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Augustin Blondel de Gagny
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Activités

Augustin Blondel de Gagny, né en et mort le à Paris, est un amateur et collectionneur d’art français du XVIIIe siècle ; son importante collection de tableaux de maître, d'objets d'art et de meubles de prix a été dispersée à sa mort lors d'une vente aux enchères. Une partie des tableaux et sculptures de Blondel de Gagny sont conservés au xxie siècle dans les collections de grands musées européens comme le Musée du Louvre à Paris ou la Wallace Collection à Londres.

Sommaire

BiographieModifier

Il est le fils de Joseph Blondel, conseiller et trésorier général des Bâtiments du roi, administration chargée des constructions et de l'entretien des résidences royales, à Paris et aux environs. Joseph avait acheté un château à Gagny en 1706 (il le revend en 1725) ; c'est le nom de cette terre que son fils ajoute à son nom. Augustin épouse Marguerite-Henriette Barbier, qui meurt avant lui ; ils auront un seul enfant, Barthélémy-Augustin Blondel d'Azaincourt (ou d'Azincourt), né en 1719.

Grâce, en partie, à la protection de Jean-Baptiste de Machault d'Arnouville, Augustin Blondel occupe, à partir de 1750, le poste de trésorier général de la Caisse des Amortissements qui était destinée à rembourser les dettes du roi [1]. En avril 1752, il est nommé intendant aux Menus-Plaisirs du roi, administration chargée de la préparation des cérémonies, fêtes et spectacles de la cour [2].

Il achète à Jean-Joseph Palerne de la Madeleine un petit château à Garges qu'il fait reconstruire dans le style néo-classique par Pierre Contant d'Ivry, qui avait également réaménagé le château d'Arnouville pour Machault d'Arnouville. Ce château, modifié au xixe siècle, mal entretenu par ses propriétaires successifs et endommagé par les bombardements alliés de 1944 sur l'aérodrome du Bourget, voisin, est démoli en 1952. Il en subsiste une grille avec ses piliers en pierre de taille, inscrite aux Monuments historiques en 1944 [3], et une fontaine du parc [4]. Blondel de Gagny acquiert en 1768 la seigneurie de Bonneuil, terre voisine de Garges.

Il commence à collectionner dans les années 1740. Amateur de musique, il acquiert un violon Stradivarius selon le catalogue de la vente, acheté pour 601 livres.

Il achète à Paris en 1723 une maison au 4 rue d'Anjou, qu'il fait remanier et agrandir en hôtel particulier ; il le loue de 1755 à 1758 et le vend le 12 août 1758 [5]. En 1759, il s'installe dans l’hôtel particulier de son défunt père, place Louis-le-Grand, devenue la Place Vendôme, avec ses collections. Elles constituent ce qui est, à l'époque, considéré comme l’un des plus beaux cabinets de curiosités de la capitale française, décrit dans les guides de Paris du milieu du xviiie siècle [6]. Hébert en 1766 l'introduit ainsi dans son Dictionnaire pittoresque et historique : « Le cabinet de M. Blondel de Gagny, place Louis le Grand, communément dite de Vendôme, est un des premiers et des plus curieux de Paris tant pour le choix des peintures, sculptures & dessins, que pour d'autres ouvrages extrêmement beaux, comme cabinets, et autres pièces d'ébénisterie du fameux Boul [...], une très grande quantité de bronzes, porcelaines anciennes des plus parfaites, & presque toutes du genre qu'on appelle première sorte, dont les montures semblent disputer de prix avec les pièces qu'elles accompagnent. » et consacre 43 pages à la description des différentes œuvres de la collection [7]. C'est un but de visite pour les voyageurs de passage intéressés par l'art ; Joseph-Henry Costa de Beauregard, jeune noble savoyard, décrit ainsi longuement en 1766-1767 dans son journal de voyage « le cabinet de M. de Cagny ... un des plus nombreux qu'il y ait dans Paris ... » [8] et ses collections [9].

Il meurt le 9 juillet 1776 et ses obsèques sont célébrées le lendemain à l'église Saint-Roch de Paris ; le Mercure de France lui consacre une courte notice dans son numéro d'août 1776 [1].

Vente aux enchères de 1776Modifier

Selon ses dernières volontés, ses collections sont vendues aux enchères après sa mort au profit de ses petits-enfants [10]. La vente a lieu en deux vacations, du 10 au 24 décembre 1776 et du 8 au 22 janvier 1777 [11],[12] ; le catalogue rédigé par Pierre Remy, l'expert chargé de la vente, contient 1 141 numéros.

