Raymond Pinchard

personnalité politique française

Raymond Pinchard
Illustration.
Fonctions
Sénateur de Meurthe-et-Moselle
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Saint-Dizier
Date de décès (à 72 ans)
Lieu de décès Nancy
Nationalité Française

Raymond Pinchard, né le à Saint-Dizier et mort le , est un ingénieur, industriel et homme politique français.

Milieu social et étudesModifier

Raymond Pinchard est le petit-fils d'un ouvrier métallurgiste et le fils d'un contremaître de tréfilerie. Ingénieur diplômé de l'École des Arts et Métiers (Châlons-sur-Marne, 1905), il sort major de sa promotion en 1908[1].

Carrière professionnelleModifier

Il est d'abord dessinateur aux ateliers de constructions de locomotives de la Compagnie des chemins de fer PLM (Paris-Lyon-Marseille)[2]. Incorporé en 1910, il devient élève-officier de réserve du 39e régiment d'artillerie de Toul puis du 4e régiment d'artillerie de Besançon. Après son service militaire, il redevient ingénieur, aux établissements métallurgiques Durenne à Sommevoire (Haute-Marne) puis aux fonderies Bayard, à Saint-Dizier, dans le même département.

Grande GuerreModifier

En 1914, il est mobilisé comme sous-lieutenant au 60e régiment d'artillerie et participe à toutes les batailles de la Grande Guerre. Il est blessé trois fois et reçoit la Légion d'honneur[3] et la croix de guerre des mains du Président de la République Raymond Poincaré en 1916. Il termine la guerre comme commandant de batterie.

Entre-deux-guerresModifier

Raymond Pinchard retrouve le monde industriel. En 1920, il est nommé directeur des fonderies de Bayard et de Saint-Dizier. Ensuite, il devient administrateur des Fonderies de Tréveray[4] (Meuse), puis son gérant[5], administrateur à partir de 1925 des établissements Champenois (constructions mécaniques), liés aux fonderies Bayard[6],[7] et directeur jusqu'en 1937 de cette entreprise dont le siège social est à Nancy et qui a des usines à Cousances-aux-Forges (Meuse), Chamouilley et Saint-Dizier[8], et administrateur-délégué des fonderies de Vitry et Frignicourt (Marne)[8].

En 1938, il devient directeur de la Grande chaudronnerie lorraine, entreprise de construction métallique, située à Nancy et fondée en 1899, succédant à Auguste Noblot[9]. C'est alors une société anonyme au capital de cinq millions de francs, ayant des usines à Nancy, Longuyon et Longvic-les-Dijon. Il est alors membre du comité central de la société des anciens élèves des écoles nationales d'Arts et métiers[10].

Seconde Guerre mondialeModifier

En 1939, Raymond Pinchard est mobilisé comme chef d'escadron et il participe à la campagne de France à la tête d'un groupe d'artillerie.

Le siège de la Chaudronnerie lorraine est déplacé à Longvic-les-Dijon[11]. Son capital est porté à 12,5 millions de francs en 1942[12].

Après guerreModifier

Désormais président-directeur général de la Grande chaudronnerie lorraine, il devient un notable. Il est élu vice-président en 1946 puis président en janvier 1947 du Football Club de Nancy (FC Nancy)[13],[14],[15],[16]. Il préside le groupement de Meurthe-et-Moselle de la société des anciens élèves des écoles nationales d'Arts et métiers[17], est vice-président puis président de cette association nationale, de 1948[18] à 1951. Il est membre de la Chambre de commerce de Nancy et administrateur de L'Est républicain, de la Mécanique moderne, des Etablissements Nordon-Fruhinsholz et des Papeteries de Clairefontaine[1]. Il possède en 1955 7 706 actions de L'Est républicain et en contrôle 2 188 autres par l'intermédiaire des forges de Tréveray qu'il dirige. Son gendre Charles Boileau en possède 249[19].

Carrière politiqueModifier

Il se lance en politique en 1945, aux côtés de Pierre André : il est l'un des deux vice-présidents du groupement politique que ce-dernier a lancé, l'Action républicaine lorraine[20], et il soutient financièrement le quotidien nancéien de droite L'Eclair de l'Est, concurrent malheureux de L'Est républicain. Il demeure membre du comité directeur de l'ARL par la suite[21].

Il se présente aux élections municipales d'octobre 1947 sur une liste menée par le docteur Pierre Weber et devient adjoint aux écoles du nouveau maire gaulliste Jean Lionel-Pèlerin, qui menait une autre liste[22],[23]. Il mène en 1953 une liste rivalisant avec celle du maire sortant et investie par le Centre national des indépendants et paysans (CNIP)[24]; il est élu maire, battant au bénéfice de l'âge Lionel-Pèlerin[25]. Il est réélu en mars 1959, il menait une liste de droite avec comme deuxième candidat Pierre Weber, premier adjoint et député, opposée à une liste communiste et à une liste gaulliste menée par les députés William Jacson et Roger Souchal[26].

