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Carte des États-Unis, où figure en rouge l'actuel État de Louisiane.
Territoires contrôlés par la France entre 1534 et 1763.

L'histoire de la Louisiane remonte à la période amérindienne. S'ensuit la colonisation européenne, principalement française, jusqu'à la perte de la Nouvelle-France par Louis XV puis, après la récupération de la Louisiane occidentale, sa vente en 1803 par Napoléon Ier aux États-Unis d'Amérique nouvellement créés.

Les AmérindiensModifier

Les Amérindiens sont les premiers habitants de la région. Ils vivaient des ressources de la pêche, de la chasse et de l'agriculture.

L'arrivée des Européens signifia leur déclin, notamment démographique par les contaminations virales (variole). Les Atakapa résidaient et résident dans le sud-ouest, soit dans les paroisses d'Ibérie, de Saint-Martin, de Sainte-Marie, de Vermilion, de l'l'Acadie (Acadia), de Caméron, de Jefferson Davis, de Lafayette et de Calcasieu. Les Chitimachas résidaient et résident dans le sud-est, soit dans les paroisses d'Ibérie, de l'Assomption, de Sainte-Marie, de Saint-Martin, de Terrebonne, de Lafourche, de Saint-Jacques, de Saint-Jean-Baptiste, de Saint-Charles, de Jefferson, d'Orléans, de Saint-Bernard, et des Plaquemines. Les Bayougoulas, l'une des nations Choctaw, étaient disséminés dans les paroisses de Sainte-Hélène, de Tangipahoa, de Washington, de Bâton-Rouge Est, de Paroisse de Bâton-Rouge Ouest, de Livingston et de Saint-Tammany. Les Houmas se trouvaient sur les paroisses de Félicianne et de la Pointe-Coupée. La localisation originelle est à 160 km au nord de la ville d'Houma. L'expansion coloniale poussait les Houmas de plus en plus vers cette ville. Les Houmas actuels sont majoritairement bilingues anglais/français cadien et se trouvent le long de la côte des paroisses Terrebonne et Lafourche. Certaines zones des paroisses des Avoyelles et de Concordie au bord du Mississippi étaient peuplées par les Avoyelles et les Natchez. Les Tunicas résident au nord-est, dans les paroisses des Tensas, de Madison, d'East Caroll et de West Caroll. Les autres régions du nord et du centre de l'État étaient peuplées par la nation Caddo[1].

L'exploration et l'expansion coloniale européennesModifier

À partir du XVe siècle et du XVIe siècle, les puissances européennes sont en quête de nouveaux territoires pour affirmer leur puissance d'une part, et pour disposer de nouvelles ressources (naturelles, humaines, etc.) d'autre part. Le « Nouveau Monde » est alors peu exploré et encore peu habité, ce qui conduit à faire venir dans cette région de nombreux explorateurs et colons européens. Se mettent alors sur pied des colonies, et la Louisiane, cet immense territoire et ce carrefour commercial entre le Canada, les Grands Lacs et le golfe du Mexique, devient l'objet des prétentions françaises et espagnoles en Amérique.

La Louisiane françaiseModifier

Article détaillé : Louisiane (Nouvelle-France).

