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Présidence de John Quincy Adams

6e président des États-Unis

Description de cette image, également commentée ci-après
Portrait officiel du président John Quincy Adams par George Peter Alexander Healy, 1858.
Type
Type Président des États-Unis
Résidence officielle Maison-Blanche, Washington
Élection
Système électoral Grands-électeurs
Mode de scrutin Suffrage universel indirect
Élection 1824
Début du mandat
Fin du mandat
Durée 4 ans
Présidence
Nom John Quincy Adams
Date de naissance
Date de décès (à 80 ans)
Appartenance politique Parti républicain-démocrate

La présidence de John Quincy Adams débuta le 4 mars 1825, date de l'investiture de John Quincy Adams en tant que 6e président des États-Unis, et prit fin le 4 mars 1829. Adams entra en fonction après avoir remporté l'élection présidentielle de 1824 face à trois autres candidats du Parti républicain-démocrateHenry Clay, William H. Crawford et Andrew Jackson. Aucun candidat n'avait initialement obtenu la majorité des voix au sein du collège électoral et ce fut la Chambre des représentants des États-Unis qui désigna le président. Adams fut élu grâce au soutien de Clay et ce dernier devint secrétaire d'État du nouveau gouvernement.

Une fois arrivé au pouvoir, Adams proposa de nombreuses réformes en matière de politique intérieure. Il suggéra la création d'un marché national dans lequel le Nord et le Sud, aussi bien les villes que les campagnes, seraient liés par le commerce et les échanges. Il soutint également le « système américain », un plan économique élaboré par Clay, et plaida pour investir massivement dans les travaux publics (par exemple la construction de routes et de canaux) ainsi que pour la mise en place d'établissements éducatifs, comme une université nationale, afin de concrétiser cette vision. Insuffisamment soutenu par le Congrès, ces mesures furent rejetées pour la plupart. Par ailleurs, sa position favorable au « tarif des abominations » de 1828, qui imposait des taxes douanières particulièrement élevées, fit chuter sa popularité.

Dans le domaine de la politique étrangère, l'administration Adams ne rencontra guère plus de réussite. Elle parvint certes à négocier des traités commerciaux avec plusieurs pays, à prolonger pour une période indéfinie une convention de commerce avec le Royaume-Uni et à résoudre un certain nombre de questions restées en suspens concernant les saisies de biens opérées par les Britanniques pendant la guerre anglo-américaine de 1812. Le gouvernement fut cependant incapable de régler de façon satisfaisante une série de contentieux commerciaux avec la Grande-Bretagne, ce qui eut pour effet d'accroître les tensions avec ce pays et de pénaliser le commerce américain. En 1826, Adams envisagea d'envoyer une délégation au congrès de Panama, qui réunissait les nouvelles républiques d'Amérique latine, mais sa demande de financement fut repoussée par le Congrès.

Le dénouement controversé de l'élection de 1824 entraîna parallèlement la disparition du Parti républicain-démocrate et inaugura une nouvelle ère de la vie politique américaine. Affirmant que la victoire d'Adams avait été obtenu à la suite d'un « marché corrompu » entre Adams et Clay, Jackson et ses partisans, parmi lesquels Martin Van Buren et le vice-président John C. Calhoun, consacrèrent les trois années suivantes à bâtir une nouvelle formation politique qui devint le Parti démocrate actuel. Les soutiens d'Adams essayèrent eux aussi de s'organiser à travers le Parti national-républicain mais ils furent incapables de s'opposer efficacement aux efforts des démocrates menés par Jackson, qui remporta triomphalement l'élection présidentielle de 1828.

Sommaire

Élection présidentielle de 1824Modifier

 
« Une course à pied » : caricature du temps par David C. Johnston montrant les différents candidats engagés dans la course à la présidence.

