Faustino Malaguti

chimiste, professeur de chimie à la Faculté de Rennes

Faustino Malaguti, né à Pragatto, un hameau de Crespellano, près de Bologne, le et mort à Rennes le , est un chimiste français d'origine italienne (il se fit naturaliser le [1]). Il s'est occupé de chimie organique et, ayant étudié la décomposition des sels, a énoncé une théorie de l'affinité.

Faustino Malaguti
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Portrait probablement peint par le peintre Marius Roy
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Recteur de l'académie de Rennes (d)
-
Alfred Magin (d)
Jules Jarry (d)
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RennesVoir et modifier les données sur Wikidata
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BiographieModifier

Faustino Giovita Marziano Malaguti est né le à Pragatto di Crespellano, dans la région bolognaise, du pharmacien Giuseppe Valerio et d'Anna Medici, le troisième de neuf frères. Le pharmacien s'installe avec sa famille à Bologne où son fils étudie d'abord avec les pères Barnabites, puis s'inscrit à l'Université de Bologne, où il se consacre à l'étude de la pharmacologie. Il obtient à seulement 16 ans le diplôme du libre exercice de la profession de pharmacien, ce qui lui donne le droit d'assister son père dans sa pharmacie. Dans l'intervalle, il est engagé comme assistant pharmacien à la clinique médicale dirigée par Giacomo Tommasini, l'un des premiers à promouvoir la diffusion du vaccin pour lutter contre la variole. Par la suite, le gouvernement pontifical le nomme délégué à la santé aux douanes pour la visite et l'inspection des médicaments.

Pendant ce temps, les doctrines carbonari et les doctrines mazziniennes se répandent et s'affirment. Il partage ces idéaux et dans la nuit du 4 au est l'un des protagonistes de l'insurrection de Bologne dirigée par Ciro Menotti. Celle-ci contraint le représentant du pape Grégoire XVI à déposer ses pouvoirs. Il est alors remplacé par un gouvernement provisoire dans lequel il assume le rôle de secrétaire du ministre de la police. L'intervention des troupes autrichiennes étouffe la révolte. Le , les émeutiers signent leur reddition à Ancône. Pour échapper à la capture, il s'embarque avec d'autres révolutionnaires sur un brick dont le capitaine trahit et remet les fugitifs aux autrichiens. Il est retenu prisonnier pendant quelques mois à Venise puis déporté à Marseille. Il réussit à s'échapper de prison et à rejoindre Paris[2].

En 1833, il devient assistant du chimiste Théophile-Jules Pelouze dans le laboratoire du chimiste Joseph Louis Gay-Lussac à l'École polytechnique[3].

En 1834, il devient chimiste à la Manufacture de Sèvres et y étudie le kaolin avec le minéralogiste Alexandre Brongniart.

Il obtient une chaire de chimie à la faculté des sciences de Rennes créée le et y fonde l'enseignement de la chimie agricole.

Ainsi en 1844 il collabore, avec le géologue rennais Joseph Marie Élisabeth Durocher, à une longue série de recherches sur la répartition de l'argent dans les substances naturelles.

Il est appelé en 1851 en tant qu'expert toxicologue lors de l'instruction de l'affaire puis du procès de la tueuse en série Hélène Jégado.

Malaguti devient doyen du au . À la rentrée des Facultés de Rennes, il prononce le l' Éloge du professeur Durocher, en mémoire de son collègue Durocher, décédé le .

Malaguti devient recteur de l'académie de Rennes du [4] au .

Á la fin août 1866, il entretient une correspondance avec Jean-Henri Fabre chimiste et enseignant à Avignon pour le début d'une collaboration qu'il va poursuivre jusqu'en 1878, dans la rédaction d'ouvrages scolaires concernant la chimie.

Souffrant d'une malformation cardiaque[5] il meurt à Rennes le . Il repose dans le cimetière du Nord à Rennes[6].

