Les Douze Salopards

film sorti en 1967
Les Douze Salopards

Titre original The Dirty Dozen
Réalisation Robert Aldrich
Scénario Nunnally Johnson
Lukas Heller (en)
d'après le roman de
E. M. Nathanson (en)
Acteurs principaux
Sociétés de production Metro-Goldwyn-Mayer
MKH
Seven Arts Productions
Pays de production Drapeau des États-Unis États-Unis
Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni
Genre Action, guerre
Durée 143 minutes
Sortie 1967

Série

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Les Douze Salopards (The Dirty Dozen) est un film de guerre américain de Robert Aldrich, sorti en 1967.

SynopsisModifier

Pendant la Seconde Guerre mondiale, quelque temps avant le débarquement en Normandie, douze criminels tous condamnés à mort, aux travaux forcés ou à de longues peines de réclusion se voient proposer une mission suicide qui pourra leur valoir une amnistie : attaquer un château en France, près de Rennes, où se sont installés une trentaine de hauts généraux nazis et en tuer le plus possible.

Synopsis détailléModifier

En Angleterre, les supérieurs du commandant américain John Reisman lui demandent de préparer le terrain en vue du Débarquement. Ils le chargent de mener une opération commando au cours de laquelle son unité infiltrera un châteu près de Rennes où des officiers nazis viennent se détendre. Leur but est d'en tuer le maximum pour déstabiliser l'état-major allemand. Pour éviter de perdre des soldats de valeur, Reisman devra en sélectionner douze passibles de la peine de mort ou de la réclusion à perpétuité. Ceux qui survivront seront graciés.

John se rend dans une prison militaire et sélectionne : Joseph Wladislaw, Robert Jefferson, Victor Franko, Archer Maggot, Vernon Pinkley, Samson Posey, Milo Vladek, Gleen Gilpin, Roscoe Lever, Pedro Jiminez, Seth Sawyer et Tassos Bravos. D'abord réticents, tous acceptent et avec l'aide du Sergent Bowren et de ses hommes, Reisman commence leur entraînement en pleine campagne. Dès le premier jour, Franko tente de s'échapper du camp mais Wladislaw et Jefferson le ramènent de force car si l'un d'entre eux venait à fuir, les peines des autres condamnés seraient de suite appliquées. Quelques jours plus tard, Franko entame une mutinerie, cette fois-ci soutenue par tous et leur nécessaire de toilette leur est confisqué, ce qui leur vaut le surnom des "Douze Salopards". En outre, chacun est soumis à des tests psychologiques par le Captaine Kinder pour juger de ses capacités. Selon lui, tous sont irrécupérables et n'attendent qu'une occasion pour tuer Reisman. Le plus dangereux étant Maggot, qui fût condamné pour meurtres et viols de plusieurs femmes. Depuis, il se voit comme un envoyé de Dieu chargés de les châtier et n'hésitera pas à tuer les autres prisonniers qu'il voit également comme tel.

Sur le point de terminer leur formation, les Salopards doivent s'exercer au saut en parachute. Pour cela, ils se rendent la une base aérienne du Commandant Breed qui voue une haine réciproque à Reisman. Pour garder l'opération secrète, Reisman prétexte un entraînement sous la supervision d'un général en civil mais à leur arrivée, une fanfare militaire les attend. Pinkley est chargé de jouer le rôle du général et devant l'attitude des "soldats", Breed demande à deux de ses hommes de découvrir ce que lui cache Reisman. Wladislaw est battu dans les toilettes mais reste muet. Les prisonniers pensent d'abord qu'il s'agit d'un ordre de Reisman qui souhaite se venger mais comprennent leur bévue, en voyant Breed et ses hommes débarquer dans leur camp. Reisman s'infiltre, demande à ses soldats de désarmer leurs agresseurs et Breed quitte le camp, furieux.

Leur entraînement terminé, Reisman laisse les Salopards profiter d'une bonne nuit en invitant des prostitués (cachées aux yeux de Maggot) mais le Général Worden et le Brigadier Denton le découvre. Sur le point d'annuler l'opération (et donc d'exécuter les condamnés), Reisman, en colère, leur dit que les prisonniers valent dix fois les hommes de Breed et le major Armbruster suggère qu'ils participent aux manoeuvres militaires pour leur prouver. Les Douze se font passer pour des soldats de Breed et capturent son quartier général sans problème. Impressionné, Worden ordonne donc le lancement de l'opération.