Le Parti fédéraliste s'était effondré à la suite de la guerre anglo-américaine de 1812, laissant le champ libre au Parti républicain-démocrate pour l'élection présidentielle de 1824 ; la totalité des principaux candidats étaient en effet membres de ce parti, auquel appartenait aussi le président sortant James Monroe[1]. À l'approche des élections, le secrétaire d'État John Quincy Adams, le président de la Chambre des représentants Henry Clay, le secrétaire à la Guerre John C. Calhoun et le secrétaire au Trésor William H. Crawford entrèrent dans la course[2], et Monroe décida de ne pas s'impliquer dans la campagne[3]. Devenu secrétaire d'État en 1817, Adams s'était immédiatement positionné en bonne place pour succéder à Monroe puisque les trois derniers présidents avaient aussi dirigé le département d'État avant d'entrer en fonction. Adams pensait que son élection à la présidence réhabiliterait son père John Adams, président des États-Unis pour un unique mandat de 1797 à 1801, tout en lui permettant de mener des réformes ambitieuses en politique intérieure[2]. Son principal atout résidait dans son bilan à la tête du département d'État, poste auquel il avait négocié des accords avec la Russie, le Royaume-Uni et l'Espagne qui avaient eu pour conséquence de favoriser l'expansion américaine en Amérique du Nord[4]. Même s'il n'avait pas le charisme de ses adversaires, Adams était une personnalité très respectée et le fait qu'il soit le seul candidat originaire d'un État du Nord joua en sa faveur[2].

Alors que Crawford défendait la souveraineté des États et une vision strictement constructionniste de la Constitution, Calhoun, Clay et Adams étaient tous partisans d'une politique de travaux publics financée par des investissements fédéraux, du maintien de droits de douane élevés et de la création d'une banque nationale[5]. De son côté, le général Andrew Jackson avait lui aussi déclaré sa candidature, principalement en raison de la colère qu'il avait éprouvé d'avoir été dénoncé par Clay et Crawford pour ses agissements en Floride espagnole au cours de la première guerre séminole[1]. Contrairement aux autres candidats qui mettaient en avant leur bilan comme parlementaires, ambassadeurs ou membres du gouvernement, Jackson était connu pour ses exploits militaires, en particulier la bataille de la Nouvelle-Orléans[6]. Il avait aussi siégé de façon intermittente au Congrès mais n'y avait soutenu aucune ligne politique spécifique : il vota néanmoins en faveur du General Survey Act de 1824 qui avait pour objectif de développer un réseau d'infrastructure à l'échelle nationale. Les partisans de Jackson affirmaient que le gouvernement fédéral était corrompu et que Jackson, à la différence de ses rivaux, n'était pas impliqué dans ce scandale[7]. Réalisant que Jackson avait des chances de l'emporter, Calhoun renonça à se présenter et préféra briguer la vice-présidence[8].

 
Résultats de l'élection présidentielle américaine de 1824. L'élection fut par la suite transférée à la Chambre des représentants.

Jusque là, le caucus du Congrès avait toujours nommé les candidats républicains-démocrates à l'élection présidentielle, mais ce mode de désignation était déconsidéré en 1824. À la place, les candidats furent choisis par les législatures des États ou par des conventions réunies spécialement à cet effet, et Adams reçut le soutien de plusieurs fiefs fédéralistes de Nouvelle-Angleterre[9]. Les ancrages régionales de chaque candidat jouèrent un rôle important au cours de cette élection : Adams était populaire en Nouvelle-Angleterre tandis que Clay et Jackson bénéficiaient du soutien de l'électorat de l'Ouest ; Jackson était également concurrencé dans le sud par Crawford malgré les problèmes de santé de ce dernier. Le jour du scrutin, Jackson arriva en tête au sein du collège électoral avec 99 voix sur 261, ce qui lui octroyait la majorité relative devant Adams (84 voix), Crawford (41 voix) et Clay (37 voix)[8]. Jackson remporta également la majorité du vote populaire au niveau national — abstraction faite des six États qui n'organisaient pas de suffrage populaire pour l'élection du président[10]. Aucun candidat n'ayant obtenu la majorité absolue des votes de grands électeurs, ce fut la Chambre des représentants qui fut chargée d'élire le président selon les termes du 12e amendement de la Constitution. La possibilité de se présenter au vote de la Chambre était restreint aux trois premiers candidats, à raison d'un vote par délégation d'État. Henry Clay fut donc éliminé[8].

