McKinsey & Company

cabinet de conseil

McKinsey & Company
logo de McKinsey & Company

Création [1]Voir et modifier les données sur Wikidata
Fondateurs James Oscar McKinsey
Personnages clés James Oscar McKinsey, Marvin Bower, Ian Davis (en), Rajat Gupta
Forme juridique Société par actionsVoir et modifier les données sur Wikidata
Slogan Change that matters
Siège social New YorkVoir et modifier les données sur Wikidata
Direction Bob Sternfels
Activité Société de conseil auprès des directions générales
Produits Conseil en stratégieVoir et modifier les données sur Wikidata
Effectif 33 000 (2020)[2]
Site web www.mckinsey.comVoir et modifier les données sur Wikidata

Chiffre d'affaires 10,5 milliards de dollars (2018)[2]

McKinsey & Company /məˈkɪnzi ænd ˈkʌmpəni/[a] est un cabinet international de conseil en stratégie fondé en 1926 dont le siège social est à New York, aux États-Unis.

La société est réputée comme étant l'un des cabinets de conseil en stratégie les plus prestigieux au monde, notamment en raison de la sélectivité de ses entretiens de recrutement[3],[4].

La firme est aussi associée à un certain nombre de scandales, notamment pour son rôle joué auprès de gouvernements autoritaires[5], ou de grands acteurs de la vie économique (scandale Enron en 2001[6], crise financière de 2007-2008, scandale des opioïdes avec Purdue Pharma dans les années 2010).

HistoriqueModifier

McKinsey & Company est fondé à Chicago en 1926 par James Oscar McKinsey, un professeur de comptabilité à l'Université de Chicago[7]. Ses premiers associés furent Tom Kearney, embauché en 1929[8], et Marvin Bower, embauché en 1933[9],[10]. Marvin Bower a établi les valeurs et les principes de McKinsey en 1937, sur la base de son expérience en tant qu’avocat. L’entreprise a élaboré une politique de « up or out », où les consultants qui ne sont pas promus sont licenciés[11]. James McKinsey quitte le cabinet en 1935 pour devenir directeur général de Marshall Field's (en), avant de mourir d'une pneumonie en 1937[12],[7].

En 1975, John L. Neuman, alors consultant chez McKinsey, publie « Make Overhead Cuts That Last »[13] dans la Harvard Business Review, dans lequel il introduit de nouvelles règles de gestion scientifique telles que l' « overhead valuation analysis » (OVA). L'OVA a guidé McKinsey sur la « voie de la réduction des effectifs », en réponse à la « dépendance excessive des entreprises du milieu du siècle à l’égard du management intermédiaire »[14]. Neuman a écrit que « le processus, bien que rapide, n’est pas indolore. Étant donné que les frais généraux sont généralement liés de 70 à 85 % aux employés et que la plupart des économies proviennent de la réduction des effectifs, la réduction des frais généraux exige des décisions déchirantes. »[13].

L'entreprise est présentée par USA Today comme particulièrement « fertile en futurs CEO » : en 2007, seize CEO d'entreprises mondiales cotées à plus de 2 milliards de dollars étaient des anciens de McKinsey & Company en 2008[15].

Organisation et servicesModifier

Le cabinet est organisé en pôles de compétences sectorielles (aérospatial, construction automobile, chimie), et par pôles de compétences fonctionnelles (analyse des données, marketing, restructuration)[16].

En 2020, la firme compte 33 000 salariés[2] dont 18 000 consultants. Près de 140 nationalités sont présentes au sein du groupe[réf. nécessaire].

En France, McKinsey dispose de 470 conseillers en 2019[17].

Les grandes écoles françaises dont sont le plus issus les conseillers de McKinsey (basés en France et à l'étranger) sont l'INSEAD (911 salariés en 2019), HEC Paris (354), Sciences Po Paris (144), CentraleSupélec (128), ESCP Business School (125), ESSEC Business School (121) et l'École Polytechnique (78)[18].

Scandales et controversesModifier

Affaire Enron aux États-UnisModifier

McKinsey est le cabinet de conseil qui a incité l'entreprise Enron à mettre en place des pratiques comptables douteuses et à orienter la stratégie de l'entreprise vers le trading d'électricité et de matières premières.

L'entreprise embaucha de nombreux anciens employés de McKinsey et fit appel au cabinet pour une vingtaine de projets[19]. En 2001, le scandale Enron éclate et l'entreprise s'effondre du jour au lendemain en raison de sa fausse comptabilité[20].

Il s'agit d'une des plus graves fraudes de toute l'histoire des États-Unis[21].

La responsabilité de McKinsey est soulignée par la presse financière[22], [23].

