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Kanō Tan'yū

artiste japonais
(Redirigé depuis Kanō Tannyū)
Kanō Tan'yū
Portrait du peintre japonais Kanō Tannyū.jpg
Portrait de Kanō Tan'yū, fin 17e, attribué à son élève, Momota Ryūei (1647-1698)
Rouleau suspendu, H. 66.4 cm.
Musée national de Kyoto
Naissance
Décès
Nom dans la langue maternelle
狩野探幽Voir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité
Formation
Père
Fratrie
Enfants
Kanō Tanshin
Kanō Tansetsu (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Parentèle
Kanō Masunobu (d) (fils adoptif)Voir et modifier les données sur Wikidata

Kanō Tan'yū, de son vrai nom Kanō Morinobu, surnommé Shirojirō, Uneme, de noms de pinceau : Tan'yû, Byakurenshi, Hippōdaikoji, Seimei, né le 4 mars 1602 et mort le 4 novembre 1674, est un peintre japonais de sujets de genre, animaux et compositions murales de l'école Kanō. Par sa personnalité, Tan'yū domine l'école Kanō de l'époque d'Edo.


Sommaire

Biographie et parcours artistiqueModifier

Article détaillé : Généalogie des peintres Kanō.

Le style décoratif des XVIe et XVIIe sièclesModifier

Avant même la mort à Kyōto de Sanraku, dernier représentant du style Momoyama, apparaît une nouvelle génération de peintres: l'école principale de Kanō, liée maintenant à la famille des Tokugawa, change de chef et ce sont trois petits-fils d'Eitoku, soit les fils de Takanobu (1571-1618), Tan'yū, Naonobu et Yasunobu qui prennent la tête de l'atelier, devenu l'académie officielle du nouveau Shôgunat d'Edo.

Premières années. Tan'yū est né à Kyoto et formé par son père. Il est reçu, à l'âge de dix ans (en 1612) par Tokugawa Ieyasu et à seize ans, après avoir combattu aux côtés de Ieyasu, il est nommé peintre officiel du shogun. Ses premières réalisations font sa renommée et il vient s'installer à Edo en 1621, à la demande du shogun Hidetada, sur un terrain qui lui est offert. Il fonde ainsi l'école Kanō d'Edo, la branche Kajibashi à Kajibashi-chō. Son frère Naonobu, vient le rejoindre. Plus tard, le fils de Tan'yū par sa deuxième femme, Kanō Tanshin (Morimasa) (1653 - 1718) dirigera cette branche, tandis que le fils de son frère, Tsunenobu (1636-1713) fondera la branche Kobiki, dans le quartier de Kobiki-chō d'Edo[1].

Après la mort subite de leur père en 1618, le premier travail important auquel les trois frères doivent faire face, surtout l'aîné, Tan'yū, est la décoration du château de Nijō, construit à Kyōto de 1601 à 1603 par Tokugawa Ieyasu[2]. En 1626, Iemitsu, son petit-fils, afin d'affirmer la puissance du nouveau Shôgunat vis-à-vis de la famille impériale, invite solennellement l'empereur Go-mizunoo à séjourner dans ce château, qu'il fait embellir de 1624 à 1626[3], en vue de cette visite en y ajoutant de nouveaux bâtiments et en renouvelant complètement la décoration. L'exécution de ce travail dans un temps limité est une véritable épreuve qui décide du destin de Tan'yū et de sa famille. Grâce à son acharnement, le jeune artiste (qui rappelle à ses contemporains son grand-père Eitoku lors de la construction du château d'Azuchi), réussit à donner à tous ces bâtiments grandioses un nouvel éclat, aidé dans sa tâche par son frère cadet Naonobu ou les disciples de talent formés par son père[4].

De ce monument magnifique, le château de Nijō, seul le palais de ni-no-maru (deuxième enceinte qui constitue la partie ouest du château) est parvenu presque intégralement jusqu'à nous. Cet ensemble de cinq superbes bâtiments, reliés entre eux par de larges corridors, a été érigé lors de la fondation du château en 1603, et décoré de nouveau en 1626. Il se présente donc comme l'unique témoin du faste des grands palais de cette époque. La décoration de la partie la plus importante, ō-hiroma (les grandes salles d'audience), est vraisemblablement due au pinceau de Tannyū à la tête de son atelier. Tous les murs sont couverts de grandes compositions polychromes sur fond d'or qui traitent le thème traditionnel des pins et des oiseaux[5].