Adams savait qu'il aurait besoin du soutien de Clay pour l'emporter car ce dernier disposait d'une influence considérable au sein de la Chambre des représentants[11]. Les deux hommes étaient d'un tempérament assez différent et s'étaient affrontés plusieurs fois par le passé, mais ils partageaient de grandes similitudes de vue sur les questions nationales. À l'inverse, Clay voyait Jackson comme un dangereux démagogue et était réticent à soutenir Crawford, de santé fragile[12]. Lors d'une entrevue avec Adams peu avant la tenue de l'élection, Clay accepta finalement d'appuyer la candidature de son ancien rival[13].

Le 9 février 1825, Adams remporta l'élection au premier tour de scrutin, raflant 13 des 24 délégations d'État. Il était le deuxième président élu par la Chambre des représentants après Thomas Jefferson en 1800[14]. Sa victoire fut permise par les suffrage des délégations de tous les États où lui et Clay avaient obtenu la majorité des votes du collège électoral, ainsi que des délégations de l'Illinois, de la Louisiane et du Maryland. À l'issue du vote, les jacksoniens accusèrent leurs adversaires d'avoir marchandé l'élection dans le cadre d'un « marché corrompu » dans lequel Adams aurait promis à Clay le poste de secrétaire d'État en échange du soutien de ce dernier[13].

Cérémonie d'investitureModifier

Adams prêta le serment présidentiel sous l'autorité du juge en chef John Marshall le 4 mars 1825, lors d'une cérémonie organisée dans la salle des séances de la Chambre des représentants à l'intérieur du Capitole. Le président-élu prêta serment sur un livre de loi et non sur la Bible[15]. Dans son discours d'investiture, Adams adopta une ligne transpartisane en promettant de s'opposer à la montée en puissance des partis et de ne pas effectuer de nomination en fonction de considérations politiques. Il proposa également la mise en œuvre d'une politique de travaux publics de grande ampleur, avec la construction de routes, de ports et de canaux. Même si la faisabilité de ce type de projets fut mise en doute sur un plan constitutionnel, Adams affirma que la clause d'intérêt général lui octroyait une marge de manœuvre suffisante. Ses prédécesseurs avaient entrepris un certain nombre de travaux comme la construction d'une route nationale et Adams promit de faire pression sur le Congrès pour autoriser de nombreux autres chantiers similaires[16].

Composition du gouvernementModifier

À l'instar de Monroe, Adams voulut former un cabinet géographiquement équilibré dans lequel toutes les factions partisanes seraient représentées, et il demanda en conséquence aux membres du cabinet Monroe de rester en place dans son administration[17]. Samuel L. Southard du New Jersey fut maintenu comme secrétaire à la Marine tandis que William Wirt, qui avait des attaches très fortes en Virginie et dans le Maryland, continua de servir en tant que procureur général[18]. John McLean de l'Ohio resta lui aussi à la tête du service des postes, une fonction importante mais qui ne dépendait pas du cabinet[19]. Southard et McLean avaient tous les deux soutenu Calhoun et Jackson en 1824 alors que Wirt était généralement réticent à se mêler de politique électorale[20].

Henry Clay fut quant à lui nommé au poste de secrétaire d'État, ce qui suscita des critiques de la part de ceux qui pensaient que Clay s'était désisté en faveur d'Adams à l'élection de 1824 pour briguer la fonction la plus prestigieuse au sein du cabinet[21]. Même si Clay regretta par la suite d'avoir accepté la proposition d'Adams, puisque cette décision avait alimenté les rumeurs d'un « marché corrompu » entre les deux hommes, son fort ancrage dans l'Ouest et son intérêt pour les questions de politique étrangère en faisait un choix naturel pour diriger le département d'État[22]. Aux secrétariats de la Guerre et du Trésor, Adams pensa à désigner respectivement Andrew Jackson et William H. Crawford. Jackson ayant refusé d'intégrer l'administration, Adams choisit finalement le Virginien James Barbour, un fervent partisan de Crawford, à la tête du département de la Guerre. De son côté, Crawford ne voulait plus servir comme secrétaire du Trésor et Adams demanda à Albert Gallatin d'occuper le poste, mais celui-ci déclina la proposition. Le président se tourna finalement vers Richard Rush, de Pennsylvanie, qui servait alors comme ambassadeur en Grande-Bretagne et qui n'avait pu pour cette raison concourir à l'élection de 1824. En tant que secrétaire du Trésor, Rush se fit un ardent défenseur d'une politique de travaux publics et de la mise en place de tarifs protectionnistes[23]. D'une manière générale, le cabinet Adams fonctionna de manière harmonieuse et efficace. Le chef de l'État se réunissait avec le cabinet une fois par semaine pour discuter des grandes questions politiques et il veilla à ce que chaque membre du gouvernement puisse exercer ses fonctions de façon suffisamment autonome[24].