Le PDG de Enron, Jeffrey Skilling, est un ancien consultant de McKinsey qui y a passé 21 ans[19].

Affaire Boeing en IndeModifier

En 2006, McKinsey aurait recommandé à l'entreprise Boeing de corrompre des fonctionnaires indiens afin d’exploiter une mine de titane. Dans une présentation PowerPoint, les consultants de McKinsey auraient identifié, pour les dirigeants de Boeing, huit fonctionnaires indiens à corrompre[24]. McKinsey a réfuté ces accusations[25].

Crise financière de 2007-2008 aux États-UnisModifier

McKinsey a contribué à la crise économique et financière de 2007-2008 en encourageant les banques à titriser les crédits immobiliers de leurs clients via des titres adossés à des créances hypothécaires et à augmenter les montants de dette dans leur bilan afin de bénéficier d'effets de levier contribuant ainsi à augmenter leur exposition au risque[26].

Délit d'initié du directeur général aux États-UnisModifier

En 2012, Rajat Gupta, directeur général de McKinsey pendant neuf ans entre 1994 à 2003, est reconnu coupable de délits d'initié et est condamné à 2 ans de prison[27]. Le procès financier est décrit comme le plus gros scandale financier depuis celui de Bernard Madoff[28].

Rajat Gupta a, en effet, notamment averti le fondateur de Galleon Group de l'investissement de 5 milliards de dollars que Warren Buffett s'apprêtait à injecter dans le capital de Goldman Sachs[28]. Certains commentateurs évoquèrent même pour McKinsey un scénario funeste à la Arthur Andersen, société démantelée à la suite du scandale Enron[29].

Dissidents emprisonnés en Arabie saouditeModifier

En 2015, McKinsey effectue une mission auprès du gouvernement d'Arabie saoudite afin de déterminer l'opinion de la population saoudienne à propos des réformes économiques d'austérité mises en place pour compenser la baisse du prix du baril de pétrole. Dans une note de 9 pages, les consultants de McKinsey avertissent que 3 personnes (l'écrivain Khaled al-Alkami (de), Mohamed Abdulaziz un dissident saoudien exilé au Canada, et un internaute anonyme postant sous le nom d'Ahmad) formulent des critiques particulièrement virulentes à l'égard des réformes menées par le gouvernement.

Après la remise de la note de McKinsey, Khalid al-Alkami et deux de ses frères sont emprisonnés[30],[31].

Chute de Valeant Pharmaceuticals au CanadaModifier

En 2016, le cabinet McKinsey est impliqué dans le scandale et l'effondrement en bourse de Valeant Pharmaceuticals[32]. Le New York Times révèle un potentiel conflit d'intérêts entre les consultants de McKinsey et le hedge fund MIO Partners appartenant au cabinet McKinsey[33]. Trois des six cadres supérieurs étaient d'anciens employés de McKinsey, ainsi que le président du comité « talents et rémunération »[32].

Fête à côté de camps de concentration de Ouïghours en ChineModifier

En 2018, le New York Times révèle que le cabinet McKinsey travaille pour le compte de plusieurs gouvernements autoritaires comme celui de la Chine[34]. McKinsey a estimé que l'article du New York Times peignait « une image trompeuse » du cabinet[35].

Les contrats de McKinsey avec des régimes autoritaires sont scrutés avec plus d'attention depuis qu'une fête d'entreprise somptueuse a été organisée près d'un des camps d'internement du Xinjiang où plusieurs milliers d'Ouïghours sont détenus sans aucun motif[34],[35],[36].

Scandale sanitaire des opioïdes aux États-UnisModifier

En , l'entreprise est impliquée dans le scandale des opioïdes avec Purdue Pharma, qui commercialise l'OxyContin aux États-Unis[37], et Johnson & Johnson. McKinsey est notamment accusée d'avoir encouragé l'industrie pharmaceutique à prescrire des médicaments dangereux afin d'accroître leurs profits.

D'après les documents judiciaires produits par les plaignants, le cabinet de conseil a recommandé aux groupes pharmaceutiques de se concentrer sur des dosages les plus addictifs car ils sont plus lucratifs.

On estime que la consommation de telles substances sur ordonnance a quadruplé entre 1999 et 2018, période visée par ces procédures, et pendant laquelle 500 000 Américains sont morts des suites d'un usage abusif des opioïdes. En , McKinsey accepte de verser 573 millions de dollars pour clore les poursuites judiciaires engagées par 49 États américains. L'entreprise n'a ni reconnu ni rejeté les faits qui lui étaient reprochés[38],[39].

