Robert Roussillat

officier de l'Armée de l'Air française

Robert Alexandre Guy Roussillat
Naissance
Keryado (Morbihan)
Décès (à 71 ans)
Origine Drapeau de la France France
Arme Roundel of France.svg Armée de l'Air
Grade colonel
Conflits Seconde Guerre mondiale
Guerre d'Algérie

Le colonel Robert Roussillat, né le à Keryado (Morbihan) et mort le , était un officier de l'Armée de l'Air française. Formé à l'École de l'air, il s'évade de France occupée en 1943, s'engage dans les Forces aériennes françaises libres (FAFL) et devient pilote de bombardier jusqu'à la capitulation allemande.

En 1957, il est nommé chef du Service Action du SDECE, au départ de son fondateur, le colonel Jacques Morlane. Il le reste pendant toute la durée de la Guerre d'Algérie.

BiographieModifier

Une formation d'aviateurModifier

Robert Alexandre Guy Roussillat naît le à Keryado (Morbihan)[1], une commune située dans la banlieue nord de Lorient. Fils d’un officier vétéran de la Grande Guerre, il grandit dans un milieu de notables patriotes très conservateurs[2]. Il effectue ses études secondaires au lycée Dupuy-de-Lôme de Brest, et obtient son baccalauréat en .

En 1938, il réussit le concours d'entrée à l'École de l'Air[3], dans la promotion « lieutenant-colonel Mailloux »[1]. L'École de l’air, qui a ouvert quatre ans plus tôt à Salon-de-Provence, près de Marseille, a pour objectif de former les futurs officiers et sous-officiers aviateurs de l'armée de l’air française. Une fois sur place, Roussillat découvre vite que, par manque de moyens, les cours se déroulent souvent dans de simples baraquements[2]. Il en ressort diplômé, avec le brevet d'observateur[1]. Doté d’un tempérament plutôt jovial, il se fait aussi de nombreux amis[2]. L'un d'entre eux sera étroitement associé à sa carrière militaire : Charles Christienne (1920-1989), également originaire de Lorient.

Combattant au Proche orientModifier

En , devant l’imminence d’un conflit armé, l’état-major de l'armée de l'air décide de déplacer l’école, car Salon-de-Provence est jugée trop proche de la frontière italienne. Les élèves sont d’abord envoyées sur la base aérienne de Bordeaux, puis transférés sur celle de Mérignac, avant d’arriver finalement à Clermont-Ferrand. Leur formation n'étant pas achevée, ils ne sont pas engagés au combat lors de la campagne de France, dont le dénouement les plonge dans un profond désarroi. Le , l’École de l’air est officiellement dissoute en application des conventions d'armistice. La promotion se retrouve alors éparpillée. Beaucoup d’élèves sont envoyés en Afrique du Nord, d’autres en Afrique noire et quelques-uns au Moyen-Orient[2].

Robert Roussillat se retrouve dans ce troisième cas. En , avec une partie de ses camarades, il est affecté au Levant[1], une région stratégique où l’armée de Vichy dispose d’environ 37 000 soldats, dont 8 000 métropolitains et 25 000 locaux, placés sous le commandement du général Henri Dentz[2]. Robert Roussillat est affecté à l'escadrille d'observation GAO 583. Son unité sera d’abord stationnée à Rayak[1] au Liban[2], avant d’aller rejoindre la base d’Alep[1]-Neirab (Syrie[3]) en [2].

Robert Roussillat participe en 1941 à la campagne de Syrie[1] lorsque celle-ci est attaquée par les forces britanniques. Embarqué à bord d'un Potez 630, il décolle quotidiennement de l’aéroport de Hama (où le GAO 583 est désormais stationné) pour repérer et mitrailler les convois ennemis. Ces missions périlleuses, menées dans des conditions difficiles au-dessus du désert, lui valent la Croix de guerre[2]. À la fin des hostilités, Robert Roussillat, comme la grande majorité de ses camarades, refuse de rejoindre la France libre[1] et demande son rapatriement en France comme le prévoit la Convention de Saint-Jean-d'Acre[2]. Après avoir transité par Baalbek, il est envoyé en Afrique du Nord. Nommé au grade de lieutenant[2], il fait un court séjour en France en septembre 1941 puis est affecté à Oujda au Maroc, au Groupement de transport 3/15, en [1]

En , il regagne brièvement la France métropolitaine pour y célébrer son mariage[1], mais il se retrouve bloqué à Montpellier par l’invasion de la Zone libre[2]. Démobilisé[1], il retourne alors dans sa ville natale de Lorient, où il est confronté pour la première fois à la dureté de l’Occupation allemande. Il perd ses dernières illusions sur la politique du maréchal Pétain[2].

