Charles-Marie Himmer

prélat catholique

Charles-Marie Himmer
Image illustrative de l’article Charles-Marie Himmer
Charles-Marie Himmer en 1949.
Biographie
Nom de naissance Carlos Himmer
Naissance
à Dinant
Ordination sacerdotale à Namur par Mgr Thomas-Louis Heylen
Décès (à 91 ans)
à l'Abbaye Notre-Dame de Soleilmont près de Fleurus
Évêque de l'Église catholique
Consécration épiscopale à Tournai
Dernier titre ou fonction Évêque émérite de Tournai
Évêque de Tournai

Blason
Fide et Spiritu Sancto (La Foi et l'Esprit-Saint)
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

Charles-Marie Himmer, connu aussi sous le nom de Carlos Himmer, est né le à Dinant (Belgique). Il est le fils d'Adrien Edgard Himmer (1873-1939) et Hélène Laurent (1874-1954). Ordonné prêtre le 15 août 1926, il devient le 98e évêque du diocèse de Tournai au cours d'une cérémonie célébrée dans la cathédrale de Tournai le 29 décembre 1949. Il reste à ce poste durant 29 ans, jusqu'au 2 juillet 1977. Retiré à l'abbaye de Soleilmont (Fleurus), il y meurt le .

BiographieModifier

Son grand-père paternel avait fondé une filature à Dinant[1]. Son grand-père maternel était né à Beauraing.

Cadet d'une famille de six enfants, Karl Himmer change son prénom en Carlos en 1914[1]. Il fait ses humanités gréco-latines au collège Notre-Dame de Bellevue, à Dinant. En 1922, devenu séminariste, il est envoyé à Rome, où il fait son doctorat en philosophie et théologie à l'Université Grégorienne[1]. Il est ordonné prêtre à Namur, le par Mgr Heylen, et nommé presque aussitôt vicaire à Beauraing[2]. Sur cette période de sa vie, il confie à Pierre Wilvers qui l'interrogeait à ce sujet: « J'ai vécu, comme vicaire à Beauraing, la vie d'un prêtre de paroisse; ce qui, pour un jeune prêtre ayant fait des études supérieures, représentait le comble de l'espérance. Pendant deux ans, j'ai vécu dans le contact direct avec les gens. J'ai partagé leurs souffrances, leurs problèmes[3]. » Il s'initie alors aux œuvres naissantes de la jeunesse d'action catholique qu'il avait déjà appris à connaître lors du Congrès A.C.J.B. à Charleroi, les 20 et .

En 1929, il devient professeur de philosophie au Petit Séminaire de Floreffe. Dans la ligne tracée par le cardinal Mercier, « il préconise l'étude d'une philosophie thomiste ouverte aux philosophies modernes et recommande l'abandon du latin dans l'enseignement donné aux séminaristes[1]. »

L'abbé Himmer continue cependant à s'occuper activement des mouvements de jeunesse si bien qu'en 1944, l'évêque de Namur, Mgr Charue, le décharge de son professorat pour lui confier la direction des œuvres de jeunesse catholique dans le diocèse, ainsi que l'organisation de l'École sociale de Namur. En plus de ces activités, Carlos donne également des cours au Grand Séminaire sur les enjeux et les méthodes de l'Action catholique[4]. Durant la guerre, « il aide à soustraire des centaines d'enfants juifs à la déportation », en les hébergeant dans un home avant de les placer dans des familles catholiques[1].

En , il est nommé chanoine honoraire de la cathédrale Saint-Aubain, et son évêque, Mgr Charue, songe déjà à lui pour le remplacer sur le siège épiscopal de Namur[4].

À Pâques de l'année 1948, Carlos Himmer est appelé à remplir les fonctions de supérieur au Petit Séminaire de Floreffe où il succède au chanoine Kaisin. Il n'assumera ces fonctions que durant quelques mois, car en décembre, il est nommé évêque de Tournai par le pape Pie XII.

Évêque de TournaiModifier

Sacré en la cathédrale le , il succédait à Mgr Étienne Carton de Wiart (décédé le ), devenant le 98e évêque de Tournai, où il sera en poste durant 29 ans. Il abandonne immédiatement le prénom Carlos pour Charles-Marie[4].

À son arrivée à Tournai, il affronte divers problèmes : la déchristianisation y était plus poussée qu'à Namur; les problèmes socio-économiques s'y posaient de manière plus urgente ; le palais épiscopal avait été entièrement détruit lors de l'incendie de Tournai en , et la nécessité de restaurer la cathédrale[4].

Au cours de son épiscopat, il promulgue de nombreuses Lettres Pastorales (13 tomes et un total de près de trois mille pages) dans lesquelles il aborde diverses questions : apostolat des laïcs ; problème social ; presse et radio-diffusion ; vocations ; clergé ; enseignement chrétien ; églises africaines ; pastorale sacramentaire ; communauté d'entraide ; Vatican II ; réforme liturgique ; structures diocésaines pour le monde d'aujourd'hui ; émigrants ; paix.