Pour The Economist : « Les consultants de McKinsey sont convaincus qu'ils font partie des êtres humains les plus intelligents. Ils sont en réalité parmi les gens les plus arrogants et irresponsables. »[40]

En France, en relation avec Emmanuel MacronModifier

Le recours par le gouvernement français à ce cabinet de conseil pour les questions logistiques de la campagne de vaccination contre la Covid-19 suscite la polémique[41],[42].

Un rapport de la Cour des comptes de 2018 prévenait pourtant déjà que « en matière de conseil stratégique, la qualité des travaux est souvent faible, les préconisations très générales et laconiques »[43].

Le rôle de McKinsey dans la gestion de la pandémie de Covid-19 en France en 2020 a été jugé déterminant par le gouvernement français en ce qui concerne la campagne de vaccination[44]. À la suite d'une polémique sur le coût de l’opération, Yannick Jadot demande une transparence complète sur la nature des contrats passés entre le gouvernement et la firme[45],[46]. Le , Anticor saisit la Commission d’accès aux documents administratifs après qu'une demande de communication des documents relatifs aux marchés publics et aux délibérations n'a pas abouti[47].

En janvier 2022, des représentants du cabinet sont auditionnés au Sénat par la « commission d'enquête sur l’influence croissante des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques »[48],[49],[50],[51],[52]. Une enquête préliminaire est ouverte le 31 mars 2022 pour « blanchiment aggravé de fraude fiscale »[53],[54].

Le rapport de la commission d'enquête publié le révèle que l’État a dépensé plus d’un milliard d’euros en 2021 en prestations de cabinets de conseil. Sur la période 2018-2021, McKinsey a décroché une quarantaine de missions pour l'Etat pour un total compris entre 28 millions et 50 millions d’euros, travaillant sur les retraites, les aides au logement, l’assurance-chômage[55].

Pour le compte du gouvernement, McKinsey a travaillé sur « l’avenir du métier d’enseignant », une étude facturée près d’un demi-million d’euros, en vue d’un colloque qui n’aura jamais lieu.[55]

En octobre 2022, le parquet national financier ouvre deux nouvelles enquêtes sur les « conditions d’intervention [de McKinsey] dans les campagnes de 2017 et 2022 » d'Emmanuel Macron, la première sur les chefs de « tenue non conforme de comptes de campagne » et « minoration d’éléments comptables dans un compte de campagne » ; et la seconde sur des chefs de « favoritisme » et « recel de favoritisme »[53]. En décembre de la même année, des perquisitions sont menées par les gendarmes au siège du parti Renaissance et dans les locaux parisien du cabinet de conseil dans le cadre des enquêtes judiciaires visant le recours au cabinet de conseil pendant la campagne présidentielle d'Emmanuel Macron en 2017[56],[57].

Soutien au régime russeModifier

En , McKinsey interdit explicitement à ses collaborateurs basés en Russie de participer aux manifestations pro-Navalny, un militant hostile à Vladmir Poutine, et de poster des messages politiques sur les réseaux sociaux.

Pour Henry Foy, correspondant à Moscou du Financial Times, rester « neutre », comme le recommande McKinsey à ses employés, dans la Russie de Poutine, revient à soutenir le statu quo, c'est-à-dire un gouvernement autoritaire[58].

Prix des médicaments aux États-UnisModifier

L'entreprise est critiquée aux États-Unis pour encourager ses clients à augmenter significativement le prix de médicaments pourtant développés il y a longtemps[59].

Industrie du tabac aux États-UnisModifier

L'entreprise a été critiquée par des acteurs de la santé pour ses liens avec les industriels du tabac.

En 1985, un rapport est remis à plusieurs chaines de supermarchés. Les consultants recommandent de créer des espaces pour mettre en valeur les paquets de cigarettes auprès de la population[60].

En 1990, McKinsey est recruté par Philip Morris qui souhaite savoir comment booster son marketing en Asie[61].

Entre 1999 et 2001, Philip Morris, British American Tobacco et Japan Tobacco se réunissent en secret pour mettre en œuvre le projet Cerberus[62].

Il s'agit pour ces multinationales de lutter contre les mesures anti-tabac. McKinsey est recruté pour les aider et participe à plusieurs réunions[63].

Accusations de fraude fiscale en FranceModifier

En , Le Monde publie une longue enquête sur McKinsey & Company France qui révèle que son siège social est au Delaware (USA)[42],[44]. L’entreprise n’y exerce aucune activité — il s'agit d'une simple boîte aux lettres — mais ses revenus y sont déclarés, ce qui lui permet de payer 175 $ d’impôts par an[64],[43].

La société répond qu’elle « déclare ses activités en France, et paie la fiscalité directe et indirecte due chaque année »[64].

En mars 2022, la commission d’enquête sénatoriale sur les cabinets de conseil constate que « McKinsey n’a payé aucun impôt sur les sociétés en France depuis dix ans »[65]. Cette accusation fait suite à des faits similaires en Norvège[66],[67].

