Territoires Wari (nord) et Tiahuanaco (sud)
Poterie huari

La civilisation Huari (ou Wari) s’est développée durant la période pré-incaïque de l’horizon moyen. Elle apparaît au VIe siècle de notre ère dans la région d’Ayacucho située dans les Andes du sud du Pérou actuel. Sa capitale du même nom est localisée près de la cité moderne d'Ayacucho, au Pérou. L’expansion de cette culture se fit d’abord en direction de la côte, vers le très important centre religieux de Pachacamac, qui semble avoir gardé une forte autonomie. Plus tard, les Wari s’étendirent vers le nord sur les terres de l’ancienne culture Moche, où se développera par la suite la civilisation Chimú. À son apogée, la civilisation Wari s’étend sur toute la côte et les hauts plateaux du centre du Pérou.

Les restes les mieux préservés de la culture Wari subsistent près de la ville de Quinua. Tout aussi réputées sont les ruines Wari de Pikillaqta (la « ville des puces »[1]), à une courte distance au sud-est de Cuzco en direction du lac Titicaca, qui datent d’avant la domination des Incas.

Les Waris furent, durant au moins un demi-siècle et peut-être plus, contemporains de la civilisation de Tiwanaku qui s’est développée sur le haut plateau bolivien, sur les rives du lac Titicaca. Les archéologues relèvent de nombreux points communs entre les deux cultures notamment dans le domaine artistique. Il est aussi possible que les deux civilisations se soient affrontées pour les mines situées aux limites de leurs aires d’influence. Les Waris paraissent avoir été affaiblis par cette rivalité, et déclinèrent au IXe siècle.

Les Waris furent de grands bâtisseurs : ils implantèrent des cités dans plusieurs provinces, développèrent un système de culture en terrasses pour augmenter la productivité de l’agriculture dans les régions montagneuses et réalisèrent de nombreuses routes que les Incas intègreront plus tard à leur système de communication. On considère souvent que les Incas, qui émergèrent trois siècles après la disparition des Waris, figurent parmi les héritiers de cette civilisation et de celle de Tiwanaku.

HistoireModifier

Manteño-GuancavilcaTiwanakuNazca (civilisation)IncaCivilisation de ParacasHuariLima (culture)KotoshChancay (culture)Chavín (culture)Civilisation de CaralCulture RecuayVirúSalinarCupisniqueChimúMoche (culture)Lambayeque (culture)Vicús (culture)Chachapoyas (peuple)Chibcha

Référence :[2]

La culture Tiahuanaco-Wari (700 à 1200)Modifier

A Ayacucho existait la culture Warpa qui développa d’importantes contacts économiques avec la civilisation Nazca. Ainsi se produisit un notable développement de la production artisanale dans cette cité.

La présence de la culture Tiwanaku ou Tiahuanaco à Ayacucho est attestée par la représentation d’une divinité gravée sur la « Porte du Soleil ». Cette image, tout comme les anges l’accompagnant, est dessinée sur de grandes urnes d’Ayacucho, que l’on connait sous le nom de style conchopata, car ce style est issu de cette localité. Conchopata n’était pas une grande cité mais s’étendait sur une aire considérable, sans agglutiner la population.

Dans ce contexte se déploya la culture Wari depuis la culture Warpa, entre 560 et 600. On observe le développement d’une céramique cérémonielle connue sous le nom de Robles Moqo s’étendant sur une aire plus grande, comprenant les régions d’Ayacucho, Ica, Nazca, la vallée du Santa et par delà la montagne jusqu’au Callejón de Huaylas. Cette première expansion consacre la première phase de l’emprise de la culture Tiwanaku-Wari. Dans cette civilisation était produite une céramique polychrome très élaborée, des tissus polychromes, de petites sculptures en turquoise, des bijoux et diverses œuvres d’art et d’artisanat.

Conchopata se situe à 25 km au nord-est d’Ayacucho. Cette cité fut la capitale d’une civilisation complexe dont l’aire d’influence s’étendait de Cajamarca et Lambayeque (au nord) à Moquegua et Cuzco (au sud). Conchopata couvrait pratiquement 120 hectares pour la partie la plus dense, où vécurent quelques milliers de familles. La cité était bâtie en pierre, avec de hauts remparts de pierre et d'adobe, tout comme les terrasses et plateformes.

