Richard Guino

sculpteur français

Ricardo Guino y Boix (Ricard Guinó i Boix en catalan), dit Richard Guino, né le à Gérone et mort le à Antony, est un sculpteur français d'origine espagnole.

Richard Guino
Guino dans son atelier parisien au début des années 10.jpg
Naissance
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Son œuvre est une ode à la féminité qui ravive l’idéal de beauté méditerranéen. Richard Guino opère une synthèse pleine de sensualité entre classicisme et modernité, caractérisée par une ample variété de recherches formelles et techniques, dans les domaines de la sculpture, de la céramique, des arts graphiques et décoratifs.

Sa fructueuse collaboration avec Auguste Renoir constitue un épisode singulier de l’histoire de l’art [1].

Origine et jeunesse catalaneModifier

Richard Guino est né le à Gérone dans la région de Catalogne en Espagne. Son père est artisan ébéniste et, tout jeune, Guino s'éveille à l'art de la taille dans l'atelier familial. Sculpteur précoce, il échappe à la scolarisation dans une école mariste à l'enseignement religieux extrêmement rigide pour entrer à l'école des Arts de Gérone [2]. Prudenci Bertrana, figure du modernisme catalan qui deviendra son ami et dont il fera le buste, est son professeur de dessin [3]. En 1906, Guino s'installe à Barcelone pour suivre les cours de l’École supérieure des beaux-arts, La Llotja. Jose Ruiz y Blasco, le père de Pablo Picasso, est l’un de ses professeurs. Il participe à des expositions collectives à Gérone (1908, 1909 et 1910) et Barcelone (1910). Aristide Maillol, de trente ans son aîné, découvre son œuvre. Admiratif, il engage le jeune homme à le rejoindre en France pour travailler à ses côtés [4].

Débuts à ParisModifier

Richard Guino s’installe à Montparnasse en 1910, dans un atelier de la rue Daguerre, et assiste Maillol, en particulier dans la création du "Cycle des Saisons", une commande du collectionneur russe Morozov. Il fréquente librement l’académie Ranson à Montmartre et Maurice Denis a recours à lui pour réaliser deux bas-reliefs ornant le cadre de scène du théâtre des Champs-Élysées, la Danse et le Chant (1912). Guino expose dans différentes galeries (Druet, Marseille et Vildrac), à la Société des artistes décorateurs et à la Société nationale des beaux-arts. Sa jeune notoriété s'accroît, les comtes Kessler et Zoubaloff, le marchand Ambroise Vollard achètent ses sculptures. Ses dessins sont également appréciés. Il réalise à cette époque une suite d'encres représentant Isadora Duncan dansant, croquée sur le vif, ainsi que des nus sur parchemins d'une grande finesse d'exécution, des œuvres contrastées qui manifestent sa virtuosité et son goût pour l'expérimentation formelle [5]. Ses œuvres, taillées ou modelées, représentent principalement des figures féminines, aux plastiques souples et puissantes, caractérisées par des volumes architecturés et un style synthétique, au rendu tantôt lisse, tantôt facetté, tantôt recouvert d'émaux colorés [6] : Torse à la draperie, Femme assise tenant son chignon, Adam et Ève, Vénus à la pomme, Vendangeuse, Égyptienne, Grande Baigneuse, Femme à la mandoline[7]

L'œuvre sculpté Renoir-GuinoModifier

À cette époque, Ambroise Vollard approche Aristide Maillol en vue de le faire sculpter pour Auguste Renoir. Le vieux maître, aiguillonné par son marchand, souhaite s’adonner à la sculpture. Handicapé par des rhumatismes déformants, il continue de peindre, des pinceaux glissés entre ses mains paralysées, protégées par des bandelettes. Aussi Vollard se met-il en tête de lui « trouver des mains ». Maillol décline la proposition en faveur de son jeune assistant, Richard Guino, qui accepte la proposition. Enthousiaste, le marchand lui fait rencontrer Renoir en 1913 et l’engage à ses frais. Cette collaboration entre le vieux peintre et le jeune sculpteur, caractérisée par la remarquable communion d’esprit et de sensibilité qui se noue entre les deux artistes, dure jusqu’en 1918, à Essoyes puis aux Collettes, à Cagnes-sur-Mer. Elle aboutit à la création d’un ensemble de pièces considéré comme l’un des sommets de la sculpture moderne, avec des œuvres comme Vénus à la pomme, Vénus Victrix, Jugement de Pâris, Grande Laveuse [8]

Renoir meurt en 1919, après avoir brièvement tenté une autre aventure de création avec le sculpteur Louis Morel. Les sculptures de Renoir et Guino sont éditées et vendues sous le seul nom du peintre par Vollard, et à sa suite bien d'autres éditeurs...

