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Entrées solennelles à Lyon

Les entrées solennelles à Lyon sont des manifestations publiques festives ayant lieu lorsqu'un personnage important, surtout une personnalité royale, fait son entrée dans la ville. Ces entrées sont l'occasion de fêtes et de démonstrations symboliques de respect et de fidélité.

Les entrées solennelles au Moyen âgeModifier

Les entrées solennelles à la RenaissanceModifier

 
Page de titre de "l'Entrée d'Henri II à Lyon" par Maurice Scève, édité par Guillaume Rouillé en 1548.

Il en est de même pour les entrées solennelles où les membres du consulat et les grandes familles en profitent pour rivaliser de fastes et de prouesses artistiques[1]. Ces cérémonies servent également aux élites urbaines pour montrer aux illustres personnages la richesse et la culture de la ville. Ces entrées sont également l'occasion de déterminer l'importance de chaque groupe social par la place qu'il occupe dans le défilé[d 1].

À l'orée de la Renaissance, les festivités accueillant un grand personnage (nouvel archevêque, gouverneur, noble de haut rang ou personnalité royale) sont encore de simples déambulations dans la ville, en ordre défini, les maisons étant ornées de tapisseries pendues aux fenêtres. Sous l'influence de l'Italie et de l'humanisme, une véritable scénographie fait jour, se développe et intègre toujours davantage de références savantes, principalement à la culture antique. Sous le règne de Catherine de Médicis, des éléments ésotériques et astrologiques s'ajoutent, au point de prendre une grande place[au 1]. La préparation par le consulat devient minutieuse, et de plus en plus d'artistes et de savants sont mobilisés pour ces occasions, tels Jean Perréal ou Bernard Salomon[d 2].

Lors de la Renaissance, Lyon, de par sa position privilégiée en rapport avec les guerres d'Italie est fréquemment visitée par les différents souverains. Le premier sur cette période est Louis XI le [d 2]. Dès cette date, des peintres sont recrutés pour préparer les décors qui sont mis en place. Une première entrée, annulée, était prévue pour ce souverain dès 1463, avec une iconographie inédite liée au traité de chasse de Henri de Ferrières[2].

C'est pour le suivant le , Charles VIII que Jean Perréal est mandaté pour préparer les décors de l'entrée. Il y déploie une iconographie religieuse avec la décollation de Saint-Paul près de l'église dédiée et un combat du diable et de saint Michel sur la place du Change. Charles VIII fait deux autres entrées en et , lors de son aller et son retour pour sa première campagne des guerres d'Italie. Son retour triomphal est fêté par des décorations à l'italienne, et une joute rue JuiverieBayard s'illustre[d 2].

Le se déroule l'entrée solennelle de Louis XII qui revient fêter à Lyon plusieurs de ses victoires, et notamment celle contre Ludovic Sforza, ramené à Lyon en et enfermé un temps dans le château de Pierre Scize. Ce retour est également l'occasion pour la reine Anne de Bretagne de faire une nouvelle entrée[au 2]. Pour le même monarque, le , l'entrée suivant sa victoire contre les troupes génoises voit la construction de quatre estrades sur lesquelles des histoires glorifiant le monarque sont jouées. Sur la première, à la porte du pont du Rhône, six jeunes gens personnifiant Force, Prudence, Diligence, Vaillance, Noble Vouloir et Ardent Désir remettent des lauriers au roi, dont les exploits sont comparés à ceux de Thésée, Hercule et Jason. Sur la dernière, place du Change, la saynète délivre un message politique incitant Louis XII à être un prince juste. Lors de son passage suivant, le roi demande expressément pour marquer sa victoire sur les Vénitiens l'édification d'une colonne sur le pont du Rhône. Cette entrée est organisée par Symphorien Champier[d 2].

François Ier fait son entrée solennelle avec la reine Claude et sa mère Louise de Savoie le avant de se rendre en Italie où il remporte la victoire de Marignan[3]. Cette festivité est illustrée de références dynastiques et religieuses, avec notamment le rappel du baptême de Clovis et est organisée par Jean Yvonnet, Jean Richier ; Guillaume II Le Roy[d 3], souvent considéré comme partie prenante, n'est en fait pas rémunéré pour sa participation active aux décors.

