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Pierre de Calan

économiste français

Origine familiale et formationModifier

Pierre de Calan est issu d'une ancienne famille bretonne de l'aristocratie. Il est le fils de Jean de la Lande de Calan, cadre administratif, et d’Élisabeth Barbier de la Serre[1]. Il épouse en juin 1936 Madeleine de Frondeville[2] (1/01/1914 - 8/12/2017). Il est le grand-père maternel de François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France depuis 2015.

Après des études secondaires à Sainte-Croix de Neuilly où il obtient son baccalauréat en 1928[3], il poursuit des études de droit et d'économie, notamment à l'École libre des sciences politiques. Il est reçu en 1936 au concours de l'Inspection générale des finances.

Haut fonctionnaireModifier

Capitaine d'infanterie, prisonnier de guerre, il est officier de la Légion d'Honneur et décoré de la croix de guerre 1939-1945. Sous l'Occupation, il est un temps conseiller technique de Jean Berthelot, puis en 1942 chef[4] puis directeur de cabinet de Jean Bichelonne, ce qui lui vaut d'être décoré de la francisque[5]. Il est arrêté par les Allemands en 1944.

Il est directeur du commerce intérieur au ministère de la production industrielle puis de l'industrie d'août 1943[6] à 1950.

Syndicaliste patronal et patronModifier

Il quitte l'administration en 1950 pour devenir vice-président délégué du syndicat général de l'industrie cotonnière français, jusqu'en 1964[7]. Administrateur de sociétés[8], il est aussi administrateur puis président de la banque cotonnière. Il est ensuite vice-PDG en juillet 1965 puis P-DG en septembre de la même année d'une entreprise du secteur de la mécanique lourde, la société française de constructions Babcock et Wilcox[9], ainsi que de Babcock-Atlantique [10] et Babcock-Fives[11], jusqu'en 1973[12]. Il préside ensuite la Barclays Bank SA, filiale française de la banque britannique Barclays, de 1974 à 1982[13].

Président du groupement de la mécanique lourde, de 1969 à 1974, vice-président de la Fédération des industries mécaniques et transformatrices des métaux de 1972[14] à 1975, il est président de la commission des structures, président de la commission des échanges avec l'outre-mer, membre du bureau en 1968[15] puis vice-président du conseil national du patronat français de 1972 à 1975. Il a toutefois échoué en 1972 à se faire élire président du CNPF[16].

Il est aussi président de la commission économique internationale et vice-président de la section française de la Ligue européenne de coopération économique, et président en 1976 de Rexeco (Centre de recherche pour l'expansion de l'économie).

C'est un patron catholique, adhérent du Centre français du patronat chrétien[17].

Un intellectuel engagé dans les débats du tempsModifier

Économiste libéral et catholique, auteur d'essais remarqués, il s'engage dans les débats sur la réforme de l'entreprise, avec son essai de 1963 Renaissance des libertés économiques et sociales, prenant le contre-pied de son ancien collègue de l'inspection des finances François Bloch-Lainé, qui publie la même année Pour une réforme de l'entreprise[18]. Il est alors le porte-parole d'un groupe néolibéral animé par Henri Fayol, président de la commission des prix du Conseil national du patronat français[19]. Calan affirme 20 ans plus tard qu’à la publication de son texte, « la crainte de déplaire à l’Élysée – où l’on disait le général de Gaulle séduit par les propositions de Bloch-Lainé, se révéla si puissant que le comportement du patronat officiel ressembla fort à un désaveu de paternité ». Il note aussi que les jeunes patrons du CDJ « s’interrogeaient avec une âpre complaisance sur la légitimité de leur pouvoir » et souligne « le pharisaïsme de la mauvaise conscience » dans les salons parisiens, et « la tyrannie intellectuelle d’une gauche marxisante ». L’esprit de l’époque était à l’acceptation de « la mainmise croissante de l’État » et de « la pénétration toujours plus profonde et plus étendue de la bureaucratie dans la vie quotidienne des individus, des familles, des entreprises »[20]. En 1963, dans une conférence au Centre d'études politiques et civiques, il soulignait déjà « l’enthousiasme délirant » ou la résignation de certains milieux patronaux ou ecclésiastiques. Il y réaffirmait la conception traditionnelle de l’autorité patronale, fondée sur la propriété privée du capital, condamnait la « démocratisation » du « gouvernement » de l’entreprise. Et dénigrait le « mécanisme » du dirigisme administratif à l’œuvre depuis 1939, qui prend des « formes nouvelles et plus graves aujourd’hui », agitant la menace d’un État collectiviste[21].