 
Lithographie du président John Quincy Adams.
Cabinet Adams
Fonction Nom Dates
Président John Quincy Adams 1825-1829
Vice-président John C. Calhoun 1825-1829
Secrétaire d'État Henry Clay 1825-1829
Secrétaire au Trésor Richard Rush 1825-1829
Secrétaire à la Guerre James Barbour 1825-1828
Peter B. Porter 1828-1829
Procureur général William Wirt 1825-1829
Secrétaire à la Marine Samuel L. Southard (en) 1825-1829

Nominations judiciairesModifier

Adams nomma un juge à la Cour suprême des États-Unis et onze juges dans les cours de district. La première vacance du mandat d'Adams se produisit en février 1826 avec la mort du juge assesseur Thomas Todd. Pour remplacer Todd, Adams désigna Robert Trimble, originaire du Kentucky, ce qui fit de lui le premier juge fédéral à accéder à la Cour suprême. Après avoir délibéré pendant un mois, le Sénat confirma la nomination de Trimble par 27 voix contre 5. Trimble mourut en 1828 à l'âge de 52 ans ce qui entraîna une nouvelle vacance. Clay et le juriste Charles Hammond ayant décliné le poste, le président choisit le sénateur John J. Crittenden du Kentucky dont la nomination fut annoncée en décembre 1828, quelques mois avant son départ de la Maison-Blanche. En conséquence, les sénateurs jacksoniens refusèrent de confirmer Crittenden dans ses fonctions et le soin de combler cette vacance fut laissé au nouveau président Andrew Jackson[25].

Politique intérieureModifier

Dans son message annuel au Congrès de 1825, Adams présenta un programme ambitieux. Il préconisa des investissements massifs en faveur d'une politique de travaux publics ainsi que la création d'une université nationale, d'une académie navale et d'un observatoire national d'astronomie. Motivé par une situation financière saine et par la possibilité d'accroître les revenus du gouvernement via la vente de terrains, Adams voulait mener à terme un certain nombre de chantiers en cours de construction ou de planification, notamment une route qui reliait Washington à La Nouvelle-Orléans[26]. Il proposa également la création d'un département de l'Intérieur qui ferait partie du cabinet et dont la tâche principale serait de superviser ces chantiers[27]. Adams, plutôt que de recourir à une hausse des impôts ou à un accroissement de la dette publique, escomptait financer ces mesures par la mise en vente de terres situées à l'Ouest du pays[5]. La politique intérieure de l'administration Adams, surnommée le « système américain », avait pour objectif d'unifier des intérêts régionaux disparates dans la promotion d'une économie nationale florissante[28].

Le programme d'Adams se heurta néanmoins à une forte opposition, particulièrement de la part de ceux qui désapprouvaient son interprétation de la Constitution et qui préféraient que le pouvoir soit concentré entre les mains des États plutôt qu'entre celles du gouvernement fédéral. D'autres ne voulaient pas d'une ingérence gouvernementale et s'opposaient au principe d'une politique centralisée[29]. Dans le Sud, une partie des responsables pensait qu'Adams était secrètement favorable à la cause des abolitionnistes et qu'il voulait soumettre les États à l'autorité du gouvernement fédéral[30].

Politique étrangèreModifier

Commerce et revendicationsModifier

 
Le secrétaire d'État Henry Clay, par Matthew Harris Jouett.

Dans le domaine de la politique étrangère, l'un des principaux objectifs de l'administration Adams fut de développer le commerce américain[31]. Le gouvernement négocia ainsi des traités réciproques avec le Danemark, la Ligue hanséatique, les pays scandinaves, la Prusse et la République fédérale d'Amérique centrale. Des accords de commerce furent également conclus avec le royaume d'Hawaï et le royaume de Tahiti[32]. Adams renouvela également des traités préexistants avec le Royaume-Uni, la France et les Pays-Bas et entama également des négociations avec l'Autriche, l'Empire ottoman et le Mexique. Ces efforts débouchèrent sur la l'élaboration de traités qui furent ratifiés après le départ d'Adams de la Maison-Blanche. De manière générale, ces traités de commerce avaient pour but d'accroître les échanges commerciaux en temps de paix et de faire respecter la neutralité des navires marchands américains en temps de guerre[33].