« L’énigme de la sculpture Renoir » - dévoilée par l'historien d'art Paul Haesaerts en 1947 dans son ouvrage Renoir sculpteur[9] - ne fut définitivement levée que soixante ans après sa création, à l’issue d’un long procès initié en 1965 par Michel Guino, fils de Richard Guino et sculpteur lui-même, qui a œuvré à la divulgation de l'œuvre de son père. Après une minutieuse analyse des pièces, de la genèse de leur création et l’audition de nombreux artistes, la qualité de coauteur est reconnue à Richard Guino le par la troisième Chambre Civile du Tribunal de grande instance de Paris, jugement définitivement confirmé par la Cour de cassation le . C'est une première jurisprudentielle. Le tribunal a considéré que les sculptures sont des œuvres de collaboration puisqu'il a été établi que Guino jouissait d'une grande liberté dans leur création, travaillant la plupart du temps seul, notamment dans son atelier parisien. Paul Haesaerts précisait dès 1947 : « Guino ne fut jamais simplement un acteur lisant un texte ou un musicien interprétant mécaniquement une partition […]. Guino était impliqué corps et âme dans l’acte créatif. On peut même affirmer avec certitude que s’il n’avait pas été là, les sculptures de Renoir n’auraient pas vu le jour. Guino était indispensable ».

Le procès n'a pas été intenté « contre » Renoir, réduction véhiculée dans certains textes ou articles de journaux se référant à « l'affaire ». Il s'est agi de contribuer à dévoiler l'historique exceptionnel de ce processus de création pour rétablir l'apport original de Guino à l'œuvre sculpté, initialement occulté par Vollard. Un « praticien » sculpteur reproduit ou agrandit un modèle déjà existant. Guino, lui, a fait une transposition de techniques : on passe de la peinture de Renoir à la sculpture de Guino, l'esprit de la peinture transparaît dans l'esprit de la sculpture. Transmutation avérée entre deux artistes. Le phénomène a pu s'accomplir grâce à leur amitié et intense communauté de vue. Le peintre à ses toiles et le sculpteur travaillant la glaise des Collettes. Ce point unique et rare caractérise cette œuvre.

Sculpteur, décorateur, céramiste, dessinateur et peintreModifier

Guino, que son sens libertaire tient éloigné de tout esprit de revendication, poursuit son œuvre personnelle. Après les cinq années de sa collaboration avec Renoir, intimement blessé par le déni de son apport créateur que des raisons commerciales ont motivé, il tente de se réinventer, de changer de style, explorant de nouvelles techniques en parallèle de son œuvre sculpté. Il signe un contrat avec la galerie Hébrard, rue Royale à Paris, qui lui consacre des expositions personnelles en 1919, 1922 et 1923. S’intéressant aux arts décoratifs, il réalise de nombreuses céramiques émaillées ainsi que des éléments de mobilier qui répondent à des commandes privées. Une collaboration s’engage en 1922 avec la Manufacture nationale de Sèvres, qui édite ses modèles en grès et en biscuit pendant plus de dix ans.

En 1923, il participe à l’exposition de printemps de Barcelone, expose peintures et dessins à la galerie Devambez, présente des œuvres à l'Exposition des arts appliqués du musée Galliera, au Salon des Tuileries, au Salon de la société des Artistes Décorateurs. En 1924, il expose au musée des Arts Décoratifs, qui fait l’acquisition de la Jeune femme au tambourin. Il signe un contrat avec la Maison d’Édition Colin, qui édite pendant dix ans des bronzes à partir de ses modèles. En 1925, Guino participe à l’Exposition Internationale des Arts décoratifs de Paris, où il obtient les diplômes d’honneur en métal et céramique. Il participe à l’exposition d’art français contemporain au Japon.

La même année, il obtient la nationalité française et épouse Gabrielle Borzeix qui lui donnera six enfants... Georges, Claude, Evelyne et les artistes Michel Guino, sculpteur, Marie Guino Ronchi, peintre et Jean Borzeix, sculpteur disparu prématurément. Guino s’installe avec sa nombreuse famille dans un atelier plus grand à Antony, à côté de son ami photographe Bougourd, qui faisait partie de la joyeuse bande d’artistes animant la rue Daguerre [10].