On lui attribue faussement la rédaction de la charte libérale du CNPF du 18 janvier 1965, qui réclame une diminution des interventions publiques et valorise l'économie de marché[22]. Il est en tout cas l'un des patrons qui ont milité au sein de la commission économique du CNPF pour cette charte[23]. Cette charte a été « vite oubliée » selon Pierre de Calan, du fait notamment de la fraction du patronat « obsédée par la peur de ne pas être à la pointe de ce que l’on pensait alors être le progrès »[24].

Il milite pour un néolibéralisme antiétatiste et humaniste, dans ses conférences et ses interventions dans des congrès, ses articles (dans la Revue des deux mondes en particulier), ses participations aux tables rondes de la Croix, son action au sein du CNPF - il présente au CNPF un rapport en 1968 sur les "entraves administratives à la vie des entreprises"[25]. Il est membre de deux associations libérales. L'Association des chefs d'entreprise libres tout d'abord, dont il est l'un des administrateurs[26]. Il écrit de nombreux articles dans son périodique, à partir des années 1960 [27], et surtout au cours des années 1970 et 1980. L'Association pour la liberté économique et le progrès social ensuite[28]. Il prend part à ses semaines de la pensée libérale[29], participe aux colloques du Centre d'études de la doctrine sociale de l'Église, lié à l'ALEPS[30] et reçoit en 1970 le grand prix André-Arnoux décerné par cette association. Dans son allocution de remerciement, il déplore « la grande peur des libéraux » qui subsiste en France, inspirée par l'assimilation dans l'opinion du libéralisme au conservatisme. Puis il a regretté la confusion faite souvent encore entre la liberté, « qui est la plus sévère des contraintes », et la facilité. Il a proposé à son auditoire de défendre la liberté économique en la remettant à sa place, celle d'un moyen de promouvoir efficacité et responsabilité, n'ayant pas en soi de finalité propre, laquelle relève des convictions religieuses et philosophiques. Il s'est enfin réjoui du spectacle du « renouveau des libertés » qui se manifeste en France en matière économique et il a assuré que seul le libéralisme pouvait fonder la « révolution permanente »[31].

Il fréquente aussi le Cercle renaissance[32]. Il publie aussi des romans, une pièce de théâtre, les Écrivains, avec son cousin, l'écrivain catholique Michel de Saint Pierre, jouée en 1959 au théâtre des Mathurins.

Au lendemain de la victoire de François Mitterrand en 1981, il participe à la fondation du Cercle des libertés républicaines d'Yves-Marie Laulan [33] et cosigne en 1982 un manifeste demandant le départ des ministres communistes du gouvernement français[34].

Administrateur d'Aide au logement[35], administrateur de la fondation de France (1974-1982), président du Centre national d'étude et de recherches du paysage (1974-1979), président de l'Université libre des sciences de l'homme, il est élu le 25 juin 1984 dans la section d’économie politique, statistique et finances à l'Académie des sciences morales et politiques[36].

ŒuvresModifier

  • Les cousins vraisemblables, contes, A. et P. Jarach, 1948
  • Vie de l'entreprise, Collège libre des sciences sociales et économiques, 1958
  • Les écrivains (pièce de théâtre), avec Michel de Saint Pierre, Grasset, 1959
  • Renaissance des libertés économiques et sociales, Plon, 1963, préfacé par Henri Fayol
  • Les professions, solutions à la crise du syndicalisme, Éditions France-Empire, 1965
  • Pour les libertés sociales et économiques, Berger-Levrault, 1968
  • Interdit aux économistes, Mame, 1972
  • Les jours qui viennent, Fayard, 1974 (31)
  • Chère inflation, France-Empire, 1975, préface de François Ceyrac, président du CNPF
  • Le patronat piégé, La Table ronde, 1977 (Lire le début dans Gallica)
  • Côme ou le désir de Dieu, La Table ronde, 1977, roman (prix de l'Académie française en 1978)
  • Inacceptable chômage, Dunod, 1985
  • Vous êtes tous des économistes, Ed. universitaires, 1991
  • Votre patron diagnostic et mode d'emploi, Top. éd., 1992
  • On retrouve Dieu partout, Fleurus, 1992
  • Les mathématiques en économie: apport ou invasion ?, avec Emile Quinet, Impr. Delmas, 1992

PrixModifier

  • Prix Renaissance de l'économie 1982[37].