L'effort des artistes tend, ici, à magnifier la puissance du nouveau dictateur. Sur une longue cloison de la quatrième salle, Salle des gardes, un seul pin gigantesque occupe un espace de quatorze mètres de longueur sur cinq mètres de hauteur. Perché dans le feuillage, un vieil aigle semble dominer toute la salle de sa dignité royale, toutes griffes dehors, surdimensionnées. La monumentalité de ce décor repose en grande partie sur ces très vieux pins, noueux, dont les formes particulièrement trapues sont le signe de leur résistance continue à des vents violents, à des neiges épaisses. Des aigles vigilants sont postés dans leurs branches colossales, partout dans la salle comme les « yeux » du shogun, lui même. Les pins symbolisent traditionnellement la longue vie et la résistance aux intempéries, mais ici, géants et monstrueusement torturés, ils symbolisent un pouvoir qui semble devoir résister absolument à tout.

De tels travaux étaient pris en charge par tout un groupe de peintres professionnels, bien rémunérés. Parmi ses meilleurs disciples se trouve Kusumi Morikage (1602-1664)[6].

Les jeux d'encreModifier

Il abandonne ce style décoratif, hérité de l'époque de Momoyama, au cours des années 1630, et préfère ensuite les jeux d'encre[7]. En 1640 il réalise cinq rouleaux qui illustrent la vie de Tokugawa Ieyasu. L'année suivante il décore les fusuma des appartements du supérieur du Daitoku-ji, de scènes chinoises, de fleurs et oiseaux et de paysages à l'encre.
Pour la villa impériale de Katsura, Kanō Tan'yū aurait peint le fusuma (paroi coulissante) de la salle du paysage. Il l'aurait réalisé en 1641, et ses frères seraient intervenus dans le même temps, Naonubo ayant peint les « Sept Sages de la forêt de bambous » et Yasunobu, « Les oiseaux dans la neige »[8].

Mais il ne se contente pas de poursuivre la veine d'inspiration chinoise dans ses peintures à l'encre, il poursuit également, après Mitsunobu et Takanobu, l'incorporation du style yamato-e. Il en arrive à créer une nouvelle mode qui deviendra une ligne essentielle de l'école Kanō pour la période d'Edo. Dans les scènes d'inspiration japonaise, comme les paysages des quatre saisons il retrouve ainsi des procédés de la peinture traditionnelle (yamato-e), comme dans La pêche aux cormorans du musée Okura à Tokyo. De même, une paire de paravents à six feuilles sur le thème du Dit du Gengi manifeste des réminiscences yamato-e. Ces paravents semblent être le signe de liens entre les Tokugawa et la cour impériale[9].

36 portraits de poètes immortelsModifier

Les grands auteurs de waka (poèmes courts japonais) sont appelés «poètes immortels». Fujiwara no Kintō (Xe – XIe siècles), choisit trente-six poètes célèbres, lesquels divisés en deux groupes de dix-huit poètes chacun. Un des groupes est proposé par Kakinomoto no Hitomaro, le second par Ki no Tsurayuki. Ces trente-six poètes s'affrontent dans un grand concours de poésie. Ils sont représentés assis sur des tatamis surélevés, sur fond d'or, peints par les frères Kanō (Tan'yū, Naonobu et Yasunobu) qui travaillent pour le shogunat de l'époque. Chacun d'eux réalise douze portraits[13].

Le Kotohira-gū dispose de documents qui définissent l'attribution à chacun des trois frères Kanō. Tan'yū peint les six premiers poètes du groupe de Hitomaro et les six premiers du groupe Tsurayuki. Naonobu lui, réalise les douze autres poètes du groupe Hitomaro et Yasunobu termine par les douze derniers poètes du groupe Tsurayuki. Les poèmes calligraphiés sont exécutés par les nobles de la cour. Ces portraits sur cadres sont de mêmes dimensions (63,6x41,6 cm), et sont peints sur feuilles d'or sur bois, et datés: 1648[14].

