Tiwanaku

civilisation et site archéologique de Bolivie

Tiwanaku : centre spirituel et politique de la culture tiwanaku *
Image illustrative de l’article Tiwanaku
Coordonnées 16° 33′ 17″ sud, 68° 40′ 24″ ouest
Pays Drapeau de la Bolivie Bolivie
Subdivision Province d'Ingavi, département de La Paz
Type Culturel
Critères (iii) (iv)
Numéro
d’identification
567
Zone géographique Amérique latine et Caraïbes **
Année d’inscription 2000 (24e session)
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification UNESCO

La civilisation de Tiwanaku (en aymara, ou Tiahuanaco, nom de la ville moderne en espagnol), est une civilisation pré-inca qui a dominé la moitié sud des Andes centrales entre les Ve et XIe siècles.

GéographieModifier

 
Carte de l'extension des peuples Tiwanaku et Huari

La civilisation de Tiwanaku a pris naissance sur la rive sud du lac Titicaca, à plus de 3 800 mètres d'altitude, aux environs du site archéologique de la Cité du Soleil de Tiahuanaco. Son extension maximale est mal connue, mais les recherches archéologiques témoignent d'une expansion sur de vastes territoires en direction du sud et du sud-est du lac Titicaca. Ces régions correspondent à l'actuel nord du Chili et à l'ouest de la Bolivie.

Durant un demi-siècle, la civilisation de Tiwanaku est contemporaine de la civilisation Wari située plus au nord : durant ce laps de temps, elles s'influencèrent mutuellement, les archéologues trouvant des artefacts artistiquement semblables, et s'affrontèrent sporadiquement, peut-être pour les mines situées aux limites d'influence des deux cultures. Les Waris paraissent avoir été affaiblis par cette rivalité, et déclinèrent au IXe siècle[1].

DatationModifier

Selon des théories protochronistes controversées émises par Arthur Posnansky (en) ou Rolf Müller[2] et relayées par des journalistes comme Robert Charroux ou Serge Hutin, la construction de Tiwanaku remonterait à plus de 10 000 ans av. J.-C. Ces thèses, qui ont été réfutées notamment par le professeur Charles E. Orser, Jr. (éditeur du Journal international d'archéologie historique (en)), se fondent notamment sur différentes constructions interprétées comme des quais, mais qui se trouvent à une distance du lac qui ferait remonter leur construction à 15 000 ans av. J.-C., à l’époque où le lac aurait pu longer ces constructions.

De 1910 à 1945, Arthur Posnansky soutenait que le site avait entre 11 000 et 17 000 ans d'âge[3],[4]. Au début des années 1970, Carlos Ponce Sanginés avança que le site avait été occupé pour la première fois vers 1580 avant J.-C.[5] mais à partir des années 1980, les chercheurs s'accordèrent pour dire que cette date n'était pas fiable et que le site ne datait que de 200 ou 300 ans av. J.-C.[6],[7],[8]. Tout récemment, une étude statistique des datations fiables obtenues par radio-carbone place la fondation du site aux alentours de 110 de notre ère (50-170, probabilité de 68 %), date corroborée par l'absence de styles céramiques dans les périodes antérieures[9],[10].

CultureModifier

La civilisation de Tiwanaku présente une grande maîtrise de la taille de la pierre et une architecture préfigurant celle des Incas. La civilisation de Tiwanaku a fortement influencé celle de Huari.

La Cité du SoleilModifier

Le temple de Kalasasaya et ses environsModifier

 
Statue incrustée sur l'un des murs du temple semi-souterrain devant le temple de Kalasasaya.
 
Statue anthropomorphe.
 
Le temple semi-souterrain à l'avant-plan et, au fond, le temple de Kalasasaya.

Un des principaux sites archéologiques actuels de la civilisation de Tiwanaku est la Cité du Soleil, lieu de célébration du dieu créateur Kon Tici Viracocha ; elle comporte de nombreux édifices à vocation cérémonielle dont le principal est le temple de Kalasasaya, une vaste enceinte close.

Les deux plus célèbres monuments environnants sont la pyramide à sept degrés d'Akapana et la fameuse porte du Soleil.

La pyramide peut apparaître comme une mini-réplique du temple de Kalasasaya, chacune de ses terrasses étant ornée de statues monolithiques sur ses bords. Une autre thèse interprète le monticule comme une figuration des montagnes de la Cordillère des Andes. Le sommet de la pyramide est occupé par des cases — dont l'usage reste inconnu — disposées autour d'une cour intérieure.

En contrebas d’Akapana un contraste saisissant apparaît avec le temple semi-souterrain (semisubterraneo). Celui-ci impressionne par son ingénieux système de canalisations traversant la pyramide pour faire jaillir de l'eau en haut de l'Akapana, qui se déversait ensuite d'un étage à l'autre, le spectacle devait se situer entre celui que dégage une rizière et celui d'une fontaine… Cette magnifique cascade artificielle symbolise certainement les sources du Nevado Illimani.