Pour approfondirModifier

Notes et référencesModifier

  1. http://gw.geneanet.org/jfdutar?lang=fr;p=jean;n=de+la+lande+de+calan
  2. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6548747t/f28.image.r=%20lande%20de%20calan%20%20.langFR
  3. Annuaire de Sainte-Croix de Neuilly, édition 1982, promotion 1928.
  4. composition du cabinet de Bichelonne en 1942 ( Informations générales, BNF/gallica )
  5. Annie Lacroix-Riz, Le choix de la défaite, Armand Colin, 2005, p. 531: francisque no 1638 de juillet 1942, avec pour premier parrain Bichelonne.
  6. cf sa nomination dans les Informations générales de Vichy ( BNF/gallica )
  7. Dernière conférence de presse en juin, au cours de laquelle il présente son successeur, qui n'est autre que son beau-frère, Guy de Frondeville ( cf. biographie dans annales.org ), et se penche sur son passé: Le Monde, 25/6/1964
  8. Compagnie française de prospection sismique, Société industrielle de cellulose d'Alizay, éditions de Montsouris en 1965: Le Monde, 24/12/1965, "M. Pierre Beytout devient P-DG des éditions de Montsouris"
  9. Le Monde, 3/9/1965, "M. Pierre de Calan devient président de la société Babcock et Wilcox"
  10. Filiale conjointe fondée en 1967 de la société française de constructions Babcock et Wilcox et des Chantiers de l'Atlantique: Le Monde, 15 septembre 1967, "Babcock et Wilcox, les Chantiers de l'Atlantique et Fives Lille-Cail regroupent une partie de leurs activités"
  11. Le Monde, 7 février 1970
  12. Le Monde, 22 mai 1973, "La fusion de Babcock et de Fives, les risques du métier de chef d'entreprise"
  13. Le Monde, 2 juin 1982
  14. Le Monde, 26 septembre 1972
  15. Le Monde, "Treize nouvelles personnalités entrent au bureau du CNPF", 11/7/1968
  16. Le Nouvel observateur, 10/1/1972, Le Monde, 10/5/2005, Le Monde, 30/9/1972
  17. Dictionnaire historique des patrons français, p. 1017, Conférence aux journées chrétiennes de la fonction publique en 1954 ( Le Monde, 25/10/1954.
  18. Cf. Delphine Dulong, Moderniser la politique, L'Harmattan, 1998, p. 114-116. P. de calan a auparavant publié un article dans la revue des Jésuites Etudes sur l'Etat et la nation" en 1950: article de Calan dans Etudes, janvier-mars 1950
  19. Fayol est aussi l'un des adjoints de Marcel Boussac. Son équipe, réunie à partir de décembre 1960, est composée de Louis Jullian, Ernest Lemaire-Audoire ( président du syndicat des mandataires à la viande en gros des viandes et président de la commission d'études des questions agricoles du CNPF ), Jean Louis ( P-DG de la société française des constructions Babcock et Wilcox jusqu'en 1965 ), Georges Matheron ( qui succède à Fayol à la présidence du CNOF en 1970 ), René Terrel ( conseiller à la cour des comptes jusqu'en 1962, puis délégué général de la chambre syndicale de la sidérurgie française ) et François Piketty ( président de la commission de la Sécurité sociale du CNPF ): préface de Fayol à Renaissance des libertés économiques et sociales, L'Informateur des chefs d'entreprise libres, 15/3/1964: conférence de Fayol à la société française de géographie économique, La Revue des deux mondes, H. Fayol, "Liberté ou collectivisme", février 1964.
  20. La Revue des deux mondes, Pierre de Calan, « Vingt ans après »
