Mansa Moussa

roi malien
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Mansa Moussa
Illustration.
Représentation de Mansa Moussa dans l'Atlas catalan.
Titre
10e Mansa de l'Empire du Mali
Prédécesseur Aboubakri II
Successeur Maghan
Biographie
Titre complet Mansa de l'Empire du Mali, El Hajj
Date de naissance 1280[réf. nécessaire]
Date de décès
Père Faga leye
Mère Kankou
Enfants Maghan
Religion Islam

Mansa Moussa, Kanga Moussa est le dixième « mansa » (roi des rois) de l'empire du Mali de 1312 à 1332[1] ou 1337[2].

Lors de son accession au trône, l'empire du Mali est constitué de territoires ayant appartenu à l'empire du Ghana et à Melle (Mali) ainsi que les zones environnantes. Moussa porte de nombreux titres, émir de Melle, seigneur des mines de Wangara, ou conquérant de Ghanata, de Fouta-Djalon et d'au moins une douzaine d'autres régions[3].

Il porte l’empire du Mali à son apogée, du Fouta-Djalon à Agadez et sur les terres de l'ancien empire du Ghana. Il établit des relations diplomatiques suivies avec le Portugal, le Maroc, l'Algérie, la Tunisie et l’Égypte. Son règne correspond à l'âge d'or de l'empire malien.

Il est considéré comme l'un des hommes les plus riches de l'Histoire[4], voire le plus riche[5], même si cette affirmation reste contestée, il n'existe aucune donnée exacte concernant sa richesse réelle[6].

NomsModifier

Kankou Moussa signifie « Moussa, fils de Kankou Hamidou » en référence à sa mère, les Mandingues étant à cette époque une société matrilinéaire ; d'autres variantes de ce nom sont Kankou Moussa, Kanga Moussa et Kankan Moussa. Il est la plupart du temps désigné sous le nom de Mansa Moussa dans les textes historiques européens et dans la littérature. D'autres variantes de son nom telles que Mali-koy Kankan Moussa, Gonga Moussa et le « lion du Mali » existent[7],[8].

BiographieModifier

Origines et ascension au pouvoirModifier

Faute de sources écrites locales, les éléments historiques dont nous disposons sur l'empire du Mali proviennent des écrits des savants maghrébins ayant voyagé et séjourné dans le Sahel, al-'Omari, Abu-sa'id Uthman ad-Dukkali, Ibn Khaldoun, et Ibn Battuta. Selon l'histoire des dynasties maliennes que trace Ibn-Khaldoun, le grand-père de Kanga Moussa est Abou-Bakr (soit probablement Bakari ou Bogari au Mali), un frère de Soundiata Keïta, le fondateur de l'empire du Mali selon les traditions orales. Abou-Bakr ne montera pas sur le trône, et son fils, Faga leye, le père de Kanga Moussa n'a aucune espèce d'importance dans l'histoire du Mali[9].

Kanga Moussa parvient au pouvoir grâce à la pratique voulant que le roi nomme un représentant lors de son pèlerinage à la Mecque puis en fasse son dauphin. Ainsi Moussa est choisi en tant que représentant, puis prend le pouvoir. Son fils, Mansa Maghan deviendra aussi roi du Mali grâce à cette tradition[10].

Pèlerinage à la MecqueModifier

Le pèlerinage à la Mecque de Kanga Moussa le rendit célèbre en Afrique du Nord et dans le Proche-Orient. D'après les chroniques médiévales, il part pour l'Arabie en 1324, avec sa suite qui comprend 60 000 hommes, 12 000 serviteurs et esclaves, des hérauts vêtus de soie et porteurs de bâtons d'or s'occupent des chevaux et des sacs. Moussa fournit tout ce dont a besoin la procession, fournissant nourriture aux hommes et aux animaux. Au sein de la caravane se trouvent aussi, selon certains récits, 80 dromadaires portant entre 50 et 300 livres d'or en poudre chacun. Il aurait emporté 12,75 tonnes d'or selon al-'Omari ou 10,2 tonnes selon Ibn Battûta, ce qui permet d'ailleurs de supposer que la région produisait plusieurs milliers de tonnes d'or par an[11]. Dans chaque ville qu'il traverse, Moussa offre ses richesses. Il est aussi indiqué qu'il construit une nouvelle mosquée chaque vendredi, quelle que soit la localité où il s'arrête ce jour-là.