La Louisiane espagnoleModifier

  • 1763 : Par le traité de Paris, la France cède à l'Angleterre la partie orientale de la Louisiane. La partie occidentale, déserte, reste espagnole. Les Indiens houmas, francophones, sont repoussés vers l'extrême sud, dans la paroisse de Lafourche.
  • 1765 : sous l'autorité des Espagnols, des Français accueillent des Acadiens qui s'installent en Louisiane, sans savoir que le territoire n'est plus français. Denis-Nicolas Foucault les installe dans les prairies des Attakapas avec les familles créoles récemment arrivées de Fort Toulouse et de la Mobile.
  • 1782 : accusé de corruption, le général James Wilkinson démissionne, devient Brigadier-général de la milice et député de Pennsylvanie puis déménage dans le district du Kentucky en 1784, où il réclame l'indépendance de la Virginie.
  • 1784 : spéculation immobilière dans le District de Natchez, où un recensement fait état de 1 500 habitants dont 498 esclaves noirs.
  • 1785 : La Nouvelle-Orléans a 4 985 habitants. Total de 32 000 habitants pour toute la Louisiane, alors espagnole et englobant la partie occidentale de la Floride, en particulier le secteur de Biloxi[2].
  • 1785 : les Espagnols vont chercher en France 1 598 Acadiens qui s'y étaient réfugiés, pour coloniser l'extrême-sud de la Louisiane et assécher les marais par la technique des aboiteaux[3].
  • 1785 : le gouverneur de Géorgie George Mathews signe le Bourbon County Act qui organise l'attribution de terres le long du Mississippi et des Yazoo River, autour du site actuel de Natchez. C'est le début du Scandale de Yazoo Land dans lequel est impliqué le général James Wilkinson, déjà actif dans les spéculations au Kentucky. En 1785, le Comte d'Aranda pour peupler la Louisiane face aux Anglo-Saxons, suggère au roi Charles III d'Espagne d'obtenir du roi Louis XVI de pouvoir y établir les derniers Acadiens qui restaient non-assimilés en France. Les transactions avec Vergennes aboutissent en avril 1784 : les frais de transports seront payés par l'Espagne, la France réglera ses arriérés de pensions aux Acadiens. Sept navires vont être armés et partir de Nantes en 1785 vers la Nouvelle-Orléans. On peut avancer le chiffres de 1 596 Acadiens qui ont été transportés ainsi sur le Bon Papa et le Saint-Rémy armés par Jean Peltier Dudoyer, la Bergère armée par Joseph Monesron Dupin, la Caroline, commandée par Nicolas Baudin, le Beaumont, l'Amitié et la Ville d'Arcangel. Ces Acadiens sont appelés aujourd'hui les Cajuns.
  • 1786 : Esteban Rodríguez Miró, gouverneur espagnol de Louisiane interdit l'importation d'esclaves nés dans la Caraïbe (la limitant à ceux qui venaient d'Afrique). En 1790, il interdit plus particulièrement d'en importer des îles françaises. Dans un mémoire, Pierre-Louis Berquin-Duvallon explique que ceux nés aux Antilles sont « plus vicieux et débauchés »[4].
  • 1787, Wilkinson vient à La Nouvelle-Orléans proposer au gouverneur Esteban Rodríguez Miró d'accorder au Kentucky un monopole commercial sur le Mississippi en échange de la défense des intérêts espagnols dans l'Ouest.
  • 1788 : le nouvel État fédéral annule le Bourbon County Act, lieu du scandale de Yazoo Land.
  • 1790 : le gouverneur Esteban Rodríguez Miró interdit d'importer des esclaves des îles françaises.
  • 1793, Eli Whitney invente une égreneuse pour séparer la graine du coton de sa fibre, facilitant une tâche qui exigeait alors beaucoup de main-d’œuvre.
  • 1793 : la Révolution française abolit l'esclavage. Plus de 15 000 Blancs fuient et deviennent les réfugiés français de Saint-Domingue en Amérique et à Cuba.
  • 1794 : la spéculation immobilière sur les riches terres agricoles du Natchez District tourne au scandale de Yazoo Land.
  • 1794 : Le Moniteur de la Louisiane, premier journal francophone publié en Louisiane, par Louis Duclot, qui joue un rôle moteur dans l'histoire de la presse francophone en Louisiane
  • 1795 : les planteurs anglophones du Natchez District, à 400 kilomètres au nord, obtiennent l'autorisation de la navigation sur le Mississippi.
  • 1795 : Mort de 25 esclaves dans une révolte inspirée par celle de Saint-Domingue, à Pointe Coupée[5]
  • 1796 : le gouverneur espagnol Francisco Luis Hector de Carondelet, interdit toute importation d'esclaves, quelle que soit leur origine. Les planteurs lancent une pétition contre lui en 1800.
  • 1798 : le Natchez District, à 500 kilomètres au nord, sur le Mississippi a déjà 5 400 habitants à lui seul.