En 1928, il participe au XIe concours du musée Galliera, section bronze. En 1929, Guino expose à la galerie Hector Brame de nombreux dessins et plaquettes pour reliure, réalisées en ivoire ou bois précieux. Il participe au Salon des indépendants et au Salon de la société des artistes français jusqu'à la fin des années 1940, obtenant diverses récompenses. En 1931, il expose à nouveau au Salon des indépendants ainsi qu'au musée Galliera et signe un contrat avec la maison d’édition Susse frères, avec laquelle il collabore jusqu’en 1955. En 1935, il présente plusieurs sculptures à la galerie Marcel Bernheim et participe à l'exposition des beaux-arts de Bruxelles. En 1937, il participe à la décoration de la façade du pavillon du mobilier à l'Exposition internationale de Paris. Guino réalise, entre 1934 et 1938, un important programme sculpté qui lui est commandé par sir Bernard Alexander pour l'église Saint Teresa of the Child Jesus (à Princes Risborough, dans la banlieue Nord-Ouest de Londres). Ces œuvres, au style monumental et synthétique, développent une esthétique religieuse renouvelée et seront présentées au Salon des arts appliqués en 1938 et 1939.

Guino participe aux Salons de l'association arts et culture du centre Paris-Gaz en 1948 et 1949, exposant des vitrines contenants des sculptures et des céramiques. Le Salon d'automne, en 1922, et la Société nationale des Beaux-Arts, dès 1912, accueillaient à la fois ses œuvres dans les catégories « sculpture » et « arts décoratifs ».

Créant un univers sensuel, intime et enjoué, Guino, nourri par son amour de l'idéal gréco-renaissant, est un chantre intense et subtil de la féminité. Son art révèle également un observateur du monde de l'enfance plein de tendresse. Hors des chemins tracés par l'avant-garde, son œuvre foisonnante tire sa spécificité et son originalité de la diversité des styles et des techniques qu'il emploie : taille du bois, du marbre, de l'ivoire, modelage de la terre et de la cire, céramique, majolique, à des formats variés, peinture et dessin sur divers supports, dont le verre et le parchemin.

ExpositionsModifier

À sa mort, l'atelier de Richard Guino comprend plus de deux cents sculptures (bois, bronzes, terres cuites, plâtres, ivoires), de nombreuses céramiques et majoliques, plus de deux cents peintures (portraits, nus, paysages, natures mortes) et 3 000 dessins (aquarelles, gouaches, lavis, gravures, lithographies, monotypes, sanguines, fusains)… Ses nombreux dessins érotiques, révélés tardivement, mettent en lumière la part dionysiaque de cet artiste au destin singulier.

  • « Renoir-Guino. Sculptures et dessins », Hôtel Bristol Paris, 1974
  • « Richard Guino », Paskine de Ginoux Strasbourg, 1976
  • « Rétrospective Richard Guino, sculptures, dessins », Maison de Renoir aux Collettes, Cagnes-sur-Mer, 1977
  • « Richard Guino, Sculptures et Dessins», galerie Lugardon et Art Majeur, Paris, New-York, 1988
  • « Peintures Sculptures », galerie L'Orangerie, Genève, 1987
  • « Richard Guino, Dessins et Sculptures », galerie Coligny, Paris, 1989
  • « Sculptures Renoir-Guino et Guino », galerie Urban, Tokyo, 1989
  • « Ricard Guino Escultures i dibuixos », Ajuntament de Girona, Espagne, 1992
  • « Richard Guino, sculptures et dessins », Maison des Arts d’Antony, 1995
  • « Renoir-Guino » Musée océanographique de Monaco en , à Bruges en Belgique en , à Cannes et à Monaco en juillet-, à Busto Arcizio au Museo delle Arti Palazzo Bandera en mai-
  • « Richard Guino », bijoux, sculptures », Arfan,1994, exposition présentée dans l'ancien atelier du photographe Nadar, 35 bd des Capucines à Paris
  • « Biennale de Shanghai », première édition, 2003
  • « L’érotisme dans l’œuvre de Richard Guino », Galerie Spicilège, Louvre des Antiquaires, Paris 2006
  • « Renoir et les familiers des Collettes », Musée Renoir, Cagnes-sur-Mer, 2008
  • « Renoir au XXe siècle », Galeries nationales du Grand Palais, Paris, du au
  • « Paris Perpignan Barcelone, l'appel de la modernité (1889-1925) », Musée des beaux-arts Hyacinthe Rigaud, Perpignan, du au
  • « Renoir entre mujeres », Fundaciòn MAPFRE, Barcelone, du au

Des sculptures Renoir-Guino sont visibles au musée d’Orsay et au Petit Palais à Paris, à la Tate Gallery à Londres, dans le jardin de sculptures de la fondation Pierre Gianadda à Martigny, au MoMA à New-York et dans de nombreux musées aux États-Unis. Un ensemble important de pièces issues de la collaboration Guino-Renoir ainsi que des œuvres de Guino sont présentées au domaine des Collettes de Cagnes-sur-Mer depuis la réouverture ayant suivi la restauration du musée en 2013. Depuis 1992, le musée d'Histoire de Gérone, sa ville natale en Espagne, présente des œuvres de Richard Guino.