 
Navire construit pour l'entrée d'Henri II en 1548.

L'entrée suivante est organisée en l'honneur de la reine Éléonore le . Il s'agit de la première entrée dont les organisateurs, Jean de Vauzelles et Salvatore Salvatori, fixent la trace dans deux publications imprimées. La reine, comparée à une nouvelle Esther, assiste à Vaise aux défilés et à de nombreuses saynètes célébrant son rôle de gage de paix entre la France et l'Empire[d 3]. En cette occasion, les décors sont pleinement d'inspiration italienne et humaniste, les organisateurs s'inspirant des Triomphes de Mantegna, de l’Hypnerotomachia Poliphili et des Triomphes de Pétrarque[au 3].

L'entrée de l'archevêque italien de Lyon, le cardinal d'Este le est également l'occasion de faire une fête à l'italienne[au 3].

« L'entrée royale de 1548 pour Henri II et Catherine de Médicis marque l'apothéose du genre et une date majeure de l'humanisme à Lyon »[4]. Durant plus d'une semaine, les festivités sont décrites par de nombreux témoins, ambassadeurs italiens, journaux de bourgeois et surtout publication officielle dirigée par Maurice Scève[5]. Celui-ci est l'organisateur des cérémonies avec Guillaume du Choul et Barthélémy Aneau. Les spectacles les plus marquants sont une naumachie, un combat de gladiateurs et une représentation théâtrale d'une comédie italienne La Calandria organisée par les Florentins dans l'abbaye d'Ainay, la première comédie moderne jouée en France. Les organisateurs profitent de l'occasion pour multiplier les références à l'histoire antique de la ville, mettant en scène sa fondation mythique par le héros celte légendaire Lugdus[d 4],[au 4].

 
Gravure de Jean Perrissin représentant l’entrée du roi dans l'ouvrage de Pierre Matthieu : L'entrée d'Henri IIII, Lyon. Archives municipales.

Catherine de Médicis revient à Lyon pour l'entrée solennelle de son fils Charles IX le , à l'occasion du Grand Voyage qu'elle a organisé pour tenter de rétablir la paix dans le royaume après la première guerre de religion. Plus modeste qu'en 1548, la cérémonie connait un de ses moments forts lors du défilé ensemble d'enfants catholiques et protestants[d 3],[au 5].

Henri III entre dans la ville le , où l'attendent sa mère et sa sœur Marguerite de France avec son époux Henri IV. Parmi les artistes réalisant les décors il y a Pierre Eskrich, qui réalise un bucentaure à l'imitation du navire vénitien dans lequel le monarque franchit la Saône[d 3].

Enfin, les dernières entrées royales de la Renaissance sont celle d'Henri IV les et . La première est organisée par Pierre Matthieu, Jean Maignan et Jean Perrissin[d 3]. L'entrée d'Henri IV est commémorée par les fresques dites de la chambre de la Parade, peintes en 1632-1633 par Pietro Ricchi dans le château de Fléchères, près de Lyon. Elles montrent une série de personnages du défilé, grandeur nature et en costume d'époque, posant entre des colonnes en trompe-l'œil.

Les entrées solennelles à l'époque moderneModifier

PostéritéModifier

L’entrée royale de François 1er à Lyon, le ouvre le roman historique centré sur le monde du livre et de l’imprimerie à Lyon au XVI e siècle coécrit par Heliane Bernard & Christian-Alexandre Faure, La Colline aux corbeaux, Lyon éditions Libel, 2018, 383 p[6].