Les forces aériennes françaises libresModifier

À Lorient, il retrouve Charles Christienne[3], son camarade de l'École de l'Air. Tous deux décident de rejoindre les rangs de la Résistance. Lors d'un séjour à Paris, ils parviennent à rencontrer des membres des services secrets britanniques, mais ceux-ci leur proposent de passer à la lutte armée sur le sol français, ce qui ne leur convient pas. Formés en tant que pilotes de guerre, Roussillat et Christienne estiment qu’ils rendront de meilleurs services à la France libre s’ils parviennent à rejoindre les forces aériennes alliées. Un prêtre résistant, l’abbé Hervé Laudrin (1902-1977)[2], leur propose de franchir les Pyrénées[1] vers l'Espagne neutre. Mais alors que Roussillat, Christienne et les membres de leur petit groupe tentent un premier passage, ils sont soudainement abandonnés par leur passeur. Arrêtés par des gendarmes, ils sont conduits au poste de Saint-Girons (Ariège). Ils appréhendent d’être remis aux Allemands, mais ils parviennent à s'enfuir grâce à la complicité de quelques gendarmes[2].

Revenus en Bretagne[3], leur région d'origine, Roussillat et Christienne choisissent alors de tenter leur chance par la voie maritime. Ils réussissent à contacter le réseau Alliance[1], dont l’un des membres, l’armateur Ernest Sibiril, dirige une filière d’évasion[1] basée à Carantec[3], près de Morlaix[1]. Le , Roussillat, Christienne et dix autres volontaires embarquent à bord du Tor-e-benn (« Le Casse-tête »), un cotre de 6,7 m commandé par le capitaine Jean Péron. Après être parvenu à éviter les patrouilles allemandes, pourtant incessantes dans cette zone stratégique, le navire accomplit par gros temps une traversée qui dure près de deux jours. Il arrivera finalement jusqu'en Angleterre. Débarqués à Porthleven[4],[5] en Cornouailles[1], les évadés de France sont accueillis par les acclamations d’une petite foule enthousiaste, à leur vive émotion. Ils sont ensuite immédiatement pris en charge par des agents du MI5, le contre-espionnage britannique. Comme le veut la procédure, ces derniers doivent en effet déterminer si les nouveaux arrivants ne sont pas en réalité des espions. Amenés en train jusqu'à Londres, Roussillat, Christienne et les autres se retrouveront internés pendant quatorze jours à la Patriotic School[3] et devront expliquer en détail leur parcours et leur carrière. Après avoir passé avec succès les différents tests, ils peuvent aller se présenter au bureau de recrutement des Forces aériennes françaises libres (FAFL)[2],[3]. Charles Christienne s'engage le , avec le grade de lieutenant observateur et le matricule 35634. Robert Roussillat signe son engagement le même jour, sous le numéro de matricule 35638[1]. Décidément inséparables, les deux Bretons sont affectés au groupe de bombardement Lorraine.

Créée en , cette unité est alors dirigée par le commandant Michel Fourquet, dit « Gorri », qui s'est également embarqué pour l'Angleterre à Carantec. Elle est intégrée au sein de la Royal Air Force sous le nom de Squadron 342[1]. Stationnée sur la base d'Hartford Bridge, près de Londres, l’unité ne comprend pourtant que des Français. Arrivés au terme de leur formation dans diverses écoles de la RAF le , les deux amis se retrouvent pour former un équipage. Roussillat est pilote[2], Christienne navigateur. Le radio-navigant est le sergent-chef Mahé. Ils baptisent leur avion « Ville de Lorient »[1].