Travaux liés à la porcelaineModifier

Pendant les sept ans passés à la manufacture de Sèvres, Malaguti ne publie que deux ouvrages liés à la porcelaine :

Un ouvrage sur la couleur rose, un colorant rose (qui devient rouge après cuisson) fabriqué en Angleterre selon une formule secrète. Malaguti l'a analysée et reproduite dans un mélange d'acide tannique, d'argile et de chromate de potassium[Note 1].

Un ouvrage en collaboration avec Brongniart, sur les kaolins ou argiles pour porcelaine (1839-1841). Brongniart et Malaguti cherchent en particulier à standardiser la composition de la porcelaine dure afin de concurrencer la porcelaine de Saxe découverte dès 1709 par le chimiste saxon Johann Friedrich Böttger à Meissen (Saxe).

Brongniart l'autorise pendant cette période à effectuer d'autres travaux de recherche, non liés à la porcelaine. Il étudie les substitutions en chimie organique, sujet de sa thèse qu'il présente pour le doctorat en science obtenu à la Sorbonne en 1839.

Expert toxicologue au procès d'Hélène JégadoModifier

En il effectue dans son cabinet de chimie[Note 2],[7], avec son collègue Sarzeau les analyses toxicologiques sur les organes de trois des dernières victimes d'Hélène Jégado[Note 3], recherchant en particulier la présence d'arsenic (mort-aux-rats) au moyen du test de Marsh[8].

Celle-ci est condamnée à la peine capitale le puis guillotinée le place du Champ-de-Mars à Rennes[Note 4]. Il participe avec ses collègues légistes à l'autopsie de la dépouille et l'analyse des organes de la défunte, cherchant en particulier dans son cerveau, sans la trouver, la « bosse du crime », en tant que preuve de ses nombreux assassinats[9].

Chimie organiqueModifier

Il contribue par des recherches expérimentales aux progrès de la chimie organique. Il prépare de nombreux esters et amides d'acides carboxyliques et mis au point un procédé de synthèse pour passer d'un acide à son homologue supérieur au moyen de nitriles ; ses travaux sur les dérivés du chlore ont été utilisés par les chimistes Jean-Baptiste Dumas et Auguste Laurent pour confirmer leur théorie de substitution.

Il est également actif dans d'autres branches de la chimie : il fait des études d'anticipation sur les réactions photochimiques et sur l'équilibre mobile des systèmes hétérogènes. Il traite également du problème de l'affinité chimique.

Chimie inorganiqueModifier

Dans le domaine de la chimie inorganique, il effectue, parmi les premiers, des travaux de recherche sur le tungstène[Note 5], dont il mesure la masse atomique et trouve une valeur (185 u) très proche de celle acceptée aujourd'hui (183,84 u).

Il croit avoir identifié un nouveau chlorure, qui se révèle cependant être un oxychlorure. Il expose une méthode de préparation du peroxyde d'uranium[Note 6]. Il décrit une variété de sesquioxyde de fer magnétique[Note 7] (oxyde de Malaguti obtenu à partir de lépidocrocite[10]).

La description de certains sels obtenus en traitant les chromates de certains métaux divalents avec de l'ammoniac est particulièrement intéressante : il note qu'il ne s'agit pas de sels doubles, mais de « produits complexes », contenant 4 ou 6 molécules d'ammoniac par atome métallique (action de l'ammoniac liquide sur plusieurs chromates du groupe magnésien)[Note 8].

Chimie minéralogiqueModifier

Dans le domaine de la chimie minéralogique inorganique, il fait une série de recherches entre 1846 et 1859 avec son collègue le géologue Durocher. Les deux, probablement le premier, étudient le mécanisme de la décoloration de la laumontite (une zéolithe), constatant qu'en se décolorant, elle perd de l'eau et peut la récupérer et retrouver sa transparence.

Dans d'autres recherches, il traite de l'extraction de l'argent des minéraux; il découvre, pour la première fois, que l'eau de mer contient de l'argent, ainsi que du cuivre et du plomb, et que l'argent est également présent dans les organismes vivants, les animaux et les plantes.

