Étienne-Joseph de La Fare

Étienne-Joseph de La Fare est un gentilhomme et ecclésiastique français né le à Paris et mort le au château de Leschelle. Il devient brièvement évêque de Viviers en 1723, puis évêque-duc de Laon (1723-1741), second pair ecclésiastique de France et comte d’Anizy-le-Château, du fait du jeu des parentèles et des clientèles. Il prend parti contre les jansénistes[1].

Étienne-Joseph de La Fare
Naissance
Paris, France
Décès (à 50 ans)
Château de Leschelle
Nationalité Blason France moderne.svg Française
Profession
Formation
Docteur en théologie

BiographieModifier

JeunesseModifier

Étienne-Joseph de La Fare est le fils de Charles-Auguste de La Fare, capitaine des gardes de Philippe d’Orléans dit Monsieur, et de Louise-Jeanne de Lux de Ventelet (1667-1691). Il est le frère de Philippe-Charles de La Fare, et le cousin des cardinaux Anne-Louis-Henri de La Fare et François-Joachim de Pierre de Bernis.

Sa famille a bénéficié des appuis de la Maison d’Orléans. Ils sont leurs clients depuis la mort de Mazarin.

Durant sa jeunesse, Étienne-Joseph se montre très dépensier et vend un bénéfice, dont il était pourvu. Pour le punir, son père le fait enfermer à Saint-Lazare. D’après certains, l’archevêque de Paris, le cardinal Louis-Antoine de Noailles lui aurait refusé les ordres[2].

Il devient docteur en théologie[3], puis abbé des Prémontrés de l’abbaye Saint-Martin de Laon[4]. Il est ensuite grand vicaire de Soissons[3]. Il était intrigant, actif, bavard, ne doutant jamais de rien, difficile à déconcerter[5]. C’est, aux yeux de ses ennemis, « une espèce de petit monstre par son corps et plus encore par son âme[5] ».

Charles de Saint-Albin, fils du régent Philippe d’Orléans, est un autre ennemi des jansénistes. Le projet des mariages de Louis XV avec l’Infante d’Espagne et celui du prince des Asturies, Louis d’Espagne, avec la fille du régent a besoin pour être conclu de l’aide des jésuites. Pour ces raisons, le régent, Philippe d’Orléans qui est pourtant un libertin, devient leur protecteur et fait en sorte que les cardinaux, les archevêques et les évêques soient tous favorables aux jésuites.

Dans ses Mémoires, qui sont le pire des réquisitoires, Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon affirme que le futur successeur de Charles de Saint-Albin[6], comme évêque-duc de Laon est surpris en train de voler et scandalise étrangement : « Ce fut le frère de la Fare, qui ne lui ressemblait en rien. C’était un misérable déshonoré par ses débauches et par son escroquerie, que personne sne voulait voir ni regarder… »[7]

D’après ce vieux courtisan, Philippe d’Orléans lui aurait dit qu’il l’avait chassé « du Palais-Royal pour avoir volé cinquante pistoles[8] qu’il envoyait, par lui, à Madame de Polignac. Je la nomme, parce que sa vie a été si publique que je ne crois pas manquer à la charité, à la discrétion, à la considération de son nom. »[7]

Son frère, Philippe-Charles, après avoir été officier des mousquetaires, est maréchal de France et membre de l’Ordre du Saint-Esprit et de la Toison d’or[9].

La politique et la religionModifier

La politique et la religion sont, elles-aussi, à l’origine de propos haineux. Saint-Simon continue son réquisitoire : « Pour sortir d’un état si pitoyable, ce rebut du monde fit le converti, frappa à plusieurs portes pour être ordonné prêtre sans y pouvoir réussir, à ce que me conta lors Rochebonne[10],[11], évêque-comte de Noyon, qui fut un de ceux qui le refusèrent, malgré une prétendue retraite qu’il fit dans un bénéfice qu’il avoit dans Noyon[12] »

Il continue : « Enfin il trouva un prélat plus traitable par la conformité de conduite. J'aurois horreur de le nommer et de dire avec quel scandale il l’ordonna contre toutes les règles de l’Église. Incontinent après, il se jeta au cardinal de Bissy[13], et à Languet[14], évêque de Soissons, à qui tout étoit bon moyennant le fanatisme de la constitution[15], qui le rendit digne d’être grand vicaire de Soissons, où il se signala en ce genre à mériter toute leur protection ».

Évêque de Viviers (février 1723)Modifier

Saint-Simon ajoute : « Avec ce secours et celui des jésuites[16], il trafiqua l’évêché de Viviers avec Martin de Ratabon[17], qui y avoit passé du siège d’Ypres, et que l’épiscopat ennuyoit, malgré la non-résidence. Il lui donna deux abbayes qu’il avoit, avec un bon retour, et fut sacré évêque de Viviers, au scandale universel ».