La Louisiane à nouveau françaiseModifier

  • 1800 : le Natchez District, à 500 kilomètres au nord, sur le Mississippi a déjà 6 587 habitants à lui seul, dont 2 987 esclaves, soit une progression de 50 % en deux ans.
  • 1800 : Restitution secrète par l'Espagne de la Louisiane à la France dans le cadre du traité de San Ildefonso, négocié par Napoléon, qui vient d'arriver au pouvoir.
  • 1800 : l'importation d'esclaves, réautorisée en Louisiane, inquiète. Certains craignent l'arrivée d'esclaves martiniquais, jugés indociles. D'autres sont pour, par solidarité avec les planteurs martiniquais.
  • 1802 : Dans un mémoire, Pierre-Louis Berquin-Duvallon juge les esclaves nés aux Antilles « plus vicieux et débauchés »[4].
  • 1802 : la libre navigation suspendue sur le Mississippi puis restaurée après la colère des résidents anglophones du Natchez District[5].
  • 1803 : l'expédition de Saint-Domingue lancée en 1801 par Napoléon tourne au fiasco. Nouvelle vague d'immigration.
  • 3 mai 1803 : Napoléon vend la Louisiane aux États-Unis, pour 15 millions de dollars, une somme énorme pour le jeune État américain.
    Article détaillé : Vente de la Louisiane.
  • 1804 : La Nouvelle-Orléans a déjà doublé sa population en vingt ans avec 8 056 habitants. Total de 49 073 habitants pour toute la Louisiane, qui n'est plus espagnole et n'englobe donc plus la partie occidentale de la Floride et le secteur de Biloxi[2].

XIXe siècle, la Louisiane américaineModifier

Une carte du territoire de la Louisiane, telle qu'elle existait en tant que territoire de la Nouvelle-Espagne à partir de 1763 grâce à son transfert à Napoleon, empereur des Français en 1803 et sa vente presque immédiate aux Américains. Seule une petite partie de ce vaste territoire deviendrait l'État américain de la Louisiane à l'extrême sud.

  • 1804 : la Louisiane est divisée en deux territoires, celui de La Nouvelle-Orléans et celui qui englobe le reste de la Louisiane[5]
  • 1804 : le nouveau gouverneur américain Isaac Brigg interdit la traite négrière et le congrès des États-Unis lui emboîte le pas en 1806.
  • 1805 : son frère Samuel Brigg vend son premier bateau à vapeur tandis que Benjamin Latrobe a créé une pompe à eau à vapeur. En quatre ans, le trafic sur le Mississippi augmente de 115 % pour dépasser 1 600 navires par an.
  • 11 mai 1805 : le recensement fait état de 8 475 résidents permanents à La Nouvelle-Orléans, dont 3 551 Blancs (41,9 %), 1 566 libres de couleur (18,5 %) et 3 105 esclaves (36,6 %).
  • Après les émeutes anti-françaises de mars 1809 à Cuba, la Louisiane voit arriver plus de 10 000 réfugiés français de Saint-Domingue à Cuba, selon Carl A. Brasseaux, historien et directeur du centre d'études louisianaises de Lafayette. À Cuba, les quinze années qui ont suivi 1792, date de l'introduction du commerce libre, ont fourni plus d'esclaves que les deux siècles et demi précédents.
  • 1810 : la population de l'agglomération de La Nouvelle-Orléans a augmenté de 103 % en cinq ans, à 17 000 habitants[6].
  • 1810 : le Natchez District, à 500 kilomètres au nord, sur le Mississippi a déjà 28 787 habitants à lui seul, soit un quadruplement en une décennie[7].
  • Vers 1806, on estime que mille personnes vivent à proximité de Bâton-Rouge, dans l'est, en grande majorité des francophones.
  • 1810 : la population atteint 76 566 habitants, soit 27 500 de plus (+ 55 %) en six ans[5]. La moitié vit dans le Natchez District.
  • 1810 : proclamation de la République de Floride occidentale.
  • 1811 : la milice réprime brutalement une insurrection dans la paroisse Saint-Charles, la Révolte de La Nouvelle-Orléans.
  • 1812 : premier bateau à vapeur sur le Mississippi
  • 1812 : la Louisiane est admise au sein de l’Union, le , devenant ainsi le 18e État américain. À cette époque, la Louisiane était le premier et le seul État de l’Union dans lequel un groupe non anglophone, les descendants d’Acadiens — les Cadiens — et de Français et d'Espagnols — les Créoles —, constituait une majorité linguistique. Grâce au juriste Louis Moreau-Lislet, un Code civil plus complet (que le précédent basé sur la Coutume de Paris) reposant sur le Code Napoléon fut adopté par le législateur du nouvel État. Ce code avait été rédigé en français, puis traduit en anglais. Le texte français prime encore aujourd'hui en cas de problèmes d'interprétation de la version anglaise.
  • 1815 : la bataille de La Nouvelle-Orléans gagnée par le général Andrew Jackson avec l'aide du pirate Jean Laffite[5]
  • 1815 : Charles Lallemand et un groupe d'officiers napoléoniens créent la Vine and Olive Colony dans le futur État de l'Alabama sur 370 kilomètres carrés. Cent vingt d'entre eux créent une autre colonie, près de Galveston dans le futur État du Texas.
  • 1820 : la population atteint 153 407 habitants, a triplé en quinze ans.
  • 1849 : Bâton-Rouge devient la capitale de l'État.
  • 1861 : comme d'autres États esclavagistes, la Louisiane fit sécession en 1861. Celle-ci ne voulait pas libérer ses esclaves qui travaillaient dans les plantations et assuraient les richesses de ces exploitations gérées par les créoles blancs. En 1862, les troupes fédérales entrèrent en Louisiane et commencèrent à investir les forts Pike, Jackson et St. Philip. Les autorités louisianaises firent appel au patriotisme des créoles blancs pour combattre le Nord.
  • 1864 : nouvelle constitution qui consacre l'anglais comme une des langues officielles pour protéger les droits des habitants anglophones.

