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Émeutes de Watts

émeutes de 1965 à Los Angeles

Émeutes de Watts
Les bâtiments du quartier de Watts en feu pendant les émeutes.
Les bâtiments du quartier de Watts en feu pendant les émeutes.

Type Émeutes
Localisation Watts (Los Angeles)
Date Du au
Fréquentation 31 000 à 35 000 émeutiers

16 000 membres des forces de l'ordre

Bilan
Blessés 1 032
Morts Manifestants : 31
Forces de l'ordre : 3
Répression
Arrestations 3 438

Les émeutes de Watts ou rébellion de Watts sont des émeutes ayant eu lieu du 11 au dans le quartier de Watts à Los Angeles. Elles font suite à une altercation entre trois membres d'une famille afro-américaine et les forces policières dans Watts, un quartier majoritairement noir de Los Angeles.

Les émeutes de Watts, particulièrement violentes, durent pendant six jours avec le slogan « Burn, baby! Burn! » (« Brûle, bébé ! Brûle ! »). Elles ne s'étendent pas à d'autres quartiers, restant confinées dans 19 km2 de terres. L'armée impose un couvre-feu et le chef de la police William H. Parker impose une politique d'arrestation de masse, tandis que des bâtiments et véhicules sont incendiés, en majorité des commerces tenus par des personnes blanches et des voitures de luxe.

Les émeutes font 34 morts dont 23 civils tués par les forces de l'ordre, 1 032 blessés déclarés, 3 438 arrestations, 977 bâtiments détruits ou endommagés et les dommages matériels sont estimés à 40 millions de dollars. Au cours des années qui suivent, d'autres grandes villes sont déchirées par des violences urbaines dont les tensions raciales sont généralement le détonateur, en particulier lors du long et chaud été 1967. Il s'agit des émeutes les plus graves à Los Angeles jusqu'aux émeutes de 1992.

Sommaire

Contexte historiqueModifier

DiscriminationModifier

Dans les années 1940, au cours de la Seconde Grande migration afro-américaine, le Président Franklin Delano Roosevelt promulgue l'Executive Order 8802 (en) qui interdit la discrimination raciale dans l'industrie de la défense. En conséquence de cette opportunité, la population noire du comté de Los Angeles, où les industries de défense recrutent massivement[1], passe de 75 209 en 1940 à 461 546 en 1960[2].

À Los Angeles, le redlining est de mise même après le Civil Rights Act de 1964 : il empêche certaines minorités, dont les afro-américains, de louer ou d'acheter des logements dans certains quartiers. Dans les années 1940, 95 % de la ville de Los Angeles et du Sud de la Californie est tacitement interdit à ces minorités ethniques[3],[4] : deux quartiers où les Noirs peuvent s'installer sont Compton et Watts, mais ils doivent payer des loyers bien plus élevés que ce que valent les logements[3].

Les discriminations de logement ne sont pas les seules subies par les résidents noirs de Los Angeles : la discrimination dans l'emploi s'applique toujours en dehors de l'industrie de la défense, qui périclite depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et les loyers sont bien plus élevés pour les afro-américains, en particulier avec l'échec d'une loi de 1963 pour interdire les discriminations d'accès au logement[3]. Le maire de Los Angeles, Sam Yorty, est régulièrement critiqué pour être le seul maire de grande ville américaine sans programme anti-pauvreté et un des deux maires à avoir refusé une subvention du gouvernement pour la création d'emplois[5].

Violences policièresModifier

Le , le Los Angeles Police Department est mis en cause dans l'affaire du Noël sanglant (en), lors duquel des policiers brisent des os et rompent certains des organes de sept jeunes hommes, dont cinq hispaniques et deux blancs. L'enquête interne du chef de police William H. Parker se solde par un procès contre huit policiers, la mutation de 54 membres des forces de l'ordre et la suspension de 39 personnes[6]. Après cet événement, Parker cherche à créer une force policière plus rigoureuse et militarisée et moins corrompue. Malgré ses efforts, il est régulièrement critiqué dans les décennies suivantes pour les violences policières qu'endurent les habitants hispaniques et afro-américains de Los Angeles, qui résultent entre autres du recrutement d'officiers de police sudistes qui ne cachent pas leur racisme[7].