  21. Les Cahiers du CEPEC, n° 24, 1964, "Renaissance des libertés économiques et sociales": texte de l'exposé fait au 34e diner d'information du CEPEC, le 19 décembre 1963. Cela n’a été pour lui que l’une des 80 conférences ou tables rondes qu’il fit dans les mois suivants la parution de son essai. Telle la table ronde organisée par La vie française en octobre 1963, avec Bloch-Lainé, Arnaud de Vogüé ( patron de Saint-Gobain ), Jean Boissonnat, le président de la CFTC et Louis Salleron, du CEPEC ( La Vie française, 25-10-1963, n° 961 ). Ou son interventions à un déjeuner-débat de l'Alliance démocratique (France) en 1964 ( Le Monde, 17 avril 1964
  22. cf. Dictionnaire historique des patrons français, p. 1017 et 1221, François Denord, Néolibéralisme version française, Demopolis, 2007, p. 273, De Gaulle: une ambition sociale foudroyée, Le Tiers livre, 2009, p. 143-144, Le Nouvel observateur, 21 janvier 1965, Le Monde, 16 avril 1965: il déclare au congrès de la Fédération nationale des étudiants de France: "On m'a attribué la récente déclaration du C.N.P.F. alors que je n'y ai retrouvé que douze mots de moi. C'est une des plus grandes blessures d'amour-propre de ma carrière. Cette déclaration parait avoir été écrite avec les pieds. J'ai trouvé beaucoup plus intelligente la déclaration du parti communiste tchécoslovaque, qui insiste sur la nécessité du profit et de la liberté des entreprises".
  23. Témoignage postérieur de François Ceyrac, p. 9 ( Selon le témoignage ultérieur de François Ceyrac, les inspirateurs de cette charte étaient composés de membres de la commission économique générale du CNPF, dont Calan et le patron de Citroën, Pierre Bercot; appuyés par le président de la Fédération de la mécanique et par Ambroise Roux, pour mettre en valeur la notion de profit: « François Ceyrac, le patron du social » ( en ligne ) dans "Gérer et comprendre", Les Annales des Mines, juin 2004, n° 76, p. 10., Dictionnaire historique des patrons français, p. 955
  24. La Revue des deux mondes, Pierre de Calan, « Vingt ans après ». Ce texte libéral a été rejeté avec éclat par un autre patron, lui aussi catholique, Marcel Demonque, qui démissionna du CNPF.
  25. Le Monde, 5/1/1968
  26. L'Informateur des chefs d'entreprise libres, 15 mai 1966 ( administrateur du comité parisien de l'ACEL ), 15 décembre 1966 ( conférence lors de l'AG de l'association en 1966), octobre 1970, n° 565 ( administrateur ), Le Monde, 24 février 1970, Le Monde, 27 avril 1970
  27. L'Informateur des chefs d'entreprise libres, 15 avril 1966, mai 1968
  28. Les Études sociales en 1974 à propos d'un manifeste de l'ALEPS, Le Monde, 15/5/1972
  29. Le Monde, 17/10/1969
  30. conférence sur "la doctrine sociale de l’Église et l'avenir du monde moderne", dans L’Église face aux problèmes du temps, Centre d'études de la doctrine sociale/ALEPS, NEL, 1971
  31. Le Monde, 16 octobre 1970
  32. Sylvain Laurens, « Le Club de l'horloge et la haute administration : promouvoir l'hostilité à l'immigration dans l’entre-soi mondain », Agone no 54, 2014, p. 88(lire en ligne).
  33. La revue des deux mondes, P. de Calan, "Le cercle des libertés républicaines", décembre 1982, Yves-Marie Laulan, Bien sortir du socialisme, JC Lattès, 1984, p. 6. Il s'interroge dans le numéro de juin 1982 de La Revue des deux mondes: "Sommes-nous encore en démocratie ?"
  34. Le Monde, 3/2/1982
  35. Fondé et présidé par son ami l'inspecteur des finances Philippe de Monplanet. Cf. le témoignage de son secrétaire général François Saint-Pierre dans L'Action française 2000, no 2717
  36. Le Monde, 27/6/1984. Il a tenu une communication en 1975 à cette académie sur le thème "expansion et inflation": Le Monde, 1/10/1975
  37. « Prix Renaissance des arts », sur cerclerenaissance.info.