Roza Chanina
Roza Chanina
Roza Chanina en 1944, tenant un fusil Mosin-Nagant modèle 1891/30 avec lunette centrale 3.5x.

Naissance
Edma, gouvernement de Vologda, RSFS de Russie
Décès (à 20 ans)
Prusse-Orientale
Mort au combat
Allégeance Drapeau de l'URSS Union soviétique
Arme Mosin-Nagant
Grade Sergent-major
Années de service 1943-1945
Conflits Seconde Guerre mondiale
Faits d'armes Bataille de Vilnius
Distinctions Ordre de la Gloire, 2e et 3e classe,
Médaille du Courage
Roza Chanina avec son badge de sniper de l'Armée rouge (entre 1944-1945).

Roza Iegorovna Chanina (en russe : Роза Егоровна Шанина), née le et tuée au combat le , est un tireur d'élite soviétique de la Seconde Guerre mondiale.

On lui attribue 59 ennemis tués, dont 12 tireurs d’élite, pendant la bataille de Vilnius[1].

Reconnue pour sa précision au tir, elle était capable de toucher des ennemis en mouvement et de faire des « doublets » (deux cibles touchées par deux coups tirés en succession rapide)[1]. Elle s'est portée volontaire pour servir comme tireur d'élite en première ligne[1].

BiographieModifier

Enfance et formationModifier

Roza Chanina est née à Edma, petit village russe du gouvernement de Vologda (aujourd'hui dans l'oblast d'Arkhangelsk), fille d'Anna Alexeïevna Chanina, une trayeuse de vaches dans un kolkhoze et de Gueorgui Mikhaïlovitch Chanine, un bûcheron infirme du fait d'une blessure reçue pendant la Première Guerre mondiale. Roza aurait été nommée d'après la révolutionnaire marxiste Rosa Luxemburg. Elle fait son école élémentaire à Iedma, puis poursuit ses études dans le village voisin de Bereznik, distant de 13 kilomètres, distance qu'elle est obligée de parcourir à pied, faute de ramassage scolaire. Elle y retournait même le samedi pour s'occuper de sa tante malade Agnia Borissova.

À l'âge de 14 ans, contre la volonté de ses parents, elle aurait marché 200 kilomètres à travers la taïga jusqu'à la gare pour poursuivre ses études à Arkhangelsk, où elle suit les cours du collège de formation des professeurs et travaille dans un jardin d'enfants (la marche de 200 kilomètres a été confirmée plus tard par son professeur, Alexandre Makarine).

Elle participe ensuite volontairement au Vsevoboutch — l'entraînement militaire pour les hommes de 16 à 50 ans — et entre plus tard en juin 1943[1] à l'Académie centrale de formation des femmes tireurs d'élite de Podolsk dans l'oblast de Moscou après deux années d’altercations avec la direction du centre de recrutement, où elle venait régulièrement demander à être engagée[1]. Elle obtient son diplôme avec la mention « excellent » et se retrouve au front à l’âge de 19 ans[1].

Pendant la guerreModifier

 
Médaille de l'Ordre de la Gloire (3e classe).

Le , Roza Chanina s'enrôle dans l'Armée rouge et le , elle rejoint la 184e division de fusiliers où un peloton féminin de tireurs d'élite avait été formé. Elle combat pendant neuf mois[1] et participe à la grande offensive soviétique sur Vilnius, déclenchée le . Elle reçoit l'ordre de la Gloire le et de nouveau le .

Un jour, en recevant l'ordre du commandant du bataillon de retourner sans délai à l'arrière, Chanina aurait répondu : « J'y retournerai après la bataille ». L'expression devint plus tard le titre d’un ouvrage de Nikolaï Jouravliov[Note 1].

 
Médaille du Courage (version soviétique).

Le , Roza reçoit une balle dans l'épaule, ce qui lui vaut la médaille du Courage, décernée le .

Le , elle est gravement blessée durant une bataille près du hameau de Richau, en Prusse-Orientale, alors qu'elle protégeait le commandant blessé de son unité d’artillerie[1]. Elle est retrouvée par deux soldats qui la découvrent éventrée, la poitrine déchirée par un obus à fragmentation[2]. Malgré les tentatives pour la sauver, elle meurt le lendemain le [2], trois mois avant la victoire de l'Armée rouge sur les nazis. L'infirmière Yekaterina Radkina se souvint que Chanina lui avait dit qu'elle regrettait d'avoir fait si peu[2].

Vie privéeModifier

Roza Chanina avait quatre frères et une sœur : Fiodor, Julia, Marat, Mikhaïl et Sergueï. Mikhaïl mourut au cours du siège de Léningrad en 1941, Fiodor fut tué la même année pendant la campagne de Crimée et Sergueï ne revint pas non plus de la guerre. Marat fut le seul frère survivant.

La vie personnelle de Chanina a été contrecarrée par la guerre. Le , elle écrit dans son journal : « Je ne peux pas accepter que Misha Panarin ne vive plus. Quel bon garçon ! [Il] a été tué... Il m'a aimé, je sais, et moi aussi... Mon cœur est lourd, j'ai vingt ans, mais je n'ai pas d'ami [masculin] proche »[3]. En novembre 1944, Chanina écrit qu'elle se « bat dans sa tête qu'elle [aime] » un homme nommé Nikolai, bien qu'il « ne brille pas par la scolarité et l'éducation »[3]. Dans la même page, elle écrit qu'elle ne pense pas au mariage parce que « ce n'est pas le moment maintenant »[3]. Elle écrit plus tard qu'elle « est sortie » avec Nikolai et lui a « écrit une note dans le sens de "mais je me donne à [celui-ci] et n'aimerai aucun autre" »[3]. En fin de compte, dans le dernier compte-rendu de son journal, rempli de tons sinistres, Chanina écrit qu'elle « ne peut pas trouver un réconfort » maintenant et qu'elle n'est « d'aucune utilité à personne »[4].