En 1950, lors du débat qui enflammait alors la Belgique sur la Question royale, il se voit forcé, dans une note très brève mais incisive, de prendre position contre l'abdication en désavouant la position exposée par le chanoine Jean Dermine, directeur général des œuvres du diocèse, dans une lettre adressée, en , à Jean Duvieusart, alors ministre des Affaires économiques et des Classes moyennes et dont le contenu — fort critique à l'égard du roi Léopold III — avait été révélé par La Nouvelle Gazette, la veille même de la Consultation populaire[5]. En revanche, lorsque par la suite le cardinal Van Roey proposera aux évêques belges de signer une lettre collective faisant l'apologie inconditionnelle du roi, Mgr Himmer lui opposera un refus, si bien que le cardinal devra finalement se résigner à la publier sous sa seule signature.

Le , Mgr Himmer publie les nouveaux statuts diocésains. L'année 1952 fut une «année sociale»[2] qui connut un réel succès notamment lors du grand rassemblement de Charleroi, le . Dans cette même ligne, l'attention de l'évêque se porta, dans les années qui suivirent sur Le problème du logement en Hainaut (), La menace de fermeture qui pèse sur quelques charbonnages du Borinage () et L'avenir économique du Borinage ().

En 1954, ce sera l'« année mariale », et le grand pèlerinage à Bonne-Espérance ().

L'année 1955 est centrée sur la Sauvegarde de l'enseignement chrétien () et la division du diocèse en régions pastorales.

L'année 1956 est marquée par la terrible catastrophe minière qui eut lieu le au charbonnage du Bois du Cazier à Marcinelle, une tragédie qui secoua profondément l'opinion publique belge. Après avoir passé plusieurs jours à soutenir par sa présence les familles italiennes immigrées sans nouvelles de leurs proches[6], il publie une lettre pastorale sur la Sécurité dans les mines ().

Cette même année, il entreprend, au mois de novembre, à la demande de quelques vicaires apostoliques, un voyage de trois semaines au Congo belge et au Ruanda-Urundi. À la suite de son action, un collège, principalement desservi par des prêtres du diocèse de Tournai, est créé en 1958 à Kitega au Burundi[4].

Du 21 au et du 6 au , il organise à Tournai deux colloques groupant des évêques de toute l'Europe centrale, et portant sur L'Évangélisation du monde ouvrier et les Processus de déchristianisation du monde ouvrier.

Durant les années 1962-1965, il consacre la majeure partie de son temps aux travaux du Concile Vatican II dont il communiquait régulièrement, de Rome, les résultats au clergé et aux fidèles du diocèse. Il fera lui-même partie de la Commission chargée de préparer le Décret sur la charge pastorale des évêques dans l'Église (Christus Dominus, ). Durant tout le Concile, il participe aussi à un groupe non officiel appelé « Église des pauvres » se réunissant chaque semaine, et qui s'était donné pour tâche de sensibiliser l'ensemble des évêques conciliaires au problème de la pauvreté dans l'Église et à son ouverture aux pauvres eux-mêmes[7]. Ce petit groupe qui comprenait, entre autres, Mgr Helder Camara, Mgr Ancel, Mgr Huyghe, et, à titre d'experts, les Pères Chenu et Congar, eut une influence certaine sur l'orientation finale de Vatican II, au point même que Mgr Himmer a pu voir dans la pauvreté la clef de la constitution Gaudium et Spes[8]. Dans ses interventions, il insiste pour que « que le renouveau de l'Église ne soit pas seulement interne, mais qu'il se manifeste dans les structures et les institutions, ainsi que dans le style de la vie chrétienne et dans les relations avec les pouvoirs publics[9] »

La sensibilisation de l'évêque de Tournai au problème de la pauvreté dans l'Église et dans le monde s'accentuera encore lors de sa participation, en , au Congrès eucharistique de Bombay et lors de plusieurs autres voyages au Zaïre où il put saluer les quatorze prêtres diocésains de Tournai qui, depuis son premier appel, étaient venus se mettre au service des jeunes les plus démunis. La lettre pastorale Partage avec les pays pauvres () fait écho à ces préoccupations.

La mise en œuvre du Concile (réforme liturgique - réorganisation du clergé et des circonscriptions diocésaines - ouverture au monde d'aujourd'hui et aux pauvres, etc.) occupa les années suivantes.

Quelques dates à relever[10] :

  • , création du premier Conseil presbytéral; fondation par la Conférence épiscopale de Belgique du Séminaire Cardijn, à Jumet, pour les vocations ouvrières; installation à Louvain du Séminaire Saint-Paul pour le premier cycle de formation des séminaristes du diocèse de Tournai ;
  • , instauration du Conseil pastoral ;
  • , ordination en l'église Saint-Joseph à La Louvière, du premier diacre permanent, le Dr Albert Geerts.

Au début de l'année 1971, l'évêque de Tournai commémore le huitième centenaire de la cathédrale le dimanche . Quelques mois plus tard, il doit entrer en clinique pour y subir une opération chirurgicale suivie d'une convalescence longue et pénible. Mgr Himmer en porta quelque peu le contre-coup et ses lettres pastorales (La paix dans le monde - La semaine de l'émigrant - La pastorale scolaire, etc.) se firent plus courtes dans les années 1972, 1973 et 1974.

