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't Mariacranske
Description de cette image, également commentée ci-après
Blason du Wijngaard't Mariacranske. Inscriptions : «Maria Crans, Tot Brussel, 1353 (date légendaire de la constitution de la chambre de rhétorique 't Mariacranske) – 1657 (date de la fondation de la compagnie d'amateurs de théâtre De Wijngaard) » et la devise «In liefde groijt Minnelijck accort »[1].
Type Théâtre
Lieu Ancien Régime : Bruxelles
Duché de Brabant Duché de Brabant
Drapeau du Saint-Empire Saint-Empire romain germanique
Époque contemporaine : Ganshoren
Drapeau de la Région de Bruxelles-Capitale Région de Bruxelles-Capitale
Drapeau de la Région flamande Région flamande (communauté)
Drapeau de la Belgique Belgique
Coordonnées 50° 52′ 25″ nord, 4° 17′ 56″ est
Inauguration (création par fusion)
Statut juridique Association sans but lucratif
(Époque contemporaine)
Site web www.wijngaardtheater.be

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't Mariacransken

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't Mariacransken

't Mariacranske(n)[2] est une chambre de rhétorique, constituée à Bruxelles en 1507. Le théâtre De Wijngaard à Ganshoren se considère comme l'héritier de cette chambre.

Sommaire

HistoriqueModifier

1507-1585 : fondation de la chambre de rhétorique - époque de la Réforme protestanteModifier

Jan Smeken, Jan van den Dale, Jan PertchevalModifier

Le , les chambres de rhétorique De Lelie (Le Lys) et De Violette (La Pensée) fusionnent pour former une nouvelle société littéraire : ‘t Mariacransken (La Guirlande de Marie). Jan Smeken, le poète urbain de Bruxelles, devient son premier facteur[3].

Comme De Lelie (Le Lys), la chambre entretient des liens étroits avec la confrérie de Notre-Dame des Sept Douleurs. Elle prône la réconciliation et la collaboration sous la devise Minnelijk akkoord[1]. Comme deux autres chambres de rhétorique, Den Boeck (Le Livre) et De Corenbloem (Le Bleuet), elle influence profondément la vie socioculturelle de la ville. Ainsi, les chambres participent à des cortèges et à des processions, y compris l'Ommegang annuelle, mais elles participent surtout à des concours littéraires avec des pièces de théâtre ou des poésies de leur propre cru. Ces manifestations donnent souvent lieu à de grandes festivités.

En 1511, aussi l'année où a lieu un spectacle de bonhommes de neige et de sculptures sur glace, évoqué par Jan Smeken dans un poème de circonstance, la chambre est placée sous la haute protection de Maximilien d'Autriche et de son petit-fils, le futur empereur Charles Quint en raison de sa dévotion aux Sept Douleurs. La chapelle de cette chambre à l'église Saint-Géry, auparavant occupée par la chambre De Lelie, est élevée au rang de « chambre princière », pouvant désormais s'orner des armoiries et des insignes des princes. Les rhétoriciens du Mariacranske deviennent alors des serviteurs des princes et ont le même statut que les officiers nommés par les membres de la maison de Habsbourg.

Lorsque meurt Jan Smeken, le , Jan van den Dale lui succède en tant que facteur de la chambre et poète urbain. Quant à l'importance des activités développées, après la mort de Van den Dale en 1522 et celle de Jan Pertcheval l'année suivante, 't Mariacranske sera dépassée par les autres sociétés littéraires bruxelloises, Den Boeck et De Corenbloem.

L'influence de la Réforme protestanteModifier

 
Tableau vivant sur le canal de Willebroek, monté par 't Mariacranske, à l'occasion de l'entrée solennelle de Guillaume d'Orange à Bruxelles en 1577 ; gravure sur bois de la description sommaire de ce spectacle par Jean Baptiste Houwaert, publiée en 1579.

En 1521, la chambre participe au landjuweel[4] de Diest, où elle remporte la victoire. Elle est l'organisatrice du landjuweel de 1532 et participe également au landjuweel de Malines en 1535. Aussi l’Ommegang de 1549 mérite d'être mentionnée en raison de la présence de Charles Quint et de Guillaume d'Orange.