Dans les deux années qui précèdent les émeutes, 65 habitants du quartier ont été tués par la police, dont 27 dans le dos et 25 désarmés[8].

Émeutes précédentesModifier

Les émeutes de Watts ne sont pas les premières du pays, une longue série commençant dès 1964. Trois jours d'émeutes à Rochester font quatre morts, puis près de 4 000 personnes participent à des émeutes à Harlem et Bedford-Stuyvesant après le meurtre d'un jeune homme noir par la police. À Philadelphie, l'arrestation d'un couple noir cause trois jours d'émeutes, tandis qu'à Chicago, une foule manifeste après l'agression par un commerçant d'une femme prise en flagrant délit de vol[8].

Dans les deux années qui précèdent les émeutes, 250 manifestations contre les conditions de vie dans le quartier de Watts ont également lieu[8].

HistoriqueModifier

Événement déclencheurModifier

Le soir du , Marquette Frye, un jeune homme noir de 21 ans[9], est arrêté au volant de la voiture de sa mère par un policier californien blanc, Lee Minikus, qui le soupçonne d'être ivre[10],[11]. Après avoir contrôlé Frye positif sur un éthylotest, Minikus l'arrête et appelle une équipe de police pour saisir le véhicule[12], mais Frye refuse de le suivre[11]. Le frère du conducteur, Ronald Frye, sort de la voiture et va chercher leur mère, Rena Price, qui revient avec lui sur le lieu de l'arrestation. Quand Price arrive sur place, elle s'en prend à Frye et lui reproche bruyamment d'avoir conduit ivre, devant un groupe de plus en plus grand de passants et les policiers fraîchement arrivés[13]. La situation dégénère rapidement : quelqu'un pousse Price, Frye reçoit un coup, Price saute sur un policier et un autre membre des forces de l'ordre sort son arme de service. Des renforts policiers tentent d'arrêter Frye par la force[14],[15]. Quand les passants préviennent d'autres habitants du quartier que les policiers ont frappé Frye et donné un coup de pied à une femme enceinte qui a craché sur eux, ils se rassemblent à leur tour[8]. Un groupe de plus en plus large de spectateurs commence à s'en prendre verbalement et physiquement aux policiers, tandis que le frère et la mère de Frye sont arrêtés à leur tour pour avoir frappé ces derniers[16],[17].

Après l'arrestation de Price et de ses deux fils, la foule se déplace le long de l'Avalon Boulevard. Des renforts de police viennent séparer le public, mais sont assaillis par des pierres et des morceaux de béton[18]. Un espace de 19 km2 au cœur de Watts se transforme alors graduellement en champ de bataille dans des émeutes qui dureront six jours[15].

Déroulement des émeutesModifier

 
Des policiers arrêtent un émeutier le 12 août.

Dès le matin, les frères Frye et Rena Price sont libérés sous caution. Après une nuit d'échauffements, la police et des dirigeants noirs de la communauté locale, incluant des leaders religieux et des représentants de la National Association for the Advancement of Colored People, se rencontrent le pour discuter d'un plan d'action qui ramènera le calme. La réunion est un échec[8]. Selon certaines sources, Parker aurait refusé les propositions de médiation, affirmant que « ces émeutes n'ont pas de chefs »[19]. Une adolescente affirme devant la presse que les émeutiers comptent envahir les quartiers blancs de Los Angeles, tandis que la police refuse d'envoyer uniquement des officiers noirs pour calmer la situation[8]. Plus tard dans la journée, William Parker fait appel à la California Army National Guard (en), affirmant que les émeutes s'apparentent à une rébellion, les comparant au combat contre le front national de libération du Sud Viêt Nam, et exigeant une intervention paramilitaire[20].