Plusieurs témoins directs rendent compte de son voyage. Ils sont tous impressionnés par la richesse du souverain et par l'importance de sa suite, dont le souvenir est rapporté dans de multiples sources. Sa rencontre avec le sultan mamelouk An-Nâsir Muhammad ben Qalâ'ûn en Égypte en est documentée[12]. Il laisse au Caire une impression de sagesse, de piété et de richesse selon de nombreux témoignages au cours de vingt-cinq années qui suivent. L'officier mamelouk chargé d'accompagner les délégations étrangères à la cour du sultan (mihmandâr) indique ainsi que Mansa Moussa « n'a laissé émir, proche du sultan ou titulaire d'une charge sultanienne, sans lui faire remettre une somme d'or »[13].

Cependant, la munificence de Moussa provoque des effets secondaires importants. Au Caire, mais aussi à Médine et à La Mecque, l'afflux soudain d'or provoque une dévaluation durable de ce métal[14]. Le mihmandâr précise que les habitants du Caire ont profité de lui et de son entourage, au point que les visiteurs « prodiguèrent tant d'or qu'ils en firent déprécier la valeur au Caire et qu'ils en avilirent le cours ». Al-'Omari, haut administrateur du sultanat, note douze ans plus tard que la monnaie locale, le mithqal, n'a toujours pas retrouvé son niveau antérieur[15]. Le prix des biens de consommation connaît une forte inflation, le marché tentant de s'adapter à l'afflux de richesses accompagnant la venue du roi malien. Manquant toutefois d'or lors de son retour, Moussa en emprunte à haut intérêt en repassant au Caire, avant de le rembourser une fois rentré dans son royaume[16],[17],[11].

Si la richesse du personnage fait peu de doute dans cette région aurifère, le détail de ces chiffres est contesté à cause de leur énormité et de leur improbable transmission[11].

Retour au MaliModifier

Lors de son long voyage de retour depuis la Mecque en 1325, Moussa apprend que son armée avec à sa tête le général Sagamandia a repris Gao, en pays Songhaï. Cette ville avait fait partie de l'empire avant même le règne de Sakoura et constitue à cette époque un important centre commercial bien que ses tendances rebelles soient notoires. Moussa fait un détour par la ville où il reçoit en otages les deux fils du dia songhaï Yasibo, Ali Kolen et Souleyman Nar. Il revient ensuite à Niani avec les deux garçons et les fait éduquer à sa cour[note 1].

Un roi bâtisseurModifier

Moussa fait construire de nombreuses mosquées et madrasas à Tombouctou[19] et à Gao, son œuvre la plus connue restant la médersa de Sankoré. À Niani, il fait construire une salle d'audience, un bâtiment communiquant par une porte intérieure avec le palais royal. L'édifice « construit en pierre de taille est surmonté d'un dôme décoré d'arabesques colorées. Les fenêtres de l'étage supérieur sont ornées d'argent, celles de l'étage inférieur d'or »[réf. nécessaire] (il n'en reste aucun vestige).

Influence à TombouctouModifier

 
La mosquée Djingareyber datant du règne de Kanga Moussa.

Le souverain malien passe par Tombouctou à son retour de la Mecque et y installe des architectes venus d'Al-Andalus (dont Abou Ishaq es-Sahéli) et du Caire afin d'édifier son palais et la mosquée Djingareyber toujours existante[20].