À cette époque, l'engagement religieux des chambres sera de plus en plus marqué par des traits réformateurs. Pour ce qui est des activités du Mariacranske, la preuve en est qu'en automne 1599, elles deviennent l'objet d'une enquête judiciaire. Le , le jour de saint Michel[5], le Mariacransken joue devant le magistrat de Bruxelles un « tafelspel »[6] intitulé Spel van twee sotten[7], dans lequel, selon plusieurs prêtres, on tourne en ridicule la sainte hostie. L'enquête mène à Franchoys van Ballaer, facteur de la Corenbloem et, en tant que poète urbain, également facteur du Mariacranske. Il renvoie les enquêteurs aux acteurs : un cordonnier et un tapissier. Le cordonnier déclare avoir troqué avec un inconnu, dans une auberge à Bruxelles, quelques refrains contre le texte de la pièce. Il affirme encore avoir transmis ce texte au facteur Van Ballaer avant de le faire copier par un enfant de chœur de l'église Sainte-Gudule. Il y ajoute qu'un autre rhétoricien bruxellois, le vieux Pauwels Thielmans, a joué la même pièce plusieurs années auparavant et que celui-ci la connaît encore par cœur. Lorsque les enquêteurs interrogent Thielmans, alors âgé de 62 ans, celui-ci confirme avoir joué la pièce quarante ans auparavant. À la consternation des enquêteurs, il est encore capable de réciter le rôle entier du fou imaginaire[8] du début jusqu’à la fin[9]. Thielmans prétend que le défunt prêtre de la paroisse de Sainte-Gudule a assisté plusieurs fois à la représentation de la pièce et qu'il pouvait en rire, ce qui est apparemment déterminant pour les enquêteurs, qui procèdent au classement sans suite de l'affaire, comme ils l'ont d'ailleurs fait dans le cas des plaintes semblables portées contre De Corenbloem et Den Boeck[10].

La censure en vigueur depuis 1540 est donc renforcée sous Philippe II d'Espagne. Il devient alors de plus en plus difficile pour les rhétoriciens d'écrire sur des thèmes religieux et politiques. L'innocence du sujet abordé par le landjuweel d'Anvers en 1561 en témoigne : la question soumise aux chambres participantes est celle de savoir ce qui éveille l'homme le plus aux arts[11] ; un thème qui ne peut en rien mécontenter la gouvernante Marguerite de Parme. Pourtant, grâce aux subsides magnanimes de l'administration bruxelloise, 't Mariacranske peut se distinguer à ce concours, recevant même l'éloge de Richard Clough, l'ambassadeur de l'Angleterre[12].

Toujours en 1561, la chambre participe aux festivités organisées à l'occasion de l'ouverture du canal de Willebroek, au concours organisé par De Corenbloem à Bruxelles en 1562 et au concours de refrains[13] annoncé en 1574 par les marguillers de l'église Saint-Jacques d'Anvers.

En 1577, les trois chambres de rhétorique accueillent le prince d'Orange à Bruxelles. Sur le canal de Willebroek, les trois chambres ont monté des tableaux vivants flottants ; celui du Mariacranske représente la victoire de David sur Goliath. Lorsque le prince est introduit à l'hôtel de ville de Bruxelles, les membres du Mariacranske jouent pour lui sous la direction de l'écrivain renaissanciste Jean Baptiste Houwaert, un noble bruxellois qui a préparé les festivités pour l'entrée solennelle. Le jeu se termine par la remise officielle d'une bible au prince.

1585-1648 : Contre-Réforme et derniers moments de gloireModifier

Bruxelles n'a été qu'éphémèrement calviniste ; après sa reconquête par les troupes espagnoles de Farnèse, les chambres de rhétorique observent une certaine réserve en privilégiant les poésies et le théâtre non engagés, tandis que de nouvelles sociétés voient le jour, comme De Wijngaard (La Vigne) en 1657.

Après la restauration du pouvoir espagnol en 1585 et lors de la Contre-Réforme, ce sera surtout pendant la trêve de Douze Ans que l'on organise des concours d'une certaine envergure. Ainsi, en 1620, la chambre participe au concours de blasons de Malines. Chaque chambre y présente un rébus peint qui, après déchiffrement, forme un poème de quatre vers.

En 1648, l'année de la paix de Munster, 't Mariacransken organise un concours littéraire où on pose aux participants la question rhétorique par excellence de savoir « […] ce qui est mieux : la paix ou la guerre[14] ». De toutes les réponses, ce n'est que celle du poète Willem van der Borcht qui est conservée, notamment en annexe à sa tragédie Rosimunde. La même année de paix paraît la tragédie Den lydenden ende stervenden Christus de Jan Jacob de Condé, membre du Mariacransken, et juriste de formation. Sa pièce sur la passion du Christ commence par la représentation du despotisme au sein du Sanhédrin, le conseil juif. Devenue populaire, cette pièce est réimprimée à plusieurs reprises. Elle est encore jouée à Tongres en 1750 par une chambre de rhétorique locale. Le , une adaptation française est représentée pour la première fois en présence de l'archiduchesse Marie-Élisabeth, gouvernante des Pays-Bas autrichiens. La représentation a lieu au grand théâtre de Bruxelles, connu de nos jours comme La Monnaie.

1648-1821 : mort lenteModifier

Pendant la seconde moitié du XVIIe siècle et au cours du XVIIIe siècle, la chambre ne semble plus développer des activités importantes Les rhétoriciens n'apparaissent dans les documents d'archives que lorsqu'ils demandent à l'administration bruxelloise d'être exempts, moyennant une modeste indemnité, du service civil que tout Bruxellois est censé rendre. Cet ancien privilège des chambres de rhétorique est accordé à tout au plus soixante membres.

Il semble que, vers la fin du XVIIIe siècle, la chambre soit moribonde : les dernières annotations dans le Liber authenticus, le registre des membres de la confrérie qui a jusque-là toujours été liée à la chambre, datent de 1785. Sous Napoléon, toute activité des chambres de rhétorique néerlandophones est proscrite.

