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Ismaÿl Urbain

journaliste et interprète français
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Ismaÿl Urbain
IsmaelUrbain.jpg
Urbain à Marseille en 1868
Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
Thomas Urbain
Pseudonyme
Georges VoisinVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Parentèle

Ismaÿl Urbain (ou Ismaël Urbain[1]), né Thomas Urbain le à Cayenne en Guyane et mort le à Alger, est un journaliste et interprète français.

BiographieModifier

Thomas Urbain est le fils illégitime d’un négociant ciotaden du nom d’Urbain Brue et de Marie Gabrielle Appoline, fille d'une mulâtresse affranchie née en Guyane. Incapable de reconnaître son fils, Urbain Brue lui cache ses origines : déclaré par sa mère comme étant « Thomas Appoline » né de père inconnu, il fut amené, à l’âge de huit ans par Brue à Marseille, où il reçut une éducation. Dès sa jeunesse, Thomas — à une époque, celle de la Restauration, qui était obsédée par la « pureté du sang » —, doit porter à la fois l'énigme de ses origines, son métissage, la honte et le mensonge paternels[2].

Il fut ensuite renvoyé en Guyane en 1830 par son père qui espérait le voir entrer dans les affaires. Le piteux état des affaires de son père ne lui ayant pas permis de les reprendre, Urbain, émancipé, reprit le chemin de Marseille l’année suivante en adoptant le nom de « Thomas Urbain »[2].

Thomas rejoint le Collège des saints-simoniens en juin 1832, dirigé par Prosper Enfantin, puis prend le chemin de Paris : là, il noue une profonde amitié avec Gustave d'Eichthal, fils de banquier et converti au saint-simonisme, qui le prend comme secrétaire. En 1833, Thomas Urbain connaît son moment de conversion et de révélation : il embarque avec une poignée de saints-simoniens pour l’Orient, plus précisément sur les traces de l'expédition d'Égypte de 1798.

De retour à Paris, il écrit un temps pour Le Magasin pittoresque de Charton, le Temps, La Charte de 1839, La Revue du XIXe siècle, mais ne parvient pas à faire carrière dans le journalisme.

Thomas revient au Caire, et enseigne le français à l'école militaire de Damiette : en 1835, il se convertit, « dans des vues apostoliques », à l’islam et prend le prénom d’Ismaÿl[3]. Thomas écrit à Prosper Enfantin qu'il s'est fait circoncire, et ce dernier lui répond : « Merci prophète ! »[2].

Ayant appris l’arabe en Égypte, il réclame et obtient le poste de traducteur militaire aux armées en Algérie. Débarqué à Alger au printemps 1837, il sert comme interprète sous divers généraux, dont Bugeaud, Rumilly, Changarnier. Cette même année, il écrit à Enfantin : « J'espère être un jour le représentant des races musulmanes élu et proclamé par Dieu. Un jour, si Dieu fécondait mes efforts, et que mon peuple aime à suivre ma voix, ce serait pour l'amener vers vous que je parlerai, ce sera pour vous faire connaître et aimer de lui »[4].

Le 28 mars 1840, à Constantine, il épouse Djeyhmouna bent Messaoud Ez Zeberi, âgée de douze ans, déjà divorcée, et dont il aura, en 1843, une fille, Beia (ou Baya). Ce mariage est prononcé par un imam, dans le cadre de la coutume rattachée aux familles locales.

Ses connaissances et son expérience de l’islam l’amènent à participer à l’administration du territoire algérien à un haut niveau. Devenu membre du Conseil consultatif affecté au Gouverneur-Général, il est inclus dans la plupart des décisions majeures touchant à l’Algérie. S'il ne peut réprouver publiquement les massacres perpétrés par Bugeaud et ses hommes, s'il ne se montre pas contre l'idée de l'assimilation, il s'oppose à la rapacité des colons qui s'emparent des terres appartenant aux paysans locaux et à l'écrasement des mœurs locales. Il noue de fortes relations avec les classes musulmanes supérieures. Il commence à esquisser une théorie, l'« associationnisme », en se rapprochant des idées de Tocqueville : « Le rêve des monarchies universelles n'est plus de notre temps. (...) Le progrès ne pourra avoir les mêmes formes et les mêmes aspects pour l'Arabe que pour le Français, pour le musulman que pour le chrétien »[2].