Le vendredi , environ 2 300 membres de la garde nationale rejoignent la police à Watts[21],[22]. En plus d'eux, on compte 934 policiers de Los Angeles et 718 policiers du Los Angeles Sheriff Department[23]. Les forces de l'ordre sont très majoritairement blanches et lourdement armées. Les manifestants continuent à piller et à détruire les magasins tenus par des Blancs aux cris de « Burn, baby, burn » (en français : « brûle, bébé, brûle »)[24].

 
Des soldats californiens empêchent l'accès à une rue de Watts pendant les émeutes.

Le samedi soir, plus de 16 000 membres des forces de l'ordre sont mobilisés et patrouillent dans le quartier. Ils érigent des barricades et installent des pancartes du type : « Tournez à gauche ou nous tirerons »[20]. Les émeutiers répliquent en se battant physiquement contre la police, arrêtent et frappent des passants blancs et empêchent physiquement le Los Angeles Fire Department d'utiliser les jets d'eau contre les manifestants. Ils incendient et pillent de nombreux commerces, très majoritairement gérés par des personnes blanches et connus pour fournir des salaires très bas aux employés noirs tout en maintenant des prix de vente trop hauts pour les habitants du quartier[25]. Ce jour-là, les armureries du quartier sont également pillées, ce qui permet aux manifestants de s'armer : ils tirent entre autres sur les hélicoptères de la police[19]. Parker met alors en place une politique d'arrestations de masse[20]. L'essentiel du Sud de Los Angeles est soumis à un couvre-feu, en particulier Watts et tous les quartiers majoritairement noirs de la ville. Tout résident dehors après vingt heures est arrêté : au total, plus de 3 500 personnes sont arrêtées en six jours[26]. Parker attise la colère des émeutiers en les comparant en public à des singes dans un zoo : « One person has thrown a rock, and then like monkeys in a zoo, others have started throwing rocks. » (en français : « Une personne a jeté une pierre, et comme des singes dans un zoo, les autres ont commencé à jeter des pierres »)[8].

Le , les émeutes sont largement calmées[20].

Les émeutes sont considérées comme terminées le , six jours après leur commencement[26]. Le matin du même jour, la police attaque une mosquée de la Nation of Islam, tirant à l'aveugle dans le bâtiment et blessant dix-neuf personnes[8]. Des courts affrontements résiduels surviennent à nouveau[27]. En six jours, 31 000 à 35 000 adultes ont participé aux émeutes, en plus d'environ 70 000 sympathisants non actifs[28]. Ce même jour, Martin Luther King Jr., qui a raccourci un séjour au Porto Rico, arrive à Watts. Tout en déplorant l'utilisation de la violence, King affirme[27] :

[The causes are] environmental and not racial. The economic deprivation, social isolation, inadequate housing, and general despair of thousands of Negroes teeming in Northern and Western ghettos are the ready seeds which give birth to tragic expressions of violence

« [Les causes sont] environnementales et pas raciales. La privation économique, l'isolation sociale, les logements inadéquats, le désespoir général de milliers de Nègres dans les ghettos de l'Ouest et du Nord sont les graines fertiles qui donnent naissance à l'expression tragique de la violence »

Il dit être venu à Watts pour soutenir les habitants du ghetto qui, d'après lui, souffrent d'autant plus que les émeutes ont eu lieu là. Il cherche également à soutenir l'alliance entre les activistes noirs et blancs, proposant de servir de médiateur entre les habitants et les autorités locales et insistant sur l'importance de solutions systémiques aux problèmes économiques et sociaux qui touchent les ghettos noirs comme Watts[27].