Reisman, Bowren et les Salopards sont parachutés en France mais Jiminez se casse la nuque pendant le saut. La mission continue et Reisman et Wladislaw (qui parle allemand) se déguisent en officiers pour infiltrer le château grâce à leur "chauffeur" Pinkley. Les "officiers" se rendent au salon tout en ayant permis à Maggot et Jefferson d'entrer mais Gilpin se bloque la jambe dans le toit en voulant détruire l'antenne radio. L'opération vire au désastre lorsque Maggot surprend une femme (à la recherche de son amant) et l'oblige à crier avant de la tuer ce qui déclenche l'alarme. Gilpin, toujours bloqué, lance ses grenades sur l'antenne, se tuant dans le processus. Pinkley bloque la sortie et tue les officiers cherchant à fuir avant de trépasser à son tour. À l'étage, Jefferson n'a d'autre choix que de tuer Maggot, devenu fou. Les allemands se réfugient dans un bunker situé sous le château et Reisman et Wladislaw les piègent de l'intérieur avant de lancer des grenades via les conduits de ventilation qu'ils imbibent d'essence. Malgré une défense acharnée, Posey, Vladek, Gilpin, Lever, Sawyer et Bravos sont tués par les renforts nazis. Jefferson dégoupille les grenades pour détruire le château, qui explose quelques secondes plus tard mais meurt sous les tirs allemands. Reisman, Bowren, Wladislaw et Franko fuient grâce à un semi-chenillé mais Franko se fait tuer en se réjouissant trop vite de leur victoire.

De retour en Anglettere, Wladislaw est gracié et les autres Salopards, remerciés pour le sens du devoir.

Fiche techniqueModifier

DistributionModifier

ProductionModifier

InspirationModifier

 
Un membre du « Filthy Thirteen », Clarence Ware, appliquant de la peinture de guerre à Charles Plaudo lors du D-day, le .
L'idée provenait du sergent de cette unité, Jake McNiece (en), pour honorer son héritage amérindien et dynamiser ses hommes pour le danger à venir.

Les Douze Salopards est une fiction tirée d'un roman ; le romancier E. M. Nathanson (en) affirme toutefois dans un mot d'introduction qu'il a ouï dire que de tels hommes ont existé, mais qu'il n'en a jamais trouvé confirmation dans les archives de l'armée ou du gouvernement américain.

Par ailleurs, l'histoire est largement inspirée par l'unité des « Filthy Thirteen (en) » (les « 13 dégueulasses » en français) [2].

Choix des acteursModifier

La MGM voulait John Wayne pour le rôle principal. Devant la volonté de Robert Aldrich d'engager Lee Marvin, le « Duke » céda la place.

Charles Bronson était très mécontent de tourner ce film. Il ne parla presque pas à ses collègues pendant le tournage. George Kennedy devait, lors de la préparation du film, jouer le rôle d'Arthur Maggott, le mémorable psychopathe interprété par Telly Savalas. Ernest Borgnine (acteur fétiche d'Aldrich) incarne un général américain cynique.

TournageModifier

Lors du tournage en Angleterre, le château français (construit en dur par les décorateurs du film et par 250 personnes en quatre mois[3]) s'avéra trop dangereux à faire exploser. La façade fut donc détruite et remplacée par une construction plus « utilisable ». En effet, les spectateurs avisés peuvent remarquer que seule l'entrée du manoir explose à la fin du film.

Plus d'un millier de techniciens et d'acteurs participent au tournage qui a lieu, entre autres, dans le village d'Aldery et dans un studio de l'est de Londres durant deux mois. Une centaine de véhicules militaires de la Seconde Guerre mondiale venue de toute l'Europe occidentale sont rassemblés pour le film.

En cours de tournage, l'agent de l'acteur Trini Lopez tenta de renégocier son salaire. Le réalisateur Robert Aldrich décida alors de supprimer purement et simplement la scène de la mort du personnage (qui se déroule ainsi hors-écran).

