Politique en Russie

système politique russe
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La Russie est une république fédérale. Le chef de l’État s'appelle le président et est élu au suffrage universel direct pour un mandat de 6 ans[1], renouvelable une seule fois consécutive. Le pouvoir législatif est représenté par l'Assemblée fédérale composée de la Douma (russe : Дyмa) ou, plus précisément, Douma d'État, formée par 450 députés élus au suffrage universel direct pour 5 ans et du Conseil de la Fédération (russe : Совет Федерации), formé de 170 représentants des Sujets de la Fédération (collectivités locales).

Le président est Vladimir Poutine depuis le [2]. Le président de la Douma d'État est Viatcheslav Volodine depuis les élections législatives de et le Conseil de la Fédération est présidé, depuis , par Valentina Matvienko.

Élections présidentiellesModifier

Année Vainqueur Second Remarques
Nom % Nom %
2018 Vladimir Poutine 76.69 Pavel Groudinine 11.77 Résultats 1er tour (tour unique).
2012 Vladimir Poutine 63.6 Guennadi Ziouganov 17.18 Résultats 1er tour (tour unique).
2008 Dimitri Medvedev 70.28 Guennadi Ziouganov 17.72 Résultats 1er tour (tour unique). Vladimir Poutine ayant présidé la Russie pendant deux mandats, ne peut se représenter à un troisième mandat consécutif.
2004 Vladimir Poutine 71.2 Nikolaï Kharitonov 13.7 Résultats 1er tour (tour unique).
2000 Vladimir Poutine 52.94 Guennadi Ziouganov 29.21 Résultats 1er tour (tour unique).
1996 Boris Eltsine 53.82 Guennadi Ziouganov 40.31 Résultats second tour.
1991 Boris Eltsine 57.30 Nikolaï Ryjkov 16.85 Résultats 1er tour (tour unique).

Élections législativesModifier

Année Composition Remarques
2016   Majorité absolue pour Poutine (Russie unie).
2011   Majorité absolue pour Medvedev (Russie unie).
2007   Majorité absolue pour Poutine (Russie unie).
2003   Majorité absolue pour Poutine (Russie unie) et ses alliés.
1999  
1995   Douma opposée au président Eltsine.
1993   à compléter Douma opposée au président Eltsine.

Mandats de Vladimir PoutineModifier

Réformes politiques sous Vladimir PoutineModifier

Dans le domaine politique les réformes ont été centrées sur la création d'une « verticale du pouvoir » afin de rendre le dernier plus concentré et efficace (ce processus fut accéléré à la suite de la tragédie de Beslan le ) :

  • réforme de la division territoriale avec la création de sept Districts fédéraux par le décret présidentiel no 849 du [3] ;
  • réforme du Conseil de la Fédération de Russie (2000 − 2002), et arrêt des élections des gouverneurs des sujets de la Fédération qui seront dorénavant désignés par le président avec entérinement ultérieur par la législation locale ()[4] ;
  • création d'organes consultatifs : un Conseil d'État (GosSoviet), constitué des gouverneurs et une Chambre de la société (Obschestvennaïa Palata), constituée des personnalités influentes et connues ;
  • mise en place de mesures assurant une meilleure cohésion entre les ministères de l'ordre public dits siloviki (Intérieur, Armée, FSB) et le ministère des Situations d'urgence.

Critiques du pouvoir de Vladimir PoutineModifier

Un manque de démocratieModifier

Outre les accusations de fraudes électorales lors des élections de 2000[5], de 2008[6], de 2011[7], de 2012[8], de 2016[9], certains analystes considèrent qu'il existe une dérive autoritaire du pouvoir de Vladimir Poutine. En , Marie Mendras, chercheuse au CERI et enseignante à l'Institut d'études politiques de Paris connue pour son opposition à Vladimir Poutine, jugeait qu'en Russie, « il n'y a plus ni Parlement ni Cour constitutionnelle dignes de ce nom, le gouvernement est court-circuité par l'administration présidentielle, les juges sont soumis au pouvoir politique dès qu'une affaire devient délicate. Cela nous ramène au problème de la violence et de l'impunité [...]. Désinstitutionnalisation du régime, opacité des décisions, montée de l'arbitraire et des méthodes expéditives : tout cela traduit une agitation croissante des cercles dirigeants »[10].

 
La « Marche du désaccord » à Saint-Pétersbourg le .
 
Manifestation contre l'intervention russe en Crimée à Moscou, le .