Après la guerre de Sécession, la Louisiane toute entière est parcourue de bandes armées qui fouettaient, battaient ou tuaient des Noirs impunément. Selon le général Philip Sheridan, gouverneur militaire de la région, plus de 3 500 Noirs sont massacrés dans les 10 ans qui suivirent la guerre[8].

En mars 1891, onze italiens sont lynchés par plusieurs milliers de personnes. La couverture de l’événement par la presse américaine fut largement complaisante, et les responsables du lynchage ne furent jamais poursuivis. Le New York Times félicita les meurtriers, car la mort des Italiens « accroissait la sécurité des biens et de la vie des habitants de La Nouvelle-Orléans ». Le Washington Post assura que le lynchage mettrait un terme au « règne de la terreur » qu’imposerait les Italiens. Selon le Saint Louis Globe Democrat, les lyncheurs n'avaient fait qu'exercer « les droits légitimes de la souveraineté populaire ». Le massacre eut de graves répercussions diplomatiques. L’Italie suspendit ses relations diplomatiques avec les États-Unis après le refus du président Benjamin Harrison d'ouvrir une enquête fédérale. La presse et la rumeur publique propagèrent l'idée que la marine italienne s’apprêtait à attaquer les ports américains et des milliers de volontaires se présentèrent pour faire la guerre à l'Italie. Les persécutions visant les Italiens se poursuivirent ailleurs en Louisiane ; six autres personnes sont tuées dans un lynchage en 1891[8].

XXe siècleModifier

 
Signalisation routière bilingue à l'entrée de la Louisiane.
  • 1916 : Interdiction d'utiliser le français dans les écoles et dans les foyers.
  • 1921 : La constitution louisianaise n'autorise l'usage que de la seule langue anglaise.
  • 1941-1945 : Les Louisianais participent à la Seconde Guerre mondiale ; les jeunes francophones sont privilégiés sur le continent européen.
  • 1968 : Le CODOFIL (Conseil pour le développement du français en Louisiane), organisme d'État chargé de promouvoir le français en Louisiane est créé, à l'initiative de James Domengeaux, représentant (député) et avocat francophone. Par la suite, la Louisiane devient officiellement bilingue et l'enseignement du français comme deuxième langue à l'école devient obligatoire. Les lois de 1968 en faveur de la renaissance francophone sont votées à l'unanimité par la Chambre des représentants et le Sénat de la Louisiane.
  • 1971 : Edwin Edwards est le premier gouverneur francophone de la Louisiane au XXe siècle.

BibliographieModifier

  • Charles Gayarré, Histoire de la Louisiane, Magne et Weisse, New Orleans, 1885 (1re éd. 1846).
  • Antoine-Simon Le Page du Pratz, Histoire de Louisiane
  • Tugdual de Langlais, Marie-Étienne Peltier, Capitaine corsaire de la République, Éd. Coiffard, 2017, 240 p. (ISBN 9782919339471).

Notes et référencesModifier

AnnexesModifier

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Articles connexesModifier

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