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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Behr et Sigel.
Élisabeth Behr-Sigel
Naissance
Schiltigheim (Bas-Rhin)
Décès (à 98 ans)
Épinay-sur-Seine
Activité principale

Élisabeth Behr-Sigel est une théologienne orthodoxe, née le à Schiltigheim (Bas-Rhin), morte le , à Épinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis).

BiographieModifier

Élisabeth Behr-Sigel est née à Schiltigheim, dans la proche banlieue de Strasbourg, le 21 juillet 1907, d’un père luthérien appartenant à la bourgeoise locale, et d’une mère juive originaire de Bohême. Après l’école primaire où l’enseignement est dispensé en langue allemande dans l’Alsace occupée, elle entre en 1919 au lycée français de jeunes filles. Ses parents étant détachés de toute pratique religieuses, c’est sous l’influence de camarades de classe qu’elle décide, en 1921, de faire sa confirmation dans l’Église luthérienne d’Alsace-Lorraine, où elle avait été baptisée. Vers l’âge de seize ans, elle adhère à la Fédération universelle des associations chrétiennes d’étudiants (FUACE), où elle a l’occasion de côtoyer des personnalités protestantes comme Suzanne de Dietrich et le pasteur Marc Boegner. Après avoir obtenu son baccalauréat, elle s’inscrit à la faculté de philosophie de Strasbourg, où elle a pour condisciple le futur philosophe Emmanuel Levinas.

Lorsque, en 1927, la faculté de théologie protestante de Strasbourg ouvre ses portes à des étudiantes, elle s’y inscrit. Elle y rencontre deux étudiants russes qui, ayant bénéficié d’une bourse, y font leurs études. L’un d’entre eux est le futur écrivain et philosophe Paul Fidler (1900-1983) qui lui fait connaître la philosophie religieuse russe du XIXe siècle, en particulier le théologien Alexis Khomiakov, qui avait entretenu un dialogue avec des théologiens protestants, et dont la théorie de la sobornost (qui voit l’unité ecclésiale libre accord des consciences dans la foi et l’amour) suscite l’enthousiasme de la jeune étudiante. Au printemps 1928, ses amis l’invitent à Paris à assister à la nuit de Pâques orthodoxe, célébrée à l’église Saint-Serge par le père Serge Boulgakov. Les matines de la Résurrection l’impressionnent fortement et lui donnent envie d’approfondir sa connaissance de l’Église orthodoxe. Elle décide alors de se rapprocher du milieu orthodoxe en continuant ses études de théologie à la faculté de théologie protestante de Paris, boulevard Arago.

Ses amis l’introduisent dans le milieu de l’émigration russe où elle rencontre notamment Paul Evdokimov (qui restera toujours un de ses proches amis), Vladimir Lossky et Eugraph Kovalevsky. Mais la rencontre la plus décisive pour elle est celle d’un moine catholique, le père Lev Gillet, qui a été reçu dans l’Église orthodoxe quelques mois plus tôt, et qui s’active à fonder une paroisse francophone. Fréquentant aussi l’Institut Saint-Serge, elle est fascinée par les cours du père Serge Boulgakov, dont la sophiologie sera le thème d’un de ses premiers articles, publiés dans la Revue d'Histoire et de Philosophie Religieuses de la faculté de théologie protestante de Strasbourg en 1939.

De retour à Strasbourg à l’automne 1929, elle décide de s’unir à l’Église orthodoxe, et le 12 décembre, le père Lev Gillet, qui séjourne alors dans la capitale alsacienne, l’y reçoit par la chrismation, dans la chambre d’un étudiant en chimie d’origine russe, André Behr, qui deviendra son mari quatre ans plus tard. En 1930, Élisabeth Behr-Sigel séjourne en Allemagne pour travailler à son mémoire de maîtrise de théologie, ayant pour thème la sainteté russe. Elle bénéficie pour cela de l’aide de l’historien Georges Fédotov, avec qui le père Lev Gillet l’a mise en contact. Ce sera l’ébauche de son premier livre, Prière et sainteté dans l’Église russe, qui paraîtra en chapitres séparés dans la revue Irénikon avant d’être publié en 1950 par les éditions du Cerf. Lorsqu’elle revient en France en 1931 après avoir terminé études, Élisabeth Behr-Sigel se voit proposer par le doyen de la faculté de théologie protestante de Strasbourg d’assumer la fonction de pasteur auxiliaire à Villé-Climont, un petit village des Vosges alsaciennes. Après avoir pris conseil auprès du père Lev Gillet (devenu son père spirituel) et du père Serge Boulgakov, la jeune femme accepte cette charge. Pendant huit mois elle exercera les fonctions pastorales dans cette communauté protestante, tout en restant membre de l’Église orthodoxe où elle a été reçue deux ans plus tôt.