Ils effectuent le leur première mission de bombardement. La cible est les batteries côtières allemandes situées à Gravelines[1], sur la Côte d'Opale. Dépourvu de suffisamment d'expérience, l'équipage ne participe pas au débarquement de Normandie le . Toutefois, il se rattrape amplement par la suite, et effectue près de 85 missions de guerre en seulement onze mois. La plupart du temps, il s'agit de bombardements à haute altitude (environ 10 000 pieds) contre des sites stratégiques ennemis, par exemple les bases de lancement des bombes volantes V1, les gares de triage ou encore les usines d’armement. Les frappes visent parfois les villes où les Allemands tentent de se retrancher pour stopper la progression des armées alliées. C'est lors de missions de ce type que le risque de faire des victimes parmi la population civile était le plus important. Les missions les plus populaires parmi les équipages étaient ce qu’ils appelaient la « chasse libre »[2]. Volant à basse altitude[3], il s'agissait de traquer l’ennemi de nuit dans un secteur délimité. Volant au ras des arbres, les avions alliés s'attaquaient à tous les convois ennemis qu’ils pouvaient rencontrer. Lors de l'été 1944, la Luftwaffe a déjà largement perdu la maîtrise du ciel, et les quelques Messerschmitt Bf 109 qu’elle peut encore aligner ne font pas le poids face aux avions alliés, mais les batteries anti-aériennes (la Flak) demeurent une menace constante. Après chaque mission, les avions sont criblés d'impacts de balles. Au cours de la guerre, le GB « Lorraine » perd l’équivalent de trois fois ses effectifs. Roussillat et Christienne ont la chance de sortir indemnes de cette hécatombe. Très bien noté et apprécié de ses supérieurs[2], Robert Roussillat est promu capitaine le , et devient le commandant de l'escadrille « Nancy »[1]. En , une fois le territoire national libéré, le GB « Lorraine » quitte définitivement l’Angleterre pour s’installer sur la base aérienne de Vitry-en-Artois, près de Douai. Il participe encore aux bombardements contre les forces du Troisième Reich aux Pays-Bas et dans le bassin de la Ruhr, jusqu'à la signature de la capitulation allemande[2], le . Robert Roussillat combat jusqu'au , et termine la guerre en en ayant effectué au total 85 missions de guerre[1].

Armée de l'Air Après-guerreModifier

Le , lorsque les Forces aériennes françaises libres sont dissoutes, le capitaine Roussillat fait le choix de demeurer sous l’uniforme et intègre alors officiellement l’armée de l’air française.

En 1950, il prend le commandement de la base aérienne de Persan-Beaumont[3], située au nord de Paris et officiellement rattachée à la deuxième région militaire. Cette base est en réalité très particulière. Elle abrite en effet l’escadrille ELA 56 « Vaucluse », la branche aérienne du « Service Action » du SDECE, le service de renseignement extérieur français[6]. L'escadrille dispose d'une quinzaine d’avions, souvent des modèles anciens mais à la robustesse éprouvée : Junkers Ju 52, Douglas C-47 Dakota, Fairey Barracuda, Siebel 204, Westland Lysander, Hurel-Dubois HD-321, Messerschmitt Bf 108, Fieseler Storch, etc.

Robert Roussillat fait preuve de ses talents de pilote, allant parfois un peu trop loin. Ainsi, lors d'une démonstration de poser en rase campagne d'un Fairey Barracuda, il s'arrête si près de la tribune officielle qu'il éclabousse de boue les autorités[2]. C'est à cause d'une autre démonstration d'audace qu'il perd son commandement. Lors d'un meeting aérien organisé à Saumur en , il est impliqué dans un accident mortel[1]. Il fait une démonstration de largage de parachutistes sur Junkers Ju 52, qu'il termine par un passage en rase-mottes, comme c'est alors la tradition. Mais une petite fille qui a échappé à la surveillance de ses parents s'est introduite sur la piste, et elle est décapitée par le bout de l'aile du Junkers. Robert Roussillat n'est pas sanctionné, il n'est pas en faute car la piste était interdite au public, mais ce drame le marque pour toujours[7]. Devant quitter son commandement, il a au moins la consolation de savoir qu'il est repris par une personne de confiance : Charles Christienne[8], son camarade de l'École de l'Air et son navigateur pendant la guerre sur le « Ville de Lorient » au groupe de bombardement Lorraine.

Chef du Service Action du SDECEModifier

Robert Roussillat ne vole plus, mais devient un spécialiste des « opérations spéciales ». En 1957[9], il prend la tête du Service Action du SDECE, succédant à son fondateur, le colonel Henri Fille-Lambie (pseudonyme : Jacques Morlane) qui l'avait dirigé depuis sa création en 1946. Robert Roussillat dirige le SA durant toute la guerre d'Algérie, jusqu'en 1962.