Dans la cité de Wari, on peut observer des édifices monumentaux, tels les temples, les mausolées et les résidences de la classe dominante. Les plus étudiés se situent dans les secteurs d'Uspakoto et de Kapilyaïok. Dans le secteur de Cheqowasi, se trouvent des pièces de pierre soigneusement ajustées : il s’agit de chambres funéraires souterraines, probablement utilisées pour des dignitaires.

Au rez-de-chausée des édifices, l’adduction d’eau était assurée par un réseau de canaux. En effet, l’eau était un élément stratégique : d’importants ouvrages de canalisation et de drainage ont été réalisés. Des terrasses agricoles permirent d’augmenter considérablement la surface cultivable. Construites sur les flancs des collines, elles se trouvent principalement près des complexes urbains majeurs et secondaires, afin de satisfaire les besoins des populations.

Influence de TiwanakuModifier

La culture Tiwanaku se développa sur les hauts plateaux entre 550 et 900 : son influence sur les Wari est notable dans le domaine religieux et les rites funéraires. Sur certaines céramiques, apparaît la représentation de divinités aux traits anthropomorphes et zoomorphes, similaires à ceux de Viracocha (« dieu des bâtons ») de la culture Tiwanaku. Cette divinité se retrouve dans les cultures ultérieures. Elle est représentée sur la Porte du Soleil située dans le complexe de Kalasasaya (en Bolivie).

Expansion WariModifier

Parmi les trois grandes époques des Wari, la seconde (du VIIe au Xe siècle) est celle de l’apogée. Elle est définie par le style de céramique appelé Wari, qui comporte des variantes régionales: Viñaque, Atarco, Pachacamac, Qosqopo, et d'autres. Il s’agit de l’époque de l’expansion maximale de cette civilisation, qui atteint Lambayeque et Cajamarca (au nord), et Moquegua et Cuzco (au Sud) tandis que Tiwanaku s’étendait de Cuzco au Chili et à l’est de la Bolivie.

Les Wari introduisent une nouvelle conception de la vie urbaine, en créant le modèle d’un grand centre urbain ceint de remparts. Les cités Wari les plus connues (parce que les plus fouillées) sont Pikillaqta (près de Cuzco) et Wiracochapampa (près de Huamachuco, dans la région de La Libertad). Ces cités se sont développées daux limites de l’emprise Wari.

La cité de Wari basa principalement son économie sur les échanges avec les autres cités partageant la même culture. Mais durant la troisième époque, ces échanges diminuèrentn entraînant le déclin politique et économique des Waris, et finalement l’abandon de la cité et la perte du contrôle sur son ancienne aire d’influence.

Après le XIe siècle, les peuples de ce que l’historiographie européenne grand public a appelé « l’empire Wari » poursuivent leur développement chacun de son côté. Ayacucho décline en abandonnant le modèle de vie urbaine pour revenir à une structure de population rurale villageoise, similaire aux phases primitives des Warpa[3].

La cité de WariModifier

La cité de Wari était la capitale homonyme. Aux côtés de Tiwanaku, cette cité fut le centre du premier « empire » des Andes, avant l’avènement des Incas. Compte tenu du mode décentralisé de fonctionnement de cette aire d’influence, le terme d’« emprise » conviendrait mieux que celui d’« empire », qui suppose une administration très centralisée comme celle des Incas, et une uniformisation du territoire[4].

Le centre urbain de Wari avait une étendue de près de 2000 hectares. À l’apogée de cette civilisation, on suppose que certains édifices ont pu compter six niveaux. La plupart des constructions étaient recouvertes de plâtre blanc, avec des motifs décoratifs polychromes. La cité a pu dépasser 50 000 habitants à son apogée, avant de decroître substantiellement vers l’année 1000. Les raisons et le processus de ce déclin ne sont actuellement pas connues : climatiques (sécheresse) ? politiques ? la question reste ouverte.

La majeure partie des constructions Wari reste à fouiller[5].

Les différents secteurs de la cité WariModifier

Les chercheurs ont divisé la zone centrale de la cité (qui s’étend sur 18 kilomètres carrés) en douze secteurs.

