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Tombe de Philippe II de Macédoine
Grobowiec Filipa II Macedonskiego.jpg
Géographie
Pays
Partie de
Site archéologique d'Aigéai (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Coordonnées
Fonctionnement
Statut

La nécropole royale de Vergina, site grec correspondant à celui de l’antique Aigai, première capitale du royaume de Macédoine, a révélé lors de fouilles effectuées en 1977 sous la direction de Manólis Andrónikos les témoignages les plus précieux de la peinture pré-hellénistique. Parmi les onze tombes dégagées, celle dite du roi Philippe II, le père d’Alexandre le Grand, était restée inviolée : son architecture, le décor peint et le riche mobilier funéraire attestent la formation précoce d’un art de cour proprement hellénistique. En 2014, les travaux les plus récents des équipes de scientifiques grecs et du docteur Théodoros Antikas, professeur d'anatomie et de physiologie dans les universités des États-Unis, chargés d'étudier les découvertes de la tombe royale II d'Aigéai, ont révélé avec une quasi certitude que les ossements trouvés dans cette tombe sont ceux du roi Philippe II de Macédoine.

L'identificationModifier

 
Larnax de la tombe.

L’identification du défunt comme étant Philippe II repose sur le style des objets archéologiques mis au jour dans la tombe, tous compris dans une fourchette chronologique allant de 360 à 310 av. J.-C. À cela s’ajoute la corrélation de certains indices avec ce que les sources antiques ont pu nous apporter. Ainsi on a trouvé deux cnémides (jambières de bronze) de taille différente, ce qui implique que leur possesseur, le défunt, était boiteux. Or nous savons que Philippe II boitait à la suite d’une blessure de guerre. De même, l’examen des restes du défunt a permis de dégager les conclusions suivantes : ces restes appartiennent à un individu de sexe masculin âgé de 41 à 49 ans, ayant reçu une blessure sur le quatrième métatarse de la main gauche, qui souffrait de sinusite, d'une pleurésie sans doute consécutive à une tuberculose ainsi que d'ostéophytes ; le squelette fait aussi apparaître une dégénérescence des vertèbres de la colonne vertébrale et un épaississement du tibia que le docteur Antikas attribue à la longue pratique de l'équitation de Philippe II[1]. On a pu également déceler un grave traumatisme osseux au niveau du crâne (côté droit). Ici encore, les sources antiques nous apprennent que le roi fut grièvement blessé, lors d’une campagne militaire, par une flèche et qu’il perdit l’œil droit. Sans entrer dans le détail, on peut également souligner que tout indique une inhumation précipitée, car le tombeau n’était pas achevé et les fresques qui auraient dû être peintes à l’intérieur ne l’ont jamais été.

Dans le même sens, le corps d’une jeune femme reposant dans l’antichambre a révélé les caractéristiques suivantes : elle était âgée d'environ 30 à 34 ans, et sa jambe gauche présente une fracture du tibia ; il pourrait s'agir du corps de Cléopâtre, la dernière épouse du roi, dont on sait qu’elle fut assassinée sur l’ordre d’Olympias, précédente épouse de Philippe, aussitôt après la mort de celui-ci, ou bien, selon le docteur Antikas (25 août 2015), d'une princesse scythe au nom inconnu, fille du roi de Scythie Ateas, et sixième épouse du roi Philippe II[1],[2]. Enfin, on a retrouvé dans la tombe une série de petites têtes d’ivoire qui, comparées aux portraits monétaires ou sculptés déjà connus par ailleurs, ont été identifiées comme représentant Philippe II et son fils Alexandre.

Il y a donc de nombreux indices convergents qui invitent à considérer la tombe comme celle du roi Philippe II, assassiné en 336 av. J.-C. Néanmoins, on ne possède encore aucune preuve irréfutable, et certains chercheurs préfèrent y voir la sépulture du demi-frère d’Alexandre le Grand, Philippe Arrhidée, mort en 317 av. J.-C. Cette identification est à nouveau contestée en juillet 2015 par José-Luis Arsuaga qui voit dans le squelette de la « Tombe I » « des éléments qui s’accordent mieux à ce que l’on sait de Philippe II »[3].

L'architectureModifier

 
Maquette de la tombe dite de Philippe II.