Conséquences immédiates des émeutesModifier

Pertes et dommagesModifier

Les émeutes font 34 morts[29], 1 032 blessés, 3 438 arrestations, 977 bâtiments détruits ou endommagés et plus de 40 000 000 dollar (soit environ 29 524 000 euro*) de dégâts[30]. Ces dégâts matériels sont essentiellement causés par les nombreux incendies allumés par les émeutiers : la police ne pouvant pas protéger les pompiers, ces derniers n'interviennent pas[11].

Sur les 34 morts, 23 sont des civils tués par les forces de l'ordre[20]. Deux policiers et un pompier meurent pendant la semaine d'émeutes. Au total, 26 morts sont considérées comme des homicides justifiables[8].

Sur les 1 000 blessés, on compte 90 policiers et une centaine de pompiers[31].

Dommages apportés aux bâtiments de Watts
Commerces et bâtiments privés Bâtiments publics Total
Brûlés 258 14 272
Pillés 192 192
Brûlés et pillés 288 288
Détruits 267 1 268

Couverture médiatique et analyses politiquesModifier

Pendant les émeutes de Watts, les autorités et la presse proposent diverses interprétations des causes de la crise. Certains conservateurs et une majorité d'autorités publiques de la ville affirment qu'il ne s'agit que d'une escalade de la violence dans un quartier historiquement très pauvre et où la criminalité est élevée - Frye lui-même a déjà purgé une peine pour braquage quelques années plus tôt[11].

D'autres analystes observent que la population a pillé beaucoup plus de biens que nécessaire, et affirment qu'il est irrationnel de brûler son propre quartier : ils supposent donc une influence extérieure. Cette hypothèse gagne en popularité, bien que la nature de l'influence extérieure reste incertaine : certains mentionnent les gangs, d'autres la Muslim American Society encore considérée comme une secte radicale[11]. L'année après les faits, le maire de Los Angeles, Sam Yorty, continue à affirmer que des agitateurs communistes ont attisé les tensions[32].

D'autres analystes insistent sur les tensions durables entre la police et les habitants du Sud de Los Angeles en général, supposant que ces tensions ont enfin été mises à découvert lors des émeutes. Enfin, beaucoup d'autorités fédérales et quelques journalistes expliquent les émeutes par la pauvreté et le manque de services publics à Watts. C'est cette interprétation des émeutes qui est retenue par l'enquête du gouverneur de Californie Pat Brown, et qui popularise la guerre contre la pauvreté de Lyndon B. Johnson, annoncée quelques mois plus tôt[11]. Les tensions raciales sont également l'hypothèse retenue dans Cinq colonnes à la une, qui explique que l'arrestation de Frye est tout à fait anecdotique, « seulement voilà, il est noir »[33].

La couverture médiatique des événements s'appuie rapidement sur l'hypothèse que les émeutiers de Watts seraient une petite partie de la population, tandis que la grande majorité leur serait opposée. Une étude menée quelques mois plus tard établit cependant que sur 586 adultes noirs interrogés, 22 % ont joué un rôle dans les émeutes et 58 % estiment qu'elles auront des conséquences positives. Sur les 50 % de personnes défavorables aux violences, seulement un quart blâme les émeutiers, les autres s'émouvant plutôt de la situation dans son ensemble. Les opinions des habitants noirs de Watts et des habitants blancs des quartiers aux alentours sont très contrastées : si 75 % des Blancs estiment que les émeutes desservent les droits civiques, ce n'est le cas que de 24 % des Noirs[34].

En octobre 1965, à Paris, Martin Luther King Jr. déclare : « ce n'étaient pas des émeutes de race, mais de classe ». Pour lui, la rébellion est celle de Watts, peuplée majoritairement de Noirs, plutôt qu'une rébellion de Noirs incidemment installés à Watts[19].

En 1969, des sondages d'opinion montrent que la majorité des habitants de Los Angeles croient que les émeutes sont liées à des groupes communistes actifs à l'époque dans la ville pour remettre en cause le taux de chômage élevé et la discrimination ethnique[35].