BibliographieModifier

  • Haesaerts, Paul, 1947, Renoir sculpteur, Bruxelles : éd. Hermès
  • Seuphor, Michel, 1959, La sculpture de ce siècle. Dictionnaire de la sculpture moderne, Paris : éd. Griffon, 1959
  • Clergue, Denis-Jean, 1966-67, "Souvenirs de Richard Guino" in Cahier d'activités no 9, Archives du Château-Musée Grimaldi, inv. 67-20
  • Fontbona, Francesc, 1972, "Ricard Guinó, el silenciós col·laborador de Renoir" in Serra d'Or (Montserrat), année XIV, n° 158 (), pp. 31-32 (735-736)
  • Rétrospective Richard Guino, sculptures, dessins, - 2 oct. 1977, catalogue de l'exposition, Maison de Renoir aux Collettes, Cagnes-sur-Mer
  • Fontbona, Francesc, 1992, "Ricard Guinó, retorn a casa" in Ricard Guinó. Escultures i dibuixos, catalogue de l'exposition, Ajuntament de Girona, pp. 11-17
  • Renoir-Guino, , catalogue de l'exposition, Monaco : éd. Galerie Henri Bronne
  • Dussaule, Georges, 1995, Renoir à Cagnes et aux Collettes, Neuchâtel : éd. Griffon
  • Renoir-Guino, 1997, catalogue de l'exposition, Busto Arcizio : éd. Museo delle Arti, Palazzo Bandera
  • Blisniewski, Thomas, 2002, "Und gab ihr den Apfel und pries sie vor allen die Schönste - Pierre Auguste Renoirs und Richard Guinos Venus Victrix“im Wallraf-Richartz-Museum" in Fondation Corboud, Kölner Museums - Bulletin. Berichte und Forschungen aus den Museen der Stadt Köln (4), S. 34-44
  • Harambourg, Lydia, 2006,, "L’érotisme dans l’art de Richard Guino" in catalogue de l'exposition à Paris, Galerie Spicilège, Louvre des Antiquaires
  • Aral, Guillaume, 2008, "Renoir-Guino : duo-duel" in catalogue de l'exposition Renoir et les familiers des Collettes, Musée des Collettes, Cagnes-sur-Mer
  • Héran, Emmanuelle, 2009, "Renoir sculpteur ? " in catalogue de l'exposition Renoir au XXème siècle, Paris, Galeries nationales du Grand Palais
  • Rodriguez Samaniego, Christina, 2011, Ricard Guinó et Joaquim Claret : le destin de deux sculpteurs catalans en France face à la Grande Guerre in Cahiers de la Méditerranée n°82
  • Muchir, Claire et Fontbona, Francesc, 2013, in catalogue de l'exposition Paris Perpignan Barcelone, l'appel de la modernité (1889-1925), Perpignan, Musée des beaux-arts Hyacinthe Rigaud
  • Gandini, Julie et Ferlier, Ophélie, 2016, in catalogue de l'exposition Renoir entre mujeres, Barcelone Fondation MAPFRE

Notes et référencesModifier

  1. Emmanuelle Héran, 2009, « Renoir sculpteur ? » in catalogue de l'exposition Renoir au XXe siècle, Galeries nationales du Grand Palais, Paris, du 23 septembre 2009 au 4 janvier 2010
  2. Dires familiaux
  3. (ca) Francesc Fontbona, « Ricard Guinó, retorn a casa », Catalogue de l'exposition Ricard Guinó. Escultures i dibuixos, Ajuntament de Girona,‎ , p. 11-17
  4. Catalogue de l'exposition Ricard Guinó. Escultures i dibuixos, Ajuntament de Girona, Octubre 1992
  5. Mémoires de Julie Gandini, École du Louvre, 2011 et 2012.
  6. Mémoire d'Élodie Mercier, Paris X Nanterre, 2011.
  7. Voir les ouvrages cités en Bibliographie, en particulier les catalogues d'exposition
  8. « Musée d'Orsay: œuvres de Renoir-Guino », sur www.musee-orsay.fr,
  9. Éditions Hermès, Bruxelles, 1947.
  10. Cf article de M. Poinsot, catalogue de l'exposition "Rétrospective Richard Guino, sculptures, dessins", Collettes, Cagnes-sur-Mer, 1977

Liens externesModifier