Georges Yoram Federmann

médecin psychiatre français
Georges Yoram Federmann
Portrait de Georges Yoram Federmann
Georges Federmann, portant le "Judenhut" (chapeau imposé aux Juifs du 13 au 15ème), rue des Hallebardes à Strasbourg, Hiver 2016
Biographie
Naissance Voir et modifier les données sur Wikidata (66 ans)
CasablancaVoir et modifier les données sur Wikidata
Thématique
Profession Médecin et psychiatreVoir et modifier les données sur Wikidata
Données clés

Georges Yoram Federmann, né le à Casablanca au Maroc, est un médecin psychiatre français établi à Strasbourg. Il est le fondateur, en 1997, du cercle Menachem-Taffel.

BiographieModifier

 
Georges Yoram Federmann et Boris Pahor à Strasbourg en juin 2015.


De Casablanca, il arrive avec sa famille en France en 1963. Ils sont rapidement naturalisés français.

Ils s'installent dans un premier temps à Paris, rue de Lancry, puis déménagent à Avignon où Georges Federmann suivra sa scolarité à l'école élémentaire Jean-Henri Fabre de 1963 à 1966.

Après deux années à Nîmes, scolarisé au collège Jean-Henri Fabre, Georges et la famille Federmann s'établissent à Marseille jusqu'en 1972 ; date du départ à Strasbourg.

Après des études de médecine Georges Federmann se spécialise en psychiatrie, et se consacre aux soins des invalides de guerre (dont les "malgré-nous" ou incorporés de force), des toxicomanes et des étrangers sans-papiers[1],[2].

Juif militant, il se situe à l’extrême-gauche et milite pour la défense des marginalisés, et pour la reconnaissance du droit à l’existence de l’État d’Israël, tout en défendant la cause palestinienne[1].

Avec le cercle Menachem-Taffel[3], association qui milite pour la reconnaissance et la mémoire des atrocités commises à Strasbourg par le professeur August Hirt à la faculté de médecine nazie, il a contribué à redonner une identité aux 86 juifs victimes de ces crimes[4]. En 2011, en hommage aux victimes, une partie du quai Pasteur à Strasbourg a été rebaptisée quai Menachem Taffel, du nom du premier cadavre identifié[5].

En 2015, le documentaire de cinéma Le Divan Du Monde (réalisé par Swen De Pauw) suit ses consultations de psychiatrie, à visages découverts[4].

En 2019, Georges Federmann expose les détails politiques et philosophiques de son engagement humaniste dans le documentaire Comme Elle Vient, tourné en une nuit face caméra (à nouveau réalisé par Swen De Pauw)[6],[7],[8],[9].

Il se marie à Véronique Dutriez en 1980, institutrice et militante associative engagée, avec qui il a eu trois enfants[10].

La mort de Véronique, tuée par un patient, survient brutalement le 16 novembre 2005[4].

Il se remarie en 2007 à Anja Vogel, journaliste à Radio France, spécialiste de l'Europe, avec qui il conçoit deux enfants[1].

Pratique de la médecineModifier

Georges Federmann étudie à la faculté de médecine de Strasbourg de 1975 à 1987.

Il s'installe en 1987 en cabinet de psychiatrie privé.

 
Georges Federmann, en 2005.

L’accueil des patients fragiles[11]Modifier

Sa thèse de médecine « La lecture en hôpital psychiatrique. Son usage, sa place, ses fonctions » soutenue en 1985, dessine les contours de la « Bibliothérapie ».

D'après Françoise Alptuna dans le Bulletin des Bibliothèques de France « Le Docteur Georges Federmann a bien été le premier médecin à découvrir et analyser l'importance du livre en milieu psychiatrique en France »[12].

Engagé auprès des plus démunis "en prise directe avec le mal-être et les espoirs contemporains"[13] ("des blessés de guerre, des toxicomanes et des personnes en situation irrégulière"[11]), Georges Federmann a développé une pratique de la psychiatrie particulière, recevant ses patients "sans rendez-vous"[14].

La posologie prescrite va au plus près de la demande et des besoins du patient que Federmann considère comme le véritable expert de sa souffrance[15],[16],[17].

En 2005 il porte plainte auprès de l’Ordre des Médecins contre les Docteurs Jean-François Mattei et Philippe Douste-Blazy, successivement ministre de la Santé des gouvernements Raffarin 1 et 2 en 2002 et 2004, pour avoir participé à compliquer, selon lui, l’accès aux soins pour les bénéficiaires de l’AME (Aide Médicale d’État)[18].