Le Journal de Paris rend compte de la vente le 1er février 1777 et indique : « Les vrais amateurs de la peinture conserveront longtemps le souvenir de cette vente : ils y ont vu les beaux tableaux monter à des prix qui justifient leur opinion et leur goût » [13]. Les estimations sont contrastées : « Tous les tableaux importants de l'école flamande ou hollandaise ont vu leur estimation de base multipliée par quatre ou six en moyenne. Parmi les Français, Nicolas Poussin a vu la sienne multipliée par six ... A l'opposé celle de Claude Lorrain a été revue à la baisse, de même que celle de Pierre de Cortone. » [14], mais dans une décennie où les prix du marché de l'art enregistrent une envolée spectaculaire [15].

La vente, qui rapporte au total 1 249 692 livres [1], est largement suivie par les professionnels et les amateurs, dont le roi Louis XVI. Le fils de Blondel de Gagny, Barthélémy-Augustin Blondel d'Azaincourt, rachète une partie des œuvres de la collection de son père ; elles figureront dans sa propre vente après-décès en 1783 [16],[10].

Principales œuvres d'art de la collectionModifier

Arts décoratifsModifier

  • Meubles, réalisés par les ébénistes comme Bernard II Van Riesen Burgh [17] ;
  • Bronze doré du cartel de l'horloge de Gagny par Charles Cressent, une composition sculptée de style rococo surmontée par une allégorie du Temps ;
  • Une vingtaine d'armoires, commodes et tables attribuées à André-Charles Boulle ou à ses fils : le catalogue de 1776 leur consacre une section sous le titre « Meubles & objets curieux du célèbre auteur Boule », p. 195-200 ; y figure un médaillier de Boulle de style baroque [18] ;
  • Des armoires de laque chinoise ;
  • Deux encoignures de laque [19] ;
  • Des boîtes, des porcelaines chinoises et japonaises; des porcelaines de la manufacture de Vincennes et de Sèvres ;
  • Des garnitures de cheminées d'après les Chevaux de Marly de Guillaume Coustou [20] ;
  • Trois vases en porphyre avec des montures en bronze doré, avec des masques en forme de têtes d’animaux chimériques et des serpents, par l’orfèvre Robert Joseph Auguste ; Londres, Wallace Collection [21].
  • Des montres fines.

PeintureModifier

Maîtres flamands et hollandaisModifier

Peintures françaisesModifier

  • Nicolas Poussin, Jupiter enfant nourri par la chèvre Amalthée, huile sur toile, Londres, Dulwich Picture Gallery.
  • Claude Gellée, dit « le Lorrain »
    • Vue d'un port avec le Capitole, huile sur toile, Rome, entre 1630 et 1639 ; Paris, musée du Louvre [28].
    • Vue du Campo Vacino à Rome, huile sur toile, Rome, vers 1636 ; Paris, musée du Louvre [29].

Les deux tableaux de Claude Gellée avaient été commandés par Philippe de Béthune, ambassadeur de France à Rome ; ils font partie de plusieurs collections importantes au xviiie siècle ; ils entrent à la fin du xviiie siècle dans les collections du duc de Brissac et seront saisis en 1792 après la mort de ce dernier.

  • Jean-Baptiste Santerre, Philippe d’Orléans et sa maîtresse Marie Madeleine de la Vieuville, comtesse de Parabère, en Adam et Ève, huile sur toile, vers 1717-1718 ; Colorado, collection privée.
  • Antoine Watteau, Les Champs Elysées [30], huile sur bois, 1720-1721 ; Londres, Wallace Collection [31].

École espagnoleModifier

  • Murillo, La Jeune marchande de fleurs, huile sur toile, 1665-1670 ; Londres, Dulwich Picture Gallery. Le tableau a appartenu à trois importantes collections parisiennes, celles de la comtesse de Verrue, du marquis de Lassay et du comte Jean de la Guiche, avant d'entrer dans les collections de Blondel de Gagny en 1771. Lors de la vente de 1776, il est acheté par un marchand de tableaux parisien, Jean-Baptiste Pierre Le Brun, qui le vend à Londres en 1785 ; il est donné en 1811 au musée londonien [32],[33].

SculpturesModifier

  • Giambologna
  • François Girardon
  • Michel Anguier
  • Jacques Saly, L'Amour essayant une de ses flèches, marbre, 1753, sur un piédestal en marbre de Jacques Verberckt, 1755. Commandée par la marquise de Pompadour en 1752, la statue est achetée en 1764 par Blondel de Gagny à la mort de madame de Pompadour ; son fils la rachètera lors de la vente de 1776 (n° 400 du catalogue). Sous le Directoire, elle figure dans la collection du négociant Ignace-Joseph Vanlerberghe ; Paris, musée du Louvre (achat en 2016) [34],[35].
  • Robert Le Lorrain
    • Andromède, 1695-1696 ; cette statuette en bronze représentant Andromède enchaînée à un rocher, attendant le monstre marin auquel elle a été livrée, a appartenu à plusieurs collections privées ; elle entre au musée du Louvre par achat en 1978 [36].
    • Les autres sculptures du Lorrain possédées par Blondel de Gagny ne sont pas localisées, notamment les bustes en marbre d'un Faune et d'une Dryade, d'un Ganymède, d'une Flora, ainsi qu'un enfant et deux bustes de femmes en bronze [37].

