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Le cardinal de Richelieu, portrait par Philippe de Champaigne, peint en 1636.

La journée des Dupes désigne les événements des dimanche 10 et lundi 11 novembre 1630 au cours desquels le roi de France Louis XIII réitère contre toute attente sa confiance à son ministre Richelieu, élimine ses adversaires politiques et contraint la reine-mère Marie de Médicis à l'exil.

ContexteModifier

Cet épisode de l'Histoire de France intervient pendant la Guerre de Trente ans (1618 - 1648), mais avant que la France ne s'y engage, alors que Louis XIII doit renforcer sa position de souverain face à l'omniprésence des Habsbourg tant sur le plan politique que religieux et familial.

Tout le menace.

Marie de Médicis ne montre pour lui ni affection, ni estime. Traumatisé tant par l'assassinat de son père, Henri IV, que les affrontements entre Réforme et Contre-Réforme ou Ligue catholique, il souffre de begaiements intempestifs[1].

À l'inverse de la politique d'Henri IV, Marie de Médicis, fervente catholique, a marié sa sœur Élisabeth de France à Philippe IV d'Espagne, encore enfant. Quant à lui, elle lui a fait épouser à Anne d'Autriche, infante d'Espagne en 1615.

Les huguenots, craignant des poursuites en France alors que leurs pairs allemands sont en guerre contre le Saint Empire, se rebellent. Louis XIII envoie Richelieu dans l'Ouest et le Midi pour restaurer l'autorité de l'État tout en ne remettant pas la liberté de culte en question. Leurs places fortes doivent être détruites, ce qui se termine par la Paix d'Alès en 1629.

Grand stratège, le cardinal de Richelieu suggère néanmoins de s'allier aux États protestants allemands pour lutter contre l'hégémonie des Habsbourg catholiques sur l'Europe, dont sont issus tous les empereurs du Saint-Empire romain germanique, ainsi que les rois d'Espagne. Richelieu prône par ailleurs le soutien des potentiels alliés que constituent les classes bourgeoises émergeantes,

Bien évidemment ceci déplut fortement au tout nouveau « Parti des dévots » dirigé par la reine-mère Marie de Médicis et Michel de Marillac, garde des sceaux, en faveur de l'option pacifiste. Ces derniers donnent primauté au catholicisme sur la royauté, Marie de Medicis étant affiliée aux Habsbourgs qui règnent sur le Saint Empire et l'Espagne. Elle ne pardonnera jamais à Richelieu de l'avoir trahie et ne cessera de conspirer à l'égard de Richelieu et de sa politique. Louis XIII devra donc faire face à cette hostilité de ses proches.

À cela s'ajoute que Louis XIII n'a pas encore de descendance et il est de santé fragile.

Tout cela pousse les Grands du Royaume, y compris son frère cadet Gaston d'Orléans, à s'enhardir. En effet, la régence pèse encore sur le royaume: l'affaiblissement de la centralisation du pouvoir initiée par Henri IV, mais surtout le favoritisme pratiqué par sa mère avait porté les Concini au pouvoir et la noblesse française, retrouvant ses privilèges, repris confiance en elle.

À partir de 1628, Louis XIII résolut, contre l’avis presque unanime de son conseil, de rétablir Charles Ier de Mantoue, duc de Gonzague-Nevers en possession de l'héritage du duché de Mantoue en Lombardie sur lequel Charles-Emmanuel Ier de Savoie qui veut renforcer sa position en Italie contre ses voisins français et imperiaux, puissants mais gregaires, élevait des prétentions. Il interrompt les expéditions contre les huguenots et, accompagné de Richelieu, occupe la Savoie. Charles-Emmanuel Ier, probablement atteint de la peste, meurt le 26 juillet 1630 à Savigliano. Peu après ce même duché est réclamé par l’empereur Ferdinand II comme bien tombé en déshérence.

Richelieu suggéra de répondre par la fermeté pour continuer à asseoir le pouvoir du roi de France. Marie de Medicis, évidemment comme Marillac, opposée à une guerre contre l'Espagne, se sentit une fois de plus trahie par Richelieu et résolut sa perte. Elle chercha à faire échouer la campagne d’Italie, en entravant l’arrivée des munitions, puis elle chercha à lui faire promettre de révoquer Richelieu dès que la guerre d’Italie serait terminée.

Pour couronner le tout, la peste faisait des ravages dans la région.

Afin d'eviter une contagion, Louis XIII quitta Mantoue pour rejoindre Lyon où Marie de Medicis, manipulée par Mazarin alors également hostile au cardinal, cherche à obtenir le renvoi de Richelieu. Le monarque, qui souffrait de mal aux dents depuis déjà depuis plusieurs mois, arrive à Lyon le 7 septembre[2], mais il est pris peu après d'une dysenterie sanglante accompagnée de fortes fièvres. Alarmé, Richelieu, qui avait pris le commandement de l’armée du Piémont, rejoint alors Lyon.

