelque forme que ce soit. Dès lors, le film de Chaplin fut censuré au motif qu'il aurait pu provoquer des émeutes[13].

Le caractère politique du film contribua à valoir à Charlie Chaplin l’accusation de « sympathie pour le communisme » dans les États-Unis maccarthystes des années d’après-guerre[14].

DistinctionsModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. L'orthographe du nom du pays est tirée des nombreux journaux locaux apparaissant à l'écran entre 14 et 15 minutes dans le film et indiquant la fin de la Première Guerre mondiale, tels que The Tomainian past, établissant ainsi l'orthographe appropriée.
  2. Son nom est la contraction de Napoléon et Mussolini ; son prénom est inspiré de Benito et de benzina, « essence » en italien.
  3. Contraction de garbage et rubbish, ce nom rappelle celui de Joseph Goebbels qui inspire ce personnage.
  4. Contraction de Hermann Göring, qui inspire ce personnage.

RéférencesModifier

  1. « Charlie Chaplin : Le Dictateur », sur charliechaplin.com (consulté le 22 octobre 2018).
  2. Voir la fiche sur le site DVDclassik.com.
  3. Michel Faucheux, Chaplin, Gallimard, Folio biographies [lire en ligne]
  4. François Genton, « Le Dictateur et les autres : satire première et satire seconde », Revue de Littérature comparée, octobre-décembre 2007, no 324, p. 459-472.
  5. (en) « The Great Dictator », sur bbfc.co.uk
  6. (en) Dates de sortie sur l’Internet Movie Database.
  7. Éditions de la Bible sur Wikisource ; Évangile selon Luc
  8. (en) Aaron Kerner, Film and the Holocaust: New Perspectives on Dramas, Documentaries, and Experimental Films, A&C Black, (lire en ligne), p. 83.
  9. a et b (en) Irving Wallace, David Wallace, Amy Wallace, Sylvia Wallace, The Book of Lists 2, février 1980, p. 200.
  10. (en) « Trivia for "The Great Dictator" »IMDb.com.
  11. (de) « Charlie Chaplins Hitler-Parodie - Führer befiehl, wir lachen! », sur Süddeutsche.de (consulté le 14 mars 2016).
  12. Le Clochard et le Dictateur, Documentaire, diffusé sur Arte le .
  13. Alexandra Slaby, « Don’t Mention the War ! : La vie culturelle à Dublin pendant la Seconde Guerre mondiale », Lisa, vol. 4, no 3,‎ , p. 161-174 (lire en ligne).
  14. « Charlie Chaplin Et Charlot fit entendre sa voix… », sur L'Humanité,

Voir aussiModifier

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Article connexeModifier

Liens externesModifier