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Jean-Louis Giraud-Soulavie

diplomate français
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Jean-Louis Giraud-Soulavie
Soulavie 1792.png
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 61 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Abréviation en botanique
SoulavieVoir et modifier les données sur Wikidata
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Jean-Louis Giraud-Soulavie, né à Largentière le et mort à Paris le , est un géographe, géologue, vulcanologue, diplomate et historien français.

Il est remarquable pour être l'auteur d'une des seules description des effets sur le climat en France de l'éruption en Islande en juin 1783 du volcan du Laki qui a envoyé dans le ciel au-dessus de l'Europe une quantité si grande de poussière et de nitrates que la température générale a baissé de plusieurs degrés, provoquant une glaciation et une très grave disette.

Il a pris une part active à la Révolution française et il est resté célèbre pour avoir publié un certain nombre de livres, de mémoires et de correspondances apocryphes, le plus souvent dans le but de calomnier les institutions et les personnalités de l'Ancien Régime

Sommaire

BiographieModifier

Né dans une famille de bourgeoisie rurale originaire d'Antraigues, Soulavie fait ses études à Avignon au collège Saint-Nicolas et au séminaire du Saint-Esprit (1771-1776). Ordonné prêtre en 1776, il devient vicaire à Antraigues, puis curé de Sept-Vents (1787), dans le diocèse de Bayeux, et vicaire général du diocèse de Châlons (1788), où il ne réside pas.

Il publie des études d'histoire naturelle, son œuvre majeure étant une Histoire naturelle de la France méridionale prévue en sept volumes (1780-1784) ; elle lui vaut le titre de membre correspondant de l’Académie royale des inscriptions de Paris, ainsi que des Académies de Saint-Pétersbourg et de Hesse-Cassel. Cependant, il estime dans cet ouvrage l'âge de la Terre à plusieurs centaines de millions d'années, chiffre le plus énorme avancé jusque là. Divisant l'histoire des terrains sédimentaires en cinq époques, il esquisse une théorie transformiste de la flore et de la faune qui, sous l'influence du milieu, se diversifient, se complexifient, se transforment. En 1784, l'Église, considérant que l'ouvrage contredit la lecture littérale de la Bible, le somme de renoncer à la géologie, et la publication des deux derniers volumes est interdite[1]. Grand collectionneur de manuscrits et d'estampes, il abandonne alors les ouvrages scientifiques à partir de 1785 pour publier, entre 1789 et 1792, puis de nouveau à partir de 1799, des compilations ou éditions de mémoires plus ou moins authentiques.

Pendant la Révolution française, ayant embrassé les idées nouvelles, il devient membre de la Société des amis de la Constitution et, tout en s’occupant de travaux littéraires, publie des articles politiques dans les différents journaux. Il publie ainsi deux articles dans le Moniteur pour contester au roi le droit de guerre et de paix () et accuser l'abbé de Cîteaux d'avoir fait disparaître depuis et enfermer dans une cage un de ses religieux, Dom Patouillot, historien de son ordre qu'il avait rencontré à l'abbaye des Chambons en 1776 (4 juillet)[2]. En , il rédige l’adresse présentée à l’Assemblée nationale par les prêtres de Saint-Sulpice qui ont prêté serment à la constitution civile du clergé.

Lié avec Chabot, Bazire, l'abbé Grégoire et Collot d'Herbois, il se marie le , par un simple contrat sous seing privé, avec Marie-Madeleine, fille de l'avocat et notaire Urbain Mayaud et de Madeleine Tarbouillet née à Largentière le [3]. Devant le refus du prêtre de la paroisse, l'un des vicaires de l'évêque du Calvados Fauchet donne le même jour sa bénédiction nuptiale[4]. Le couple officialise cette union devant l'officier public de la commune de Carrouge le 1er brumaire an II.

Le , il est nommé par le Conseil exécutif résident de la République française à Genève et en Valais, où il arrive le 3 juillet. Il est en constante communication avec le révolutionnaire genevois Jacques Grenus, qui prône l'annexion de Genève à la France[5].

En , le pasteur Étienne-Salomon Reybaz, ministre de Genève à Paris, et une délégation de Genevois vient se plaindre de Soulavie auprès du ministère des Affaires étrangères et obtient l'appui d'Hébert et de Chaumette, qui le dénoncent, le 8 novembre, à la tribune des Jacobins[6]. Il est destitué le 6 décembre par arrêté du comité de salut public. Toutefois, l’exécution de cet arrêté est suspendue sur les représentations de Barère, et il reste en poste.

Dénoncé à la Convention après le 9-Thermidor comme un des partisans de Robespierre, il est révoqué par le comité de salut public le 22 fructidor an II (); son successeur, Pierre Auguste Adet, arrive à Genève le , avec un ordre pour le faire arrêter. Soulavie est enfermé au château de Tournai puis, le lendemain, il est expulsé vers la France, lié et garrotté, et emmené vers Paris sous la garde de quatre gendarmes, où il est incarcéré en la maison Talaru[7]. Après son départ, les clubs insurgés de Genève pillent sa maison. Libéré en 1795, il intente à Jean-Baptiste Treilhard, l'un de ceux qui avaient ordonné son arrestation, un procès en dommages et intérêts relativement à la manière dont ont été saisis ses papiers et ses effets. Jugée en cassation le 13 messidor an VII (), la procédure est dénoncée.

