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Urbain-René de Hercé

prélat catholique

Urbain-René de Hercé
Image illustrative de l’article Urbain-René de Hercé
Biographie
Naissance
Mayenne (France)
Décès
à Vannes
Évêque de l’Église catholique
Consécration épiscopale
Dernier titre ou fonction Évêque de Dol
Évêque de Dol

Blason
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

Urbain-René de Hercé, né le 2 février 1726 à Mayenne, exécuté à Vannes le 28 juillet 1795, est un ecclésiastique français, évêque de Dol, réfractaire au serment constitutionnel. Il est exécuté après le débarquement des émigrés à Quiberon auquel il a pris part.

BiographieModifier

Issu d'une famille d'ancienne noblesse du Maine, il est le cinquième enfant de Jean de Hercé et de Françoise[1] Tanquerel[2], fille du procureur général à la barre ducale. Treize autres enfants naquirent de cette même union, après Urbain-René, dont Jean-François-Simon de Hercé[3].

Urbain-René de Hercé continue au collège Sainte-Barbe les études commencées à Mayenne, puis suit les cours de la Sorbonne pendant neuf ans.

Ministère de prêtreModifier

À 25 ans (en 1751), il rentre à Mayenne, prêtre, licencié en droit et docteur en théologie. Depuis 1743, il était pourvu de la chapelle des Madré à Mayenne, du prieuré de l'Habit à Chailland et de celui de Saint-Saturnin en Anjou.

Le 8 août 1754, Mgr Pierre Mauclerc de la Muzanchère[4], évêque de Nantes l'appelle comme grand vicaire et se décharge sur lui de la plus grande charge de son administration. Il lui obtient le 26 mai 1761 l'abbaye Notre-Dame de Noyers, en Touraine.

ÉvêqueModifier

Alors qu'il est âgé de 41 ans, le 15 juin 1767, l'abbé de Hercé est préconisé évêque de Dol. L'évêché de Dol-de-Bretagne (traditionnellement appelé Bro-Zol en breton), aujourd'hui fusionné, avec celui de Saint-Malo, dans celui de Rennes, était l'un des neuf évêchés de Bretagne. Urbain-René de Hercé est consacré le 5 juillet 1767 dans l'église de Saint-Sulpice par le coadjuteur de Reims, Alexandre Angélique de Talleyrand-Périgord[5] Il choisit comme grand-vicaire son frère François de Hercé, qui était curé de Martigné depuis le 10 janvier 1760, et fait son entrée à Dol le 6 septembre 1767, après être passé par Mayenne où il reçut le dernier soupir de son père le 23 août.

Vie politique et fin de l'évêché de DolModifier

Membre de l'Assemblée provinciale de Tours en 1780, il fit partie du 29 mai au 11 octobre de l'assemblée générale du clergé. Aux États de Bretagne, auxquels il assistait régulièrement, il montra une compétence remarquable dans les questions d'administration et d'économie politique, et délégué par ceux de son ordre en 1783 pour aller traiter devant le roi les questions qui intéressaient la Bretagne, il le fit avec une indépendance de caractère certaine. Pour la qualité de sa présidence des États de 1784, le roi le récompensa par le don de l'abbaye Notre-Dame des Vaux, au diocèse de Toul. En 1787, l'assemblée de Rennes le députa encore à la cour. Parlement de Bretagne C'est alors que sa fermeté apostolique lui vaudra une « glorieuse disgrâce » (Abbé Angot). Chargé le 3 janvier 1788 de prendre la parole devant le roi et les ministres au nom de la délégation, il protesta énergiquement contre l'édit royal en faveur des protestants et des juifs. Le soir à dix heures, il recevait l'ordre de rentrer dans son diocèse. Sans repentir de sa courageuse démarche, il n'alla devant le ministre-archevêque de Toulouse, Étienne-Charles de Loménie de Brienne, que pour affirmer plus hardiment ses convictions : « J'ai étudié neuf ans en Sorbonne, lui dit-il, et jamais on ne m'a enseigné qu'un évêque, ministre de son roi, pouvait être le protecteur des hérétiques ». Ses codéputés et l'assemblée du clergé réclamèrent contre l'arrêt qui exilait le prélat et le firent rappeler (6 juillet 1788). Il en profita pour prendre la parole avec le zèle d'un patriote breton contre les édits qui violaient les immunités du parlement de Rennes, et contre l'emprisonnement de quatorze députés de la noblesse.

