Tête d'un Pure race espagnole, le plus connu des chevaux ibériques.

Cheval ibérique est le nom donné aux races de chevaux et de poneys originaires de la péninsule Ibérique. Ces races ont une longue histoire remontant aux premiers temps d'une domestication du cheval peut-être indépendante, et se sont répandues dans les Amériques du XIIe siècle au XVIIe siècle.

À présent, la FAO reconnaît 18 races ibériques officiellement[1], une 19e étant en cours de reconnaissance. Trois races sont portugaises, le Lusitanien, le Garrano et le Sorraia, toutes les autres sont espagnoles ou franco-espagnoles (le Pottok et le Mérens, dans ce dernier cas). Une race dérivée du Sorraia, le Marismeño, a été identifiée comme propre au parc national de Doñana, mais ne figure pas encore sur la liste de la FAO.

HistoireModifier

 
Les représentations pariétales de la grotte du Castillo peuvent laisser à penser que le cheval a été domestiqué indépendamment dans la péninsule Ibérique.

Les chevaux ibériques sont considérés comme faisant partie des plus anciennes races domestiquées au monde. La péninsule Ibérique recèle en effet plusieurs foyers de domestication du cheval, une découverte génétique récente y atteste d'une possible domestication indépendante de celle qui a eu lieu dans les steppes eurasiennes[2], au IIIe millénaire av. J.‑C.[3]. L'érudit portugais Ruy d'Andrade défend déjà cette idée[4] et le vulgarisateur anglais Elwyn Hartley Edwards note la présence de ce qui semble être un harnais peint sur un cheval, dans une peinture rupestre espagnole datée de 15 000 ans avant notre ère, découverte à Castillo Puente Viesgo dans l'actuelle Cantabrie. Il suppose qu'à cette époque, le cheval est déjà employé à divers travaux[5], mais sa théorie, peu crédible, n'est pas reprise par la communauté scientifique[Note 1].

Un foyer daté de la culture campaniforme a été retrouvé dans le Sud de l'Espagne, un autre au centre du Portugal actuels. Les chevaux y présentent une diminution de stature et une augmentation de la diversité génétique[6]. Ces foyers sont proches de l'habitant ancestral des pottokak, l'une des plus anciennes populations chevalines européennes. Par ailleurs, de nombreuses grottes ornées fournissent des représentations de chevaux dans la région[7].

Les races ibériques modernes sont des chevaux baroques[8] à l'instar du plus célèbre de tous, le pure race espagnole, qui par sa morphologie se rapproche des chevaux élevés à la Renaissance. Elles ont connu une forte influence du cheval Barbe pour certaines d'entre elles.

Du XIIe siècle au XVIIe siècle, ces chevaux se répandent dans de nombreuses régions du monde, et en particulier dans les Amériques à la faveur de la conquête du Nouveau Monde[8].

Liste des races ibériquesModifier

Il existe deux grandes familles de chevaux ibériques, les celtes et les ibériques proprement dits. Tous deux sont nettement différenciés par leurs caractères morphologiques, mais également leur robe : les chevaux celtiques sont majoritairement noirs, plus rarement bais. Les chevaux ibériques sont les seuls à pouvoir présenter la robe grise[9].

Visuel Nom Pays de reconnaissance Population (apx.)[Note 2] Mode de vie[Note 3] Commentaires
  Asturcón   Espagne 2319 Semi-sauvage
  cheval des montagnes du Pays basque   Espagne Moins de 600[1] Semi-sauvage Race élevée essentiellement pour sa viande
  Cheval de Burguete   Espagne 4 814 En liberté Race de trait, née de croisements avec des Bretons et élevée pour sa viande.
  Poney galicien   Espagne 1 526 Semi-sauvage Célèbre par la rapa das bestas. Sous le nom de faco ou de del país existent un grand nombre (peut-être plus de 10 000) de chevaux semi-sauvages très proches qui ne figurent pas dans le stud-book de la race.
Hispano-Árabe   Espagne 7 286 Issue de croisements entre le cheval Arabe et d'autres races ibériques
  Hispano-Bretón   Espagne 14 902 En liberté Race de trait élevée pour le travail et surtout pour la viande, issue de croisements avec le trait Breton, une race française.
  Jaca Navarra   Espagne 1 020 Semi-sauvage
  Losino   Espagne 754 Semi-sauvage

 

