Amenmes

pharaon égyptien

Amenmes
Image illustrative de l’article Amenmes
Tête d'une statue d'Amenmes trouvée à Karnak et aujourd'hui conservée au Metropolitan Museum of Art de New York
Décès vers -1199
Période Nouvel Empire
Dynastie XIXe dynastie
Fonction roi usurpateur
Prédécesseur Mérenptah
Dates de fonction -1203 à -1199 Selon R. Krauss, J. Málek, Quirke, I. Shaw, J. von Beckerath
-1226 à -1221 (D. B. Redford)
-1214 à -1211 (Kinnaer)
-1211 à -1206 (Parker)
-1204 à -1200 (Hornung, Kitchen)
-1203 à -1200 (Rice, Schneider)
-1202 à -1199 (N. Grimal, Wente)
-1201 à -1195 (A. D. Dodson)
Successeur Séthi II
Famille
Grand-père maternel Ramsès II
Père Mérenptah ou Séthi II ?
Mère Takhat Ire
Conjoint Baketourel Ire ou Tiâa II (incertain)
Deuxième conjoint Takhat II (incertain)
Troisième conjoint Souteritery (si père de Siptah) ?
Enfants avec le 3e conjoint Siptah ?
Sépulture
Type Tombeau
Emplacement Vallée des Rois, tombe KV10
Fouilles Richard Pococke (1737-1738) : cartographie
James Burton (1825) : cartographie
John Gardner Wilkinson (1825-1828) : cartographie
Robert Hay (1825-1835) : cartographie
Expédition franco-tuscane (1828-1829) : épigraphie
Karl Richard Lepsius (1844-1845) : épigraphie
Eugène Lefébure (1883) : épigraphie
Edward Russell Ayrton (1907) : fouilles
Otto J. Schaden (1992-1999) : fouilles

Amenmes (de son nom complet Amon-Masesaya) prend le pouvoir de -1203 à -1199[1] ouvrant une crise de succession avec Séthi II, l'héritier légitime. Ce roi aurait régné trois à quatre ans mais, comme il fut considéré par la suite comme un usurpateur, il est difficile de suivre sa trace sur les monuments. De son rôle historique on ne connaît rien.

RègneModifier

ActivitésModifier

 
Jarre inscrite avec les cartouches d'Amenmes. Faïence. XIXe dynastie. Cimetière C à el-Riqqeh, Égypte. Petrie Museum of Egyptian Archaeology, Londres

En plus d'avoir construit sa tombe KV10 dans la vallée des Rois, on peut retrouver la trace d'Amenmes dans d'autres endroits. Amenmes est ainsi responsable de la restauration d'un sanctuaire datant de Thoutmôsis III qui se trouve devant un temple à Tôd. Six statues en quartzite placées à l'origine dans l'axe de la salle hypostyle du temple d'Amon à Karnak seraient les siennes, bien qu'elles aient été usurpées et surchargées du nom de Séthi II[2],[3].

Prise du pouvoirModifier

Il est probable qu'il n'était pas l'héritier désigné de Merneptah. Les chercheurs Kenneth Kitchen et Jürgen von Beckerath ont émis l'hypothèse qu'Amenmes aurait usurpé le trône à Séthi-Mérenptah, fils de Mérenptah et prince héritier, qui aurait dû être le prochain dans la ligne de succession royale. La façon dont cela s'est produit n'est pas claire. Kitchen a écrit qu'Amenmes a peut-être profité d'une faiblesse momentanée de Séthi-Mérenptah ou pris le pouvoir alors que le prince héritier était parti en Asie. Séthi-Mérenptah était très probablement le même homme que le roi Séthi II, dont on pense traditionnellement que le règne a suivi celui d'Amenmes. Les cartouches de la tombe de Séthi II en Haute-Égypte ont été délibérément effacés puis repeints, ce qui suggère que le règne de Séthi en Haute-Égypte a été temporairement interrompu par Amenmes. Une certaine confusion entoure généralement le règne d'Amenmes et sa position correcte dans la séquence de succession des souverains de la XIXe dynastie. Cependant, un nombre croissant d'égyptologues, tels que Rolf Krauss et Aidan Mark Dodson, soutiennent aujourd'hui que Séthi II était en fait le successeur immédiat de Mérenptah sans qu'Amenmes ne soit intervenu[4]. Selon ce scénario, Amenmes n'a pas succédé à Mérenptah sur le trône d'Égypte et était plutôt un roi rival qui a usurpé le pouvoir entre les années 2 et 4 du règne de Séthi II en Haute-Égypte et en Nubie, où son autorité est attestée de façon monumentale[5],[6],[7],[8]. Amenmes a été documenté comme étant au pouvoir à Thèbes au cours des troisième et quatrième années du règne de Séthi II (et peut-être plus tôt en Nubie)[9]. Le traitement d'Amenmes en tant que roi rival explique également le schéma de destruction de la tombe de Séthi II, qui a été initialement saccagée puis restaurée par les fonctionnaires de ce dernier. Cela implique que les règnes respectifs d'Amenmes et de Séthi II étaient parallèles. Séthi II a dû initialement contrôler Thèbes au cours de ses première et deuxième années, période pendant laquelle sa tombe a été creusée et partiellement décorée. Séthi fut ensuite évincé du pouvoir en Haute-Égypte par Amenmes, dont les fonctionnaires profanèrent la tombe de Séthi II. Séthi finit par vaincre son rival Amenmes et revint à Thèbes en triomphe, après quoi il ordonna la restauration de sa tombe endommagée.