En 1723, La Fare est effectivement nommé évêque de Viviers, dans le Vivarais, moyennant une démission qu’il donne de l’abbaye cistercienne de Mortemer, en Normandie, et de celle de l'abbaye Saint-Barthélemy de Noyon. Il perd deux bénéfices importants, mais il est évêque dans une région d’où est originaire sa famille.

Évêque-duc de LaonModifier

Le duc d’Orléans, Philippe d’Orléans, lui donne plusieurs grands bénéfices. Il est assez étonnant que le régent fasse d’un prélat qui l’aurait volé, un évêque et un duc, le second pair de France, un comte d’Anizy, en remplacement de Henri Henri François-Xavier de Belsunce-Castelmoron (1670-1755), devenu évêque de Marseille. « La Fare, évêque de Viviers qui n'étoit pas pour être si délicat, fut mis à Laon, à son refus, où on a vu depuis ce qu’il savoit faire. Il y est mort abhorré et banqueroutier, après avoir de gré ou de force escroqué tout son diocèse qu’il avoit d’ailleurs dévasté », écrit Saint-Simon.

La Fare est consacré évêque de Laon à Paris, le . Il prête serment entre les mains du roi, Louis XV, le suivant. Il prend possession de son diocèse le 12 du même mois[18]. En tant que titulaire de l’une des anciennes pairies de France, il a le privilège de porter la sainte Ampoule lors du sacre des rois de France à Reims.

Une tâche bien difficileModifier

 
Charles de Saint-Albin, son prédécesseur à Laon.

Dès 1724, l’évêque de La Fare, en prenant possession du siège épiscopal de Laon, trouve un clergé profondément divisé par les passions entre constitutionnaires et anticonstitutionnaires[19] qui se livrent une lutte acharnée les uns contre les autres.

Étienne-Joseph de la Fare écrit, le , un mandement sur la soumission due à la constitution apostolique de la bulle Unigenitus[20] : Mandement de Monseigneur l’Évêque Duc de Laon, Second Pair de France, comte d’Anizy, et Sur la soûmission due à la Constitution Unigenitus, sur la fidélité indispensable des Sujets envers leur Souverain, & sur les Droits Sacrez de l’Épiscopat.

Michel Bur dans son Histoire de Laon et du Laonnois[21] résume ainsi la situation : « Étienne de La Fare, aidé des seuls jésuites, entre en guerre contre chapitre, bourgeoisie de Laon, Parlement de Paris, Conseil du Roi, oratoriens, bénédictins, sœurs de la Congrégation, régent du Collège de France et même contre soixante curés qu’il renvoie pour ramener le diocèse dans l’obéissance du pape. »

La fin de sa vieModifier

Comme le dit le duc de Saint-Simon, l’évêque-duc est un homme de petite taille, prétentieux et excessif. D’ailleurs un autre duc, Charles-Philippe d'Albert de Luynes[22], ami de son frère, écrit à l’occasion de sa mort, le , au château de Leschelle : « Du jeudi 1er juin 1741 Fête-Dieu, Versailles. - II y a déjà un mois environ que M. l’évêque de Laon est mort; il étoit frère de M. le marquis de La Fare, ci-devant commandant en Languedoc, mais il ne lui ressembloit point du tout, car il étoit petit et d’une vilaine figure. Il a beaucoup fait parler de lui par son zèle pour la Constitution. Ce sentiment, quelque louable qu’il soit et quoique très-digne d’être approuvé, étoit accompagné dans M. de Laon d’une si grande vivacité que l’on a souvent pensé qu’il poussoit les choses à l’excès ».

Jean-François-Joseph de Rochechouart-Faudoas[23] lui succède comme évêque-duc de Laon.

Il est inhumé dans l’église paroissiale de Leschelle. Son épitaphe est : « HIC JACET/STEPHANUS JOSEPHUS DE LA FARE/EPISCOPUS DUX LAUDUNENSIS/PAR FRANCIAE/ROMANAE FIDEI DEFENSOR ARDENS/DEBITUM FECIT CLERO FIDELI/OBSEQUIUM ASSERVANS PAPAE/PAUPERUM PATER SEDULUS/HOS SUA LARGITATE SUSTINUIT/EXTREMAM DIOECESIM VISITANS/PASTOR BONUS/OBIIT/IN HUJUS LOCI CASTELLO/DIE 23 A APRILIS ANNO CHRISTI 1741/AETATIS IN EUNTE 49/ET HAC IN ECCLESIA/QUAMIPSE ANNO 1733 CONSECRAVERAT/SEPELIRI VOLUIT/ABI VIATOR/ET TANTI PROESULIS AEMULARE/CHARITATEM SI CHRISTIANUS/FIDEM SI CATHOLICUS[24] ». La dalle, autrefois dans le chœur, a été relevée et placée debout, contre le mur sud du bras sud du transept.