Sous sa direction, le SA déploie une intense activité pour empêcher la rébellion algérienne de se renforcer, à travers deux types d'opérations[10],[11],[12] :

  • opérations « arma » (armement), pour couper ses sources d'approvisionnement en armes à l'étranger. Cela va de l'arrestation de trafiquants d'armes à l'arraisonnement (avec l'aide de la Marine nationale) de navires chargés d'armes à destination du FLN. D'autres navires sont purement et simplement coulés avec leur cargaison mortelle[7].
  • opérations « homo » (homicide), pour éliminer physiquement des trafiquants d'armes, des chefs ou des soutiens du FLN[13]. À ce titre, il pilote les activités du SA en utilisant la couverture de l'organisation terroriste La Main Rouge. En , avec la fin de la guerre d'Algérie, il présente sa démission au Premier ministre Michel Debré et quitte le SDECE.

Il obtient une affectation au sein de l'Armée de l'Air et devient chef d'état-major des forces aériennes françaises stationnées au Sénégal. Il termine sa carrière militaire à Dakar[3].

HommagesModifier

Il y a une rue Robert Roussillat à Lorient (56100), dans le quartier de Kerulvé[14].

Notes et référencesModifier

  1. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v et w « Robert Alexandre Guy Roussillat », sur Les Français Libres, de juin 1940 à juillet 1943 (consulté le 14 avril 2019).
  2. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s et t « Le colonel Roussillat et le SDECE face au FLN (I) », sur devirisillustribusblog. Blog de biographies historiques [ISSN 2650-6289], (consulté le 14 avril 2019).
  3. a b c d e f g h i et j Georges Balsa (stagiaire) et Françoise de Ruffray, ARCHIVES DE LA DÉFENSE. Témoignages Oraux de l’Armée de l’Air. ÉTAT DES FONDS - SOUS-SÉRIE AI 8 ZP, Vincennes, Service historique de la Défense, (lire en ligne).
  4. « Opérations Militaires liées à Alliance », sur Association l'Alliance (consulté le 14 avril 2019).
  5. Sylvain CORNIL, « Les évadés de Carantec-La Penze », sur Fondation de la France Libre, (consulté le 14 avril 2019).
  6. Roger Faligot et Pascal Krop, La piscine : Les Services Secrets Français, 1944-1984, Seuil, (ISBN 2-02008-743-X, EAN 978-2-02008-743-8).
  7. a et b Bob Maloubier, Plonge dans l'or noir, espion !, Robert Laffont, , 412 p. (ISBN 2-22117-805-X, EAN 978-2-22117-805-8, lire en ligne).
  8. Marcel Catillon, Mémorial aéronautique : qui était qui ?, Nouvelles Editions Latines, , 221 p. (ISBN 2-72330-529-5, EAN 978-2-72330-529-7, lire en ligne), p. 48-49.
  9. L’historien Jean-Pierre Bat dans son livre Les Réseaux Foccart, l’homme des affaires secrètes (Nouveau Monde Editions, 2018, p. 80), livre un extrait de la lettre de démission adressée en 1962 par Robert Roussillat à Michel Debré. Dans ce document, l’officier reconnaît avoir pris en main le Service Action à la date du 1er avril 1957.
  10. Jean Guisnel et David Korn-Brzoza, Au service secret de la France : Les maîtres de l'espionnage se livrent enfin, La Martinière, , 569 p. (ISBN 2-73245-946-1, EAN 978-2-73245-946-2).
  11. Roger Faligot, Jean Guisnel et Rémi Kauffer, Histoire politique des services secrets français : De la Seconde Guerre mondiale à nos jours, La Découverte, , 844 p. (ISBN 2-70717-856-X, EAN 978-2-70717-856-5, lire en ligne).
  12. Dominique Lormier, Les grandes affaires d'espionnage de la Ve République, edi8, (ISBN 2-41201-992-4, EAN 978-2-41201-992-4, lire en ligne).
  13. Vincent Nouzille, Les tueurs de la République, Fayard, , 352 p. (ISBN 2-21367-571-6, EAN 978-2-21367- 571-8, lire en ligne).
  14. « Comment aller à Rue Robert Roussillat à Lorient en Bus ou Ferry ? », sur Moovit (consulté le 18 avril 2019).

BibliographieModifier

Liens externesModifier