MonqachayocModifier

On trouve des galeries souterraines aux toits formés par de grands blocs de pierre d’une seule pièce. Les murs sont recouverts de pierres plates de forme allongée. De plus, on trouve des tubes en pierre qui ont certainement été utilisés pour transporter de l’eau à la cité.

CapillapataModifier

Ce secteur est formé par de grands murs doubles mesurant entre huit et douze mètres de haut. Sur ses 400 mètres de long, le mur s’affine à mesure qu’il prend de la hauteur. En effet, la base a une épaisseur de trois mètres tandis qu’au sommet il ne mesure plus qu’entre 0,80 et 1,20 mètre.

TurquesayocModifier

Ce secteur tient son nom de la présence de restes de turquoises issues de perles de collier ou de petites sculptures. La concentration de ce matériau est telle que l’on pense que les ateliers dédiés à son façonnage se situaient dans ce secteur.

La maison de BlasModifier

Sur l’ensemble de cette aire, on trouve de nombreux restes d’outils lithiques, tels que des pointes de projectiles, des poinçons et des silex taillés. Les matières premières utilisées était l’obsidienne, le silex et l'os du bassin de cuy.

CanterónModifier

On suppose qu’une carrière se trouvait dans ce secteur.

Ushpa QotoModifier

Il s’agit d’un ensemble d’édifices divers situés près d’une place. Trois grandes murailles ont été construites en parallèle. Les structures sont semi-circulaires et on trouve des souterrains.

Robles MoqoModifier

Dans ce secteur, on trouve des pots de céramique et des ouvrages lithiques fragmentés. Un style de céramique, caractéristique de Huari est appelé Robles Moqo, car il fut déterminé par les fragments découverts dans ce secteur par un guide local nommé Robles.

CampanayoqModifier

Il s’agit d’enceintes circulaires et trapézoïdales, complètement détruites. On peut néanmoins en apprécier les fondations.

TrankaqasaModifier

Seize pétroglyphes sont gravés dans la pierre. Des sillons ont été creusés sur des surfaces planes puis ont été légèrement polis. Il s’agit de lignes concentriques, volutes, serpents, cercles et autres figures géométriques.

UshpaModifier

Des modelages de représentations humaines ont été trouvés dans cette aire. Ainsi, on suppose qu’elle était utilisée comme aire spécifique de services, d’ateliers et de magasins.

GálvezchayoqModifier

Cette cavité de onze mètres de diamètre et dix mètres de profondeur a été creusée intentionnellement. À l’intérieur, un tunnel soigneusement creusé est orienté vers le nord et un second vers le sud.

ChurucanaModifier

Des murs similaires à ceux de Capillapata forment des enceintes trapézoïdales et rectangulaires.

Informations complémentairesModifier

En , quelques tombes et momies Wari ont été trouvées à la Huaca Pucllana à Lima, démontrant ainsi que les Waris avaient aussi essaimé de ce côté.

En juin 2013, une équipe d'archéologues, dirigée par Milosz Giersz de l'université de Varsovie en Pologne, annonce la découverte d'une tombe royale intacte située à El Castillo de Huarmey (en) contenant les restes de 63 personnes dont 3 « reines » Wari. Autour d'elles les archéologues ont retrouvé plus de 1 000 artefacts dont des bijoux sophistiqués en or et argent, des haches de bronze et des outils en or[6].

VisitesModifier

L’ensemble de ces constructions se situent à 25 km au nord d’Ayacucho et à huit heures de trajet de Lima.

Articles connexesModifier

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RéférencesModifier

  1. Toponyme quechua, donnant en espagnol : ciudad de las pulgas.
  2. Simon Collier (dir.), (en) The Cambridge Encyclopedia of Latin America and the Caribbean, Cambridge University Press 1992, (ISBN 978-0-521-41322-0) - [1].
  3. Simon Collier (dir.), Op. cit..
  4. Les termes « emprise » et « empire » proviennent tous deux du latin imperium.
  5. Simon Collier (dir.), Op. cit..
  6. (fr)Heather Pringle, « First Unlooted Royal Tomb of Its Kind Unearthed in Peru », National Geographic, (consulté le 5 septembre 2013)