Son mariage avec André Behr, en février 1933, célébré par le père Lev Gillet, lui fait abandonner sa charge pastorale, car elle doit alors suivre son époux qui a trouvé du travail comme ingénieur chimiste à Nancy. Trois enfants naissant au foyer du couple, en 1934, 1936 et 1944. Bien qu’occupée par ses tâches familiales, Élisabeth Behr-Sigel se rend fréquemment à Paris, où elle retrouve ses amis russes, fréquente à partir de 1936 la nouvelle paroisse francophone Notre-Dame-Joie-des-Affligés, et rend visite au père Lev Gillet qui est aumônier du foyer de la rue de Lourmel où mère Marie Skobtsov (sainte Marie de Paris, 1891-1945) exerce ses activités caritatives.

De Nancy, Élisabeth Behr-Sigel échange une abondante correspondance avec le Père Lev Gillet. Lorsque celui-ci part, en 1938 pour Londres, il confie sa fille spirituelle au père Serge Boulgakov, auquel elle rend désormais visite chaque fois qu’elle se rend dans la capitale. Elle reprend contact avec le père Lev Gillet en se rendant régulièrement Angleterre à l’occasion des réunions du Fellowship of St Alban and St Sergius dont celui-ci est l’aumônier. En 1947, elle publie dans Dieu vivant un article remarqué sur la prière à Jésus : La Prière à Jésus ou le Mystère de la spiritualité monastique orthodoxe. Elle continue son activité dans les milieux théologiques orthodoxes parisiens. Elle entreprend en 1951 à la Sorbonne, sous la direction du slaviste Pierre Pascal, une thèse sur le théologien russe du XIXe siècle Alexandre Boukharev, dont le sujet lui a été suggéré par le père Serge Boulgakov ; elle la soutiendra plus de vingt ans plus tard à l’université de Nancy et la publiera en 1977 aux éditions Beauchesne.

Elle rencontre périodiquement à Paris le père Lev Gillet qui vient donner des conférences au foyer de la CIMADE (organisation protestante d’aide aux réfugiés), dirigé par leur ami mutuel Paul Evdokimov à Massy. Elle est en relation aussi avec Eugraph Kovalevsky, qui cherche à fonder une Église catholique orthodoxe de France (ÉCOF). Avec Olivier Clément et d’autres, elle fait partie de la direction de la revue Contacts, qu’un membre de l’ÉCOF, Jean Balzon, a fondé en 1949. Tandis que l’ÉCOF connaîtra une dérive qui l’éloignera successivement de toutes les Églises orthodoxes canoniques, la revue Contacts, en rassemblant des personnalités comme Olivier Clément, Élisabeth Behr-Sigel, le père Boris Bobrinskoy et Nicolas Lossky, deviendra l’un des principaux périodiques orthodoxes de langue française, marqué par une approche à la fois intellectuelle, moderniste et œcuméniste. Élisabeth Behr-Sigel y publiera jusqu’à la fin de sa vie de nombreux articles et chroniques, et y tiendra régulièrement la revue des livres avec son amie Germaine Revault d’Allonnes.

Ce groupe jettera aussi, dans les années 1960 les bases de la Fraternité orthodoxe en Europe occidentale avec l’ambition de promouvoir une orthodoxie locale dépassant les clivages juridictionnels et ethniques, s’ouvrant aux autres confessions chrétiennes et à la modernité ; il sera à l’origine de la création, en 1975, du S.O.P. (Service Orthodoxe de Presse), qui exprimera ses orientations et auquel Élisabeth Behr-Sigel apportera de nombreuses contributions.

Élisabeth Behr-Sigel est invitée à participer à des cours par correspondance organisés par le centre Enotikon, fondé par Jean Balzon et étroitement lié à la revue Contacts. Ses cours ont pour thème la spiritualité orthodoxe ; ils seront rassemblés dans le volume Le lieu du cœur, Initiation à la spiritualité de l’Église orthodoxe, qui sera publié aux éditions du Cerf en 1989.  Elle donne aussi des conférences en Grèce à l’invitation de la fraternité Zoè, et au Liban à l’invitation du Mouvements de jeunesse orthodoxe de ce pays, dont le père Lev Gillet est un proche collaborateur.