Georges Federmann anime le pôle médical d’Amnesty International alsacien depuis 2008[19].

Son rapport au JudaïsmeModifier

Né d'une famille juive marocaine (dont la branche paternelle est d'origine galicienne, via la Palestine ottomane, puis britannique), c’est au début de ses études de médecine à Strasbourg que Georges Federmann questionne son rapport au judaïsme. Il trouve dans le champ de la médecine l’opportunité de dépasser la dimension communautariste de toute religion. Il déclare alors être « né juif puis s'être converti à l’exercice de la médecine » par essence universaliste [14].

Tout en portant un regard critique sur la politique d’Israël, il se revendique comme défenseur d’un judaïsme tolérant et ouvert.

Il déclare au quotidien L'Alsace, dans un article paru en septembre 2015 : « Je suis un militant de la reconnaissance du droit à l’existence de l’État d’Israël, mais aussi un militant de la cause palestinienne dont les droits sont bafoués. »[14]

Il se dit, non pas juif en tant que croyant, mais en tant que pratiquant de la défense des Droits de l'Homme, sur le terrain.

Il estime que le judaïsme est, en Occident, une fonction politique, anthropologique et sociale, témoin d'une forme d'engagement utopique, universaliste et bouc-émissaire, tour à tour pris comme exemple ou stigmatisé[20].

Malgré les foudres qu'il a pu subir d'une partie de la communauté juive de Strasbourg vis-à-vis de ses positions politiques, la permanence de son engagement pour la mémoire du judaïsme a fini par être reconnue unanimement, comme en témoigne son référencement sur le site « Judaïsme Alsacien », reconnu dans tout l'espace juif francophone[21].

En témoignage de son judaïsme sans frontière, il multiplie depuis 30 ans les interventions et les célébrations œcuméniques (notamment à la chapelle catholique de l'hôpital de Hautepierre chez son ami et prêtre Denis Ledogar), ainsi que les combats associatifs, aux côtés de pasteurs, de prêtres, et d'imams, soulignant son attachement aux actions de terrains inter-religieuses[22].

La ville de Strasbourg lui confie la rédaction de la page novembre du calendrier interreligieux 2019 où sa contribution côtoie celles du Pape François, de Monseigneur Ravel (Archevêque de Strasbourg) et de Christian Krieger (Vice président de l'UEPAL)[23],[24].

L'agression de 2005Modifier

Le , Georges Federmann et son épouse Véronique Dutriez, sont agressés par un patient à son cabinet de psychiatrie, à Strasbourg. Véronique, qui a été de tous ses combats, décède le lendemain à l'âge de 51 ans[25].

Georges est blessé de 4 balles tirées à bout portant mais s'en sortira après un temps de convalescence à l’hôpital et un arrêt de travail de plusieurs mois.

 
Georges Federmann et sa première épouse Véronique Dutriez, dans le quartier de la Robertsau à Strasbourg, 2003.

Le Prix "Véronique Dutriez"Modifier

Un an après l'agression, Georges Federmann crée le prix Véronique Dutriez, en sa mémoire.

Le prix décerné chaque année au mois d'avril récompense aussi bien un travail artistique, historique que sociologique, et a pour vocation d’encourager le travail de Mémoire et le travail de Connaissance des génocides et des totalitarismes.

Le prix a notamment été décerné à l'écrivain Boris Pahor pour l'ensemble de son œuvre accomplie autour de l'histoire des déportations et des camps de la Seconde Guerre mondiale (notamment son roman "Pèlerin parmi les ombres" paru en 1996 chez La Table Ronde [26],[27]).

Ainsi qu'à l'économiste et sociologue Bernard Friot pour son ouvrage sur la fonction révolutionnaire de la Sécurité Sociale, "Puissances du salariat".[28]

Combats politiques et associatifsModifier

Ras l'Front-StrasbourgModifier

Georges Federmann est à l'origine de la création de l'antenne strasbourgeoise de Ras l'Front, aux côtés des instituteurs Michel Kraft et Véronique Dutriez, et des sociologues Roland Pfefferkorn et Alain Bihr, en 1990. Il en sera président de nombreuses années[réf. nécessaire] et en reste un des membres actifs[29].

