Al-Kahf

18e sourate du Coran

18e sourate du Coran
La caverne
Le Coran, livre sacré de l'islam.
Le Coran, livre sacré de l'islam.
Informations sur cette sourate
Titre original سورة الكهف, Al-Kahf
Titre français La caverne
Ordre traditionnel 18e sourate
Ordre chronologique 69e sourate
Période de proclamation Période mecquoise
Nombre de versets (ayat) 110
Ordre traditionnel
Ordre chronologique

Al-Kahf (arabe : سورة الكهف, français : La caverne) est le nom traditionnellement donné à la 18e sourate du Coran, le livre sacré de l'islam. Elle comporte 110 versets. Rédigée en arabe comme l'ensemble de l'œuvre religieuse, elle fut proclamée durant la période mecquoise.

Origine du nomModifier

Bien que le titre ne fasse pas directement partie du texte coranique[1], la religion musulmane a donné le nom de caverne à cette sourate en référence à l'histoire racontée où plusieurs personnes se retrouvent enfermées durant un certain temps dans une caverne[2].

RésuméModifier

Cette sourate a été nommée par certains savants « l’apocalypse de l’islam ». Ce surnom vient du fait que les récits de cette sourate sont a-historiques[3]. Cette sourate de 110 versets est principalement, à la différence des autres, narratives même si le caractère allusif des histoires a pu permettre de supposer qu’il s’agit davantage d’évocations. Elle peut être divisée en trois blocs, le premier consacré aux compagnons de la Caverne (v.9-26),  le second à la figure de Moïse (v.60-82) et le troisième à Dhu l-Qarnayn (v.83-102). D’autres plans ont été proposés[3].

Cette sourate fait écho à plusieurs récits et motifs présents dans la littérature chrétienne, hellénistique, babylonienne et juive de l’Antiquité tardive. La recherche intertextuelle a suscité de nombreux intérêts et pour Brown, cette sourate est un « modèle prototypique du syncrétisme islamique »[3].

HistoriqueModifier

Il n'existe à ce jour pas de sources ou documents historiques permettant de s'assurer de l'ordre chronologique des sourates du Coran. Néanmoins selon une chronologie musulmane attribuée à Ǧaʿfar al-Ṣādiq (VIIIe siècle) et largement diffusée en 1924 sous l’autorité d’al-Azhar[4],[5], cette sourate occupe la 69e place. Elle aurait été proclamée pendant la période mecquoise, c'est-à-dire schématiquement durant la première partie de l'histoire de Mahomet avant de quitter La Mecque[6]. Contestée dès le XIXe par des recherches universitaires[7], cette chronologie a été revue par Nöldeke[8],[9], pour qui cette sourate est la 69e.

La question de la cohérence de cette sourate s’est posée pour les chercheurs. Il existe un désaccord pour savoir si elle est une unité textuelle ou si elle est la réunion d’éléments séparés. Certains éléments paraissent, en effet, en leitmotiv dans le texte[3].

InterprétationsModifier

Versets 9-26 : Le récit des "gens de la caverne"Modifier

Pour Dye, ce récit est une « version coranique de la célèbre légende chrétienne des Sept Dormants » Si différents éléments proviennent du récit chrétien, le Coran transmet des informations supplémentaires, en particulier sur l'espace du récit[10]. Reprenant la recherche de van Bladel de 2008, l'auteur cite la proximité avec la Légende syriaque d'Alexandre. Pour Stewart, "la mention des différents nombres de dormeurs et de leurs chiens suggère une connaissance de versions alternatives ou concurrentes de l'histoire"[10].

Pour Pregill, ce récit s'inscrit dans la réutilisation d'éléments de la littérature de l'Antiquité tardive et leur usage selon un message nouveau[10]. Pour Zellentin, tandis que le récit chrétien présentait la victoire du christianisme sur le paganisme romain, dans le Coran, le récit est utilisé pour présenter le triomphe de l'islam sur le Christianisme[10].

Pregill associe le commandement de rajouter « si Dieu le veut » après avoir dit « je le ferai demain » à la Lettre de St Jacques et à la sur-évaluation des forces humaines face à la volonté divine[10]. De même, pour Tesei, ce récit s'inscrit dans le cadre des doctrines des théologiens syriaques sur le devenir des âmes. Des débats sur le sujet sont attestés au début du VIIe siècle. Le Coran possède ici le même but, celui de répondre à ceux qui nient la résurrection des corps[10].

Rippin s’interroge sur les versets 25 et 26 qui ne semblent pas « à leur place »[10]. De même, pour Stewart, certaines coupures ne correspondent pas à la rythmique originelle du texte[10]. Pour Younes, ces coupures peuvent être liées à deux couches rédactionnelles, la première présentant le récit, la seconde rajoutant une dimension moralisatrice. Pour Stewart, la forme de la langue utilisée dans le verset 25 suggère une forme sous-jacente dans une autre langue[10]. Toorawa remarque plusieurs hapax dans ce passage[10].

Versets 18:83-102 : la légende d’AlexandreModifier

Pour plusieurs chercheurs, ce passage s'inspire d'un texte syriaque, La légende d'Alexandre tandis que les versets précédents (60-82) s'inspirent d'un autre texte syriaque postérieur, la Chanson d'Alexandre[11]. Pour Chabbi, ce récit pourrait s'inspirer des homélies syriaque de Jacques de Sarrudj (m.521)[12], attribution aujourd'hui « insoutenable »[13]. Ce texte date au plus tôt de 629-630 mais qu'il n'est connu vraisemblablement du monde musulman qu'après les conquêtes. Les versets précédents s'inscrivent, eux, dans un contexte de débats chez les chrétiens hors Arabie entre 630/640 et la fin du VIIe siècle[11]. Cet extrait illustre l'inscription du Coran dans le contexte de la littérature de l'antiquité tardive[14].

