Orgue néo-classique

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L'orgue néo-classique est un mouvement esthétique en facture d'orgue, apparu au début du XXe siècle visant à l'affranchir de certaines règles romantiques héritées du XIXe siècle en retournant à des pratiques classiques, tout en modernisant la console afin de rendre les instruments, neufs ou restaurés, aptes à rendre les répertoires de toutes les époques.

Naissance du néoclassicismeModifier

Les travaux de Félix Raugel, d'Yvonne Rokseth, des musicologues André Pirro et Norbert Dufourcq dans les années 1930 permettent de redécouvrir les orgues anciens. Ceux-ci, via l'Association des Amis de l'orgue et la rencontre avec le facteur Victor Gonzalez, auront une forte influence sur la commission des affaires culturelles chargée des instruments ruinés. Les restaurations ou créations d'instruments se feront alors suivant une esthétique tentant la synthèse des différents mouvements musicaux antérieurs, associée à l'application des progrès techniques récents (combinaisons de registres, tirage électrique...). Ceci permettant de mettre l'organiste concertant au centre des préoccupations de l'instrument et démultipliant ses possibilités. Un exemple est la transformation par Gonzalez de l'orgue Cavaillé-Coll du Palais du Trocadéro pour le Palais de Chaillot.

Académisme des reconstructions d'après guerreModifier

Le nouveau mouvement s'impose rapidement comme une sorte d'académisme imposé par la commission des affaires culturelles chargée des nombreuses restaurations après la dernière guerre. Ainsi de nombreux instruments anciens sont repris dans l'optique néoclassique supposée permettre de compléter leur répertoire. Les instruments totalement neufs de cette période possèdent également souvent la particularité de ne pas posséder de buffet. Cet académisme prend fin au début des années 1960, avec la restauration de l'orgue de Saint-Séverin à Paris où le facteur Kern, sous la direction de Michel Chapuis, revient à une technique classique (notamment mécanique et harmonisation) sur l'orgue profondément modifié par Abbey à la fin du XIXe siècle. Néanmoins, on retrouvera encore des instruments construits ou modifiés suivant l'esthétique néoclassique jusqu'au début des années 1970.

CaractéristiquesModifier

Le mouvement néoclassique avait pour objectif de faire une synthèse des différentes écoles, permettant d'élargir le répertoire. Il s'est inscrit dans un mouvement de transformation du rôle de l'organiste accompagnateur de l'office en concertant et interprète virtuose ayant besoin de toutes les commodités techniques et d'un instrument pouvant jouer indifféremment les auteurs contemporains, baroques ou romantiques. Il se caractérise par :

  • Utilisation de l'électricité pour le tirage des jeux et souvent des notes, permettant une console détachée du buffet et aussi des emprunts de jeux d'une section à l'autre.
  • Agrandissement des claviers vers l'aigu de 56 à 61 notes, du pédalier de 30 à 32 notes.
  • Pressions relativement basses
  • Égalisation des pressions pour chaque sommier (contrairement aux innovations de Cavaillé-Coll).
  • Retour des jeux de mutations et mixtures presque disparus dans instruments romantiques ou symphoniques.
  • Mixtures de taille étroite et, surtout, aiguës (plafond au 1/16, p.ex. à Soissons) et sans résultante 16'
  • Grande variété de matériaux, notamment pour la tuyauterie ; ainsi, le cuivre (exceptionnel à toutes les époques antérieures) est-il devenu relativement courant pour les tuyaux de montre et les résonateurs de grande taille.
  • Recoupe de la tuyauterie (et notamment des flûtes harmoniques...), réharmonisation, accord au tempérament égal.
  • Retour à une composition de positif classique (cymbale, cromorne, cornet décomposé...) à laquelle on adjoint un clavier expressif de récit où les jeux romantiques restent cantonnés.
  • Ajout des jeux d'anches en chamade (à l'espagnole) dans les grands instruments.
  • Suppression partielle ou totale du buffet dans les orgues neufs ; la tuyauterie sert de décoration.

Instruments représentatifsModifier

 
Grandes Orgues de la cathédrale de Soissons

en FranceModifier

au QuébecModifier

PolémiquesModifier

Le néoclassicisme a créé de nombreuses polémiques, à la fois sur le principe même mais également sur les réalisations effectuées et les abus commis. En effet la transformation de certains instruments homogènes et bien conservés pour en faire des orgues hybrides, si elle a permis parfois d'étendre le répertoire ou de satisfaire les désirs de l'organiste a détruit irrémédiablement le matériel sonore et technique antérieur, parfois ancien, faisant perdre à l'instrument toutes ses caractéristiques d'époque et dénaturant son timbre : cela fut constaté

Ainsi, si l'orgue du Palais de Chaillot est loué chez Noisette de Crauzat[1], il est vilipendé par Jean Guillou dénonçant également d'autres "massacres" d'instruments et de matériel, notamment de Cavaillé-Coll[2]. Il faut prendre en compte également la mauvaise qualité des matériaux lors de la reconstruction de certains orgues avec les sommes allouées aux dommages de guerre, le fait également de supprimer les buffets a enlevé un élément protecteur important de la tuyauterie et un résonateur.

À son tour, ce style de facture est menacé de disparition, sa philosophie et ses caractéristiques n'étant plus en vogue, alors que la musique qu'il a inspirée (Langlais, Litaize, Duruflé...) reste dans les répertoires. La restauration d'orgues emblématiques comme ceux de la cathédrale de Reims, celle de Soissons, ou de la collégiale de St Quentin seront, à cet égard, des "tests".

Facteurs notoires de ce styleModifier

Notes et référencesModifier

  1. l'Orgue Français, Claude Noisette de Crauzat, 1986, (ISBN 2-7312-0524-5)
  2. dans: L'orgue, Souvenir et Avenir, p. 160-161
  3. https://francearchives.fr/findingaid/fb27b64dbd34435f9e13e2405b98828ea8a08058

BibliographieModifier

  • Norbert DUFOURCQ. L'orgue, 3e éd., Paris P. U. F., coll. «Que sais-je?» no 276, 1964.