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Jan Prosper Witkiewicz

diplomate et explorateur lithuanien
(Redirigé depuis Yan Vitkevich)
Jan Prosper Witkiewicz
Witkewich.jpg
Biographie
Naissance
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Pašiaušė (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Activités

Jan Prospérer Witkiewicz (également appelé Yan Vitkevich, russe : Виткѐвич, Ян Вѝкторович) ( - ) était un orientaliste lituanien, explorateur et diplomate au service de la Russie[1]. Il fut l'agent de la Russie à Kaboul, juste avant la première guerre anglo-afghane. Witkiewicz est l'oncle du célèbre peintre polonais, architecte, écrivain et théoricien de l'art Stanisław Witkiewicz, qui est lui-même le père de Stanisław Ignacy Witkiewicz.

Sommaire

BiographieModifier

Jan Prospérer Witkiewicz est issu d'une famille noble et est né à Pašiaušė, un village de Samogitie, dans l'actuelle Lituanie Son père, Wiktoryn Witkiewicz, est l'un des vice-maréchaux du comté de Raseiniai. Sa mère est née Justyna Mikulicka.

En 1823, en raison de sa participation à une organisation de lutte anti-gouvernementale, les « Frères noirs », il est exilé à Orenbourg[2] comme soldat. Il sait déjà parler le polonais, le russe, le français, l'allemand et l'anglais. En exil, il apprend le persan, le pachto, et plusieurs langues turques. En 1829, il devient interprète pour Alexander von Humboldt. Sur la proposition de ce dernier, il est promu sergent. En 1832, il est nommé enseigne (grade d'officier subalterne) et affecté à la commission  des frontières d'Orenbourg. Il est envoyé loin dans la steppe kazakhe, où il pratique la diplomatie, les relevés cartographiques et ethnographiques et l'espionnage. Il a plusieurs démêlés avec des bandits. Vassili Perovski, le commandant d'Orenbourg, estime qu'il en sait plus sur la région que tout autre officier, ancien ou actuel.

En , il quitte Orenburg au sein d'une caravane qui atteint Boukhara en . Là, il recueille des informations et mène des entretiens commerciaux et diplomatiques avec des représentants officiels de l'émir. À Boukhara, il rencontre Hussein Ali, envoyé par Dost Mohammed Khan de Kaboul pour se rendre auprès du tsar. Il escorte Hussein Ali à Orenbourg puis à Saint-Pétersbourg, où ils arrivent en . Il sert d'interprète pour les discussions russo-afghanes qui s'ensuivent jusqu'en .

En 1837, sur ordre de Charles Robert de Nesselrode, ministre des Affaires étrangères du tsar Nicolas Ier, il est envoyé en mission diplomatique à Kaboul pour poursuivre ces négociations. Il passe par Tiflis, puis Téhéran, où il rencontre le représentant de la Russie, le comte Ivan Simonich. Continuant vers l'est avec une escorte de Cosaques, il rencontre par hasard le lieutenant Henry Rawlinson. S'exprimant en turkmène, il prétend être porteur de présents du tsar pour le chah de Perse, qui à cette époque est en train d'assiéger Hérat. Rawlinson se rend la nuit même dans le camp du chah, qui lui explique que cette histoire est inventée, et qu'il a personnellement autorisé Witkiewicz à traverser ses terres pour se rendre à Kaboul. Un peu plus tard, Witkiewicz parvient à son tour au camp. S'exprimant dans un français parfait, il s'excuse auprès de Rawlinson de son attitude, en la justifiant par une nécessaire prudence dans des pays dangereux. Rawlinson signale cette rencontre à John McNeill à Téhéran le et la nouvelle est rapidement transmise à Calcutta et à Londres. Étant donné que les Britanniques savent déjà que Simonich, et, éventuellement, le tsar, a encouragé l'attaque perse sur Hérat, leur détermination à agir envers l'Afghanistan s'en trouve augmentée.

Witkiewicz arrive à Kaboul à la veille de Noël 1837 et il réveillonne avec le représentant britannique sir Alexander Burnes. Dost Mohammed est plutôt enclin à favoriser les Britanniques, déjà sur place, mais, après avoir reçu l'ultimatum de lord Auckland, il prête une oreille bienveillante à Witkiewicz. Pendant ce temps, à Londres, lord Palmerston adresse à l'ambassadeur de Russie une plainte sur les activités de son pays en Afghanistan. Voyant que les Britanniques se montrent d'humeur agressive, les Russes rappellent Simonich et Witkiewicz, prétendant qu'ils ont été au-delà de leurs instructions. Mais la crainte britannique de voir les Russes placer l'Afghanistan sous leur influence est une des causes de la première guerre anglo-afghane.

Wikiewicz arrive à Saint-Pétersbourg le . Ce qui se passe alors entre lui et Nesselrode n'est pas établi. Une semaine après, on retrouve son corps dans sa chambre d'hôtel, une balle dans la tête et un pistolet à ses côtés. Un tas de cendres témoigne que des documents ont été brûlés. Cette mort est considérée comme un suicide, mais dont la raison reste inconnue. Officieusement, cette mort est considérée comme un assassinat, dont les auteurs restent inconnus[réf. nécessaire].

Article détaillé : Grand Jeu (géostratégie).

Références culturellesModifier

En littératureModifier

Jan Witkiewicz et sa vie ont inspiré plusieurs écrivains russes :

  • Julian Semenov basa son premier roman livre « Agent Diplomatique » (Diplomaticheskiy agent, 1958) sur la biographie de Witkiewicz.
  • Mikhaïl Gus fait de Witkiewicz le personnage principal de son livre "Duel' w Kabulie" (Duel à Kaboul).
  • Witkiewicz est le principal personnage de la nouvelle historique de Valentin Piku "Opasnaja doroga w Kaboul'" (Le dangereux chemin de Kaboul).

Au cinémaModifier

Witkiewicz est le modèle du héros principal du film "Sluzhba otiechestvu" (Service à la Patrie, 1981) par le réalisateur ouzbek Latif Fayziyev, où les aventures de l'officier russe Aleksiey Nalymov sont inspirés de son destin.

SourcesModifier

Lien externeModifier

RéférencesModifier

  1. The Cambridge History of Russia: Volume 2, Imperial Russia, 1689-1917, Cambridge University Press, (ISBN 0521815290, lire en ligne), p. 175
  2. H N Ingle, Nesselrode and the Russian Rapprochement, University of California Press, (ISBN 0520027957, lire en ligne), p. 79