Depuis 2005, une partie de l'opposition s'est regroupée à plusieurs reprises pour organiser des manifestations, telles que La Marche du désaccord, Stratégie-31, Poutine doit partir, auxquelles cependant les partis les plus importants de l'opposition à la Douma (Parti Communiste, Rodina, LDPR), ne participent pas. Ce mouvement regroupe des courants politiques hétéroclites, dont des libéraux, L'Autre Russie ou jusque 2006 le Parti national-bolchevique. Parmi ses chefs de file, on retrouve le champion d'échecs Garry Kasparov, le dissident Édouard Limonov, l'ancien premier-ministre Mikhaïl Kassianov, l'avocat Alexeï Navalny, le militant Sergueï Oudaltsov ou l'homme d'état Boris Nemtsov. Ces manifestations sont souvent interdites pour diverses raisons par les autorités, les militants sont arrêtés, emprisonnés ou subissent des pressions[11],[12],[13],[14]. La candidature de ces opposants est fréquemment rejetée pour des motifs divers[15]. Certains militants anti-Poutine notables ont été assassinés, comme Iouri Tchervotchkine ou Boris Nemtsov[16], d'autres ont subi des tentatives d'assassinat, comme Vladimir Vladimirovitch Kara-Murza[17],[18],[19],[20].

Contrôle des médiasModifier

Depuis 2002-2004, le Kremlin a resserré son emprise sur les chaînes de télévision ou journaux privés tels que NTV à travers une prise de contrôle par le géant gazier para-étatique Gazprom. Après la prise d'otages de Beslan en 2004, le quotidien Izvestia avait publié plusieurs photographies de la tragédie, à la suite de quoi le rédacteur en chef avait été renvoyé.

Il existe quelques titres de la presse indépendants, tels que Novaïa Gazeta. De nombreux journalistes critiques du régime et de son président ont été assassinés, sans que leur assassinat soit clairement élucidé, tels que Paul Klebnikov, Anna Politkovskaïa, Stanislav Markelov ou Natalia Estemirova. Enfin, plusieurs médias indépendants créés dans les années 1990, tels que ceux de Vladimir Goussinski et Boris Berezovsky, sont sanctionnés, jusqu'à devoir être cédés au pouvoir ou fermer[21], tendance qui perdure[22].

Selon une étude publiée par l'université d'Oxford, 45 % des 1,3 million de comptes Twitter russes ayant posté plus de 10 tweets en rapport avec la politique russe, de à sont des bots informatiques[23],[24].

Obligation d'enregistrement des ONGModifier

À la suite d'une loi promulguée en 2006, les ONG étrangères doivent elles aussi enregistrer leurs statuts et leurs activités[évasif] auprès du Service d'enregistrement fédéral (FRS)[Quoi ?]. Cette procédure exige de chaque association qu'elle fournisse une liste de documents (notamment la comptabilité, les sources de financement, etc.[évasif]). Les ONG qui ne peuvent répondre à ses formalités devront quitter le pays[évasif][25]. Le WWF a déjà fait savoir qu'il quitte le pays pour ne pas se soumettre au contrôle de l'État[réf. souhaitée].

Le président du comité de la Douma Konstantin Kossatchev a quant à lui rappelé que la loi russe sur les ONG a été adoptée compte tenu des recommandations du Conseil de l'Europe et que son élaboration a été menée compte tenu de l'avis des experts de cette organisation. « Les modalités de réenregistrement de ces ONG ne sont pas […] excessives », a souligné le député[26].

Lacunes de la justiceModifier

De nombreux quotidiens estiment que l'État de droit est menacé en Russie : pour le journal Vedomosti, « le niveau croissant de la criminalité et du nombre de verdicts bizarres et étrangement cléments ne font que renforcer le sentiment d'injustice au sein de la société russe[27]. » Il fait allusion à la clémence des tribunaux dans les affaires d'actes racistes qui se multiplient dans les villes russes[28]. La criminalité a diminué sous la présidence de Vladimir Poutine. Sous Boris Eltsine, environ 19 personnes sur 100 000 habitants décédaient de mort violente, contre 10,2 pour 100 000 en 2010[27],[29]. Cependant le président et l'appareil de l'État russe disent être conscients du problème de montée de l'extrémisme et du racisme et prennent des mesures vigoureuses pour contrer leur expansion[30].