Toujours avec Durocher, il mène des recherches sur la température du sol par rapport à celle de l'air et sur les propriétés thermiques des différents sols, en corrélation avec leur fertilité. De ses observations, il est amené à étudier la fertilité de certains sols aux alentours de Rennes et les propriétés fertilisantes du guano de Patagonie.

Une série de travaux intéressants concerne la composition minérale des plantes, liée à leur position taxinomique et à la nature du sol dans lequel elles ont été cultivées.

Chimie physiqueModifier

Un domaine dans lequel il laisse une forte empreinte est celui de la chimie physique. Ses recherches sur l'affinité et l'équilibre chimiques sont importantes[Note 9].

Il étudie l'interaction d'une paire de sels solubles et celle d'un sel soluble et insoluble; ses conclusions sont intéressantes, même si elles ont été dépassées, en partie, par la théorie de la dissociation électrolytique développée par le chimiste suédois Svante August Arrhenius, publiée en 1887. Dans les phénomènes de double échange, Il accorde plus d'importance à l'affinité qu'à la solubilité relative et conclut que, selon une loi naturelle « lorsque deux systèmes moléculaires agissent l'un sur l'autre, leurs éléments tendent toujours à constituer de nouveaux systèmes avec un équilibre plus stable ». De plus, il met l'accent sur l'intervention d'actions égales et opposées exercées par les produits finaux.

Ce concept est quantifié dans la loi d'action de masse exposée en 1867 par les chimistes norvégiens Cato Guldberg et Peter Waage, qui citent « les belles expériences » de Malaguti.

D'autres recherches en physico-chimie concernent la photochimie, dont il est parmi les premiers, à étudier quantitativement l'effet retardateur exercé par certains liquides incolores sur l'action de la lumière à l'égard de réactions chimiques, comme la décomposition du chlorure d'argent[Note 10].

Il effectue de nombreuses autres recherches, qui peuvent être considérées comme mineures ; entre autres, l'ozokérite (1836), le rubis artificiel (1837), l'action de l'acétate de cuivre sur le sucre d'amidon (1842), la résistance des ciments à l'eau de mer (1854).

PublicationsModifier

  • Brongniart Alexandre et Malaguti, Mémoire (premier et second) sur les kaolins ou argiles à porcelaine, Pihan Delaforest, 1839-1841, 300 p., deux ouvrages reliés en un seul volume (présentation en ligne)
  • Faustino Malaguti, Analyse du cours de chimie agricole, imprimerie de A. Marteville et Lefas (Rennes), 1853
  • Faustino Malaguti, Éloge du professeur Durocher, Rennes, Faculté de Rennes, 1861
  • Faustino Malaguti, Chimie appliquée à l'agriculture, précis des leçons professées depuis 1852 jusqu'à 1862 sur différents sujets d'agriculture, Dezobry, Tandou et Cie, Paris, 1862, 3t
  • Faustino Malaguti, Leçons élémentaires de chimie, Dezobry, Paris, 1863, 4 t
  • Faustino Malaguti, Cours de chimie agricole, Oberthur, Rennes, 1865
  • En collaboration avec Jean-Henri Fabre :
    • Notions de chimie, les sels et les métaux, Paris, 1869 Texte en ligne sur Gallica
    • Notions préliminaires de chimie, Paris, 1877
    • Chimie organique, Paris, 1878

Œuvres numérisées par GallicaModifier

Vie privéeModifier

Il épouse le Françoise Léonardine Megissier, apparentée à Antonio Zanolini, l'un de ses compagnons italiens exilés. Ils auront trois enfants, dont Charles Joachim Edgar Malaguti (1851-1914), Colonel au 147e régiment d'infanterie, basé à Sedan en 1914.

DistinctionsModifier

BibliographieModifier

HommagesModifier

RennesModifier

  • Une rue de Rennes, dans le quartier de Cleunay, porte son nom[11] ;
  • Une résidence universitaire à Rennes, dans le quartier de Beaulieu, porte son nom[11] .

BologneModifier

  • Une rue de Bologne porte son nom, la Via Faustino Malaguti ;
  • Bologne se souvient de lui avec un buste sculpté par Salvino Salvini, dans la salle du Panthéon du cimetière de la Certosa et un autre buste dans le Celio (Piazza VIII Agosto)[5].