Adams voulait donner un nouveau souffle au commerce avec les Antilles, qui avait chuté de façon spectaculaire depuis 1801. Les accords signés avec le Danemark et la Suède ouvrirent les colonies de ces deux pays au commerce américain, mais Adams était surtout préoccupé par la question des échanges commerciaux avec les Antilles britanniques. Les États-Unis avaient négocié un traité de commerce avec le Royaume-Uni en 1815 mais cet accord excluait les possessions britanniques dans l'hémisphère Ouest. En 1823, sous la pression des Américains, Londres avait autorisé ses colonies des Antilles à importer des produits américains en petite quantité, ce qui n'empêcha pas Washington de continuer à réclamer la fin du système de tarif préférentiel dont bénéficiait les colonies britanniques[34]. Deux ans plus tard, le Royaume-Uni interdit les relations commerciales entre les États-Unis et ses possessions aux Antilles, ce qui porta un rude coup à la réputation d'Adams[35]. Son administration discuta longuement avec les Britanniques pour obtenir la levée de cette interdiction, mais les tractations se soldèrent par une impasse[36]. En dépit de cet échec, les autres accords commerciaux négociés par Adams contribuèrent à augmenter le volume global des exportations américaines[37].

L'administration Adams régla aussi un certain nombre de revendications américaines qui remontaient au temps des guerres napoléoniennes, de la guerre anglo-américaine de 1812 et du traité de Gand. Adams considérait que le règlement de ces questions était primordial à la liberté du commerce américain. L'ambassadeur des États-Unis à Londres, Albert Gallatin, convainquit le gouvernement britannique de verser une indemnité d'environ un million de dollars. Les États-Unis perçurent également des sommes plus modestes de la part de la Suède, du Danemark et de la Russie. En revanche, les négociations avec la France furent rompues après la chute du gouvernement Villèle en 1828[38]. De même, les doléances adressées par Clay et Adams au Mexique n'eurent pas de suite[39].

Amérique latineModifier

En Amérique latine, Adams et Clay menèrent une politique volontariste afin d'empêcher cette zone de tomber sous l'influence économique de l'Empire britannique[40]. En 1826, l'administration envisagea d'envoyer une délégation au congrès de Panama, une conférence organisée par Simón Bolívar et qui rassemblait les républiques d'Amérique latine[41]. Le président et son secrétaire d'État espéraient que cette conférence permettrait d'inaugurer une « politique de bon voisinage » entre les différents États indépendants d'Amérique[42]. Toutefois, les financements nécessaires à la délégation et sa composition dégénérèrent en une bataille partisane au sujet de la politique intérieure de l'administration, et des opposants comme le sénateur Martin Van Buren firent obstacle au processus de confirmation de la délégation[43]. Van Buren considérait que la participation des États-Unis au congrès de Panama contrevenait à la tradition isolationniste de la politique étrangère américaine, en vigueur depuis George Washington[42], tandis que Calhoun était trop heureux de dénigrer une initiative venant d'un adversaire comme Clay[40]. L'envoi de la délégation fut finalement voté par le Sénat, mais cette dernière, en raison de l'obstruction menée par une partie des sénateurs, n'arriva qu'après la fin des travaux du congrès[44].

En 1825, l'ambassadeur de la République fédérale d'Amérique centrale à Washington, Antonio José Cañas, proposa un traité permettant la construction d'un canal au Nicaragua[45]. Impressionné par le canal Érié qui venait tout juste d'entrer en service, Adams se montra intéressé par le projet[41]. La fédération délivra un contrat pour la mise en chantier du canal à un groupe d'entrepreneurs américains, mais l'entreprise échoua en raison d'un manque de financement. Cet échec contribua à l'effondrement de la République fédérale qui fut dissoute en 1839[46].

