Harnais

équipement de sécurité

Le harnais est un équipement permettant à une personne de s'attacher ou de se suspendre à une corde. Certains types adaptés permettent d'atteler des animaux, comme des chiens ou des chevaux.

Ouvrier travaillant sur un pont suspendu à un harnais de sécurité.

DescriptionModifier

Il se compose de sangles cousues qui viennent enserrer le bassin et le torse de la personne. Lorsque les sangles n'enserrent que le bassin, on parle de « baudrier ».

Il s'agit en général d'un équipement de protection individuelle (ÉPI), qui permet d'être suspendu dans les airs et de prévenir la chute : la personne est ainsi reliée à une corde ou ligne de vie.

 
Chien husky équipé d'un harnais.

Le harnais d'attelage désigne le système de sangles permettant de relier un animal (cheval, bœuf, âne, chienetc.) à une voiture (carriole), à un traîneau, ou à une charrue, ou encore de le diriger pour un cheval monté. On parle aussi de harnachement.

Le terme « harnacher » signifie « équiper d'un harnais » ; il n'est utilisé au sens propre que pour les chevaux, mais est parfois utilisé de manière moqueuse pour les personnes, pour signifier que la personne est suréquipée par rapport à ses besoins.

SportsModifier

Depuis la directive européenne 656 de 1989[1] concernant les équipements de protection individuelle, dans laquelle le terme « harness » a été par mégarde traduit en « harnais » dans la version française (le baudrier se dit « climbing harness » en anglais), on trouve fréquemment le terme « harnais » pour désigner le baudrier, utilisé bien plus souvent que le harnais dans les sports de montagne ou en planche à voile. Le harnais, qui peut être constitué avec un complément enserrant le torse à partir d'un baudrier, n'est en général utilisé que dans des cas particuliers où le baudrier pourrait se révéler insuffisant.

Le harnais complet peut être utilisé pour équiper les enfants en escalade, leur évitant ainsi la possibilité de glisser en cas de retournement, ou de chute. Il est aussi utilisé parfois par les professionnels des travaux en hauteur, pour permettre un soutien du torse et pour faciliter le port d'outils pesants à la ceinture.

Travaux en hauteurModifier

 
Port obligatoire d'ÉPI anti-chute.

Les législations de nombreux pays imposent l'utilisation d'un harnais et d'une ligne de vie pour les travaux en hauteur sans garde-corps.

Pathologies induites en cas de suspension « inerte »Modifier

Être suspendu dans un harnais pour un humain ou pour la plupart des mammifères n'est pas une situation naturelle ; après une chute la suspension est un puissant facteur de stress[2].

En 1978 en France le Dr Amphoux (physiologiste et ergonomiste à la médecine du travail) relate un des essais de suspension dans des harnais utilisés dans l'industrie du bâtiment, conduits dans le cadre de recherches sur la prévention des chutes lors des travaux dans le secteur du BTP. Ces essais ont généré des perturbations physiologiques telles que les tests ont dû être stoppés[3],[4].

Chez les spéléologues, il a ensuite été constaté des morts subites et inexpliquées chez des personnes équipées de harnais ou baudriers et suspendues. Ces morts pourraient être dues au stress, à des facteurs externes (froid) ou au port du harnais lui-même ; pour en savoir plus en 1979, la commission médicale de la Fédération française de spéléologie a repris les travaux statistiques du Spéléo secours français (S.S.F.), notant 15 cas de spéléologues décédés sur corde sans explication claire du décès classés, au moins temporairement, faute d'explications dans une rubrique « décès sur corde par épuisement/hypothermie » ; en 1983, la commission réétudie ces statistiques et conclut que, possiblement, la totalité des quinze cas de décès sur corde « pourraient relever d'un mécanisme autre que l'épuisement ou l'hypothermie ». L'année suivante (1984), après avoir étudié la bibliographie sur le sujet et après avoir établi un protocole expérimental la commission teste (en salle) trois harnais différents : deux spéléologues sont suspendus avec interdiction de tout mouvement ; ils perdent connaissance respectivement après 30 et 7 minutes, et reviennent à eux après une courte réanimation ; la suite prévue de l'expérience est annulée. Une recherche du côté des pratiquants de l'escalade met en évidence des problèmes similaires[5],[6],[7]. En 1986, les tests reprennent dans les locaux du laboratoire de physiologie du sport du centre hospitalier universitaire de Besançon (Doubs), avec le Comité régional olympique et sportif de Franche-Comté et du CREPS de Chalain sous la surveillance de des spécialistes, avec un matériel biomonitoring (électroencéphalogramme, électrocardiogramme, prélèvements sanguins, surveillance des paramètres cliniques), les tests étant filmés en continu par deux caméras, en présence d'un médecin réanimateur doté d'un équipement de réanimation : « les trois sujets testés présentent des malaises graves dont une perte de connaissance complète prolongée ! »[8]. Les images serviront à illustrer une vidéo de sensibilisation du monde de la spéléologie[8].