Tombouctou est située sur un site favorable, à proximité du fleuve Niger, axe de transport principal de la région. La ville devient un carrefour religieux, culturel et commercial, ses marchés attirent les commerçants de l'Afrique occidentale comme d'Égypte, une médersa est fondée dans la ville (ainsi qu'à Djenné et Ségou) ce qui contribue à la diffusion de l'islam, Tombouctou devient une ville renommée pour son enseignement islamique[21]. Les informations concernant la prospérité nouvelle de la ville parviennent jusqu'en Europe, les commerçants de Venise, Gênes et Grenade rajoutent la cité à leurs circuits commerciaux, ils y échangent des produits manufacturés contre de l'or[22].

En 1330, la ville est conquise par le royaume Mossi. Après en avoir rapidement repris le contrôle, Moussa y fait construire des remparts, un fort et y cantonne une armée de manière à protéger Tombouctou de futures attaques.

MortModifier

La date de la mort de Kanga Moussa fait l'objet de débats (le royaume du Mali n'ayant pas d'archives écrites). Si l'on prend en compte le règne de son successeur, son fils Maghan (1332-1336), ainsi que le fait qu'il aurait régné 25 ans, la date de sa mort serait 1332[23]. Cependant, des sources historiques indiquent que Moussa aurait prévu d'abdiquer en faveur de son fils mais serait mort peu après son retour de la Mecque en 1325[8]. Mais, selon les écrits d'Ibn-Khaldoun, il aurait été vivant à la date de la prise de Tlemcen (1337) en Afrique du nord, occasion lors de laquelle il aurait envoyé un représentant en Algérie afin de féliciter les conquérants pour leur victoire[23],[8].

À la fin de son règne, l’empire du Mali s’étend approximativement de l’Atlantique à la rive orientale de la boucle du Niger et de la forêt à Teghazza au milieu du désert.

Apparence physiqueModifier

Kankou Moussa est décrit physiquement par le chroniqueur al-Maqrizi lors de son arrivée en Égypte, sur le chemin de La Mecque[24] : « C'était un homme jeune de couleur brune, de figure agréable et de belle tournure… »

Postérité et commémorationModifier

 
Kankou Moussa, navire de la Compagnie malienne de navigation.

Mansa Moussa apparaît dès 1339 sur une carte d'Angelino Dulcert, un turban sur la tête avec le nom « rex Melly ». L'Atlas catalan, réalisé à Majorque vers 1375, le représente trônant au milieu du continent africain, une boule d'or à la main mais portant un sceptre et une couronne typiquement européens comme signes de royauté, avec l'indication : « Ce seigneur noir est appelé Musse Melly, seigneur des Noirs de Gineua. Ce roi est le plus riche et le plus noble seigneur de toute cette partie par l'abondance de l'or qui se recueille en sa terre »[25],[11].

À l'occasion des cinquante ans d’indépendance du Mali, le , Aliou Diallo a lancé la pièce d’or commémorative Mansa Moussa[26].

Des hommages sont rendus à l'époque contemporaine à Kankou Moussa au Mali et dans plusieurs pays africains : un lycée porte son nom à Bamako[27] ainsi qu'à Siguiri (Guinée)[28]. C'est également le cas d'un navire de la Compagnie malienne de navigation et d'une raffinerie d'or inaugurée en 2015[29].