Urbain s'installe définitivement en Algérie en 1845 où le lie une grande amitié avec l'émir Abdelkader [5]. Appelé au ministère de la guerre, il retourne en France, où il fait venir sa femme. Le , constatant l’échec du rapprochement qu’il avait espéré entre la famille musulmane et la famille française, il se résout à épouser Djeyhmouna devant l’état-civil français et fait baptiser le lendemain sa fille, qui subissait sans cesse les moqueries de ses camarades de pension des Sœurs de la Doctrine Chrétienne à Constantine. Cet acte ne suffit pas à apaiser le milieu catholique composé d’Espagnols, de Maltais, d’Italiens et de Méridionaux composant la nouvelle société des colons en Algérie, qui lui reprochent de ne pas avoir fait bénir son mariage à l’église et l’absence de baptême de sa femme.

Largement responsable de la politique arabophile de Napoléon III, dont, à partir de 1860 il devient le conseiller personnel sur les questions relatives à l'Orient, Urbain correspondait avec de nombreuses personnalités politiques, militaires et culturelles majeures de l’Algérie de son temps. Dans un article de la Revue de Paris de 1857, Urbain dénonce l’expression de « Kabylie » comme une invention due à l’esprit français de systématisation, que n’utilisaient ni les Arabes ni les Berbères d'Algérie[6].

En 1861, il publie sous le nom d’emprunt de Georges Voisin L’Algérie pour les Algériens, où il défend les idées de royaume arabe que Napoléon III, influencé par les idées saint-simoniennes, voulait mettre en œuvre à l’instigation d’Urbain, mais auxquelles s’opposèrent farouchement les colons et les intérêts économiques algériens. Urbain est en grande partie à l'origine du sénatus-consulte du 14 juillet 1865 portant sur « l'état des personnes et la naturalisation en Algérie ». Ce décret devait permettre aux musulmans d'être sujets français tout en les exemptant d'appliquer le Code civil : la polygamie, la répudiation, l'esclavage, sont, par exemple, tolérés par l'administration coloniale (ce dont certains membres profitent)[2].

Le renouvellement des attaques d'Urbain, dans L’Algérie française : indigènes et immigrants, en 1870, suscita une très vive agitation dans la colonie. Les écrits d'Urbain soulevèrent des réactions si passionnées que la polémique qui en résulta eut pour conséquence d’éclipser presque complètement les idées qui y étaient développées.

Après la chute du Second Empire, Urbain quitte l'Algérie. C'est à Alger toutefois qu'il décède le 28 janvier 1884. Il est inhumé dans le cimetière chrétien d'Alger, à Saint-Eugène, au pied de Notre-Dame d'Afrique.

À la mort d'Urbain, Émile Masqueray reprit le combat pour la défense des Algériens musulmans.

PublicationsModifier

Dans la fictionModifier

Le personnage d'Hélie Toussaint dans le roman (2000), puis le téléfilm (2001), L'Algérie des chimères est très largement inspiré de la vie d'Ismaÿl Urbain.

Notes et référencesModifier

  1. Société Orientale de France, Revue de l'Orient: bulletin de la Société Orientale, Société orientale, 1843, p.219, ouvrage disponible sur le site Gallica de la Bibliothèque nationale de France
  2. a b c d et e Marc Weitzmann, Un temps pour haïr, Paris, Grasset, 2018, pp. 153-165.
  3. Michel Levallois, in: El Watan du 18 avril 2013 : en ligne.
  4. Michel Levallois, Ismaÿl Urbain : une autre conquête de l'Algérie (1812-1884), Paris, Maisonneuve et Larose, 2001.
  5. Michel Levallois, dans El Watan, Ibid.
  6. Les Kabyles du Djudjura par I. Urbain, Revue de Paris (Paris. 1857) p. 91ouvrage disponible sur le site Gallica de la Bibliothèque nationale de France

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Michel Levallois, Ismaÿl Urbain (1812-1884) : une autre conquête de l'Algérie, éd. Maisonneuve & Larose, 2001, (ISBN 2706815337), aperçu disponible sur le site du Google Livres
  • Michel Levallois, Ismaÿl Urbain : Royaume arabe ou Algérie franco-musulmane ? 1848-1870, éd. Riveneuve, 2012, (ISBN 978-2-3601-3101-3)
  • Anne Levallois, Les écrits autobiographiques d'Ismayl Urbain, Coll. Hors Collection, Editeur : Maisonneuve, 2004

Articles connexesModifier

WebographieModifier

  • Ismaÿl Urbain sur le site de la Société des études saint-simoniennes

Liens externesModifier