Le soutien à Jacques GaillotModifier

En 1995, Monseigneur Jacques Gaillot est relevé de ses fonctions d'évêque d'Évreux à cause de ses prises de position contraires au magistère de l'Église. Cependant, l'ordination épiscopale étant indélébile, et Gaillot n'ayant pas commis d'actes appelant la peine canonique de la suspense, il est simplement nommé évêque in partibus de Parténia.

Georges Federmann, un de ses principaux soutiens en Alsace (avec notamment le prêtre Oratorien Denis Perrot), crée l'antenne Strasbourgeoise de Parténia 2000[30].

Il a organisé depuis 1995 de nombreuses rencontres entre Jacques Gaillot et les acteurs locaux de l'action sociale.[31],[32]

 
Georges Federmann, chez Mahmoud, avril 2005.

« Printemps 95 »Modifier

Au mois d'avril 1995 plus d'une centaine de SDF occupent une usine désaffectée en plein centre ville de Strasbourg, avenue de la Forêt Noire, pour y trouver abri.

Ils vont vivre plusieurs mois en collectif démocratique avant de se faire expulser par les autorités.

Georges Federmann participe activement au collectif « Printemps 95 », en qualité de médecin-référent, ainsi qu'en favorisant l’établissement de liens constants avec les autorités municipales et préfectorales[33].

Les Roms de ZamolyModifier

À l'été 2000, le journaliste Israélien Michel Warschawski prévient Georges Federmann de l'arrivée imminente d'un groupe de Roms à Strasbourg, que la presse désignera sous le nom des « 52 roms de Zamoly ».[34]

Ces Roms sédentaires de la ville de Zamoly (Hongrie) fuiraient des persécutions raciales, et demandent le droit d'asile à la France.[35]

Il mènera ce combat aux côtés de citoyens et d'avocats engagés dans la défense des droits de l'homme.

Aux côtés de Richard Moyon, Michel Bombola, Janos Borovi, Véronique Dutriez et Christine Mengus, ils obtiendront le droit d'asile d'une grande partie du groupe en 2003 octroyé par la CNDA (Cour Nationale du Droit d’ Asile).[36],[37]

La majorité d'entre eux vit toujours à Strasbourg en 2019[38].

Siné HebdoModifier

Georges Federmann collabore à la revue Siné Hebdo, dès son lancement en 2008 par Siné.[39]

Il y tient une chronique socio-politique, se référant à son expérience d’exercice de psychiatre libéral et à ses engagements associatifs.

Il écrira une vingtaine de chroniques jusqu'en 2011.

 
Georges Federmann, à l'UPQ (Université Populaire du Quartier), rue Edouard Teutsch à Strasbourg, octobre 2002.

Citoyens du MondeModifier

Inspiré par le militant pacifiste Gary Davis qui créa le mouvement des Citoyens de Monde en 1948, il devient membre de l'association dans les années 90, avant d'être élu « délégué »  par le Congrès des Peuples en 2010 pour un mandat de 9 ans[40].

Le MRAPModifier

Georges Federmann est président du Comité de Strasbourg du MRAP depuis 2016 (succédant à Alfred Zimmer).[41],[42],[35]

Il a participé à la création de cette antenne en 1998, avec notamment son épouse Véronique Dutriez (qui en a été la première présidente).

Le Cercle Menachem TaffelModifier

En 1997 Federmann s'associe au psychiatre allemand Roland Knebusch (exerçant dans la ville de Kehl) pour créer le Cercle Menachem Taffel, en partie pour marquer son hostilité à la tenue du congrès du Front national à Strasbourg[43], et en appelant à une réhabilitation mémorielle des 86 victimes juives du docteur Hirt, médecin nazi exerçant à l’Institut d’anatomie de Strasbourg[44].

Avec l'aide des adhérents du Cercle Menachem Taffel, les Docteurs Federmann et Knebusch s'interrogent sur les mécanismes qui ont poussé l'une des meilleures médecines occidentales (techniquement et scientifiquement | de 1901 à 1939, sept prix Nobel sont décernés à des scientifiques et médecins allemands) à adhérer spontanément au nazisme[6]. La réflexion menée par Federmann et Knebusch s'étend jusqu'à la question de la place du médecin dans la société d'aujourd'hui, qui doit répondre de la responsabilité d'offrir un accueil inconditionnel à tous les patients, pour ne surtout pas reproduire le schéma d'exclusion ayant frappé les "indésirables" d'hier (juifs, homosexuels, tziganes, malades mentaux…)[6].