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • (en) A.J.H. Goodwin, « The Medieval Empire of Ghana », South African Archaeological Bulletin, vol. 12,‎ , p. 108-112 (lire en ligne).
  • (en) Nehemia Levtzion, « The thirteenth- and fourteenth-century kings of Mali », Journal African History, vol. 4,‎ , p. 341-353 (lire en ligne).
  • (en) Nawal Morcos Bell, « The age of Mansa Musa of Mali: Problems in succession and chronology », International Journal of African Historical Studies, vol. 5, no 2,‎ , p. 221–234 (lire en ligne).
  • (en) Nehemia Levtzion, Ancient Ghana and Mali, Londres, Methuen, , 283 p. (ISBN 0-8419-0431-6).
  • Sergio Domian, Architecture soudanaise : vitalité d'une tradition urbaine et monumentale : Mali, Côte-d'Ivoire, Burkina Faso, Ghana, Paris, L'Harmattan, , 191 p.
  • (en) John O. Hunwick, Timbuktu and the Songhay Empire : Al-Sadi's Tarikh al-Sudan down to 1613 and other contemporary documents, Leiden, Brill, , 412 p. (ISBN 90-04-11207-3).
  • (en) Nehemia Levtzion et John F.P. Hopkins, Corpus of Early Arabic Sources for West Africa, New York, Marcus Weiner Press, , 492 p. (ISBN 1-55876-241-8).
  • (en) Marq De Villiers et Sheila Hirtle, Timbuktu : Sahara’s Fabled City of Gold, New York, Walker and Company,
  • François-Xavier Fauvelle-Aymar, Le Rhinocéros d'or : Histoires du Moyen-Âge africain, Alma, (ISBN 9780691181264, notice BnF no FRBNF45713630), p. 245-256

Liens externesModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Selon Maurice Delafosse, Haut-Senegal Niger (lire en ligne), p. 74. Charles Monteil place la fuite d'Ali Kolen en 1275 plutôt qu'en 1335[18].

RéférencesModifier

  1. Maurice Delafosse, Haut-Sénégal Niger, t. 2 : L'Histoire, Maisonneuve & Larose (lire en ligne), p. 190.
  2. Jacques Giri, Le Sahel demain : catastrophe ou renaissance ?, Kathala, , 325 p. (ISBN 978-2-86537-084-9, lire en ligne), p. 24.
  3. Goodwin 1957, p. 109.
  4. « Les dix personnages les plus riches de l'Histoire  », Historia Spécial, no 12,‎ .
  5. « Et l'homme le plus riche de tous les temps est… », La Libre Belgique,‎ (lire en ligne).
  6. (en) « The 10 Richest People of All Time », sur money.com, (consulté le 3 mars 2021)
  7. Hunwick 1999, p. 9.
  8. a b et c Bell 1972, p. 224-225.
  9. Levtzion 1973, p. 341-347.
  10. Levtzion 1973, p. 347.
  11. a b c et d Francis Simonis, « L'Empire du Mali d'hier à aujourd'hui », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, no 128,‎ (DOI https://doi.org/10.4000/chrhc.4561, lire en ligne)
  12. Bell 1972, p. 224.
  13. Fauvelle 2013, p. 252-253.
  14. (en) « Kingdom of Mali Primary Sources », sur Boston University, African Studies Center.
  15. Fauvelle 2013, p. 253.
  16. Goodwin 1957, p. 110.
  17. Hubert Deschamps, L'Afrique noire précoloniale, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? » (lire en ligne)
  18. Jean Rouch, Les Songhay, L'Harmattan, (ISBN 978-2-7475-8615-3, lire en ligne), p. 85
  19. (en) « Mansa Musa », Maafa: African Holocaust (consulté le 27 février 2010)
  20. De Villiers et Hirtle 2007, p. 70.
  21. De Villiers et Hirtle 2007, p. 74.
  22. De Villiers et Hirtle 2007, p. 87-88.
  23. a et b Levtzion 1973, p. 349-350.
  24. Priscille Djomhoué, Un monde à découvrir : l'exégèse du Nouveau Testament : historique et nouvelles orientations, Jean Koulagna, , 67 p. (ISBN 978-9956-0-9061-7, lire en ligne), p. 101.
  25. Fauvelle 2013, p. 248-249.
  26. « Une pièce d’or pour célébrer le cinquantenaire du Mali », Les Afriques, .
  27. « Site Facebook du lycée Kankou Moussa »
  28. « Rentrée scolaire : le proviseur du lycée Kankou Moussa de Siguiri inquiet », sur guineematin.com, .
  29. « Raffinerie d’or Kankou Moussa : Offrir des produits de haut de gamme made in Mali », sur maliweb.net, .

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