BibliographieModifier

  • André Pelletier, Jacques Rossiaud, Françoise Bayard et Pierre Cayez, Histoire de Lyon : des origines à nos jours, Lyon, Éditions lyonnaises d'art et d'histoire, , 955 p. (ISBN 284147190X)
  • Patrice Béghain, Bruno Benoît, Gérard Corneloup et Bruno Thévenon (coord.), Dictionnaire historique de Lyon, Lyon, Stéphane Bachès, , 1054 p. (ISBN 9782915266658, notice BnF no FRBNF42001687)
  1. Béghain et al. 2009, p. 447.
  2. a b c et d Béghain et al. 2009, p. 448.
  3. a b c d et e Béghain et al. 2009, p. 449.
  4. Béghain et al. 2009, p. 446-447.
  • Barbara B. Diefendorf, « Lyon se présente à son roi : Les joyeuses entrées de 1548, 1564 et 1595 », dans Cités humanistes, cités politiques (1400-1600), Paris, PUPS, (ISBN 978-2-84050-927-1), p. 71-86
  • Josephe Chartrou, Les entrées solennelles et triomphales à la Renaissance, 1928 BML
  • Christian Desplat et Paul Mironneau, Les entrées : gloire et déclin, actes de colloque, 1997, BML
  • Pascal Lardellier, Sur deux gravures d'entrées royales lyonnaises, BML
  • Hélène Visentin, Des tableaux vivants à la machine d'architecture..., 2001, BML
  • Plusieurs essais et notices dans Lyon Renaissance. Arts et Humanisme, catalogue d'exposition, Musée des Beaux-Arts de Lyon, L. Virassaminayken (dir.), Lyon, 2015, évoquent la question des entrées royales lyonnaises.
  • Tania Lévy, "Mysteres" et "joyeusetés" : les peintres de Lyon autour de 1500, thèse de doctorat (inédite), Paris-Sorbonne, 2013
  • Tania Lévy, "Les saintes scènes dans les entrées royales lyonnaises, de Louis XI à François Ier (1476-1515)" dans Saintes scènes : théâtre et sainteté à la croisée du Moyen Âge et de la modernité, B. Selmeci-Castioni et M. Uhlig (dir.), Berlin : Frank & Timme, 2012, pp. 171–188
  • Tania Lévy, "La fête imprévue : entrées royales et solennelles à Lyon (1460-1530)" dans Questes, n°31, 2015, pp. 33-44

RéférencesModifier

  1. Sur les entrées solennelles plus en général, on peut consulter les ouvrages suivants : Josephe Chartrou, Les entrées solennelles et triomphales à la Renaissance, Paris, PUF, 1928 ; Bernard Guenée et Françoise Lehoux, Les entrées royales françaises de 1328 à 1515, Paris, 1968 ; Christian Desplat et Paul Mironneau, Les entrées : gloire et déclin, actes de colloque, Biarritz, J&D, 1997 ; Pascal Lardellier, Sur deux gravure d'entrées royales lyonnaises, dans Nouvelles de l'estampe; juillet 1994, p. 47-53 et Hélène Visentin, Des tableaux vivants à la machine d'architecture dans les entrées royales lyonnaises, dans Dix-septième siècle; No 3, juillet-septembre 2001, p. 419-428.
  2. Archives municipales de Lyon, BB13, f°29 et suivants ; cf. également Bernard Guenée et Françoise Lehoux, Les entrées royales françaises de 1328 à 1515, Paris, 1968, pp. 202-240 ; Tania Lévy, "Mysteres" et "joyeusetés" : les peintres de Lyon autour de 1500, thèse de doctorat, Paris-Sorbonne, 2013 (inédite).
  3. La description de cette entrée a été conservée dans un manuscrit enluminé par le Maître de l'Entrée (Jean Ramel ?). Ce manuscrit est conservé à Wolfenbüttel dans la bibliothèque Herzog August (Ms. 86.4.) et a été publié par Georges Guigue en 1899. Cette publication est accessible en ligne sur gallica. Anne-Marie Lecoq en fait une remarquable étude dans son ouvrage François Ier imaginaire, Paris, 1987.
  4. Didier Le Fur, Henri II, Tallandier, 2009, (ISBN 978-284734-297-0), p. 228 à 240
  5. Cette publication a été étudiée dans : Maurice Scève, The entry of Henri II into Lyon, September 1548, éd. Richard Cooper, Tempe, Université d'État de l'Arizona, 1997.
  6. « La Colline aux corbeaux | Editions Libel : Maison d'édition – Lyon » (consulté le 1er janvier 2019)

Articles connexesModifier