1821- : reprise des activitésModifier

De Wijngaard, ancienne compagnie d'amateurs, se considérant comme l'héritière et la continuatrice du Mariacranske, renoue à la tradition en 1821. Cette compagnie de théâtre existait déjà en 1657. À cette époque, Claude de Grieck, l'un de ses premiers membres, faisait fureur avec des comédies et tragédies néerlandaises dans le sillage du théâtre espagnol. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, De Wijngaard connaît une deuxième floraison sous la direction de Jan Frans Cammaert, un dramaturge aussi fécond que populaire. Tout comme les chambres de rhétorique, De Wijngaard souffre de l'oppression pendant l'occupation française. Ayant retrouvé la liberté après la chute de Napoléon et la création du royaume des Pays-Bas, cette compagnie fonde une section littéraire le . L'un des membres écrit à cette occasion une louange sur De Wijngaard, en faisant allusion au Mariacranske : la voix de Fama, personnification de la renommée, aurait rendu possible que partout on chante les louanges du Wijngaard. Dans une annotation, C. Wittigh essaie de prouver que la société trouve effectivement ses origines dans 't Mariacranske. De Wijngaard serait créé en 1657 par des membres du Mariacranske voulant se dissocier de la confrérie à laquelle la chambre était liée. Il semble que cette allégation ne s'appuie pas sur des bases bien solides, mais la société littéraire existe toujours.

RessourcesModifier

Notes et référencesModifier

  1. a et b « Entente cordiale » ; variantes : Minnelijck accoort (1561) ; Minliick accoort (1562) ; Minnelyck accort (1620), selon Anne-Laure Van Bruaene, Het Repertorium van rederijkerskamers in de Zuidelijke Nederlanden en Luik 1400-1650 (Le Répertoire numérique des chambres de rhétorique des Pays-Bas méridionaux et de la principauté de Liège (1400-1650), [En ligne], [s. d.], réf. du . [www.dbnl.org].
  2. Variantes de l'appellation : Marie cransken van den Zeven Ween (1511) ; de Retorisiennen van der Lelyen, vereenicht metter Violetten geheeten Marie cransken (1511-1620) ; Het Marie Cransken (1561) ; Marien Cransken (1562) ; Maria Cransken (1561-1562) ; Het Mari-cransken (1620); Maria Crans (1620) ; Mari-crans (1620) ; Marie Cranscamere (1647), selon Anne-Laure Van Bruaene, Het Repertorium van rederijkerskamers in de Zuidelijke Nederlanden en Luik 1400-1650 (Le Répertoire numérique des chambres de rhétorique des Pays-Bas méridionaux et de la principauté de Liège (1400-1650), [En ligne], [s. d.], réf. du . [www.dbnl.org].
  3. En néerlandais, factor est le poète en titre ou directeur artistique d'une chambre de rhétorique.
  4. Un concours littéraire et dramatique.
  5. « Sinte Machiels dach » ; cité de Remco Sleiderink, Rederijkerskamer 't Mariacranske: 500 jaar aan het woord, Roulers, Roularta Books, 2007, p. 27.
  6. Une pièce jouée lors d'un dîner.
  7. Jeu des deux sots ; notamment un fou de naissance et une personne prétendant l'être.
  8. « gemaicten sot » ; cité de Remco Sleiderink, Rederijkerskamer 't Mariacranske: 500 jaar aan het woord, Roulers, Roularta Books, 2007, p. 27.
  9. « van voere tot achtere » ; cité de Remco Sleiderink, Rederijkerskamer 't Mariacranske: 500 jaar aan het woord, Roulers, Roularta Books, 2007, p. 27.
  10. Le détail sur les jeux scandaleux (« schandaleuse spelen ») de 1559 dans : Anne-Laure van Bruaene, Om beters wille : rederijkerskamers en de stedelijke cultuur in de Zuidelijke Nederlanden 1400-1650, Amsterdam, Amsterdam University Press, 2008, p. 115-119.
  11. « dwelck den mensche aldermeest tot consten verwect » ; cité de Remco Sleiderink, Rederijkerskamer 't Mariacranske: 500 jaar aan het woord, Roulers, Roularta Books, 2007, p. 27.
  12. « thys was the strangest matter that ever I sawe, or I thynke that ever I shall see » (« Ce fut la chose la plus étrange que j'ai jamais vue ou que je verrai encore dans l'avenir ») ; cité de Remco Sleiderink, Rederijkerskamer 't Mariacranske: 500 jaar aan het woord, Roulers, Roularta Books, 2007, p. 28.
  13. Forme poétique pratiquée par les rhétoriciens, qui s'apparente à la ballade française.
  14. « wat oft beter is : peys of oorloge » ; cité de Remco Sleiderink, Rederijkerskamer 't Mariacranske: 500 jaar aan het woord, Roulers, Roularta Books, 2007, p. 30.

Articles connexesModifier

Quelques membresModifier

Sur la littérature néerlandaiseModifier

Sur les chambres de rhétoriqueModifier

Quelques chambres de rhétoriqueModifier