Il s'investit dans la reconstruction et l'aménagement de la ville : il fait rénover des quartiers (Brichambeau, Beauregard, quartier Saint-Sébastien) et fait construire de nouveaux logements, notamment le grand ensemble composé de barres géantes du Haut-du-Lièvre, dont la première pierre est posée en 1958[27], sur les hauteurs d'un plateau surplombant Nancy[28]. Il fonde en décembre 1960 et préside la Société lorraine d'économie mixte d'aménagement urbain (SOLOREM)[29].

Il est élu conseiller de la République en 1952, réélu en 1956, il est notamment membre de la Commission des Affaires économiques et du Plan et préside à partir de 1959[30],[31] (ou 1958)[32] le groupe des indépendants au Sénat[1].

Il siège alors au bureau exécutif du CNIP[33] et préside l'association départementale des maires de Meurthe-et-Moselle[1].

Comme sénateur, il se montre hostile, comme Pierre André, au projet d'armée européenne (Communauté européenne de défense[34]), aux Accords de Paris (1954) et au réarmement allemand[35], à l'indépendance de l'Algérie, déclarant en 1956 : « Opposons à la rébellion une répression sans merci; jugulons la trahison partout où elle est, et d'abord à Paris »[36] et cosignant en 1960 un texte de parlementaires catholiques reprochant à l'épiscopat français sa modération[37], au lendemain de la publication du Manifeste des 121 appelant à l'insoumission. En décembre 1960, lors du congrès du CNIP, il présente une motion avec François Valentin et Henry Bergasse qui affirme : « Le congrès national reste fidèle aux positions constantes des indépendants et des paysans qui ont toujours demandé (...), que l'Algérie reste dans la République française. Le congrès national s'oppose à toutes formules qui conduiraient à, la République algérienne, parce que la République algérienne c'est l'indépendance, et que l'indépendance pour l'Algérie c'est l'anarchie d'abord, le communisme ensuite, et qu'ainsi nous verrions la fin de l'Algérie, mais non pas la fin de la guerre »[38].

Malade, il meurt le .

DistinctionsModifier

               

Détail des fonctions et des mandatsModifier

  • 1953 - 1961 : maire de Nancy
Mandats parlementaires

FratrieModifier

Raymond Pinchard épouse Marcelle Foissy en 1913, à Saint-Dizier, et a cinq enfants, quatre filles et un garçon. L'une de ses filles, Jacqueline, épouse en 1943 un médecin, Charles Boileau (1915-1991).

C'est ce-dernier qui succède à Raymond Pinchard à la tête du FC Nancy, de 1952 à 1963, de la Grande chaudronnerie de l'Est, de 1962 à novembre 1979. Il est aussi administrateur de L'Est républicain, à la suite de son beau-père, et devient le principal actionnaire du journal en 1974 (33 % du capital) et son président de novembre 1974 à 1983. Les dernières années de sa présidence sont marquées par des conflits entre actionnaires, des démêlés judiciaires et juridiques, une rupture avec l'un de ses beaux-frères, Bernard Pinchard, directeur général de La Grande chaudronnerie lorraine, qui évince Charles Boileau de la présidence de cette entreprise en 1979 et s'allie contre ce-dernier à Gérard Lignac[39],[40],[41],[42],[43],[44].