L'évêque de Dol ne fut pas élu en 1789 pour représenter le clergé à l'Assemblée nationale. Dès le début de la Révolution, il en pressentit les dangers:

  • Le 21 mars 1790, devant les corps constitués dans sa cathédrale pour prêter serment à la Constitution, il proclama hautement, aux applaudissements chaleureux des fidèles, qu'on ne devait pas interpréter sa présence dans le sens d'une approbation des décrets de l'Assemblée nationale en ce qui concernait la religion.
  • À ses prêtres, réunis du 18 au 25 avril 1790 pour la retraite ecclésiastique, il donna les avis que lui inspirait la prévision d'une persécution prochaine.
  • Au mois de juin 1790, son évêché était supprimé[6] (il fut le dernier évêque de Dol) et il se retirait au château des Ormes, puis au séminaire.

S'il détermina son grand-vicaire, Michel Thoumin des Vauxponts[7] à accepter le siège de Laval où l'appelaient les électeurs, ce fut dans l'attente du résultat des démarches tentées à Rome par le cardinal François-Joachim de Pierre de Bernis au sujet des nouveaux évêchés.

La Constitution civile du clergé érige Laval en évêché. Le clergé refuse de concourir à l'élection de l'évêque qui est effectuée dans l'église de la Trinité de Laval, le 10 septembre 1790. Un grand nombre de laïques imitent cet exemple; certaines prennent part néanmoins aux opérations électorales[8] L'élu est Michel Thoumin des Vauxponts, qui refusa, avec l'approbation de Pie XI sur ce choix. Urbain-René de Hercé, évêque de Dol, espérant que le Saint-Siège pourrait régulariser et approuver l'érection du siège de Laval avait supplié son grand vicaire de donner son acquiescement. Presque en même temps que les députés des electeurs rentraient à Laval avec un refus écrit, un envoyé de Mgr de Hercé y arriva avec une lettre de ce dernier annonçant l'acceptation. Avant de se prononcer définitivement, Michel Thoumin des Vauxponts prit l'avis du Saint-Siège. La réponse de Pie VI ne lui parvint que le 25 février 1791 ;elle approuvait entièrement sa première détermination. Au reste, en voyant presser l'exécution de la loi sur le serment, Michel Thoumin des Vauxponts y était revenu de lui-même et avait prévenu la lettre pontificale par la démission qu'il avait adressée le 22 au directoire du département[9]. Le 20 mars 1791, 159 voix élisent Noël-Gabriel-Luce Villar, évêque de la Mayenne.

Cinq prêtres seulement du district de Dol se séparèrent de leur évêque en prêtant le serment constitutionnel.

Urbain-René de Hercé, cité le 8 février 1791 devant le Directoire comme « réfractaire aux décrets de l'Assemblée et perturbateur de l'ordre public », se retira avec son frère François et Michel Thoumin des Vauxponts le 1er avril 1791 à Mayenne, puis en mars 1792 à la Bas-Maignée[10], et se rendit avec son frère à Laval sur l'arrêt du Directoire du 23 mars 1791.

Interné aux Cordeliers comme tous les prêtres, sans aucun égard pour son caractère et pour l'état de sa santé, il s'embarqua plus tard à Saint-Malo pour l'Angleterre vers le 15 octobre 1792.

Aventure fatale du débarquement bretonModifier

Le 25 janvier 1794, Urbain-René de Hercé recevait de Rome ordre d'agir contre le faux évêque d'Agra et, à la demande du marquis de Dresnay, les pouvoirs de vicaire apostolique et de grand aumônier de l'armée préparée pour un débarquement en Bretagne qui n'eut pas lieu, mais dont le projet fut repris plus tard.