PersonnalitéModifier

Le correspondant de guerre Pyotr Molchanov, qui avait fréquemment rencontré Roza Chanina au front, l'a décrite comme une personne d'une volonté inhabituelle, dotée d'une nature authentique et brillante[5]. Chanina s'est décrite elle-même comme une « bavarde illimitée et téméraire » pendant ses années de collège[6]. Elle a défini son propre caractère comme celui du poète, peintre et écrivain romantique Mikhail Lermontov, décidant, comme lui, d'agir comme elle l'entendait[3].

Chanina s'habillait modestement et aimait jouer au volleyball[7]. Selon la sœur de Chanina, Lidiya Vdovina, Roza avait l'habitude de chanter sa chanson de guerre préférée « Oy tumany moi, rastumany » (« O mes brumes ») à chaque fois qu'elle nettoyait son arme[5]. Chanina avait un caractère simple[8], et estimait important le courage et l'absence d'égotisme chez les autres personnes[3]. Elle a une fois raconté une histoire quand « environ une cinquantaine de fascistes frénétiques avec des cris sauvages » ont attaqué une tranchée accueillant douze femmes snipers, y compris Chanina : « Certains sont tombés de nos balles bien tirées, d'autres nous les avons fini avec nos baïonnettes, nos grenades, nos pelles et d'autres nous les avons fait prisonniers, après avoir capturé leurs armes »[5].

Honneurs posthumesModifier

 
Un des journaux de combat de Roza Chanina.

Roza Chanina a obtenu l’ordre de la Gloire par deux fois, devenant ainsi la première femme à recevoir l’une des plus hautes décorations soviétiques de la Seconde Guerre mondiale, ce qui lui a valu la célébrité dans l’ensemble du pays et la publication d’articles et de photos à son sujet dans les médias. Pendant la guerre, elle est baptisée par les journalistes étrangers la « Terreur invisible de la Prusse orientale »[9], du nom de la région où elle combattait depuis l’automne 1944[1]. Mais, dans son journal de combat, elle affirme qu’elle ne mérite pas cette gloire, estimant qu’elle en avait trop peu fait à la guerre[1].

Son journal de combat et plusieurs de ses lettres ont été publiés après sa mort, à partir de 1965, renouvelant l'intérêt pour Chanina dans la presse soviétique. Des rues à Arkhangelsk et dans les localités de Changaly et Stroïevskoïe ont été nommées en son honneur. Son village de Edma (Yedma) possède un musée qui lui est consacré. L'école locale où elle a étudié en 1931-1935 a une plaque commémorative[10].

En 2013, elle figure sur un mur de la mémoire présentant les graffitis de six personnalités russes de la guerre (avec Pavel Usov, Prokopy Galushin, Alexander Shabalin, Pavel Kozhin et Peter Noritsyn), inauguré à Arkhangelsk[11].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Николай Андреевич Журавлев, После боя вернусь..., Moscou, DOSAAF, 1985, 190 p.

RéférencesModifier

  1. a b c d e f g h i et j « Lady Death et Terreur invisible : ces femmes tireurs d’élite - 3. Roza Chanina, Terreur invisible », Alexeï Timofeïtchev, rbth.com, 22 juin 2017.
  2. a b et c Мамонов et Порошина 2011, p. 59
  3. a b c d e et f (ru) « Снайпер Роза Шанина » [« Sniper Roza Shanina »] [archive du ], Armoury Online.
  4. Мамонов et Порошина 2011, p. 58
  5. a b et c (ru) Лидия Мельницкая, « Навеки – двадцатилетняя » [« Âgé de vingt ans pour toujours »], sur Pravda Severa,‎ .
  6. (ru) « Память Победы: она была подругой легендарного снайпера Розы Шаниной » [« La mémoire de la victoire : elle était l'amie de la légendaire sniper Roza Shanina »], sur Pravda.ru,‎ .
  7. (ru) А. Полоскова, « Воспоминания о семье Шаниных » [« Souvenirs de la famille Shanin »], Этот день мы приближали как могли...: устьяки на фронте и в тылу, Устьян. район. краевед. музей,‎ , p. 57.
  8. (ru) А. Козлова, « Никогда не забудем » [« Ne jamais oublier »], Этот день мы приближали как могли...: устьяки на фронте и в тылу, Устьян. район. краевед. музей,‎ , p. 56.
  9. (en) « Red Army Girl Unseen Terror of East Prussia », Ottawa Citizen, (consulté le 27 décembre 2010)
  10. (ru) « Вместо учебников – винтовка. Вместо учителей – война » [« Fusil au lieu de manuels, guerre au lieu d'enseignants »], Pomorie.ru (consulté le 30 janvier 2012).
  11. (ru) « "Стена памяти" украшает Чумбаровку » [« Un "mur de la mémoire" orne Chumbarovka »], sur pravdasevera.ru, Pravda Severa,‎ . lien archive

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • Martin Pegler, Out of Nowhere: A History of the Military Sniper, Osprey Publishing, (ISBN 978-1-84603-140-3)
  • (ru) А. Алёшина et К. Попышева, « Снайпер Роза », Устьян. район. краевед. музей,‎
  • (ru) В.П. Мамонов et Н.Н. Порошина, Она завещала нам песни и росы, Муниципальное учреждение культуры "Устьянский краеведческий музей",‎
  • (ru) Н. Порошина, « Ее юность рвалась снарядами », Устьян. район. краевед. музей,‎

Articles connexesModifier

Liens externesModifier