Enfouie sous un tumulus, la tombe identifiée comme étant celle de Philippe II reprend le plan traditionnel des tombes aristocratiques macédoniennes. Contre la chambre et l’antichambre voûtées est plaquée une façade stuquée et peinte. Il n’y a aucun lien structurel entre la façade et l’intérieur de la tombe. Les ordres classiques sont adaptés librement dans une optique décorative et fastueuse. Aux extrémités deux pilastres in antis encadrent deux colonnes semi-engagées d’ordre dorique. Celles-ci soutiennent une architrave flanquée d’une frise composée d’une alternance de métopes lisses et de triglyphes. Alors que l’ordre dorique canonique fait attendre un fronton sculpté, celui-ci est remplacé par une haute frise peinte.

Le décor peintModifier

 
Façade de la tombe. Peinture de la chasse avant restauration. Avec la représentation de Philippe II, en cavalier barbu parmi ceux qui attaquent le lion, à droite, et Alexandre, au centre, à cheval et couronné[4].

Sur une longueur de 5,56 m et une hauteur de 1,16 m la frise déploie une scène complexe figurant les activités royales dans les grandes réserves de chasse royale de la Haute Macédoine. Et surtout ce qui a surpris tous les spécialistes c'est que cette scène est clairement située dans un paysage, avec une ligne de montagnes à l'horizon et un bouquet d'arbres au premier plan. Le paysage semblait, avant la découverte, n'être apparu qu'ultérieurement dans un contexte romain. C'est une scène complexe avec plusieurs groupements et plusieurs actions. À gauche, tandis qu’un chasseur met à mort un cerf, aidé par un chien, un cavalier vu de dos poursuit un autre cerf, qui s’enfuit. À leur droite, deux chasseurs à pied pressent un sanglier en le menaçant de leur épieu. La scène de droite est plus dense et dramatique : deux cavaliers surgissent de part et d’autre et s’apprêtent à porter le coup fatal à un lion cerné par deux valets. Il est tentant de reconnaître dans le cavalier barbu le roi Philippe II, le jeune cavalier placé exactement au centre de la composition dans l’axe de la façade étant alors Alexandre. Cette scène met en valeur la bravoure de la dynastie, selon une image de la souveraineté d’influence orientale. L’exécution est celle d’un maître de la peinture[5].

Mise en valeur du site de VerginaModifier

Le site des tombes est facilement accessible et on peut descendre jusqu’aux portes des tombes depuis le musée qui présente les nombreuses pièces trouvées dans les tombes. On y trouve en particulier des diadèmes et des coffrets en or, ainsi que de la vaisselle en argent en parfait état de conservation. L’ensemble se trouve sous le tumulus qui a été reconstitué grâce à un toit végétalisé.

Notes et référencesModifier

  1. a et b (el) Article et vidéo du 10 octobre 2014, sur le site du journal grec tovima.gr
  2. New Finds from the Cremains in Tomb II at Aegae Point to Philip II and a Scythian Princess, T. G. Antikas* and L. K. Wynn-Antikas, International Journal of Osteoarchaeology document daté du 25-08-2015, publication : International Journal of Osteoarchaeology ; Volume 26, Issue 4, pages 682–692, July/August 2016.
  3. A-t-on retrouvé les restes de Philippe II de Macédoine, le père d'Alexandre le Grand ? « Copie archivée » (version du 8 septembre 2016 sur l'Internet Archive), sciencesetavenir.fr, 21 juillet 2015. Voir aussi un article similaire dans « Pour la Science » du 23/07/2015.
  4. Sophie Descamps-Lequime (dir.), 2007, p. 53-54
  5. « La tombe de Philippe II à Vergina-Aigai : une nouvelle lecture de la peinture de la Chasse », sur Musée du Louvre, (consulté le 3 avril 2017). Bonne image de la restitution de la peinture. Questions posées par la scène.

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

BibliographieModifier

  • La tombe de Philippe II et la nécropole royale de Vergina, ROUVERET Agnès ; Les Dossiers d’archéologie, Faton. (ISSN 1141-7137) 2000-2001, no 259, p. 134-139.
  • Sophie Descamps-Lequime (dir.) et Musée du Louvre (Paris). Département des antiquités grecques, étrusques et romaines (éditeur scientifique) (actes du colloque de mars 2004), Peinture et couleur dans le monde grec antique, 5 Continents et Musée du Louvre (isbn erroné), , 240 p. (ISBN 978-2-901785-68 (édité erroné), 88-7439-375-X et 978-88-7439-375-6)