Mallorquin   Espagne 320
Marismeño   Espagne 1 051 Semi-sauvage
  Minorquin   Espagne 3 125
  Monchino   Espagne 782 En liberté
Pirenenc Catalá   Espagne 7 133 En liberté Ne figure pas sur la liste de la FAO mais reconnu en Espagne depuis 2012. La race est issue en partie de races de trait françaises.
  Pottok   Espagne et   France Moins de 2 600[1] Certains en semi-liberté Propre au Pays basque
  Pure race espagnole   Espagne, et partout dans le monde 199 852 Domestique
Retuerta   Espagne 60 à 140 Sauvage Redécouvert en 2005[10]. Pas de statut officiel.
  Mérens   France 7 000[1] Petite population transhumante Sur le versant espagnol des Pyrénées
  Garrano   Portugal Moins de 950[1] Semi-sauvage
  Lusitanien   Portugal, partout dans le monde 23 619[11] Domestique
  Sorraia   Portugal Moins de 100[1] Sauvage Race très primitive redécouverte par Ruy d'Andrade[12]

Des procédures sont en cours pour inclure le Serrano[13], une variété très rare de grand poney des montagnes, dont il reste actuellement moins de 40 individus.

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Les représentations supposées de harnais ne forment pas une preuve archéologique fiable, en particulier lorsque la date de la peinture rupestre est à ce point éloignée des premières traces archéologiques de domestication.
  2. Pour les races espagnoles, sauf indications contraires, les données proviennent (es) du registre officiel des races espagnols, consulté le 15 mars 2012. Les autres données remontent à 2010 ou 2011. Les sources renvoyant à la FAO remontent à 2001
  3. La classification est la suivante :
    • Sauvage pour les animaux dont l'existence est connue, n'ayant pas de contacts avec l'homme
    • Semi-sauvage pour les animaux qui vivent à l'état sauvage toute l'année, mais sont soignés par l'homme au moins une fois par an
    • En liberté pour les animaux qui vivent toute l'année dans de vastes prairies closes, peu de contacts avec l'homme

RéférencesModifier

  1. a b c d e et f (en) 'FAO breed list', consulté le 15 mars 2012, citant 3 races portugaises et 20 espagnoles
  2. Lira et al. 2010
  3. Musée de Préhistoire d’Île-de-France, Le cheval, symbole de pouvoirs dans l’Europe préhistorique, Nemours, , 104 p. (ISBN 978-2-913853-02-7, lire en ligne), p. 58
    Exposition du 31 mars au 12 novembre 2001
  4. Elisabeth Della Santa, Les figures humaines du Paléolithique supérieur eurasiatique, De Sikkel, 1947, p. 76
  5. Elwyn Hartley Edwards, « La domestication », dans Les chevaux, éditions de Borée, coll. « L’œil nature », , 12-13 p. (ISBN 2844944493 et 9782844944498)
  6. Rose-Marie Arbogast, Archéologie du cheval : des origines à la période moderne en France, Paris, Errance, coll. « des Hespérides », , 127 p. (ISBN 2-87772-211-2 et 9782877722117), p. 23
  7. Jean Guillaume, Ils ont domestiqué plantes et animaux : Prélude à la civilisation, Versailles, Éditions Quæ, , 480 p. (ISBN 978-2-7592-0892-0 et 2-7592-0892-3, lire en ligne), p. 203
  8. a et b De Maria 2009, p. présentation éditeur
  9. (en) L.J. Roy, I. Álvarez, I. Fernández, M. Valera, J. Jordana, A. Beja-Pereira, J.P. Gutiérrez, L. Payeras, E. Gómez et F. Goyache, « Allelic frequencies of MC1r and ASIP genes in Iberian horses » dans Book of Abstracts of the 56th Annual Meeting of the European Association of Animal Production, vol. 11, [lire en ligne]
  10. (en) Vega-Plà et al, The Retuertas horse; the "missing link" in the iberoamerican horse breed origin ?, 2005, [lire en ligne]
  11. (pt) 'Fundaçao Alter Real', consulté le 16 mai 2012
  12. (en) Hardy Oelke, « The Sorraia Horse, General Information », Sorraia Folheto Informativo (consulté le 16 mars 2012)
  13. (es) « Diaros de sesiones Legislatura »

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

BibliographieModifier

ArticlesModifier

  • (en) L. J. Royo, I. Álvarez, A. Beja-Pereira, A. Molina, I. Fernández, J. Jordana, E. Gómez, J. P. Gutiérrez et F. Goyache, « The Origins of Iberian Horses Assessed via Mitochondrial DNA », Journal of Heredity,‎ (lire en ligne)
  • (en) Jaime Lira et al., « Ancient DNA reveals traces of Iberian Neolithic and Bronze Age lineages in modern Iberian horses », Molecular Ecology, vol. 19, no 1,‎ , p. 64–78 (PMID 19943892, DOI 10.1111/j.1365-294X.2009.04430.x, lire en ligne)