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Bataille de Marta

Informations générales
Date 547
Lieu Marta (actuelle Mareth, en Tunisie)
Issue Victoire berbère
Belligérants
Empire byzantinRebelles berbères
Commandants
Jean Troglita
Cusina
Carcasan
Antalas
Forces en présence
InconnuesInconnues
Pertes
InconnuesInconnues

La bataille de Marta est un affrontement militaire entre une coalition de tribus berbères et les troupes de Jean Troglita à Marta, en 547. Elle fait suite à une importante victoire byzantine par laquelle Jean Troglita est parvenue à juguler la rébellion des Berbères. Cette fois-ci, ce sont les Berbères qui s'imposent et repoussent de quelques mois la victoire finale des Byzantins.

ContexteModifier

Après la conquête du royaume vandale en 534, l'Empire byzantin a rétabli la domination romaine sur l'Afrique du Nord mais il se heurte rapidement à la résistance des tribus berbères, soucieuses de leur autonomie. Après plusieurs soulèvements plus ou moins réprimés, une grande rébellion est déclenchée en 543 qui met en péril la position byzantine en Afrique. Jean Troglita est envoyé en 546 par l'empereur Justinien pour reprendre en main la province, affaiblie par les divisions et l'incurie du commandement byzantin. En parvenant à s'allier à Cusina, un chef berbère, et à provoquer une bataille rangée contre la coalition rebelle dirigée par Antalas, il remporte un grand succès dès son arrivée[1].

Toutefois, la rébellion n'est pas pleinement matée. En Tripolitaine, Carcasan, le chef des Ifuraces, forme une nouvelle coalition qui lance des raids jusqu'en Byzacène. Dans le même temps, les Byzantins sont affaiblis par le départ d'une partie de leurs troupes en Italie pour participer à la guerre contre les Goths. De fait, sur les neuf régiments, seuls six sont toujours présents tandis qu'Ifisdaïas retire son soutien à Troglita. Le territoire des rebelles est désertique et l'envoi d'une expédition byzantine est compliquée par le manque de vivres. En plein été, le manque d'eau et de nourritures se fait ressentir et provoque une mutinerie parmi les troupes byzantines[2]. Rapidement, Jean Troglita doit se replier vers la côte mais des vents contraires empêchent la flotte de soutien d'approcher. Dans le même temps, les Berbères sont aussi confrontés au manque de vivres car leur nombre excède les capacités des oasis locaux. Bientôt, ils sont repérés par des éclaireurs byzantins et Jean Troglita se lance à leur poursuite, toujours avec le soutien de Cusina avant d'établir son camp à Marta[3].

DéroulementModifier

Le champ de bataille est barré par un fleuve qui sépare les deux armées. Jean Troglita ordonne à ses troupes légères de tenir l'aval du fleuve en écartant toute tentative de franchissement par l'usage d'armes de jets. Dans une charge désordonnée, les Byzantins parviennent à chasser les Berbères des rives du fleuve. Néanmoins, Jean Troglita hésite à l'idée d'aller plus loin. Son armée est alors organisée en trois corps. Il dirige l'infanterie centrale tandis que Cusina tient l'aile gauche et la cavalerie byzantine l'aile droite[4]. Finalement, influencé par les conseils de membres de son état-major, il finit par engager la bataille alors qu'il ne connaît pas le dispositif de son adversaire. Il semble avoir été en partie débordé par l'indiscipline de ses troupes qui lancent des assauts décousus et sans organisation d'ensemble. En outre, les Berbères se sont réfugiés sur un terrain boisé qui empêche les Byzantins d'utiliser aussi efficacement leurs armes de jets et leurs charges de cavalerie. Bientôt, ils sont à la merci des attaques des Berbères qui profitent des difficultés de déplacement de leurs adversaires[5]. Plus encore, Cusina décide d'abandonner Jean Troglita qui voit son propre cheval tué par une flèche. Il doit alors fuir avec ses troupes, sûrement contraint de se battre en personne pour se dégager[6]. Parvenant à rétablir un semblant d'organisation dans son armée, il parvient à se replier au-delà du fleuve et à battre en retraite le long de la côte. Finalement, il trouve un refuge derrière les murailles de Laribus[7],[8].

ConséquencesModifier

Cette défaite est un coup dur pour Jean Troglita qui avait engagé une entreprise d'éradication de la rébellion des Berbères. Toutefois, sa défaite est tempérée par sa capacité à organiser la retraite de ses troupes et à éviter l'annihilation de son armée. Selon Corippe, rédacteur de La Johannide, œuvre épique consacrée à Jean Troglita et principal récit de la bataille, la défaite s'explique par la nature du terrain et la supériorité numérique des Berbères. Enfin, il explique la réussite du repli des Byzantins par l'incapacité des Berbères à organiser une poursuite efficace car ils sont retardés par l'importance de leurs troupeaux.

Si la victoire des Berbères encourage Antalas à reprendre les armes, Jean Troglita parvient à rallier Cusina et Ifisdaïas et remporte une victoire décisive à la bataille des champs de Caton qui met un terme à la rébellion des Berbères[9].

Notes et référencesModifier

  1. Tate 2004, p. 714-715.
  2. Martindale, Jones et Morris 1992, p. 647.
  3. Tate 2004, p. 715-717.
  4. Richardot 2009, p. 153.
  5. Richardot 2009, p. 153-154.
  6. Martindale, Jones et Morris 1992, p. 647-648.
  7. Tate 2004, p. 717.
  8. Pringle 1981, p. 205-206.
  9. Tate 2004, p. 717-718.

BibliographieModifier

  • John Robert Martindale, Arnold Hugh Martin Jones et J. Morris, The Prosopography of the Later Roman Empire, Volume III: A.D. 527-641, Cambridge, Cambridge University Press, .
  • Yves Modéran, Les Maures et l'Afrique romaine (IVe et VIIe siècles), École française de Rome, coll. « Befar », .
  • Yves Modéran, « Jean Troglita », Encyclopédie berbère, Aix en Provence, Edisud,‎ 2003a, p. 3866-3870 (lire en ligne)
  • Yves Modéran, « Corippe et l'occupation byzantine de l'Afrique : pour une nouvelle lecture de la Johannide », Antiquités africaines, vol. 22,‎ , p. 195-212 (lire en ligne).
  • Yves Modéran, « De Julius Honorius à Corippus : la réapparition des Maures au Maghreb oriental », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 147,‎ , p. 257-285 (lire en ligne).
  • (en) Denys Pringle, The defence of Byzantine Africa from Justinian to the Arab conquest, Oxford, British Archaeological Reports, .
  • Philippe Richardot, « La pacification de l’Afrique byzantine 534 - 546 », Stratégique, vol. 93-94-95-96,‎ , p. 129-158 (lire en ligne).
  • Georges Tate, Justinien. L'épopée de l'Empire d'Orient (527-565), Paris, Fayard, (ISBN 2213615160)