Commission McConeModifier

Le gouverneur de Californie Pat Brown ordonne le lancement d'une enquête sur la cause des émeutes[26] , intitulé Violence in the City—An End or a Beginning?: A Report by the Governor's Commission on the Los Angeles Riots, 1965 (en français : La violence dans la ville - Une fin ou un début ? Un rapport par la commission du gouverneur sur les émeutes de Los Angeles, 1965)[36].

Le rapport établit que les émeutes sont simplement la conclusion de longues tensions au sein de Watts au sujet du taux de chômage élevé, des mauvaises écoles et des logements insalubres que subissent la communauté[26]. Les propositions suggérées par le rapport incluent des programmes d'urgence pour les élèves de maternelle et contre l'analphabétisme, une présence policière plus positive au sein de la communauté, plus de logements sociaux, plus de projets de formation professionnelle, des meilleurs services de santé et des meilleurs transports en commun. Les recommandations ne sont, pour leur majeure partie, jamais mises en place[37].

Conséquences des émeutes à long termeModifier

Guerre contre la pauvreté et reconstructionModifier

La guerre contre la pauvreté est une initiative menée dès janvier 1964, lorsque le président Lyndon B. Johnson l'annonce lors de son discours sur l'état de l'Union. En août 1964, des premières actions sont menées avec l'Economic Opportunity Act de 1964 (en)[38]. Au cours de l'été 1965, les initiatives ne sont pas encore développées : une part importante de la population américaine découvre la guerre contre la pauvreté à la suite des émeutes de Watts, tandis que ces dernières justifient la politique de Johnson[11].

Après les émeutes, plusieurs gangs s'associent aux dirigeants de la communauté noire pour reconstruire le quartier et assurer la paix sociale[5],[19].

Le , deux policiers pourchassent une voiture partie de Watts sur plus de 50 pâtés de maison avant de parvenir à l'arrêter. Elle est conduite par Leonard Deadwyler, un homme noir, et sa femme enceinte et un ami sont passagers. Le policier le plus jeune, qui a déjà été soumis à enquête pour avoir blessé des enfants noirs sans raison valable, tire sur Deadwyler. L'autre policier affirme que la dernière phrase prononcée par la victime est « Elle va accoucher ». Le policier qui a tiré affirme que la voiture a fait un bond en avant, lui faisant accidentellement tirer, tandis que les deux passagers de la voiture nient l'allégation. Après dix jours d'enquête, le cas est clos : officiellement, il s'agit d'un accident. Quelques violences suivent, mais sont loin d'approcher l'intensité de la crise de l'été précédent[39].

Malgré les bonnes intentions de la guerre contre la pauvreté, le Sud de Los Angeles se remet très lentement des conséquences des destructions. Plusieurs années plus tard, la presse continue à indiquer que les difficultés du quartier sont dues aux émeutes, ignorant la pauvreté et le manque d'infrastructures qui ont causé la rébellion[11].

Émeutes noires de la fin des années 1960Modifier

Article détaillé : Long et chaud été 1967.

Le , Martin Luther King Jr. dit à la presse que les émeutes de Watts sont le début d'un réveil pour les laissés pour compte des progrès de la décennie passée. Il ajoute que les combats sont différents dans l'Ouest et le Nord du pays et dans le Sud : dans le Sud, les Noirs se battent pour leurs droits, tandis que dans le Nord, leurs luttes concernent « la dignité et le travail ». Pendant l'automne, il écrit un article intitulé Beyond the Los Angeles Riots (en français : Au-delà des émeutes de Los Angeles) où il affirme que Los Angeles aurait dû prévoir les émeutes « quand ses autorités ont bloqué l'aide fédérale avec des manipulations politiques ; quand le taux de chômage des Nègres a dépassé celui de la Grande Dépression des années 1930 ; quand la densité de population de Watts est devenue la plus élevée du pays »[27].

En 1966, le militant pour les droits des Noirs Bayard Rustin écrit [40]:

The whole point of the outbreak in Watts was that it marked the first major rebellion of Negroes against their own masochism and was carried on with the express purpose of asserting that they would no longer quietly submit to the deprivation of slum life.