Galerie Modifier

Notes et référencesModifier

Notes
  1. a b et c Clément de Ris 1877
  2. Pauline Lemaigre-Gaffier, Administrer les Menus Plaisirs du roi : L'État, la cour et les spectacles dans la France des Lumières, Champ Vallon, coll. « Époques », (ISBN 979-10-267-0053-1, lire en ligne)
  3. Notice no PA00080065, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  4. Dominique Foussard et Yves Breton, « Le patrimoine des communes du Val-d’Oise : Garges-lès-Gonesse », Collection Le Patrimoine des Communes de France, Paris, Flohic Éditions, vol. I,‎ , p. 294-299 (ISBN 2-84234-056-6).
  5. « Commission du Vieux Paris. Séance du 3 mai 2007 » (consulté le 24 janvier 2017).
  6. Antoine Nicolas Dezallier d'Argenville, Voyage pittoresque de Paris, ou Indication de tout ce qu'il y a de plus beau dans cette grande ville en peinture, sculpture et architecture, Paris, De Bure l'aîné,
  7. Hébert, Dictionnaire pittoresque et historique, ou Description d'architecture, peinture, sculpture, gravure ... et dates des établissements et monuments de Paris, Paris, Claude Hérissant, (lire en ligne), tome 1, p. 32-81
  8. Costa de Beauregard et Michel 2013, p. 83-84
  9. « On y compte plus de 400 tableaux ... des morceaux étonnants en mosaïque, en vieux lacque, des pendules de bronze doré ... des vases de porphire, de cailloux d'Egypte, de granite montés avec toute l'élégance imaginable ... une belle tenture des Gobelins sur les desseins de Boucher ... »
  10. a et b Bailey 1987
  11. Remy et Musier 1776
  12. Guilhelm Scherf 2001, p. 149
  13. Charlotte Guichard, Les amateurs d'art à Paris au XVIIIe siècle, Champ Vallon, coll. « Seyssel », , 387 p. (ISBN 978-2-87673-492-0, lire en ligne), p. 112-113
  14. Patrick Michel 2007, p. 275
  15. Patrick Michel 2007, p. 268
  16. Alexandre-Joseph Paillet, Philippe-François Julliot et Jean-Nicolas Dufresne, Catalogue des tableaux, dessins, marbres, bronzes, terres cuites, pierres gravées, meubles précieux ... objets d'histoire naturelle, &c. &c. du cabinet de M. *** : dont la vente se fera à l'hôtel de Louvois, rue de Richelieu, vis-à-vis celle de Colbert, le lundi 10 février 1783, & jours suivans, Paris, Prault, , 233 p. (lire en ligne).
  17. N° 975 du catalogue de vente : « Une belle commode de bois satiné & amaranthe, garnie richement de cartels, encadrement, fleurs, chûtes, & ornements de bronze doré, par Bernard ; son dessus est de marbré breche d'Alept ».
  18. Alexandre Pradère, « Les armoires à médailles de l'histoire de Louis XIV par Boulle et ses suiveurs », Revue de l'art, vol. 116, no 1,‎ , p. 42-53 (lire en ligne, consulté le 22 janvier 2017).
  19. Blondel de Gagny les achète au marchand mercier Lazare Duvaux en 1756 pour 1 800 livres ; lors de la vente de 1776 elles atteindront 1 041 livres : Pierre Verlet, « Le commerce des objets d'art et les marchands merciers à Paris au XVIIIe siècle », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, no 1,‎ , p. 10-29 (lire en ligne, consulté le 24 janvier 2017)
  20. Lot 1028 du catalogue : « Une grille de cheminée composée de deux chevaux posés sur de beaux trophées de guerre qui servent de pieds ; ce sont les modèles de Coustout qui ont servi pour les deux chevaux qui sont à la tête de l'abreuvoir de Marly ; ils sont dorés d'or moulu et viennent du garde-meuble du Roi ».
  21. (en) « Vase and cover », sur The Wallace Collection (consulté le 23 janvier 2017).
  22. Acheté par madame Geoffrin à la vente de Blondel de Gagny, puis par un collectionneur anonyme ; vendu en 1783 et acheté par Louis XVI Notice no 000PE003649, base Joconde, ministère français de la Culture