CrespellanoModifier

  • Une rue de Crespellano porte son nom, la Via Faustino Malaguti ;
  • Une école secondaire à Crespellano porte son nom[12].

PragattoModifier

  • À Pragatto, le Comité des honneurs de 1904 a apposé une plaque, gravée par le sculpteur Tullo Golfarelli, sur la façade de sa maison natale[13].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Annales de Chimie et de Physique, LXI (1836), pp. 433-444
  2. Jusqu'en 1855, son cabinet de chimie, intégré à la faculté des sciences de Rennes depuis 1840, se trouve dans les actuels bureaux de la maire de Rennes
  3. Affaire d'Hélène Jégado, accusée de nombreux empoisonnements [à l'arsenic et de vols au préjudice de ses patrons successifs]... Arrêt de la Cour portant condamnation à mort de la fille Hélène Jégado, Rennes, au bureau du "Progrès" et chez les libraires, 1851, 240 pages Texte en ligne sur Gallica
  4. Aujourd'hui Esplanade Charles-de-Gaulle
  5. Annales de Chimie et de Physique, LX [1835], pp.271-290
  6. ibid., s. 3, IX [1843], pp. 463-465
  7. ibid., s. 3, LXIX [1863], p. 214-257
  8. ibid., s. 3, IX [1843], pp. 431-463
  9. ibid., s. 3, XXXVII [1853], p. 198-206 et LI [1857], p. 328-358
  10. ibid., LXXII [1839], p. 5-27
  11. Notice LH/1701/50 dans la Base Léonore

RéférencesModifier

  1. Institut de France - Académie des sciences, « Malaguti (Faustino, Jovita, Marianus) », sur academie-sciences.fr (consulté le 21 décembre 2020).
  2. (it) Wladimiro Fiorentino, « Il principe dei chimici italiani : Le prince des chimistes italiens », sur galileonet.it, (consulté le 22 décembre 2020).
  3. Amélie Le Pendeven, Ange Rovere, « MALAGUTI Faustinus Jovita Marianus », sur cths.fr, (consulté le 23 décembre 2020).
  4. Ferdinand Hœfer, « Revue de l'instruction publique en France et dans les pays étrangers », sur gallica.bnf.fr, 1842-1870 (consulté le 25 février 2021).
  5. a b et c (it) Regione Emilia-Romagna, « Faustino Malaguti », sur comune.valsamoggia.bo.it (consulté le 20 décembre 2020).
  6. Find A Grave, « Faustino Malaguti », sur findagrave.com (consulté le 20 décembre 2020).
  7. Espace des sciences, « La faculté des sciences à la mairie », sur espace-sciences.org, (consulté le 19 décembre 2020).
  8. Arthur Mangin, « Les poisons (pages 147 à 151) », sur gallica.bnf.fr, (consulté le 10 février 2021).
  9. Sylvaine Salliou, « Connaissez-vous l'histoire de la Jégado ? », sur france3-regions.francetvinfo.fr, (consulté le 19 décembre 2020).
  10. M.S. Goldsztaub, « Étude de quelques dérivés de l'oxyde ferrique (FeO.OH, FeO2Na, FeOCl) ; détermination de leurs structures », sur persee.fr, (consulté le 13 février 2021).
  11. a et b Espace des Sciences, « Faustino Malaguti premier grand chimiste rennais », sur rue-sciences.org (consulté le 19 décembre 2020).
  12. (it) Antonio Penzo, « Faustino Malaguti », sur respubblica.jpolis.com (consulté le 26 décembre 2020).
  13. (it) Silvia Rubini, « Ricordo di Faustino Malaguti nel 150°anniversario dell’Unità d’Italia : Souvenir de Faustino Malaguti dans le 150ème anniversaire de l’unité italienne » [PDF], sur cmsamoggia.provincia.bo.it, (consulté le 5 janvier 2021).

Liens externesModifier

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  Vidéo externe
  Faustino Malaguti sur le compte YouTube de l'Espace des sciences