Ce qu’on a appelé la « maladie de Lyon » dura environ 40 jours et fit douter de sa survie, à tel point que l’extrême-onction fut prononcée le jour de son anniversaire le 27 septembre 1630[2],[3]. Mais contre toute attente, Louis XIII recouvra sa santé

Là dessus, les troupes de Louis XIII parvinrent à reprendre Mantoue et la reine-mère pressa le roi de destituer Richelieu. Marie de Médicis tint tous les jours des conseils conspiratifs, pour decider de quelle façon traiter Richelieu, que tous rendaient responsable des tensions en Europe voire de la maladie du roi. Gaston d'Orléans pensa accéder bientôt à la couronne.

Quant à Richelieu, Henri II. duc de Montmorency lui offrit asile dans son fief du Languedoc, si le roi venait à mourir.

Homme d'état avant tout, Louis XIII fit tout de même une réponse dilatoire à Marie de Médicis, qui rentra alors à Paris où la cour itinérante passait l'hiver.

Louis XIII revint à Paris le 19 octobre et réunit un conseil restreint en novembre[2].

DéroulementModifier

Prologue

Marie de Medicis exige de Louis XIII la destitution du cardinal de Richelieu, en raison de sa politique contre les Habsbourgs et l'Espagne. Ce dernier, qui doit tout à la reine mère, se croit perdu.

En arrivant à Paris, la reine-mère déclara au roi, que, quelque grief qu’elle ait eu de l’ingratitude du cardinal de Richelieu, elle avait reconnu sa valeur et ne ferait plus de difficulté. Cette déclaration fut reçue du roi avec joie, puisqu'elle le délivrait de l’odieuse nécessité de choisir entre sa mère et son ministre.

Louis XIII les convoqua tous à la toilette de la reine dans le palais du Luxembourg.

samedi 9 novembre 1630Modifier

Un Conseil restreint réunit Louis XIII, Marie de Médicis, Michel de Marillac, garde des sceaux, et Richelieu dans le palais du Luxembourg.

Or, les succès remportés tant dans les négociations que les affrontements ont transformé la méfiance de Louis XIII à l'égard de Richelieu en estime pour le cardinal. Il décide donc de le garder à ses côtés et fait connaître sa résolution à sa mère, en lui assurant qu’il aurait toujours pour elle le respect qu’il devait à sa mère.

Cette fin de non recevoir fit entrer Marie de Médicis dans une colère noire et laissa libre cours à sa haine envers le cardinal :

C'est alors que la nièce de Richelieu, Mme de Comballet, sa dame d’atours, se présente. La reine, en la voyant, oublia la parole qu’elle avait donnée, et se mit à l’accabler d’injures et de reproches si bien que Mme de Comballet sortit en larmes. Le cardinal ne fut pas mieux traité que sa nièce. Elle lui retira sur le champ la surintendance de la « Maison de la reine » et son titre d' « Aumônier de la Reine ».

Elle chassa de leurs fonctions son cousin germain de Richelieu, Charles de La Porte, duc de La Meilleraye, qui était capitaine de ses gardes, et ne voulut plus voir Claude Bouthillier, Sieur de Fouilletourte, secrétaire d’État, parce qu’il lui avait été détaché par le cardinal.

Louis XIII, outré par la scène, aurait quitté le palais sans un mot ni un regard à Richelieu, qui se crut perdu et se prépara à se retirer à Brouage, dont il était gouverneur[4].

De retour à l’hôtel des Ambassadeurs, Louis XIII consulta Saint-Simon, son favori, qui lui parla fortement en faveur du cardinal. Le roi, étant résolu d’aller ce jour-là à Versailles, chargea Saint-Simon d’envoyer dire au cardinal de s’y trouver : « Monsieur le cardinal a un bon maître ; allez lui dire que je me recommande à lui et que sans délai il vienne à Versailles. »

dimanche 10 novembre 1630Modifier

Louis XIII a annulé le Conseil de la Journée pour tenter de réconcilier sa mère et son ministre.

Marie de Medicis essaye d'empécher Richelieu de rejoindre la séance. Prétextant qu'elle doit « prendre médecine » elle ordonne à ses huissiers de fermer les portes avant de retourner dans la salle et reprendre sa diatribe, exigeant l'éviction et remplacement de Richelieu par Michel de Marillac comme principal ministre.

Louis XIII, dévoré de soucis dira : « L’obstination de ma mère me fera mourir ; elle veut que je chasse un ministre habile pour confier mon royaume à des ignorants, qui préfèrent leur intérêt à celui de l’État. »[5],[6]

Richelieu connaît bien le palais que lui a donné Marie de Médicis en 1627[7], et parvient à s'y s'introduire [8] et entre dans la salle à leur grand étonnement : « Je gagerai que Leurs Majestés parlent de moi ?… » « Oui ! » répond sèchement Marie de Médicis, lui reprochant son ingratitude, et lui enjoignant de ne plus jamais se présenter devant elle. Richelieu semble avoir été fortement ébranlé par la colère royale, au point de s'agenouiller en larmes et de baiser le bas de la robe de la reine-mère. Celle-ci se serait alors adressée à son fils en ces termes : « Préférez vous un laquais à votre propre mère ? »[9]

Louis XIII, part pour son relais de chasse à Versailles, sans un regard pour Richelieu, qui regagne le Petit Luxembourg et se prépare à sa déchéance.