Il a également été suggéré que le récit du Conte des deux frères, attesté pour la première fois sous le règne de Séthi II, pourrait contenir une référence voilée à la lutte entre Amenmes et Séthi II.

Vice-roi de Koush ?Modifier

Rolf Krauss, suivi par Aidan Mark Dodson, suggère qu'Amenmes était autrefois un vice-roi koushite appelé Messouy[5],[6],[10]. En particulier, deux représentations de Messouy sur le temple d'Amida montreraient qu'un uræus royal avait été ajouté à ses sourcils d'une manière similaire à d'autres particuliers devenus rois comme Horemheb, Mérenptah et certains des fils de Ramsès III. Une inscription au temple d'Amada le qualifie également de « Fils du roi lui-même », mais il pourrait s'agir d'une simple figure de style visant à souligner la haute stature de Messouy en tant que vice-roi sous Mérenptah. Cependant, Frank Yurco note que diverses représentations de Messouy dans plusieurs temples nubiens n'ont jamais été délibérément défigurées par les fonctionnaires de Séthi II, contrairement à la damnatio memoriae infligée à toutes les représentations d'un autre vice-roi de Kouch, Khaemtir, qui avait été le vizir d'Amenmes[3], ce qui implique fortement que Séthi II n'avait aucune rancune envers Messouy, ce qui serait improbable si Messouy était effectivement Amenmes[3]. Yurco observe également que les seuls objets provenant de la tombe de Messouy qui identifient un roi ne portent tous que le nom de Mérenptah, le père de Séthi II, ce qui amène à la conclusion que Messouy est mort et a été enterré dans sa tombe à Aniba, en Nubie, pendant le règne de Mérenptah, et ne pouvait pas être Amenmes[3].

Troubles à Deir el-MédinehModifier

Les archives d'un procès au début du règne de Séthi II apportent également un éclairage sur la question. Le papyrus Salt 124 rapporte que Neferhotep, l'un des deux principaux ouvriers de la nécropole de Deir el-Médineh, a été tué sous le règne d'Amenmes (le nom du roi est écrit Msy dans le document)[11]… Neferhotep a été remplacé par Paneb, son fils adoptif, contre qui de nombreux crimes ont été allégués par Amennakhte, le frère de Neferhotep, dans un acte d'accusation rédigé en termes forts et conservé sur un papyrus du British Museum. Si l'on se fie aux allégations d'Amennakhte, Paneb aurait volé des pierres pour l'embellissement de sa propre tombe, dans celle de Séthi II en cours d'achèvement, en plus de dérober ou d'endommager d'autres biens appartenant à ce monarque. Il aurait également essayé de tuer Neferhotep, bien qu'il ait été éduqué par lui, et après que le chef des ouvriers ait été tué par l'ennemi, il aurait soudoyé le vizir Pra'emhab afin d'usurper sa place. Quelle que soit la véracité de ces accusations, il est clair que Thèbes traversait une période très troublée. Il est fait référence ailleurs à une guerre qui se serait déroulée au cours de ces années, mais on ne sait pas très bien à quoi ce mot fait allusion - peut-être à rien de plus que des perturbations internes et du mécontentement. Neferhotep s'était plaint des attaques dont il faisait l'objet auprès du vizir Amenmose, sans doute un prédécesseur de Pra'emhab, qui avait fait punir Paneb. Paneb, cependant, réussit à porter plainte devant Msy, qui décida alors de démettre Amenmose de ses fonctions. De toute évidence, ce Msy était une personne de la plus haute importance qui doit très probablement être identifiée au roi Amenmes lui-même[7].