Sur l'invitation du comte de Puisaye, il écrivit une lettre pastorale aux fidèles de Bretagne, datée du 1er janvier 1795, et qui fut répandue à 2000 exemplaires.

Embarqué à Southampton le 16 juin 1795, il débarquait le 28 sur la plage de Carnac et bénissait les drapeaux le 3 juillet.

« Ne gênons point le rembarquemment, allons où le devoir nous appelle », dit-il à ceux qui voulaient, malgré ses infirmités, le monter sur l'un des bateaux.

Fait prisonnier et conduit à pied à Auray, il paraît le 27 juillet 1795 devant la commission militaire et est exécuté à Vannes le lendemain (10 thermidor an III), à 10h, au bas de la promenade de la Garenne, entre son frère et Charles Eugène Gabriel de Sombreuil. Celui-ci, pour éviter à l'évêque le contact de la main de l'un des soldats républicains, lui enleva son chapeau avec les dents, pour qu'il prononçât sur ses quinze compagnons les prières d'une dernière absolution. Tous les cadavres furent jetés dans une fosse commune au cimetière de Saint-Paterne.

Exhumés le 7 novembre 1814, les ossements ont été déposés dans la cathédrale de Vannes.

BibliographieModifier

Mgr de Hercé avait publié :

  • Statuts et ordonnances du diocèse de Dol, avec mandement (Dol, 1771, in-12, 94 p).
  • Lectionarium Dolense (Dol, 1769, 1770, 2 vol. in-ç).
  • Jubilé universel de l'année sainte, avec mandement (Dol, 1776, in-12, 50 p).
  • Sa vie a été écrite d'abord en espagnol, en 1797, par Julien Delacroix, directeur du collège de Dol, et à la fin du XIXe siècle sous le titre :
  • Urbain de Hercé, dernier évêque et comte de Dol, par Ch. Robert, de l'Oratoire de Rennes (Paris, 1900).