Le 6 germinal an IV (), après avoir fait établir un acte établissant la communauté des liens, Soulavie fait établir un nouvel acte de mariage avec son épouse devant l'officier de l'état civil du 11e arrondissement de Paris. Le 24 messidor (12 juillet) suivant naît une fille. En l'an VI, Soulavie achète à Paris, rue de Verneuil, une maison pour 40 000 francs.

Après le 18 brumaire, les consuls Sieyès et Roger-Ducos font placer son nom sur une liste de déportation, mais Bonaparte, qui l’avait connu pendant sa mission à Gênes, s’oppose à cette mesure, et dès lors, Soulavie peut se livrer tranquillement à ses travaux littéraires, qui l’occupent tout entier jusqu’à l’époque de sa mort.

Compilateur avisé, si ce n’est scrupuleux, il sauve et rassemble de nombreux documents sur son siècle : mémoires, pseudo-mémoires, correspondances, traités, etc. un grand nombre d’ouvrages. On lui doit des éditions de divers Mémoires de personnes célèbres, dont ceux du maréchal de Richelieu, de Maurepas, par exemple, parfois en partie apocryphes. Il est réputé pour avoir rassemblé, outre de nombreuses estampes, plus de trente pièces et brochures sur l'époque révolutionnaire. Dans son testament, déposé auprès de Me Oudinot-Février, notaire rue du Bac, il laisse à sa fille un héritage de plusieurs centaines de milliers de francs, outre son hôtel particulier de la rue de Verneuil et sa collection[3].

Sa veuve se remarie le .

Liste d’œuvres non exhaustiveModifier

  • Histoire naturelle de la France méridionale, chez J.F. Quillau, Mérigot l’aîné, Belin (en 7 tomes, publiés de 1780 à 1784).
  • Chronologie physique des éruptions des volcans éteints de la France méridionale: depuis celles qui avoisinent la formation de la terre, jusques à celles qui sont décrites dans l'histoire, Quillau, 1781.
  • Correspondance du cardinal de Tencin, ministre d’État, et de Madame de Tencin sa sœur, avec le duc de Richelieu, sur les intrigues de la Cour de France depuis 1742 jusqu’en 1757, et surtout pendant la faveur des dames de Mailly, de Vintimille, de Lauraguais, de Châteauroux et de Pompadour, (avec Jean-Benjamin de Laborde) 1 vol. in.8, 400 pages (en fait 385 pages qui vont jusqu’en 1744 ; les 15 pages restantes n’ont jamais été publiées), s.l. (Paris), 1790.
  • Histoire de la convocation et des élections aux États-Généraux en 1789, pour servir de préliminaire à l'histoire de la révolution, Paris, Lavillette, 1790 (rééd. 1791).
  • Mémoires historiques et politiques du règne de Louis XVI depuis son mariage jusqu'à sa mort, Treuttel et Würtz, 1801, 6 vol.
  • Mémoires historiques et anecdotes de la cour de France pendant la faveur de la marquise de Pompadour, Arthus-Bertrand, 1802.
  • Histoire de la décadence de la monarchie française [...], 1803, 3 vol. de texte + 1 Atlas
  • La Chronique scandaleuse de Philippe duc d’Orléans, Léopold Collin, Paris, 1809.

BibliographieModifier

  • L. Aufrère, Soulavie et son secret. Un conflit entre l’actualisme et le créationnisme. Le temps géomorphologique, Paris, 1952.
  • Michel Chevalier, « L’abbé Soulavie, précurseur ardéchois de la géographie moderne (1752-1813) », Revue du Vivarais, T. XC, no 2, 1986, p. 81-100.
  • Albin Mazon:
    • Histoire de Soulavie (naturaliste, diplomate, historien), Paris, 1893, 2 vol.
    • Appendice à l’histoire de Soulavie, Privas, 1901.
  • A. Tétry, « Notice sur J. L. Giraud-Soulavie » dans Dictionnaire de biographie française, t. XVI, col. 251-252.

Sources partiellesModifier

Notes et référencesModifier

  1. Georges Minois, L'Église et la science, histoire d'un malentendu, tome II, Fayard, p. 139-140
  2. Réimpression de l'ancien Moniteur, Paris, Henri Plon, 1860, tome V: « Assemblée constituante », p. 35-36.
  3. a et b Louis Bergeron, Guy Chaussinand-Nogaret (dir.), Grands notables du Premier Empire: notices de biographie sociale, Centre national de la recherche scientifique, 1978, vol. 1: « Vaucluse (par Alain Maureau), Ardèche (par Germaine Peyron-Montagnon) », p. 110 (ISBN 2222022029).
  4. Journal du palais, présentant la jurisprudence de la Cour de cassation et des cours d'appel de Paris et des autres départemens, Paris, tome 2, 1824, p. 377-391.
  5. Éric Golay, Quand le peuple devint roi, Éditions Slatkine, Genève, 2001, p. 483 ss. (ISBN 2-05-101843-X).
  6. Daniel Guérin, La Lutte de classes, sous la Première République, 1793-1797, Gallimard, 1968, p. 439, et Nicole Bossut, Chaumette, porte-parole des sans-culottes, Éditions du CTHS, 1998, 535 pages, p. 441 (ISBN 2735503747).
  7. Madame de Staël, « lettre à Adolphe-Louis Ribbing du 20 septembre 1794 », dans Correspondance générale, 1968, vol. 3, p. 122, et Marcel Godet, Victor Attinger, Henri Turler, Dictionnaire historique et biographique de la Suisse, 1921, p. 75.

Liens externesModifier