À la suite du rapport sénatorial, le parquet national financier (PNF) ouvre une enquête préliminaire pour blanchiment aggravé de fraude fiscale. Le siège français de McKinsey est perquisitionné le 24 mai 2022 dans le cadre de cette enquête[68].

Parjure de Karim TadjeddineModifier

Karim Tadjeddine, directeur associé et responsable du secteur public francais chez McKinsey, est accusé d'avoir sciemment menti lors d'une audition sous serment devant le Sénat le 18 janvier 2022[69].

Dans un communiqué officiel[70], le Sénat annonce avoir saisi la justice en vertu de l'article 40 du code de procédure pénale contre Karim Tadjeddine pour faux témoignage devant une commission d'enquête parlementaire[71].

Plan Maroc VertModifier

McKinsey est chargé de définir la politique agricole du Maroc, via le Plan Maroc Vert [72].

La mise en œuvre de ce plan entraine le développement d'une agriculture intensive consommatrice des ressources en eau, dans un pays pourtant soumis à un stress hydrique important[73]. Des spécialistes estiment que ce plan a des conséquences dramatiques sur les réserves d'eau du Maroc[74].

Mohamed Taihri, ingénieur agronome, note que le mot « eau » ne figure pas une seule fois dans le rapport de McKinsey [75].

Accusation de fraude fiscale au MarocModifier

La presse marocaine accuse McKinsey de ne payer presque aucun impôt au Maroc[76].

Le groupe, qui a pourtant obtenu des contrats de l’État marocain, prétendrait faussement perdre de l'argent dans le Royaume depuis de nombreuses années. Selon la presse marocaine, les charges comptables sont artificiellement gonflées pour envoyer les profits vers un paradis fiscal[77].

Prison de New YorkModifier

En 2014, la ville de New York recrute McKinsey avec pour objectif de diminuer la violence dans la prison de Rikers Island[78].

Le cabinet empoche 28 millions de dollars pour cette mission de plusieurs années[79],[80].

Après avoir suivi les conseils de McKinsey, la violence bat des records et atteint des niveaux inédits[81].

Corruption en Afrique du SudModifier

En 2018, McKinsey est impliqué dans un scandale de corruption et de blanchiment d'argent sale pour la famille Gupta (en) en Afrique du Sud[82],[83].

En décembre 2020, McKinsey accepte de rembourser près d'1 milliard de rands perçus en commissions via les contrats liés à la corruption et rembourse 650 millions de rands supplémentaires en [82],[84].

Détournement de fonds en BelgiqueModifier

En février 2020, McKinsey reconnait « des erreurs » dans le travail fourni pour l'entreprise belge Nethys et rembourse 7 millions d'euros hors TVA en échange de l'abandon de tout recours au civil de Nethys[85].

Fin 2021, l'ex-directeur général de McKinsey Belgique, Jacques Bughin, est inculpé par les procureurs pour association de malfaiteurs, abus de biens sociaux et détournement de fonds publics[86],[87].

Poursuites pour racket et falsification de documents aux États-UnisModifier

Le 19 janvier 2022 aux États-Unis, un juge fédéral autorise des poursuites contre des associés-dirigeants de McKinsey pour violation de la loi anti-criminalité Racketeer Influenced and Corrupt Organizations Act (RICO)[88].

Une entreprise accuse la direction de la firme d'avoir dissimulé des conflits d'intérêts d'une manière frauduleuse en falsifiant des documents dans le cadre de procédures de faillite[88].

Appel d’offres à des agences de communication pour « défendre sa réputation contre les attaques »Modifier

En , McKinsey lance un vaste appel d’offres à des agences de communication pour « défendre sa réputation contre les attaques », notamment en recrutant des « key opinion leaders » (des influenceurs ralliés à sa cause), en effectuant des « stratégies pour orienter l’algorithme Google » et des « interventions spécifiques sur Wikipédia, [comme] mentionné dans l’appel d’offres »[89].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Prononciation en anglais américain standard retranscrite selon la norme API.

RéférencesModifier

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  88. a et b (en) Andrew Edgecliff-Johnson, « US appeals court reinstates racketeering claim against McKinsey », sur Financial Times,
  89. Léna Coulon, « Pour redorer son image, McKinsey veut arranger sa page Wikipédia et rallier des influenceurs », sur Libération, .

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • (en) Duff McDonald, The Firm : The Story of McKinsey and Its Secret Influence on American Business, Simon & Schuster, (ISBN 9781439190982)
  • (en) Ethan M. Rasiel, The McKinsey Way, McGraw-Hill Professional Publishing, (ISBN 9780070534483)

Liens externesModifier