En 1974 notamment, il jettera les bases, à Rilima, dans le sud du Rwanda, d'un nouveau collège destiné à accueillir les jeunes réfugiés du Burundi[11].

En 1975, il consacra toute son attention à la question d'une division éventuelle du diocèse de Tournai et eut recours à une consultation diocésaine qui trancha pour la négative.

RetraiteModifier

Le , au cours d'un entretien privé avec le pape Paul VI, il présente sa démission, motivée par l'âge et les prescriptions édictées à ce sujet par le Concile. Ses dernières lettres pastorales ont pour titre: L'Après-Concile () et L'Avenir du diocèse ().

Le , Mgr Himmer annonçait lui-même la nomination de son successeur, Mgr Jean Huard, et prenait congé dans une lettre intitulée Adieu au diocèse (), suivie d'une Lettre au clergé où il remercie tous ses collaborateurs. Il se retire alors à l'abbaye Notre-Dame de Soleilmont où il se soucie de présider aux offices religieux et de communiquer à la communauté des sœurs trappistines le meilleur de sa doctrine et de son expérience religieuse.

En 1984, un problème cardiaque nécessita son hospitalisation à l'Hôpital de Gilly où il rédigea son testament spirituel reproduit sur son souvenir mortuaire.

Il est décédé à Soleilmont le à trois heures du matin. Ses funérailles furent célébrées à la cathédrale de Tournai, le 15[2]. Son corps repose à présent — en accord avec l'article 27 de la loi du  — auprès de celui de Mgr Jean-Joseph Delplancq, inhumé en la cathédrale le .

BlasonModifier

Blasonnement : D'or au chevron de sable chargé d'une rose du champ

DistinctionsModifier

  • Commandeur de l'ordre du Mérite de la République italienne (1954)
  • Grand officier de l'ordre du Mérite de la République italienne (1960) (vraisemblablement pour son attitude extrêmement généreuse en faveur de la communauté italienne de son diocèse et en particulier lors du drame du Bois du Cazier à Marcinelle en 1956.)

Publications de Mgr HimmerModifier

  • Prêtres au service de l'évangile, Paris, Office général du livre, .
  • Missale Romanum: ex decreto sacrosancti Concilii Tridentini restitutum, Romæ, Typis Societatis S. Joannis Evangelistæ, .
  • Lettres pastorales, 1950-1957. 4 volumes.
  • L'Église et la sécurité dans les mines; lettre pastorale, Bruxelles, La Pensée catholique, .
  • Pour une messe plus fraternelle: directoire pour la participation des fidèles à la messe, diocèse de Tournai, .
  • Les laïcs et les vocations, Paris, Office général du livre,

BibliographieModifier

  • Monique Maillard-Luypaert, « Himmer, Charles », dans Nouvelle biographie nationale, t. 9, Bruxelles, Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, (ISSN 0776-3948, lire en ligne [PDF]), p. 217-222.
  • Patrick Willocq, La pastorale liturgique dans le diocèse de Tournai (Belgique) durant l'épiscopat de Mgr. Charles-Marie Himmer (1949-1977) (mémoire de maîtrise, Institut catholique de Paris), .
  • « Monseigneur Charles-Marie Himmer ancien évêque de Tournai », La Foi et le temps, vol. 17, no 5,‎ , p. 450-461.
  • Albert Milet, « Mgr. Charles-Marie Himmer (1902-1994). 98e évêque de Tournai (1949-1977) », Mémoires et publications de la Société des sciences, des arts et des lettres du Hainaut, vol. XCVII,‎ , p. XVIII-XXIII.
  • Pierre Sauvage, « Le rôle des évêques latino-américains dans le groupe "Jésus, l’Église et les pauvres" durant le Concile Vatican II », Revue théologique de Louvain, no 4,‎ , p. 560-580 (lire en ligne).

RéférencesModifier

  1. a b c d et e Maillard-Luypaert, p. 217.
  2. a b et c « Belgique: Décès de Mgr Himmer, ancien évêque de Tournai (110194) », sur cath.ch, (consulté le )
  3. La Cité, 14-).
  4. a b c d et e Maillard-Luypaert, p. 218.
  5. « Dossier "Question Royale" », Courrier hebdomadaire du CRISP, no 646.20,‎ , p. 1-32 (lire en ligne)
  6. « Funérailles ce samedi matin, décès de Monseigneur Himmer 103e Évêque de Tournai », sur lesoir.be, (consulté le )
  7. Maillard-Luypaert, p. 219.
  8. Sauvage.
  9. Henri Fesquet, « Un évêque américain critique certains aspects de l'Église catholique en Italie », Le Monde,‎
  10. Maillard-Luypaert, p. 220.
  11. Maillard-Luypaert, p. 221.

Voir aussiModifier

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Article connexeModifier

Liens externesModifier