La commémoration de la Saint-ValentinModifier

Le 14 février 1349, les Juifs de la ville de Strasbourg sont brûlés en place publique (à l'endroit actuel de la place de la République). Tous les ans, avec le Cercle Menachem Taffel, Georges Federmann tient une cérémonie commémorative, en revêtant le monument aux morts d'un voile noir, et en faisant le lien entre ces Juifs et d'autres personnes dont l'actualité rapporte la stigmatisation[45],[46].

Le destin des sept résidents juifs de la Fondation SonnenhofModifier

En juillet 1940, et sous la surveillance de la Gestapo, sept résidents juifs de la maison de santé de l'institution psychiatrique Sonnenhof à Bischwiller, sont enlevés et disparaissent à jamais. Georges Federmann participe à rendre les faits publics, près de 50 ans après qu'ils sont survenus[47][réf. incomplète].

Les Stolpersteine à StrasbourgModifier

En 2006 le cercle Taffel lancent l'idée d'étendre les Stolpersteine à la ville de Strasbourg.

En 2015 un groupe de travail est enfin constitué autour de personnalités comme les historiens Fabienne Regard et Eckhard Wirbelauer, le plasticien et historien d’art Richard Aboaf, l'astronome Bertrand Goldman, et Georges Federmann[48].

Le projet des "Pavés de la Mémoire" est destiné à honorer les victimes locales du nazisme, et voit le jour le .

 
Georges Federmann, place de la République à Strasbourg, décembre 2002.

VidéographieModifier

 
Georges Federmann, devant la synagogue de Strasbourg, septembre 2002.

BibliographieModifier

Ouvrages CollectifsModifier

PréfacesModifier

Publications dans des revues sociologiques & politiquesModifier

  • "X-Alta" n° 2/3, "Multiculturalisme", , pp. 141-154. « Le parti pris de l’étranger » (ISBN 2-913-998-00-3) [66]
  • "Quasimodo" n°9, "Corps en guerre. Imaginaires, idéologies, destructions", Printemps 2005. « L ‘horreur de la médecine nazie. Struthof, 1943 : qui se souviendra de Menachem Taffel ? », Quasimodo No 9, pp. 109-125, (ISSN 1279-8851)[67],[44]
  • "Mortibus" n°10/11, "Masses et moi", Automne 2009, « Médecine et crimes de masse », pp 241 à 260. (ISSN 1950-3237)
 
Georges Federmann, rue Lauth à Strasbourg, octobre 2002.

Publications dans des revues spécialiséesModifier

"Psychiatrie Française"Modifier

  • Volume 30 n°3, "Imprévus", article "Des-livres-nous-du-mal" pages 63 à 72, . (ISSN 0755-9755)
  • Volume 27 n°3, "Qu'est-ce que la Santé mentale ?", article "Que reste-t-il de nos souffrances ?", pages 104 à 109, , (ISSN 0755-9755)[68]
  • Volume 26 numéro spécial, "Des limites de la psychiatrie", article "La Nef des Fous", pages 155-157, , (ISSN 0755-9755)
  • Volume 25 n°3, "Psychiatrie en médecine", article "Mais qu’allons–nous faire dans cette galère ?", , pages 74 à 80, (ISSN 0755-9755)

"Psychiatrie"Modifier

  • N°163 « Emprises. Quand ça pense pour moi », article « Accueillir des étrangers malades, l’expérience du département du Bas-Rhin », , pages 245 à 252.

"Sud/Nord"Modifier

  • N°17 « Humanitaire, Humanitaireries », article « En amont de l’humanitairerie », pages 69 à 78, Éres, 2002, (ISBN 9782865868827)[69],[70]

Notes et référencesModifier

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  2. Clément Ghys, « Un cabinet filmé de l’intérieur », Libération, 15 mars 2016.
  3. « Victimes du Pr Hirt : des restes retrouvés à l'Institut de médecine légale de Strasbourg », Dernières nouvelles d’Alsace, 19 juillet 2015.
  4. a b et c Pierre France, « Dans la profondeur infinie du divan de Georges Federmann», rue89strasbourg.com, 11 mars 2016.
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Liens externesModifier