En 1991, les actes d'un symposium de l'International Society for Fall Protection (Toronto) est sert de base à une synthèse (406 pages) basées sur plus de 700 titres et communications scientifiques et médicales, mais portant essentiellement sur les effets verticaux et pendulaires de la chute (accélération) et de la décélération brutale dans le harnais (y compris de parachutiste, éventuellement après éjection par siège éjectable)[8]. La situation plus rare de « suspension inerte » vécue par les spéléologues ou quelques métiers spécifiques reste mal comprise (et peu étudiée), malgré divers essais de types variés de harnais et de points d'ancrages, qui tous ont abouti aux mêmes signes préoccupants, montrant que la suspension inerte ne doit pas durer, quel que soit le type de harnais. Chez une personne inerte, un malaise grave pouvant conduire à une mort rapide survient dans un délai compris entre 3,5 à 32 minutes, six minutes parfois chez des sujets en bonne santé habitués au port du baudrier)[8].

Les sensations observées chez les personnes ayant participé aux tests sont[8] :

puis vient la perte de connaissance[8].

Trois facteurs aggravants sont identifiés[8] :

  1. Le manque de compétence technique de la personne (qui prolonge le temps passé en suspension) ;
  2. Le fait de remonter après une phase d'exploration fatigante (rôle d'un pré-épuisement) ;
  3. Le contexte difficile (ex : puits arrosés en spéléologie) qui exacerbe la fatigue ou crée une panique.

En situation normale, les mouvements volontaires de la personne dans son harnais suffisent presque toujours à éviter ce risque, mais la suspension d'une personne ne pouvant pas bouger (Cf. perte de connaissance, paralysie, blessé grave, troubles cardiovasculaires) doit être aussi limitée dans le temps que possible et « il ne faut pas utiliser une simple ceinture de hanche ou de poitrine. Le décès est quasi assuré ! »[8].

AutresModifier

Dans l'industrie, le harnais de tour était un train d'engrenages qui, accouplé à la poulie étagée, permettait de diminuer la vitesse de rotation de la broche d'un tour.

En électricité ou en électronique, un « harnais » est un faisceau de câbles électriques qui s'intercale en général dans le câblage d'origine du système (mécanisme ou système électrique ou électronique).

Notes et référencesModifier

  1. « Directive du Conseil du 30 novembre 1989 concernant les prescriptions minimales de sécurité et de santé pour l'utilisation par les travailleurs au travail d'équipements de protection individuelle (troisième directive particulière au sens de l'article 16 paragraphe 1 de la directive 89/391/CEE) », Journal officiel de l'Union européenne, .
  2. P. Weber, Contraintes physiologiques résultant de la suspension dans les harnais : Compte rendu expérimental, Institut de psychologie de l'université de Francfort, 18 pages.
  3. Maurice Amphoux, Georges Noël, et Pierre Archer, « La sécurité sur les chantiers du bâtiment et des travaux public », Annales de l'Institut technique du bâtiment et des travaux publics, 1982, no 401, série questions no 154, pp. 79-110.
  4. G. Noël, G. Ardouin, P. Archer, M. Amphoux et A. Sevin, « Le matériel de sécurité dans le bâtiment et les travaux publics », Annales de l'Institut technique du bâtiment et des travaux publics, 1978, no 362, série questions no 1138, pp. 54-71.
  5. (en) Barry Allen Nelson, « How long can you safely hang in your harness? », OffBelay (USA), 1979, pp. 10-12.
  6. (en) Jim Ongena, « Climbing harness », OffBelay, no 55, 1981, 3 pages.
  7. (fr+en) W. Phleps et G. Flora, « Climbing accidents, free-fall, impact and free-hanging situation », Tiré à part, 1982 (archives et traduction de la commission médicale), pp. 10-12.
  8. a b c d e f g et h J. Bariod et B. Thery, « Le point sur la pathologie induite par le harnais » , Spelunca, no 55, 1994, [lire en ligne], pp. 39-42 [PDF].

AnnexesModifier

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Articles connexesModifier