Damnatio memoriaeModifier

Le roi a subi aprés sa mort un damnatio memoriae. Ses statues, représentations et inscriptions ont été soit détruites soit usurpées par Séthi II. Un certain nombre de fonctionnaires associés à Amenmes ont également été attaqués ou remplacés, au premier rang desquels le grand prêtre thébain d'Amon, Roma appelé Roy, et Khaemtir, un ancien vice-roi de Koush devenu vizir sous le règne d'Amenmes, et qui a peut-être soutenu l'usurpation de ce dernier[12],[3]. L'égyptologue Frank Yurco note que Séthi II a fait effacer toutes les représentations et inscriptions de Khaemtir - même celles qui ont été inscrites lorsque Khaemtir était vice-roi de Koush[3].

GénéalogieModifier

Bien qu'étant un usurpateur, Amenmes est assurément un membre de la famille royale. Cependant, ses liens avec les autres membres sont confus du fait du manque de source mais aussi du damnatio memoriae qu'il a subi après sa mort.

Sa mère est connue pour être la reine Takhat Ire, mais son identité exacte est une question d'interprétation compliquée par les inscriptions révisées par Séthi II et Amenmes. Parmi ses titres, on trouve « Fille du roi », ce qui en ferait une fille de Mérenptah ou de Ramsès II ou peut-être une petite-fille de Ramsès. Le nom de Takhat apparaît dans une liste de princesses datée de l'an 53 de Ramsès II (Louvre 666)[13]. S'il s'agit de la même Takhat, elle aurait à peu près le même âge que Séthi II[13].

Un monument de Karnak, sculpté alors qu'Amenmes contrôlait la région, comprend le relief d'une femme titrée « Fille du roi » et « Mère du roi » ; ce dernier titre a été modifié, le mot Mère a été remplacé par celui d'Épouse. Une autre statue de Séthi II (Le Caire CG1198) porte le nom de Séthi surchargé sur celui d'une autre personne alors que les noms de Takhat ont été laissés seuls. Cela suggère que Takhat était mariée à Séthi et qu'elle était également la mère d'Amenmes[14],[13]. D'autres, comme Frank Yurco, pensent que Takhat était l'épouse de Mérenptah, faisant ainsi de Séthi II et Amenmes des demi-frères rivaux[13]. Certains voient même en Taousert, épouse de Séthi II, la sœur d'Amenmes.

Sur l'une des six statues en quartzite attribuées à Amenmes et placées à l'origine dans l'axe de la salle hypostyle du temple d'Amon à Karnak portait l'inscription « Grande épouse royale Takhat », ceci accréditant la thèse selon laquelle une Takhat était l'épouse d'Amenmes.

On pense qu'une autre épouse d'Amenmes était une femme nommée Baketourel Ire puisqu'elle a été enterrée dans la même tombe qu'Amenmes, KV10. Trois momies étaient initialement présentes dans cette tombe, deux femmes et un homme. On ne sait pas si l'une de ces dépouilles appartient à Amenmes, à Takhat ou à Baketourel. Les deux femmes Baketourel et Takhat pourraient avoir été enterrées plus tard[3]. Certains pensent cependant que Séthi II s'est introduit dans cette tombe et a fait profaner les restes d'Amenmes puisque sa momie n'a jamais été retrouvée.

Il est possible que Siptah, le roi qui a succédé à Séthi II, soit le fils d'Amenmes et non de Séthi II. Une statue de Siptah à Munich montre le roi assis sur les genoux d'un autre, manifestement son père. La statue du père, cependant, a été détruite. Selon Dodson, le seul souverain de l'époque qui aurait pu être l'objet d'une telle destruction est Amenmes, et de même, il est le seul roi dont la progéniture a nécessité une promotion aussi explicite. La destruction de cette figure est susceptible d'avoir suivi de près la chute de Bay ou la mort de Siptah lui-même, lorsque toute réhabilitation éphémère d'Amenmes aura pris fin[15]. De plus, Amenmes et Siptah sont spécifiquement exclus de la procession de Ramsès III à Médinet Habou des statues des rois ancestraux, contrairement à Mérenptah ou Séthi II. Cela suggère qu'Amenmes et Siptah étaient liés de telle manière qu'ils étaient considérés comme des souverains illégitimes et qu'ils étaient donc probablement père et fils[16]. Cependant, une autre interprétation est que Siptah était considéré comme illégitime par les derniers rois de la XXe dynastie, car Siptah avait eu besoin de l'aide du chancelier Bay pour s'assurer la royauté puisqu'il n'aurait été qu'un autre fils mineur de Mérenptah plutôt qu'un fils direct de Séthi II. La mère de Siptah étant Souteritery, si Siptah est le fils d'Amenmes, alors cette femme est la concubine d'Amenmes.