« Tout le principe de la crise à Watts, c'est qu'elle était la première rébellion majeure de Nègres contre leur propre masochisme, et qu'elle a été menée avec le but assumé de faire comprendre qu'ils ne se soumettraient plus en silence aux privations de la vie des taudis. »

La rébellion de Watts est la première de cette ampleur dans les années 1960. Entre l'été 1965 et 1968, on comptera plus de trois cents émeutes qui causent deux cents morts et la destruction de milliers de commerces[41].

PostéritéModifier

HommagesModifier

 
Le maire de Los Angeles Eric Garcetti à Watts avec des habitants du quartier pendant la commémoration des 50 ans des émeutes.

Le festival de musique Wattstax organisé en 1972, suivi du documentaire Wattstax l'année suivante, visent à commémorer le septième anniversaire des émeutes[42].

Références culturellesModifier

Dès 1965, Frank Zappa crée la chanson Trouble Every Day après avoir vu les émeutes au journal télévisé. La chanson inclut le couplet suivant[43] :

Wednesday I watched the riot
Seen the cops out on the street
Watched 'em throwin' rocks and stuff
And chokin' in the heat

« Mercredi j'ai regardé l'émeute
Vu les flics dans la rue
Les ai regardés jetant des pierres et tout
Et étouffant dans la chaleur »

La même année, Phil Ochs compose In The Heat of the Summer, plus connue interprétée par Judy Collins, qui raconte les émeutes[44].

En 1968, Curt Gentry publie le roman The Last Days of the Late, Great State of California, qui inclut une description détaillée des émeutes sur un ton documentaire[45].

En 1972, un scénariste de La Conquête de la planète des singes affirme que l'équipe s'est inspirée des émeutes de Watts pour écrire la rébellion des singes[46],[47]. Le roman et le film Les flics ne dorment pas la nuit se déroulent en partie pendant les émeutes de Watts : l'auteur était lui-même officier de police dépêché sur place pendant les événements[48].

La chanson-titre de l'album Rise Up de Cypress Hill commence par la phrase « Not since the Watts Riot of 1965, has the city seem so out of control. Los Angeles is still on edge » (en français : la ville n'a pas paru aussi hors de contrôle depuis les émeutes de Watts de 1965. Los Angeles est encore sur les nerfs)[49].

En 1990, le film Émeutes en Californie raconte les émeutes de Watts du point de vue d'un journaliste et habitant de Watts, Bob Richardson[50]. Le de la même année, dans l'épisode Black on White on Fire de Code Quantum, le héros prend le corps d'un homme noir fiancé à une femme blanche pendant les émeutes[51].

En 1994, le film There Goes My Baby raconte l'histoire d'un groupe de lycéens, dont l'un habite à Watts, pendant les émeutes[52].

En 1997, l'épisode Burn, Baby, Burn de Dark Skies : L'Impossible Vérité se déroule dans Los Angeles pendant les émeutes[53].

Le film Menace to Society, sorti en 2003, montre des images des émeutes de 1965 dans sa scène d'introduction, alors que le narrateur raconte la vie de son père à cette époque[54].

Le premier épisode de O.J.: Made in America, mini-série produite en 2016, évoque les émeutes de Watts de 1965 et de 1992 pour expliquer le contexte de l'affaire O. J. Simpson[55].

En 1975, Charles Bukowski évoque les émeutes de Watts dans son poème Who in the hell is Tom Jones?[56].

James Ellroy situe son roman de 1984 Lune sanglante pendant les émeutes de Watts[57].

Dans le chapitre 9 du sixième volume de son autobiographie, Maya Angelou raconte son expérience des émeutes : elle-même travaillait dans le quartier et était présente pendant la crise[58].

Notes et référencesModifier

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Articles connexesModifier

BibliographieModifier

Liens externesModifier