Problèmes frontaliersModifier

Sous sa présidence, Adams poursuivit les négociations avec le Royaume-Uni au sujet de la question des frontières, notamment celle entre le Maine et le Canada qui n'était toujours pas réglée de façon très nette[35]. Gallatin était favorable à un partage du territoire de l'Oregon au niveau du fleuve Columbia, mais Adams et Clay ne voulaient faire aucune concession au-delà du 49e parallèle nord[47]. Le Mexique avait proclamé son indépendance peu après la ratification du traité Adams-Onís entre les États-Unis et l'Espagne, et l'administration Adams proposa au gouvernement mexicain de redéfinir la frontière américano-mexicaine[48]. L'ambassadeur des États-Unis à Mexico, Joel Roberts Poinsett, tenta vainement de négocier l'achat du Texas. En 1826, des colons américains installés au Texas déclenchèrent la révolte de Fredonia, mais Adams fit en sorte que son pays ne soit pas directement impliqué[49].

Élection présidentielle de 1828Modifier

Départ de la présidenceModifier

HéritageModifier

 
Pièce de la série du dollar présidentiel à l'effigie de John Quincy Adams.

John Quincy Adams est généralement considéré par les historiens et les politologues comme un président moyen. Il laisse le souvenir d'un grand secrétaire d'État et d'un homme éminemment qualifié pour la présidence, mais dont la capacité à diriger le pays s'est vu gravement affaiblie à la suite de l'élection contestée de 1824. Plus important encore, il ne révèle pas comme un très bon politicien à une époque où les affaires politiques commencent à prendre une ampleur considérable à l'échelle du pays. Ce décalage est manifeste dans son intention de servir en restant au-dessus de la « mauvaise herbe partisane » au moment précis où le second système des partis bouleverse de façon radicale les traditions politiques américaines[50].

Paul Nagel affirme cependant qu'Adams n'était pas moins visionnaire que certains de ses contemporains et que ses échecs furent surtout le résultat d'une opposition jacksonienne particulièrement hostile et de son manque d'intérêt pour la fonction présidentielle[51]. Bien qu'étant un pur produit de la société de son temps, la conception qu'il se faisait de la politique tranchait avec les règles habituelles et il échoua, faute de pugnacité, à mobiliser des soutiens en faveur de ses décisions, ceci alors même qu'il était constamment attaqué par les partisans de Jackson qui l'accusaient d'avoir marchandé son élection avec Clay[52].

Dans un sondage C-SPAN de 2017, Adams figurait vers le milieu du classement des présidents américains, derrière George H. W. Bush et devant Ulysses S. Grant. L'enquête demandait à 91 historiens spécialistes de la présidence de ranger les 43 individus ayant exercé la fonction suprême (dont le président sortant Barack Obama) dans diverses catégories afin d'établir ensuite un classement général. Adams termina à la 21e place (alors qu'il était 19e en 2000 et 2009). Son évaluation portait sur sa capacité de persuasion publique (33e), son leadership en situation de crise (23e), sa gestion économique (17e), son autorité morale (16e), sa gestion des affaires internationales (15e), ses compétences administratives (18e), ses relations avec le Congrès (32e), sa vision politique et sa capacité à mettre sur pied un agenda (15e), ses réalisations pour une justice plus égalitaire (9e) et enfin une remise en perspective de sa performance selon le contexte (22e)[53]. Un sondage mené en 2018 auprès de la section consacrée aux présidents et aux politiques exécutives de l’American Political Science Association situait Adams à la 23e place du classement[54].