SépultureModifier

Amenmes a été enterré dans une tombe taillée dans le roc dans la vallée des Rois qui est maintenant identifiée comme la tombe KV10. Cependant, la quasi-totalité de ses textes et scènes ont été soit effacés, soit usurpés sur ordre de Séthi II. Aucune mention d'Amenmes n'a été épargnée[17],[18].

La tombe d'Amenmes a été pillée dans l'antiquité. Cependant, les restes de trois momies ont été trouvés dans cette tombe, deux femmes et un homme. Sans autre test, il n'est pas certain que ces restes appartiennent à Amenmes, Takhat ou Baketourel, ou s'il s'agit d'intrusions ultérieures. Il semble toutefois plus probable que Séthi II ait fait profaner les restes d'Amenmes puisque sa momie n'a jamais été retrouvée, ni dans la cachette de Deir el-Bahari, ni dans celle de KV35[3]. Les inscriptions restantes mentionnant le nom de Takhat ainsi que les inscriptions murales suggèrent qu'elle a été enterrée dans la tombe d'Amenmes. Des artefacts provenant des tombes de Séthi Ier et de Ramsès VI ont également été trouvés dans la tombe KV10, ajoutant à l'incertitude.

TitulatureModifier

Notes et référencesModifier

  1. Selon R. Krauss, J. Málek, Quirke, I. Shaw, J. von Beckerath
    Autres avis de spécialistes : -1226 à -1221 (D. B. Redford), -1214 à -1211 (Kinnaer), -1211 à -1206 (Parker), -1204 à -1200 (Hornung, Kitchen), -1203 à -1200 (Rice, Schneider), -1202 à -1199 (N. Grimal, Wente), -1201 à -1195 (A. D. Dodson).
  2. Patrick D. Cardon, Amenmesse: An Egyptian Royal Head of the Nineteenth Dynasty in the Metropolitan Museum, MMJ 14 (1979): 5-14
  3. a b c d e f g et h Frank Joseph Yurco, Was Amenmesse the Viceroy of Kush, Messuwy ?, JARCE 34 (1997): 49-56
  4. Erik Hornung, Rolf Krauss & David Warburton (editors), Handbook of Ancient Egyptian Chronology, (Handbook of Oriental Studies), Brill: 2006, p. 212.
  5. a et b Rolf Krauss, Untersuchungen zu König Amenmesse (1.Teil), SAK 4 (1976): 161-99
  6. a et b Rolf Krauss, Untersuchungen zu König Amenmesse (2. Teil)., SAK 5 (1977): 131-74
  7. a et b Rolf Krauss, Untersuchungen zu König Amenmesse: Nachträge, SAK 24 (1997), p. 161-184.
  8. Aidan Mark Dodson, Messuy, Amada and Amenmesse, JARCE 34 (1997): 41-48
  9. Erik Hornung, Rolf Krauss & David Warburton, op. cit., p. 213.
  10. The Viceroy of Kush « https://web.archive.org/web/20070223054539/http://euler.slu.edu/Dept/Faculty/bart/egyptianhtml/kings%20and%20Queens/Viceroy_of_Kush_(or_Nubia).html »(Archive.orgWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?),
  11. J.J. Janssen, Village Varia, Ten Studies on the History and Administration of Deir El-Medina, Egyptologische Uitgaven 11, Leiden 1997. p. 99-109.
  12. Aidan Mark Dodson, Dyan Hilton, The Complete Royal Families of Ancient Egypt, (American University of Cairo Press) (2004), p. 176.
  13. a b c et d Aidan Mark Dodson, Poisoned Legacy: The Decline and Fall of the Nineteenth Egyptian Dynasty, American University In Cairo Press (2010), p. 42 n 42
  14. Dodson & Hilton, p. 178.
  15. Aidan Mark Dodson, (2004), p. 181.
  16. J.E. Harris & E.F. Wente, An X-Ray Atlas of the Royal Mummies, (Chicago, 1980), p. 147.
  17. Aidan Mark Dodson, The Tomb of King Amenmesse: Some Observations., DE 2 (1985): 7-11.
  18. Aidan Mark Dodson, « Death after Death in the Valley of the Kings », dans Death and Taxes in the Ancient Near East, ed. Sara E. Orel, 53-59. Lewiston, New York: Edwin Mellen Press, 1992.

BibliographieModifier

Liens externesModifier