Enfin des monolithes, comme ceux de Benett et de Ponce, sont orientés vers l'intérieur du site.

La porte du Soleil est un portail d'une largeur de 4 mètres et d'une hauteur de 3 mètres construit dans un seul bloc d'andésite d'environ 10 tonnes[11]. Il faisait partie d'une construction plus importante située au sommet de la pyramide d'Akapana ou à Kalasasaya (es), sites où l'on retrouve des constructions constituées du même type de pierre. Au moment de sa découverte par des explorateurs européens au milieu du XIXe siècle, le mégalithe gisait au sol, à l'horizontale, traversé d'une grande fissure. Aujourd'hui, il se dresse toujours à l'endroit où on l'a trouvé mais on pense qu'il ne s'agit pas du site primitif[12].

 
La porte du soleil en 1904.

La pyramide d'AkapanaModifier

 
Vue partielle de la pyramide d'Akapana

Le paysage est dominé par Akapana, pyramide en gradins à sept niveaux au plan général évoquant la croix des Andes. Ce dernier emblème, à structure échelonnée, lui aussi serait omniprésent dans l'art des hautes terres, imitant selon certains la croix du Sud et reproduisant pour d'autres les quatre parties de l'univers... Quoi qu'il en soit, ses architectes font preuve d'un sens certain du spectaculaire : murs de pied faits de blocs de grès ponctués tous les trois mètres de piliers à base rectangulaire de trois mètres de haut.

Cet aspect si massif frappe Pedro Cieza de León, premier Européen à découvrir Tiwanaku et qui ne peut, avoue-t-il, « ni comprendre, ni deviner quels outils ou instruments avaient permis de les façonner »... Érigée au centre d'une large douve, Akapana s'intègre par sa forme aux montagnes voisines environnantes. Un réseau très perfectionné de canalisations accentuerait la similitude avec le ruissellement de l'eau sur ses flancs à partir de la citerne placée au sommet: eaux de pluie dégringolant sur les versants des Andes ?

RéférencesModifier

  1. Simon Collier (dir.), (en) The Cambridge Encyclopedia of Latin America and the Caribbean, Cambridge University Press 1992, (ISBN 978-0-521-41322-0) - [1] .
  2. Simone Waisbard, Tiahuanaco: Dix mille ans d'énigmes incas, Robert Laffont, coll. « Les énigmes de l'univers », , 376 p. (lire en ligne), …le docteur Rolf Muller a calculé en 1930 que Kalasasaya (le temple) remonterait à une antiquité allant de 7000 à 14000 ans. Opinion réfutée par les archéologues.
  3. Arthur Posnansky, Tihuanacu e islas del Sol y de la Luna (Titicaca y Koati)., La Paz,
  4. Arthur Posnansky (Translated by James F. Sheaver), Tihuanacu, the Cradle of American Man, vol. I–II, New York, JJ Augustin,
  5. Carlos Ponce Sanginés, Tiwanaku: Espacio, Tiempo y Cultura, La Paz, Academia Nacional de Ciencias de Bolivia,
  6. David Browman, « Tiwanaku expansion and economic patterns », Estudios Arqueológicos, vol. 5,‎ , p. 107–120
  7. John Janusek, Tiwanaku and Its Hinterland: Archaeological and Paleoecological Investigations of an Andean Civilization, Vol. 2: Urban and Rural Archaeology, Washington, D.C., Smithsonian, , 30–89 p., « Vessels, Time, and Society: Toward a Ceramic Chronology in the Tiwanaku Heartland »
  8. Charles Stanish, Ancient Titicaca, Los Angeles, University of California Press, .
  9. Erik Marsh, « A Bayesian Re-Assessment of the Earliest Radiocarbon Dates from Tiwanaku, Bolivia », Radiocarbon, vol. 54, no 2,‎ , p. 203–218 (DOI 10.2458/azu_js_rc.v54i2.15826).
  10. Erik Marsh, « The Founding of Tiwanaku: Evidence from Kk'araña », Ñawpa Pacha, vol. 32,‎ , p. 169–188 (DOI 10.1179/naw.2012.32.2.69).
  11. Fernando Cajías de la Vega, [ La enseñanza de la historia : Bolivia, Convenio Andrés Bello, 1999, p.44.
  12. (en) Alan Kolata, The Tiwanaku: Portrait of an Andean Civilization, Wiley-Blackwell, 1993, xvii + 317 p.

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

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Jeux vidéoModifier

Dans le jeu vidéo Tomb Raider Legend, sortit en 2006, La cité de Tiwanaku est citée au début du jeu.