Notes et références de l’articleModifier

  1. Maximilien Melleville Histoire de la ville de Laon et de ses institutions, 1846, p. 60
  2. Jacques-François-Laurent Devisme Histoire de la ville de Laon, tome 2, 1872, p. 134
  3. a et b Abbé Jules Saincir, Le Diocèse de Soissons, 1936, p.565.
  4. Bulletin de la Société Académique de Laon, 1870, p.164
  5. a et b Jacques-François-Laurent Devisme, Histoire de la ville de Laon, éd. Le Blancourtois, 1822, p. 134.
  6. Charles de Saint-Albin, fils illégitime de Florence Pellerin et du régent, Philippe d’Orléans, fut évêque-duc de Laon en 1721, puis archevêque-duc de Cambrai en 1724.
  7. a et b Mémoires de Saint-Simon tome 20, chapitre 2, 1723.
  8. Monnaie d’or espagnole du XVIIe siècle, on dit aussi doublon d’Espagne. Le doublon de deux écus vaut vingt francs trente-sept centimes.
  9. Foucault, Collection complète des mémoires relatifs à l’histoire de France, depuis le règne de Philippe-Auguste, jusqu’au commencement du dix-septième siècle, tome 65, 1828, p.27.
  10. Mémoires de Saint-Simon (texte intégral), tome 20, chapitre II, 1723
  11. Charles-François de Châteauneuf de Rochebonne, l’un des rares amis de Saint-Simon, devient le Primat des Gaules en 1731.
  12. Abbaye Saint-Barthélemy de Noyon
  13. Le cardinal de Bissy, successeur de Bossuet à Meaux, est l’ennemi juré des jansénistes.
  14. Compatriote de Jacques-Bénigne Bossuet, qui l’estima, docteur en Sorbonne, Languet est nommé évêque de Soissons, archevêque de Sens, membre de l’Académie française, en 1721 et conseiller d’État ordinaire sous Louis XV. Il exerce toutes ses fonctions avec un zèle rigoureux dans la défense de l’orthodoxie catholique et dans la lutte contre les idées nouvelles.
  15. La bulle Unigenitus (1713), ou Constitution apostolique condamnant le jansénisme, provoque de longues et violentes querelles entre les jansénistes (callicans) et ceux de la papauté, ainsi qu’entre Parlement et jésuites. L’évêque de Senez, Jean Soanen est l’une des figures les plus marquantes des opposants à la Constitution dans un conflit d’influences qui durera des décennies et favorisera l’expansion du courant philosophique du XVIIIe siècle. Les dévots formèrent un véritable parti politique à l'ombre des jupes d'Anne d’Autriche, puis de Madame de Maintenon. Louis de France (1661-1711) et la Dauphine, que sert le frère de notre futur évêque-duc, sont opposés eux-aussi aux idées nouvelles.
  16. Jésuites et jansénistes continuent de se quereller tout au long du XVIIIe siècle. Condamné comme mouvement religieux, le jansénisme résiste en tant que philosophie, vision de l’homme et du monde. Au contraire, la morale accommodante et la soif de pouvoir des jésuites sont condamnés par une partie de la noblesse. En 1764, Louis XV dissout la Compagnie de Jésus.
  17. Martin de Ratabon, évêque d'Ypres de 1693 à 1713. Le 5 novembre 1716, Martin de Ratabon, il devient évêque de Viviers.
  18. [PDF] Martine Plouvier, Histoire et architecture de l’abbaye de Cuissy, p.76 note 10.
  19. Les anticonstitutionnaires sont le milieu parlementaire et les jansénistes. Les jansénistes du XVIIIe siècle peuvent être définis comme des opposants à la bulle Unigenitus.
  20. La bulle condamne 101 propositions extraites des Réflexions morales sur le Nouveau Testament, du père Pasquier Quesnel, théolégien janséniste et membre de la Congrégation de l'Oratoire. Les propositions condamnées par l’Unigenitus sont la toute-puissance de la volonté divine et l’impuissance de l’homme sans la grâce de Dieu, la foi et la charité, qui seules comptent devant Dieu, les propositions relatives à la conception de l’Église, à l’accès des fidèles à l’Écriture Sainte, et à l’autorité au sein de l’Église.
  21. Michel Bur, Histoire de Laon et du Laonnois, 1987, p. 171.
  22. Charles-Philippe d’Albert de Luynes, Louis-Étienne Dussieux, Eudoxe Soulié, Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758), 1860, p. 406.
  23. Bulletin de la Société académique de Laon, tome 8, 1859, p.265.
  24. Dalle funéraire d’Étienne-Joseph de la Fare à Leschelle sur le site Patrimoine de France

BibliographieModifier

  • Maxime de Sars, Un confesseur de la foi: Étienne-Joseph de La Fare, évêque duc de Laon : 1691-1741, 1910

Articles connexesModifier