Notes et référencesModifier

  1. ou Renée.
  2. Mariés le 24 janvier 1719. Le marié avait 19 ans et la mariée, 15 ans.
  3. L'abbé Fleury, repris par l'Abbé Angot, relate cette anecdote : Le duc d'Aiguillon passant un jour près du manoir du Plessis de Colombiers où résidait la famille, et arrêté par un accident de voiture, alla demander l'hospitalité à Jean de Hercé. Surpris du nombre des convives, il fit un aimable reproche à son hôte d'avoir violé son incognito et réuni un si grand nombre d'invités. - « Mais ce sont mes enfants », répond le père. Le duc, ravi de se trouver dans cette patriarcale famille, aurait, ajoute le narrateur, proposé des places dans l'armée aux garçons, des admissions au couvent pour les filles. Cette seconde partie de l'anecdote est moins véridique et pleine d'anachronismes. À l'époque où le fait se passa, les deux fils devaient servir dans la marine ; les deux filles qui furent religieuses à Ernée, avaient pris le voile depuis longtemps.
  4. Autre orthographe : Pierre II Mauclerc de La Mousanchère
  5. Alexandre Angélique de Talleyrand-Périgord (1736 - † 1821) fut ensuite archevêque de Reims de 1777 à 1816, cardinal (1817), puis archevêque de Paris (1817).
  6. Le Chapitre de Dol ne manqua pas de fermeté devant la Révolution ; comme toutes les autres corporations ecclésiastiques, il fut supprimé par le décret de l'Assemblée constituante du 12 juillet 1790. Le 19 novembre suivant, le directoire du district de Dol se rendit à la cathédrale pour donner au Chapitre lecture de ce décret, faire l'inventaire des objets destinés au culte et poser les scellés. Les chanoines, ayant à leur tête le trésorier, M. du Fou, présidant en l'absence des autres dignitaires (nota : C'étaient MM. Le Normant, grand-chantre, Thoumin de Vauxponts, archidiacre, et François de Hercé, scholastique, retirés à Mayenne auprès de Mgr Urbain-René de Hercé, évêque de Dol, interné dans cette ville), présentèrent aux membres du directoire la protestation suivante : « Messieurs, d'après les ordres que vous nous intimez, il ne s'agit de rien moins pour nous que de cesser à jamais dans notre cathédrale les fonctions sacrées de la prière publique et l'exercice du culte divin ; de ne plus y acquitter les fondations dont la piété des fidèles nous avait chargées ; d'abdiquer la juridiction spirituelle qui nous était dévolue pendant la vacance du siège épiscopal. Mais considérant que ce n'est qu'à l'Église enseignante qu'appartient le droit de prononcer sur la nécessité de l'érection ou de la suppression des évêchés et de tout autre bénéfice ecclésiastique ; que dans tous les temps elle a exercé cette faculté ; que les Chapitres de cathédrales sont inhérents aux sièges épiscopaux, qu'ils sont le conseil et le sénat de l'évêque ; que, pendant la vacance du siège, la juridiction spirituelle sur le diocèse leur est déléguée par l'Église ; que leur suppression, si elle est nécessaire, doit être décrétée par l'autorité ecclésiastique qui les a formés pour le service de la religion ; Considérant d'ailleurs qu'en vertu de leur institution canonique, l'Église leur a imposé l'obligation étroite de célébrer chaque jour l'office canonial avec publicité, avec la pompe qui convient à la dignité de la religion, avec cette majesté qui dirige les Églises inférieures dans leurs cérémonies ; qu'ayant accepté sous l'autorité de l'Église un grand nombre de fondations, il n'y a que l'Église qui puisse les décharger de ce double service ; par des motifs aussi puissants et autres que nous pourrions y joindre, nous vous déclarons, Messieurs, que si nous allons sur-le-champ cesser nos fonctions, ce n'est que pour céder à la force supérieure de la loi que vous nous signifiez ; nous attendons de l'autorité civile qu'elle permette à l'Église de s'assembler pour décider irrévocablement de notre état et de celui des autres cathédrales du royaume, afin que, comme l'Église est dans l'État quant à l'ordre civil, on ne perde pas aussi de vue que l'État est dans l'Église quant au spirituel ; que si l'Église doit à la puissance du siècle, un royaume chrétien doit également à la puissance spirituelle de l'Église ». Cette protestation fut signée par les chanoines Du Fou, Déric, Pitel, Des Touches, Portier, Du Bourne et Du Feu ; MM. Soulgé et Gallery déclarèrent « ne désapprouver ni adhérer à la présente délibération ». La nuit étant survenue, — car le directoire ne s'était présenté à la cathédrale qu'à trois heures de relevée, — les administrateurs renvoyèrent au lendemain 20 novembre la suite de leurs opérations. Lorsque tout fut terminé, les portes de l'antique église de Saint-Samson furent fermées et tout office y fut interdit. Ainsi finit le Chapitre de Dol, après une existence de plus de mille ans (M. Robidou, Histoire et Panorama d'un beau Pays, 332 – M. Gautier-Bidan, Cathédrale de Dol, p. 131).
  7. Michel Thoumin des Vauxponts, chanoine, archidiacre et vicaire général dès 1773, chapelain de Saint-Blaise et Sainte-Catherine en la collégiale de Saint-Merry, à Paris, possédait encore la dignité de l'archidiaconat lorsque la Révolution le chassa de Dol. Il émigra en 1792 en Angleterre ; décédé à Dorchester, près d'Oxford, le 2 mars 1796 (ref. M. Tresvaux, l'Église de Bretagne, p. 301).
  8. Au mois de juin 1790, à la nomination des autorités civiles on avait réuni 397 votants; il n'y en avait que 272 à l'élection de l'évêque.
  9. (Isidore Boullier, Mémoires ecclésiastiques.)
  10. Sur Montenay.

SourceModifier

Articles connexesModifier