Notes et référencesModifier

  1. a et b Parsons 2009, p. 70 à 72.
  2. a b et c Kaplan 2014, p. 364 à 367.
  3. Kaplan 2014, p. 206.
  4. Hargreaves 1985, p. 24.
  5. a et b Howe 2007, p. 203 et 204.
  6. Hargreaves 1985, p. 20 et 21.
  7. Hargreaves 1985, p. 20, 26 et 29.
  8. a b et c Kaplan 2014, p. 386 à 389.
  9. Parsons 2009, p. 79 à 86.
  10. Hargreaves 1985, p. 19.
  11. (en) Margaret A. Hogan, « John Quincy Adams: Campaigns and Elections », sur millercenter.org, Miller Center of Public Affairs (consulté le 24 mai 2019).
  12. Hargreaves 1985, p. 33 et 34 ; 36 à 38.
  13. a et b Kaplan 2014, p. 391 à 393 ; 398.
  14. (en) Frederic D. Schwarz, « 1825 One Hundred And Seventy-five Years Ago », American Heritage, Rockville, American Heritage Publishing, vol. 51, no 1,‎ février-mars 2000 (lire en ligne).
  15. (en) « Swearing-In Ceremony for President John Quincy Adams: Tenth Inaugural Ceremonies, March 4, 1825 », sur inaugural.senate.gov, Sénat des États-Unis, joint congressional committee on inaugural ceremonies (consulté le 26 mai 2019).
  16. Kaplan 2014, p. 394 à 396.
  17. Hargreaves 1985, p. 47 et 48.
  18. Hargreaves 1985, p. 49 et 50.
  19. Parsons 2009, p. 106 et 107.
  20. Hargreaves 1985, p. 49 à 51.
  21. Kaplan 2014, p. 396 et 397.
  22. Howe 2007, p. 247 et 248.
  23. Hargreaves 1985, p. 48 et 49.
  24. Hargreaves 1985, p. 62 à 64.
  25. (en) Henry J. Abraham, Justices, Presidents, and Senators: A History of the U.S. Supreme Court Appointments from Washington to Bush II, Rowman & Littlefield, (ISBN 9780742558953), p. 75 et 76.
  26. Kaplan 2014, p. 402 et 403.
  27. Remini 2002, p. 80 et 81.
  28. Hargreaves 1985, p. 311 à 314.
  29. Kaplan 2014, p. 404 et 405.
  30. Kaplan 2014, p. 397 et 398.
  31. Hargreaves 1985, p. 67 et 68.
  32. Hargreaves 1985, p. 76 à 85.
  33. Hargreaves 1985, p. 89.
  34. Hargreaves 1985, p. 91 à 95.
  35. a et b Kaplan 2014, p. 400 et 401.
  36. Hargreaves 1985, p. 102 à 107.
  37. Hargreaves 1985, p. 110 à 112.
  38. Hargreaves 1985, p. 68 à 72.
  39. Hargreaves 1985, p. 75.
  40. a et b Howe 2007, p. 257.
  41. a et b Kaplan 2014, p. 401 et 402.
  42. a et b Remini 2002, p. 82 et 83.
  43. Kaplan 2014, p. 404 et 405.
  44. Kaplan 2014, p. 408 à 410.
  45. Hargreaves 1985, p. 123 et 124.
  46. Hargreaves 1985, p. 124 et 125.
  47. Hargreaves 1985, p. 117 et 118.
  48. Howe 2007, p. 258.
  49. Hargreaves 1985, p. 116.
  50. (en) Margaret A. Hogan, « John Quincy Adams: Impact and Legacy », sur millercenter.org, Miller Center of Public Affairs (consulté le 26 mai 2019).
  51. (en) Paul C. Nagel, Descent from Glory: Four Generations of the John Adams Family, New York, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-503172-0).
  52. (en) R. R. Stenberg, « Jackson, Buchanan, and the "Corrupt Bargain" Calumny », The Pennsylvania Magazine of History and Biography, vol. 58, no 1,‎ , p. 61 à 85 (DOI 10.2307/20086857).
  53. (en) « Historians Survey Results: John Quincy Adams », sur c-span.org, (consulté le 26 mai 2019).
  54. (en) Brandon Rottinghaus et Justin S. Vaughn, « How Does Trump Stack Up Against the Best — and Worst — Presidents? », sur nytimes.com, The New York Times, (consulté le 30 mai 2018).

BibliographieModifier

  • (en) Mary W. M. Hargreaves, The Presidency of John Quincy Adams, University Press of Kansas, .
  • (en) Daniel W. Howe, What Hath God Wrought: The Transformation of America, 1815–1848, Oxford University Press, coll. « Oxford History of the United States », (ISBN 0-19-507894-2, OCLC 122701433).
  • (en) Fred Kaplan, John Quincy Adams: American Visionary, HarperCollins, .
  • (en) Lynn H. Parsons, The Birth of Modern Politics: Andrew Jackson, John Quincy Adams, and the Election of 1828, Oxford University Press, .