Ce double départ fait croire au parti dévot et à Marie de Médicis que la victoire est remportée. Déjà les courtisans la félicitent ainsi que le garde des sceaux[10].

On ne sait pas exactement qui, de César de Tourville ou du cardinal de la Valette, convainquit le cardinal de Richelieu de rendre visite au roi à Versailles. Toujours est-il que le ministre se rend le jour même à Versailles où il est favorablement accueilli par Louis XIII. Au cours du long entretien qu'ils eurent, Louis XIII déclarera « Je suis plus attaché à mon État qu’à ma mère ». Le cardinal proposa sa démission au roi, mais ce dernier refusa. Au moment de prendre congé, le roi l'embrasse pour montrer leur réconciliation.

Louis XIII décide de neutraliser les opposants à ses desseins, Marie de Médicis et le chancelier Michel de Marillac.

Il commence par éloigner Michel de Marillac, en l'envoyant à Glatigny et convoque ensuite un conseil au cours duquel il promeut Charles de L'Aubespine, marquis de Châteauneuf, garde des sceaux. Il ordonne enfin l'arrestation de Michel de Marillac et de son frère, le maréchal de Marillac, nommé la veille à la tête de l'armée d'Italie.

lundi 11 novembre 1630Modifier

Louis XIII rentre à Paris.

Pour contenir la colère de sa mère, Louis XIII fait dire au cardinal de se retirer pour quelques jours à Pontoise.

Michel de Marillac, le garde des sceaux est arrêté et emprisonné au château de Châteaudun[11].

Marie de Médicis d'abord stupéfaite, refuse toutes les tentatives d'apaisement. Elle se voit recluse dans ses appartements puis exilée à Compiègne en février 1631. Elle s'en échappe le 18 juillet pour gagner les Pays-Bas espagnols.

Gaston d'Orléans se réfugie à la cour du duc Charles IV de Lorraine d'où il continue à comploter contre son frère.

D'autres participants à la conspiration subissent aussi les conséquences de cet échec : le maréchal de Bassompierre est emprisonné à la Bastille d'où il ne sortira qu'en 1643. Le duc de Guise préfère demander la permission de partir en pèlerinage en Italie. Il n'en reviendra pas..

Devant un tel retournement de situation, Guillaume Bautru, comte de Serrant, prononce alors une phrase promise à la postérité : « C'est la journée des dupes ! »

Bien que théâtrale dans son déroulement, la journée des Dupes n'en est pas moins d'une importance capitale puisqu'elle achève de souder les rapports qui unissent Louis XIII à son ministre, dont les options politiques ne rencontrent plus d'opposition alors, au sein du Conseil royal.

LittératureModifier

 
La Reine demande à son fils la démission de Richelieu, le 10 novembre. Dessin de Maurice Leloir (1910).

Honoré de Balzac a évoqué cet épisode de l'histoire dans son étude Sur Catherine de Médicis où il porte un jugement sévère sur Marie de Médicis, l'accusant d'avoir tenu secrets des documents sur la mort d'Henri IV : « la victoire de Richelieu sur elle, à la journée des Dupes, ne fut due qu'à la découverte que le cardinal fit à Louis XIII des documents tenus secrets sur la mort d'Henri IV[12]. »

La journée des Dupes constitue également un des événements centraux de 1630, la vengeance de Richelieu, roman de Jean-Michel Riou.

La journée des Dupes est aussi évoquée par Robert Merle dans le tome 12 de la série Fortune de France, « Complots et cabales ».

Notes et référencesModifier

  1. Jean Héroard, premier médecin du roi, consigna sa santé jusqu’à sa mort en 1628.
  2. a b et c Stanis Perez, La Santé des dirigeants français, de François Ier à nos jours. Paris, ed. Nouveau Monde, 2016, 332 p., (ISBN 978-2-36942-379-9)
  3. Édouard Fournier, La Journée des Dupes in Variétés historiques et littéraires, Tome IX, Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, XVIIIe siècle, Pagnerre, 1859.
  4. Mémoires de François de Bassompierre, 1656
  5. Histoire générale de France depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, Abel Hugo, Tome 5, paru en 1843
  6. Histoire des Français depuis le temps des Gaulois jusqu’en 1830, Théophile Lavallée, Tome 3, paru en 1839
  7. Marie de Médicis dira plus tard : « Si je n'avais pas négligé de fermer un verrou, le cardinal était perdu. »
  8. D'autres chroniqueurs racontent qu'il aurait usé de son influence sur une femme de chambre pour approcher le roi
  9. François de Clermont, marquis de Montglat, Mémoires contenant l'Histoire de la guerre entre la France et la Maison d'Autriche, depuis 1635 jusqu'en 1660, 1727
  10. Jean Brillet, « 10 novembre 1630 : Richelieu et la « Journée des Dupes » », dans Hérodote.
  11. Il y mourra le 7 août 1632.
  12. Sur Catherine de Médicis, Édition Furne, vol.15, p.471

AnnexesModifier

Source primaireModifier

BibliographieModifier

Articles connexesModifier