Agnes et Margaret Smith

duo de biblistes et exploratrices britanniques

Agnes Smith Lewis (1843–1926) et Margaret Dunlop Gibson (1843–1920), nées Agnes et Margaret Smith (parfois appelées les Sœurs de Westminster), sont deux biblistes, paléographes et exploratrices britanniques d'origine écossaise.

Agnes Smith Lewis
Margaret Dunlop Gibson

En , au cours de leurs expéditions scientifiques dans le Sinaï, Agnes découvre au monastère Sainte-Catherine du Sinaï le palimpseste connu plus tard sous le nom de Codex Sinaiticus Syriacus (ou Codex Lewis, ou encore Palimpseste du Sinaï). Cette découverte est considérée comme la plus importante depuis celle du Codex Sinaiticus en 1859.

BiographieModifier

Les deux jumelles naissent le à Irvine, dans le comté d'Ayrshire, en Écosse. Leur mère, Margaret Dunlop, meurt quinze jours plus tard. Elles sont élevées dans un milieu aisé par leur père, John Smith, linguiste amateur, qui leur accorde la même éducation qu'à des garçons et les encourage dans leurs études[1]. Formées dans des collèges privés à Birkenhead et à Londres, elles voyagent à travers l'Europe en compagnie de leur père. À elles deux, Agnes et Margaret parlent plus de douze langues. Elles se spécialisent très jeunes dans les langues sémitiques anciennes et en traduiront de nombreux textes par la suite.

Les deux sœurs font l'une et l'autre un mariage heureux mais de courte durée[1]. Margaret épouse en 1883 James Young Gibson (en) (1826-1886), un pasteur écossais également essayiste et traducteur, et Agnes épouse en 1887 Samuel Savage Lewis, un bibliothécaire érudit du collège Corpus Christi, à Cambridge[1]. Gibson et Lewis meurent l'un et l'autre au bout de trois ans de mariage. C'est en partie pour fuir ce double deuil que les deux sœurs décident de repartir pour le Proche-Orient[1], qu'elles ont visité une vingtaine d'années plus tôt.

Grâce aux contacts de James Rendel Harris au monastère Sainte-Catherine du Sinaï, Agnes y découvre en le Codex Sinaiticus Syriacus[2], dans une réserve de la bibliothèque. Il s'agit d'un manuscrit de 358 pages datant du IVe siècle qui contient une traduction en syriaque des quatre évangiles canoniques et remontant au IIe siècle. La finale longue de Marc 16 en est absente[1]. Il présente en surimpression un autre texte : des vies de saintes et de martyres correspondant à la fin du VIIIe siècle. Ce palimpseste est l'exemplaire le plus ancien des évangiles en syriaque : il est l'un des deux codex (l'autre étant celui de William Cureton) antérieurs à la Peshitta.

L'année suivante, en 1893, James Rendel Harris, Francis Crawford Burkitt et Robert Lubbock Bensly (en) accompagnent les deux sœurs au monastère Sainte-Catherine afin de confirmer l'authentification du document[3]. Adalbert Merx expertise ensuite le codex, et le résultat de ses recherches, Die Evangelien des Markus und Lukas nach der Syrischen im Sinaikloster gefundenen Palimpsesthandschrift, est publié dans Die vier kanonischen Evangelien nach dem ältesten bekannten (4 volumes, 1897–1905).

Les quelque 1 700 manuscrits collectés par les sœurs Smith au cours de leurs voyages forment aujourd'hui le fonds Lewis-Gibson de l'université de Cambridge[4]. L'une de leurs acquisitions a été authentifiée par leur ami Solomon Schechter comme un original du Siracide[4].

Pionnières dans leur domaine, Agnes et Margaret Smith sont également des bienfaitrices de l'Église presbytérienne d'Angleterre et du Westminster College (Cambridge) (en).

Reconnaissance universitaireModifier

 
Le Codex Sinaiticus Syriacus, folio 21v (=24v), Évangile selon Matthieu 15:12-27. Photographie d'Agnes Smith Lewis (1896).

Les apports des sœurs Smith à la paléographie et à l'étude du canon biblique ne leur valurent aucun diplôme honorifique de l'université de Cambridge[5] car celle-ci n'en décerna aux femmes qu'à partir de 1948. En revanche, elles reçurent des doctorats honoris causa au sein des universités de Halle, de Heidelberg, de Dublin et de Saint Andrews : en droit, en lettres et en théologie[5]. Elles furent les premières femmes docteures en théologie.

PublicationsModifier

Agnes Smith LewisModifier

Margaret Dunlop GibsonModifier

Agnes Smith Lewis et Margaret Dunlop GibsonModifier

Notes et référencesModifier

  1. a b c d et e Caroline Alexander, "Two of a Kind " Review of Janet Soskice in The New York Times (1 September 2009).
  2. « Codex Sinaiticus Syriacus », sur saintcatherinefoundation.org.
  3. Janet Soskice (en), Sisters of Sinai : How Two Lady Adventurers Found the Hidden Gospels, London: Vintage, 2010, p. 146–187.
  4. a et b « Lewis-Gibson Collection », site de l'université de Cambridge.
  5. a et b « Mrs Lewis and Mrs Gibson », site de la bibliothèque de l'université de Cambridge.

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • Cornick, D. and C. Binfield (editors) (2006) From Cambridge To Sinai United Reformed Church. (ISBN 978-0-85346-251-4)
  • Jefferson, Rebecca J. W. (2009) "Sisters of Semitics: A Fresh Appreciation of the Scholarship of Agnes Smith Lewis and Margaret Dunlop Gibson" in Medieval Feminist Forum 45/1, 23–49 [1]
  • Alan Whigham Price, The Ladies of Castlebrae : A Story of Nineteenth-Century Travel and Research, London, Headline Book Publishing, 1985
  • Janet Soskice (en), Sisters of Sinai : How Two Lady Adventurers Found the Hidden Gospels London, Vintage, 2009 (ISBN 978-1-4000-3474-1)

Articles connexesModifier

Liens externesModifier