Notes et référencesModifier

  1. a b c et d Notice biographique sur le site du Sénat
  2. Henri Temerson, Biographies des principales personnalités françaises décédées au cours de l'année, 1962
  3. « La Tribune de l’Aube 7 septembre 1916 », sur RetroNews - Le site de presse de la BnF (consulté le 22 octobre 2020)
  4. « L'Annuaire industriel : répertoire analytique général de l'industrie », sur Gallica, (consulté le 22 octobre 2020)
  5. « L'Annuaire industriel : répertoire analytique général de l'industrie », sur Gallica, (consulté le 22 octobre 2020)
  6. « Le Télégramme des Vosges », sur kiosque.limedia.fr, (consulté le 22 octobre 2020), p. 5
  7. « Le Télégramme des Vosges », sur kiosque.limedia.fr, (consulté le 22 octobre 2020), p. 5
  8. a et b « L'Annuaire industriel : répertoire analytique général de l'industrie », sur Gallica, (consulté le 22 octobre 2020)
  9. Société industrielle de l'Est (Nancy) Auteur du texte, « Bulletin de la Société industrielle de l'Est », sur Gallica, (consulté le 22 octobre 2020)
  10. « L'Est Républicain » [4], sur kiosque.limedia.fr, (consulté le 22 octobre 2020)
  11. « Le Progrès de la Côte-d’Or 10 janvier 1942 », sur RetroNews - Le site de presse de la BnF (consulté le 22 octobre 2020)
  12. « Le Progrès de la Côte-d’Or 3 juillet 1942 », sur RetroNews - Le site de presse de la BnF (consulté le 22 octobre 2020)
  13. « L'Est Républicain », sur kiosque.limedia.fr, (consulté le 22 octobre 2020), p. 2
  14. « L'Est Républicain », sur kiosque.limedia.fr, (consulté le 22 octobre 2020), p. 4
  15. « L'Est Républicain », sur kiosque.limedia.fr, (consulté le 22 octobre 2020) : « 2 »
  16. « Ce soir 1 octobre 1948 », sur RetroNews - Le site de presse de la BnF (consulté le 22 octobre 2020)
  17. « L'Est Républicain », sur kiosque.limedia.fr, (consulté le 22 octobre 2020), p. 4
  18. « NOUVELLES DU JOUR », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 22 octobre 2020)
  19. Étienne Criqui, Louis-Philippe Laprévote, François Roth (dir.), Le quotidien dévoilé. L'Est républicain, 1889-1989, éditions de l'Est, 1990
  20. « L'Est Républicain » [2], sur kiosque.limedia.fr, (consulté le 22 octobre 2020)
  21. « NOUVELLES POLITIQUES », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 22 octobre 2020)
  22. « L'Est Républicain », sur kiosque.limedia.fr, (consulté le 22 octobre 2020), p. 3
  23. « L'Est Républicain », sur kiosque.limedia.fr, (consulté le 22 octobre 2020)
  24. Le Monde, 24 avril 1953, "D'une ville à l'autre"
  25. Michel Parisse, Histoire de Nancy, Privat, 1978, p. 456
  26. Le Monde, 4 mars 1959, "LA CAMPAGNE DES ÉLECTIONS MUNICIPALES"
  27. Société d'histoire de la Lorraine et du Musée lorrain Auteur du texte et Musée lorrain (Nancy) Auteur du texte, « Le Pays lorrain : revue régionale bi-mensuelle illustrée / dir. Charles Sadoul », sur Gallica, (consulté le 22 octobre 2020)
  28. Collectif, Le grand Nancy: histoire d'un espace urbain, Presses Universitaires de Nancy, 1993, p. 154
  29. Gino Tognolli, Les trente glorieuses en Lorraine, 1945-1975, Place Stanislas, 2010, p. 71
  30. « " Nous sommes rassurés " déclarent les représentants des élus d'Algérie », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 22 octobre 2020)
  31. « M. DEBRÉ REÇOIT LES LEADERS INDÉPENDANTS DES ASSEMBLÉES », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 22 octobre 2020)
  32. Société d'histoire de la Lorraine et du Musée lorrain Auteur du texte et Musée lorrain (Nancy) Auteur du texte, « Le Pays lorrain : revue régionale bi-mensuelle illustrée / dir. Charles Sadoul », sur Gallica, (consulté le 22 octobre 2020)
  33. « M. ROGER DUCHET EST RÉÉLU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DES INDÉPENDANTS », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 22 octobre 2020)
  34. L’Aurore, 23 mars 1953
  35. Le Monde, 26 mars 1955, "La ratification sans amendement A PU REGAGNER DES VOIX au Conseil de la République", Ibid., "LE DÉBAT DU CONSEIL DE LA RÉPUBLIQUE", 26 mars 1955
  36. Le Monde, 17 mars 1956, "Par 288 voix contre 6 les sénateurs ont voté les pouvoirs spéciaux"
  37. « DES SÉNATEURS CATHOLIQUES protestent contre le communiqué des cardinaux et archevêques », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 22 octobre 2020)
  38. « La motion de la majorité », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 22 octobre 2020)
  39. Société d'histoire de la Lorraine et du Musée lorrain Auteur du texte et Musée lorrain (Nancy) Auteur du texte, « Le Pays lorrain : revue régionale bi-mensuelle illustrée / dir. Charles Sadoul », sur Gallica, (consulté le 22 octobre 2020)
  40. Collectif, Le quotidien dévoilé, op. cit.
  41. « M. Boileau devient le principal actionnaire de " l'Est républicain " », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 22 octobre 2020)
  42. « M. CHARLES BOILEAU PRENDRA LA DIRECTION DE " L'EST RÉPUBLICAIN " », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 22 octobre 2020)
  43. Le Monde, 1er novembre 1982, "Le Républicain lorrain rachète 21 % du capital de l'Est républicain"
  44. « Une lettre de M. Charles Boileau », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 22 octobre 2020)

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Lien externeModifier