Notes et référencesModifier

  1. Christine Shimizu, 2008, p. 283
  2. Akiyama Terukazu 1961, p. 135
  3. Felice Fischer and Kyoko Kinoshita, 2015, p. 23
  4. Dictionnaire Bénézit 1999, p. 692
  5. Akiyama Terukazu 1961, p. 136 , Iwao Seiichi, 2002, p. 105 et Felice Fischer and Kyoko Kinoshita, 2015, p. 23 et 24 (photographie). Felice Fischer précise que Tann'yu était chargé du décor de la Grande salle des audiences (Ohiroma), dont la Salle des gardes (Yonnoma) est dépourvue de mobilier permanent; les visiteurs étant assis sur les tatami et entourés par les peintures qui couvrent les cloisons et les portes coulissantes (fusuma) sur trois faces.
  6. Akiyama Terukazu 1961, p. 137
  7. Christine Shimizu, 2008, p. 284-285}
  8. Nicolas Fiévé, « Histoire de l'architecture et des jardins du Japon pré-moderne - Katsura », Annuaire de l'École pratique des Hautes Études, section des sciences historiques et philosophiques, no 144,‎ , p. 275-288 (lire en ligne)
  9. Felice Fischer and Kyoko Kinoshita, 2015, p. 40
  10. Le texte dit : « La cloche du temple, le soir dans la brume. // Au coucher du soleil, la cloche du temple sonne à travers le brouillard. / Les gens dans des endroits éloignés se dépêchent eux aussi. ». Ce poème, comme la peinture, est signé du sceau: « Tan’yū ». Burke Collection
  11. (en) Commentaire détaillé de ce paravent sur le site du musée. Il semble, en raison de marques encore bien visibles, que ce paravent aurait été peint afin de recevoir des poèmes, au centre et en haut de chaque feuille.
  12. La tradition décorative de l'école Kanō intègre aussi des éléments de la tradition yamato-e, comme les collines vertes et les scènes de genre, avec les travaux des paysans et des pêcheurs.
  13. Christine Shimizu, 1991, p. 38
  14. Christine Shimizu, 1991, p. 38

BibliographieModifier

  • Iwao Seiichi (dir.) et al., Dictionnaire historique du Japon, t. 11 (K), Maisonneuve et Larose, (1re éd. 1985) (ISBN 2-7068-1633-3, lire en ligne), p. 103-105: article « Kanō-ha » (école Kanō).
  • Dictionnaire Bénézit, Dictionnaire des peintres,sculpteurs, dessinateurs et graveurs, vol. 7, éditions Gründ, , 13440 p. (ISBN 2700030176), p. 692, 693


  • Akiyama Terukazu, La peinture japonaise - Les trésors de l'Asie, éditions Albert SkiraGenève, , 217 p., p. 125, 135, 136, 137, 181, 182
  • Maurice Coyaud, L'Empire du regard – Mille ans de peinture japonaise, éditions Phébus, Paris, , 256 p. (ISBN 2859400397), p. 31, 36, 148, 149: « Kanô Tan'yû »
  • (en) Felice Fischer and Kyoko Kinoshita (éditeurs scientifique) et al. ([exhibition, Philadelphia, Philadelphia Museum of Art, February 16-May 10, 2015]), Ink and gold : art of the Kano, Philadelphia Museum of Art et Yale University Press, , XV + 305 p., 27 x 30 cm (ISBN 978-0-87633-263-4, 0-87633-263-7, 978-0-300-21049-1 et 0-300-21049-3), p. 61-66 (The Meiji Revival of the Kano school: The Final Chapter)
  • Christine Guth, L'art japonais de la période Edo, Flammarion, coll. « Tout l'art », , 175 p., 21 cm. (ISBN 2-08-012280-0), p. 75-81 : « Kanō Tan'yu »
  • Christine Shimizu, Les 36 Poètes Immortels du Japon (peintures conservées au musée national des arts asiatiques-Guimet), , 38 p.
  • Christine Shimizu, L'Art japonais, , 448 p. (ISBN 2081207877), p. 284-285 : « Kanō Tan.yū ». Voir aussi édition précédente grand format, reproductions couleurs augmentées: Christine Shimizu, L'Art japonais, Flammarion, coll. « Vieux Fonds Art », , 495 p., 28 x 24 x 3 cm env. (ISBN 2-08-012251-7), p. 380-381 et 269
  • Pascale Bertrant-Collectif, Sanctuaire de la mer–Trésors de la peinture japonaise-Connaissance des Arts, N° 379, Connaissance des Arts, , 34 p. (ISBN 2758001802)
  • Okyo, Jakuchu et Gantai-University Art Museum, Tokyo, L'Art Mural de Kotohira-gu Temple, L'Asahi Shimbun,
  • Histoire du Japon. Des origines à nos jours. Éditeur : Herman. Auteur : Herail Francine. 18 février 2010. Français. (ISBN 2705666400)
  • Pèlerinage et société dans le Japon des Tokugawa : Le pèlerinage de Shikoku entre 1598 et 1868. Paris, École française d’Extrême-Orient, 2001. Kouamé Nathalie, éditeur : L'Asiathèque (29 juillet 2000). Collection: connaître le Japon. Langue: français. (ISBN 2911053567). 272 pages.


  • Collectif. Musée Guimet, Konpira-san, sanctuaire de la mer : Trésors de la peinture japonaise, Kotohira-chō (Kagawa-ken, Japon) : Kotohira-gu, , 395 p. (ISBN 978-4-904454-01-5)

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