Notes et référencesModifier

  1. De 4 ans jusqu’à l’élection présidentielle de 2012.
  2. « Cérémonie d'investiture du Président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine ».
  3. Chronologie internationale : Russie et CEI - La Documentation française.
  4. Le conseiller de V. Poutine répond aux critiques sur la réforme politique.
  5. Résumé de l’enquête du The Moscow Times dans L'élection de M. Poutine entachée de fraude, lemonde.fr, . The Moscow Times affirme « la conclusion inévitable est que M. Poutine, sans avoir triché, n'aurait pas gagné dès le premier tour » et Le Monde commente « La liste des fraudes est interminable ».
  6. AFP et RTL.be, Coup de sang au Parlement russe contre des fraudes électorales , , consulté le
  7. Les fraudes électorales en Russie dévoilées par des vidéos amateur, France 24
  8. Cyrille Louis et Pierre Avril, Russie : des anomalies et des soupçons de fraudes signalés, Le Figaro, , consulté le
  9. Aude Massiot, En Russie, un journaliste infiltré dans un système de fraude électorale pro-Poutine arrêté, Libération, , consulté le
  10. Jean Piel, Le Monde du cité par La Russie en pleine dérive autoritaire, RFI, .
  11. Reuters, Deux opposants à Poutine condamnés à 4 ans de prison, Le Monde, , le chapeau indique Sergueï Oudaltsov et Leonid Razvojaev avaient organisé les grandes manifestations de mai 2012, à la veille de l'investiture de Vladimir Poutine, consulté le
  12. AFP, L'opposant Garry Kasparov arrêté lors d'une manifestation à Moscou, La Dépêche, , consulté le
  13. Jean-Pierre Mercier, Kasparov physiquement agressé à Moscou, Libération, , consulté le ,
  14. Russie : la police fait irruption dans les bureaux de l’opposant anti-corruption Navalny, SudOuest.fr avec AFP, publié le 28/01/2018, consulté le , http://www.sudouest.fr/2018/01/28/russie-la-police-fait-irruption-dans-les-bureaux-de-l-opposant-anti-corruption-navalny-4150366-4803.php
  15. Russie: Alexeï Navalny interdit de candidature à la présidentielle 2018, RFI, , consulté le
  16. Emmanuel Grynszpan, Mort suspecte d'un activiste anti-Poutine, Libération, , consulté le
  17. Tom Porter, « Russia: Anti-Kremlin activist Vladimir Kara-Murza in hospital after 'poisoning' », International Business Times,
  18. Gabrielle Tétrault-Farber, « Opposition Activist Remains in Critical Condition », Moscow Times,
  19. « Putin’s Russia: Don’t Walk, Don’t Eat, and Don’t Drink », New Yorker
  20. "Condition of opposition journalist Kara-Murza remains ‘critical’", The Interpreter, .
  21. Pierre Avril, « L'information, l'autre guerre de Vladimir Poutine », Le Figaro,‎ (ISSN 0182-5852, lire en ligne, consulté le ).
  22. « En Russie, une chaîne de télé ferme parce qu'elle « dérange », selon son patron », Le Monde et AFP,‎ (ISSN 0182-5852, lire en ligne, consulté le ).
  23. Thierry Noisette, « Propagande et fake news : Facebook et Twitter sont utilisés pour manipuler », sur L'Obs, (consulté le ).
  24. (en) Sergey Sanovich, 1 Working Paper No. 2017.3 Computational Propaganda in Russia : The Origins of Digital Misinformation, université d'Oxford, , 26 p. (lire en ligne), p. 14.
  25. « Les ONG étrangères doivent s'enregistrer ou partir », dans Courrier international du 18/10/2006, [lire en ligne]
  26. Les règles d'enregistrement des ONG occidentales sont raisonnables. Agence de presse RIA Novosti. Le 19/10/2006
  27. a et b Philippe Randrianarimanana, « Russie. L'État de droit en faillite », dans Courrier international du 23/10/2006, [lire en ligne]
  28. Parmi les derniers meurtres à caractère raciste, citons celui du jeune Vietnamien Vu An Tuan, le 13 octobre 2004, celui d'un étudiant congolais en septembre 2005.
  29. « Homicides volontaires par 100 000 habitants », sur Perspective monde, 1998-2010
  30. http://fr.rian.ru/society/20061115/55671612.html Le pouvoir ripostera à ceux qui sèment la discorde raciale, ethnique et religieuse (Poutine).

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • (en) Joel M. Ostrow (dir.), Politics in Russia : a reader, Sage, CQ Press, Los Angeles, Calif., London, New Delhi, 2013, 488 p. (ISBN 978-1-608-71650-0)
  • (en) Stephen White, Richard Sakwa et Henry E. Hale, Developments in Russian politics 8, Palgrave Macmillan, Basingstoke, Hampshire, 2014, 300 p. (ISBN 978-1-13-739213-8)

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

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