  23. Le tableau provient de deux collections parisiennes, celles de la comtesse de Verrue et celle de Quentin de Lorangère, à la vente duquel Blondel de Gagny l'acquiert en 1744. Lors de la vente de 1776, il est racheté par le fils de Blondel de Gagny, vendu en 1783 à Joseph Hyacinte de Rigaud, comte de Vaudreuil qui le revend en 1784 et acheté par Louis XVI Notice no 000PE008852, base Joconde, ministère français de la Culture
  24. Racheté par le fils de Blondel de Gagny en 1776, vendu en 1783 et acheté par Louis XVI ; Notice no 000PE008699, base Joconde, ministère français de la Culture
  25. (en) « Gerard ter Borch (1617-1681), A Lady reading a Letter (P236) », sur The Wallace Collection (consulté le 21 janvier 2017).
  26. Racheté par le fils de Blondel de Gagny en 1776, vendu en 1783 et acheté par Louis XVI ; Notice no 000PE003515, base Joconde, ministère français de la Culture
  27. « Les grands charlatans. Jean-Jacques de Boissieu », sur Europeana (consulté le 24 janvier 2017).
  28. (fr) Notice no 000PE001247, base Joconde, ministère français de la Culture
  29. (fr) Notice no 000PE001250, base Joconde, ministère français de la Culture
  30. N° 222 du catalogue de vente, ainsi décrit :« Antoine Watteau. Les Champs Elisés. Sur le premier plan quatre femmes assises, trois enfants qui jouent, un homme couché à terre et habillé en Mezetin, un autre homme debout près d'une fontaine ; dans léeloignement nombre de petites figures sous des arbres. »
  31. (en) « Antoine Watteau, les Champs Elisées », sur The Wallace Collection (consulté le 23 janvier 2017).
  32. Figures de fantaisie du XVIe au XVIIIe siècle : catalogue d'exposition, Toulouse, Musée des Augustins, 21 novembre 2015 - 6 mars 2016, Paris, Somogy, (ISBN 978-2-7572-0998-1, lire en ligne), p. 106-107.
  33. (en) Xavier Bray, Murillo : At Dulwich Picture Gallery, Londres, Philip Wilson Publishers, (ISBN 978-1-78130-008-4, lire en ligne), p. 33-43.
  34. « Dernières acquisitions », sur Société des Amis du Louvre (consulté le 23 janvier 2017).
  35. Didier Ryckner, « Le Louvre lance une souscription pour L’Amour de Jacques Saly », sur La Tribune de l'art, (consulté le 23 janvier 2017).
  36. Notice no M5037011283, base Joconde, ministère français de la Culture
  37. Michèle Beaulieu, Robert Le Lorrain (1666-1743), Neuilly-sur-Seine, Arthena, , p. 111-113.
Sources
  • Pierre Remy et Jean-François Musier, Catalogue de tableaux précieux, miniatures & gouaches, figures, bustes & vases de marbre & de bronze, armoires, commodes & effets précieux du célèbre Boule, un magnifique lustre de crystal de roche, & plusieurs autres de bronze doré, des porcelaines anciennes & modernes du plus grand choix, des pendules, feux & bras de cheminée de bronze doré, & autres objets curieux & rares qui composent le cabinet de feu M. Blondel de Gagny, Paris, Prault, , 228 p. (lire en ligne)
  • Louis Clément de Ris, « Augustin Blondel de Gagny 1695-1776 », dans Les Amateurs d'autrefois, Paris, Plon, (lire en ligne), p. 343-381.
  • (en) Colin B. Bailey, « Conventions of the eighteenth-century cabinet de tableaux : Blondel d'Azincourt's "La première idée de la curiosité" », The Art Bulletin, vol. 69, no 3,‎ , p. 431-447.
  • Guilhelm Scherf, « Collections et collectionneurs de sculptures modernes. Un nouveau champ d'étude », dans L'Art et les normes sociales au XVIIIe siècle, Paris, Maison des Sciences de l'homme, (ISBN 2-7351-0917-8, lire en ligne), p. 147-164
  • Patrick Michel, Le commerce du tableau à Paris dans la seconde moitié du XVIIIe siècle : Acteurs et pratiques, Villeneuve d'Asq, Presses universitaires du Septentrion, (ISBN 978-2-7574-0001-2, lire en ligne)
  • Joseph-Henry Costa de Beauregard et Patrick Michel (présentation et notes), Journal de voyage d'un jeune noble savoyard à Paris en 1766-1767, Villeneuve d'Asq, Presses universitaires du Septentrion, (ISBN 978-2-7574-0506-2, lire en ligne)

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