MontageModifier

À l'issue d'un premier montage, on dit à Robert Aldrich qu'il aurait certainement l'Oscar du meilleur réalisateur si seulement il retirait la scène où Jim Brown massacre les soldats allemands, prisonniers dans les caves. Aldrich, bien sûr, refusa. Selon lui la guerre ne devait jamais être édulcorée. Il dira « War is hell » (« La guerre, c'est l'enfer »).

DistinctionsModifier

Autour du filmModifier

ThèmesModifier

Le film est considéré comme un véritable monument du film de guerre américain, mais est également un remake (nouvelle version) du film L'Invasion secrète (1964) de Roger Corman. Il donnera lui aussi lieu à d'autres piètres remakes.

Le film, bien qu'antimilitariste, a été à l'époque qualifié de film « fasciste » par certains. On retrouve pourtant des thèmes virulents dénonçant l'armée américaine :

  • le personnage de Wladislaw est très proche de celui de Jack Palance dans Attack (1956) du même Aldrich ;
  • on entend le major Reisman lancer l'ordre d'exécuter des prisonniers allemands désarmés. Puis, au moment de s'échapper, il ordonne de brûler vifs les ennemis militaires et civils réfugiés dans les caves : « Vous voulez de l'essence... vous êtes sûr ? » lance un de ses coéquipiers. « Pensez à vos camarades morts », répond-il en substance ;
  • pendant l'entraînement du commando, on assiste à un échange entre le psychiatre et Reisman portant sur la cohésion croissante du groupe des recrues devenant petit à petit des machines à tuer. « Vous êtes solidaires ! » : Reisman fabrique un esprit de corps selon la vieille technique du bouc émissaire : Franko, l'incurable individualiste, fait un temps les frais de sa manipulation, bientôt ce seront les Allemands... ;

Le plan d'attaqueModifier

Le commandant Reisman présente son plan d'attaque à ses recrues et le leur fait réciter dans une célèbre séquence. Il tient en 16 points qui donnent (dans la version française) :

  1. Arrivée au barrage routier au moment opportun
  2. On liquide les gardes « chleuhs »
  3. Le commando va pique-niquer dans la joie
  4. Le commandant et Wladislaw se présentent au théâtre
  5. Pinkley attend dehors ; s'il dit un mot il trinque
  6. Le commandant arrime la corde lisse
  7. Wladislaw lance le crochet sur le faîte du toit
  8. Jimenez connaît la suite
  9. On grimpe à la corde, couverts par le sous-officier
  10. Sawyer et Gilby sont de service
  11. Posey garde le point 3 en attendant les bombes
  12. Wladislaw et le commandant rejoignent la partouze
  13. Au sommet du poteau Franko ramène sa fraise
  14. L'heure H, Jimenez détruit la sirène, Franko coupe le téléphone
  15. Franko vole un camion
  16. On tire dans le tas et on file à l'anglaise

Évidemment, rien ne se passe comme prévu...

Dans la culture populaireModifier

  • Le film aura inspiré les développeurs du premier volet du jeu vidéo Call of Duty. En effet, dans la campagne solo lors de la mission « Château », des soldats américains attaquent un manoir pour… libérer des prisonniers. Par ailleurs, les décors de la mission font beaucoup penser à ceux du film.
  • Dans la bande dessinée, il a notamment inspiré un album de la série des Tuniques Bleues : Les Cinq Salopards, par Raoul Cauvin et Lambil.

Suites et dérivésModifier

Le film connaîtra trois suites sorties sous forme de téléfilms :

Ainsi qu'une série télévisée qui ne dura qu'une seule saison :

Notes et référencesModifier

  1. (en) Dates de sortie sur l’Internet Movie Database
  2. (en) « Filthy Thirteen », sur plagesdu6juin1944.com (consulté le ).
  3. Reportage effectué pendant le tournage en 1967, mis en bonus sur un Blu Ray du film.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Jean-Elie Fovez, « Auto-critique ou propagande. Douze salopards », Téléciné no 139, Paris, Fédération des Loisirs et Culture Cinématographique (FLECC), , p. 26-27. (ISSN 0049-3287)

Liens externesModifier