Pour Tesei, cette intertextualité est un exemple intéressant pour évoquer  la question de la chronologie du Coran. En effet, la date de rédaction de La légende d'Alexandre est plus tardive que celle donnée par la tradition musulmane et par les reclassements chronologiques du Coran pour la rédaction de la sourate[15]. Il n'est même pas exclu que la rédaction de cette sourate soit postérieure à la mort de Mahomet[16].

Observant une telle contradiction entre les traditions musulmanes et le texte coranique lui-même, Dye en tire la conclusion suivante que « le Coran n'a pas un contexte, mais plusieurs » qui vont jusqu'à l'époque marwanide[11]. Tesei rappelle que « la tradition sur laquelle la chronologie de la sūra XVIII est établie semble être le résultat de spéculations rationnelles autour du texte du Coran,  plutôt que l'enregistrement d'un événement historique. [...] A mon avis, c'est plutôt la dépendance de Q 18: 83-102 au texte syriaque qui permet d'invalider la datation traditionnelle [...]. Par conséquent, l'affaire présenté ici montre comment l'adoption sans critique d'une chronologie basée sur  les récits traditionnels de la vie de Mahomet peuvent être trompeurs en ce qui concerne les possibles conclusions » [15].

Usages religieuxModifier

Les musulmans estiment que la lecture des dix premiers versets de cette sourate permet de se protéger contre le Dajjal (l'antéchrist) lorsqu'il apparaîtra vers la fin des temps[17].


Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • M.B. Mortensen, "Sourate 18", Le Coran des Historiens, t.2a, 2019, p. 693 et suiv.
  • R. Paret, Der Koran. Kommentar und konkordanz, 1980[Note 1].

Liens externesModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. En 2019, seuls deux ouvrages peuvent être considérés comme des commentaires scientifiques et continus du texte coranique. Il s'agit du Commentary on the Qur'an de Richard Bell publié en 1991 (aujourd'hui daté) et du Coran des historiens publié en 2019. L'ouvrage de Paret s'inscrit, avec ceux de Blachère, Khoury et Reynolds, dans un ensemble de traduction avec apparat critique. Voir : Sourate

RéférencesModifier

  1. A. Chouraqui, Le Coran, traduction et commentaires, 1990, p. 15.
  2. A. Chouraqui, Le Coran : L'appel, France, Robert Laffont, , 625 p. (ISBN 2221069641)
  3. a b c et d M.B. Mortensen, "Sourate 18", Le Coran des Historiens, t.2a, 2019, p. 693 et suiv.
  4. G.S. Reynolds, « Le problème de la chronologie du Coran », Arabica 58, 2011, p.477-502.
  5. R. Blachère, Introduction au Coran, p.244.
  6. R. Blachère, Le Coran, 1966, p. 103.
  7. M. Azaiez, « Chronologie de la Révélation »
  8. G. Dye « Le Coran et son contexte Remarques sur un ouvrage récent », Oriens Christianus n°95, 2011, p. 247-270.
  9. E. Stefanidis, « The Qur'an Made Linear: A Study of the Geschichte des Qorâns' Chronological Reordering », Journal of Qur'anic Studies, X, II, 2008, p.13.
  10. a b c d e f g h i et j M. Azaiez (Ed.), G.S. Reynolds (Ed.), T. Tesei (Ed.), et al. (2016). The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar. A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques. Berlin, Boston: De Gruyter., passage QS 20 Q 18:9–26
  11. a b et c « Pourquoi et comment se fait un texte canonique : quelques réflexions sur l'histoire du Coran », dans Hérésies : une construction d'identités religieuses, G. Dye, A. Van Rompaey & C. Brouwer, , p.69 et suiv..
  12. Jacqueline Chabbi, Les Trois Piliers de l'islam. Lecture anthropologique du Coran: Lecture anthropologique du Coran, Le Seuil, (ISBN 9782021231038, lire en ligne)
  13. Claude Gilliot, « Le Coran, production littéraire de l’Antiquité tardive ou Mahomet interprète dans le “lectionnaire arabe” de La Mecque », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, no 129,‎ , p. 31–56 (ISSN 0997-1327, DOI 10.4000/remmm.7054, lire en ligne, consulté le 19 septembre 2019)
  14. https://www.theses.fr/s68071
  15. a et b Tommaso Tesei, « THE CHRONOLOGICAL PROBLEMS OF THE QUR'ĀN: THE CASE OF THE STORY OF ḎŪ L-QARNAYN (Q 18:83-102) », Rivista degli studi orientali, vol. 84, nos 1/4,‎ , p. 457–464 (ISSN 0392-4866, lire en ligne, consulté le 19 septembre 2019)
  16. G. Dye « Le Coran et son contexte Remarques sur un ouvrage récent », Oriens Christianus no 95, 2011, p. 247-270
  17. L'islam politique au sud du Sahara: identités, discours et enjeux Hommes et sociétés, Muriel Gomez-Perez, Muriel Gomez-Perez, KARTHALA Editions, 2005, (ISBN 978-2-84586-615-7), 9782845866157