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Bataille des champs de Caton

Bataille des champs de Caton

Informations générales
Date 548
Lieu Champs de Caton, près d'Utique (actuelle nord de la Tunisie)
Issue Victoire décisive des byzantins et leurs alliés berbères
Belligérants
Empire byzantin
Divers tribus berbères ralliées
Insurgés berbères
Commandants
Jean Troglita
Cusina
Iaudas
Ifisdaïas
Putzintulus
Geisirith
Sinduit
Fronimuth
Antalas
Carcasan
Bruten
Forces en présence
Contingent berbère :
142 000 hommes
(d'après Corippe)
Inconnues
Pertes
LourdesLourdes

Batailles

La bataille des champs de Caton est un affrontement décisif entre les troupes byzantines et berbères de Jean Troglita et une coalition de tribus berbères en rébellion menées par Antalas et Carcasan, en 548. Elle s’intègre dans la guerre de pacification après la conquête du royaume vandale, contre les incessants soulèvements des autochtones berbères. Ces derniers, après avoir vaincu l’armée de Troglita à la bataille de Marta, sont finalement défaits.

ContexteModifier

Si la conquête du royaume vandale occupant l’ancienne province d'Afrique est relativement aisée, l’Empire byzantin est rapidement confronté aux révoltes répétées des Berbères, soucieux de conserver leur autonomie. Ces tribus disparates représentent un potentiel de déstabilisation majeur pour la domination byzantine sur la région. En 543, une grande révolte s’empare de l’Afrique et s’étend, profitant des divisions et de l’incurie du commandement byzantin.

En réaction, l’empereur Justinien envoie Jean Troglita en Afrique en 546. Il remporte dès son arrivée une première victoire tout en obtenant le soutien d’autres tribus Berbères, notamment du chef Cusina. Toutefois, à l’été 547, il est vaincu lors de la bataille de Marta par une coalition menée par Carcasan et doit se replier vers Carthage. En réaction, les Berbères redoublent l’intensité de leur soulèvement. Antalas, vaincu en 546, rejoint les rangs de Carcasan.

Néanmoins, Jean Troglita conserve des atouts forts. Son armée a été vaincue mais n’a pas été détruite. En outre, il déploie de grands efforts diplomatiques pour retrouver le soutien d’Antalas et d’Ifisdaïas. Les tribus de l’Aurès, menées par Iaudas, se rangent aussi aux côtés des Byzantins. L’explication de ces alliances vient sûrement de l’inquiétude des tribus de Numidie face à la montée en puissance de celles de Byzacène et de Tripolitaine. Grâce à ces renforts, le général byzantin peut aligner un grand nombre de soldats. Corippe, le principal chroniqueur de la guerre contre les Berbères dans son poème épique La Johannide, grossit les chiffres, parlant de 100 000 hommes pour Ifisdaïas, 30 000 pour Cusina et 12 000 pour Iaudas. Quoi qu'il en soit, les Berbères occupent une part prépondérante des effectifs de Jean Troglita : on peut estimer à coup sûr que l’armée « byzantine » de Jean était à plus de 60 %, voire à plus de 75 %, une armée berbère[1].

DéroulementModifier

Au printemps 548, Jean Troglita se dirige vers la plaine d’Arsuris, entre la Byzacène et l’Afrique Proconsulaire. La coalition des Berbères est positionnée entre Kairouan et Shiba. Alors que Carcasan est prêt à l’affrontement, Antalas préfère attirer l’armée byzantine vers l’intérieur des terres pour l’éloigner de ses bases et la faire souffrir de la chaleur et du manque de vivres. Les Berbères se dirigent vers Junca où Jean Troglita espère les combattre mais ils se replient vers les montagnes de la Byzacène.

Cette fois-ci, le général byzantin ne prend pas le risque de s’aventurer sur des terres hostiles et dévastées par la guerre. Il campe sur le littoral où il peut être approvisionné et décide d’attendre les Berbères, au risque de provoquer une démoralisation de ses troupes confrontées à l’oisiveté. Une partie de son armée va même jusqu’à le menacer de mort, et c’est finalement le soutien des Berbères de Numidie qui permet à Jean Troglita de rétablir la discipline.

AffrontementModifier

Finalement, Jean Troglita prend le risque de progresser à l’intérieur des terres vers les champs de Caton, où les Berbères sont regroupés. Face à un adversaire solidement retranché, il opte pour le blocus de leur position de manière à les contraindre à une sortie. Un dimanche, les Berbères attaquent par surprise le camp byzantin, Geisirith et Amantius tombent dans une embuscade mais sont sauvés par Jean Troglita, les Berbères s'enfuient pour éviter tout engagement. Les forces byzantines et berbères s'organisent en deux lignes avec, en première ligne, le chef berbère Cusina et les cavaliers byzantins de Putzintulus et Geisirith et, en seconde ligne les forces de Sinduit, Fronimuth et les Berbères d'Ifisdaïas. Après un combat longtemps indécis, le sort de la bataille tourne en faveur des Byzantins, notamment à la suite de la mort de Carcasan, peut-être de la main même de Jean Troglita[2].

ConséquencesModifier

La victoire de Jean Troglita et ses alliés Berbères est complète. La rébellion est brisée et Jean Troglita peut rentrer triomphalement à Carthage où la tête de Carcasan est exhibée. Les autres chefs rebelles comme Antalas se soumettent. Cette bataille met un terme à une longue série d’affrontements entre le nouveau pouvoir byzantin et les tribus Berbères de l’arrière-pays, contribuant à épuiser une province pourtant rapidement conquise en 533-534. Toutefois, la paix est désormais assurée pour plusieurs décennies, permettant le retour à une prospérité économique, même si des soulèvements Berbères interviennent périodiquement jusqu’à la conquête musulmane du Maghreb au tournant du VIIIe siècle.

Voir aussiModifier

Notes et référencesModifier

BibliographieModifier

  • (en) John Robert Martindale, Arnold Hugh Martin Jones & J. Morris, The Prosopography of the Later Roman Empire, Volume III: A.D. 527-641, Cambridge, Cambridge University Press, .
  • Yves Modéran, Les Maures et l’Afrique romaine (IVe-VIIe siècle), Publications de l’École française de Rome, coll. « Bibliothèque des Écoles françaises d’Athènes et de Rome », (ISBN 9782728310036, lire en ligne)
  • Yves Modéran, « Jean Troglita », Encyclopédie berbère, no 25,‎ (lire en ligne, consulté le 11 octobre 2018)
  • Yves Modéran, « Corippe et l'occupation byzantine de l'Afrique : pour une nouvelle lecture de la Johannide », Antiquités africaines, vol. 22,‎ , p. 195-212 (lire en ligne).
  • Yves Modéran, « De Julius Honorius à Corippus : la réapparition des Maures au Maghreb oriental », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 147,‎ , p. 257-285 (lire en ligne).
  • (en) Denys Pringle, The defence of Byzantine Africa from Justinian to the Arab conquest, Oxford, British Archaeological Reports, .
  • Philippe Richardot, « La pacification de l’Afrique byzantine 534 - 546 », Stratégique, vol. 93-94-95-96,‎ , p. 129-158 (lire en ligne).
  • Georges Tate, Justinien. L'épopée de l'Empire d'Orient (527-565), Paris, Fayard, (ISBN 2213615160)