À la suite de la maladie qui oblige son mari à cesser son activité professionnelle, Élisabeth Behr-Sigel trouve du travail dans l’enseignement ; après avoir enseigné dans plusieurs villes éloignées de son domicile, elle obtient en 1960 un poste à Nancy même, où elle forme à la philosophie et à la pédagogie les élève de l’École normale d’instituteurs. En 1969, son mari décède. L’année suivante, elle obtient sa mutation au Centre de recherche pédagogique de Beaumont-sur-Oise, au nord de Paris, et vient habiter à Épinay-sur-Seine. À la retraite quelques années plus tard, elle devient marguillière de la paroisse francophone de la Très-Sainte-Trinité, dans la crypte de la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky, rue Daru. Elle participe aux diverses activités de la Fraternité orthodoxe, enseigne à l’Institut supérieur d’études œcuméniques (ISEO) nouvellement créé dans le cadre de l’Institut catholique.

À la suite de la première consultation de femmes orthodoxes organisée par le Conseil œcuménique des Églises au monastère roumain d’Agapia en 1976, elle engage une réflexion sur le thème de la place de la femme au sein de l’Église, qui donnera lieu à de nombreuses conférences (Ottawa, Tantur…) et à deux livres : Le Ministère de la femme dans l’Église (Cerf, 1987) et L’Ordination des femmes dans l’Église orthodoxe (avec Mgr Kallistos Ware, Cerf, 1998). Elle reçoit dans cette orientation les encouragements du métropolite Émilianos Timiadis, du métropolite Antoine Bloom et de l’évêque Kallistos Ware. Elle devient alors, avec l’américaine Deborah Bellonick, l’une des principales voix des femmes au sein de l’orthodoxie occidentale et dans le mouvement œcuménique, argumentant en faveur du rétablissement du diaconat féminin et de l’ordination des femmes.

Parallèlement elle s’engage dans l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT), dont elle est longtemps vice-présidente orthodoxe, et déploie une activité intense dans le cadre du mouvement œcuménique. En 1993 sous le titre Lev Gillet : un moine de l’Église d’Orient, elle consacre un gros volume à la vie et aux écrits et enseignements de son ami, le père Lev Gillet.

Élisabeth Behr-Sigel est décédée le 27 novembre 2005, âgée de 98 ans.

PublicationsModifier

  • Prière et sainteté dans l’Église russe, Cerf, 1950 ; 2e éd. Bellefontaine, 1982.
  • Un théologien de l'Église orthodoxe Alexandre Boukharev en dialogue avec le monde moderne, Beauchesne, 1977.
  • « La Prière à Jésus ou le Mystère de la spiritualité monastique orthodoxe », dans O. Clément, B. Bobrinskoy, E. Behr-Sigel, M. Lot-Borodine, La douloureuse joie, Bellefontaine, 1981.
  • Le ministère de la femme dans l’Église, Cerf, 1987
  • Le Lieu du cœur : Initiation à la spiritualité de l’Église orthodoxe, Cerf, 1989 ; rééd. 2004.
  • Lev Gillet : « Un moine de l’Église d’Orient », Cerf, 1993 ; rééd. 2005.
  • L'ordination des femmes dans l'Église orthodoxe (avec Mgr Kallistos Ware), Cerf, 1998.
  • Discerner les signes des temps, Cerf, 2002.

Élisabeth Behr-Sigel est aussi l’auteur de près de deux cents articles et chroniques[1], dont certains sont repris dans ses livres.

Sources biographiquesModifier

ÉtudesModifier

  • Le numéro 220 de la revue Contacts (Vol. 59, No 220, 2007) est consacré à la vie et la pensée d'Élisabeth Behr-Sigel. Articles de Boris Bobrinskoy, Michel Evdokimov, Michael Plekon, Paul Ladouceur, Dom Emmanuel Lanne, Mère Éliane Poirot, Guy Aurenche, Anne-Marie Graffion, Amal Dibo, Michel Stavrou, Étienne Arnould et Olga Lossky.
  • Paul Ladouceur, « Amour en Christ : Le père Lev Gillet et Élisabeth Behr-Sigel », Logos (Ottawa), Vol. 51, No 1-2, 2010.
  • Christian Wolff, « Élisabeth Charlotte Behr-Sigel », in Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, vol. 48, p. 5059

Notes et référencesModifier

Voir aussiModifier