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Le discours de Dakar est une allocution prononcée par le président de la République française, Nicolas Sarkozy, le , à l'université Cheikh-Anta-Diop de Dakar (Sénégal), devant des étudiants, des enseignants et des personnalités politiques.

Sommaire

CirconstancesModifier

Le candidat Nicolas Sarkozy, avant son élection à la présidence française, prône la fin de la Françafrique, au profit du développement d'un simple partenariat entre la France et l'Afrique. Il n'est cependant pas sans savoir que l'image de la France en Afrique s'est dégradée depuis la loi portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés (notamment l'article 4, finalement abrogé, sur la reconnaissance dans les programmes scolaires, du rôle positif du colonialisme français en Afrique) en 2005 et la politique d'immigration choisie avec la loi du 24 juillet 2006 relative à l'immigration et à l'intégration[1].

C'est dans ce contexte que Nicolas Sarkozy, accompagné des ministres Bernard Kouchner, Jean-Marie Bockel et Rama Yade, effectue une tournée africaine qui débute en Libye le 25 juillet pour remercier le dictateur Mouammar Kadhafi d'avoir rendu possible la libération des infirmières bulgares[2].

D'une durée de 50 minutes, le discours de Nicolas Sarkozy est rédigé par son conseiller Henri Guaino. Le président français déclare notamment que la colonisation fut une faute tout en estimant que le « drame de l'Afrique » vient du fait que « l'homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire. […] Le problème de l'Afrique, c'est qu'elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l'enfance. […] Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine ni pour l'idée de progrès ».

RéactionsModifier

Ce discours, rédigé par le conseiller spécial de l'Élysée, Henri Guaino, suscite de nombreuses réactions en France et dans le monde. Les critiques peuvent être rassemblées en deux principales catégories : d'une part l'absence de repentance pour les fautes françaises commises à l'époque coloniale, d'autre part, la condescendance, voire l'arrogance et le paternalisme affiché par le chef d'État français[3].

Doudou Diène, rapporteur spécial de l'ONU sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l'intolérance qui y est associée, a déclaré à la tribune de l'ONU que « dire que les Africains ne sont pas entrés dans l'Histoire est un stéréotype fondateur des discours racistes des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles ».

Henri Guaino défend ensuite le discours :

« [...] Fallait-il vraiment rappeler que le colonisateur a construit des ponts ?
HG : Le discours de Dakar contient le réquisitoire le plus implacable contre la colonisation... Nicolas Sarkozy a dit aux jeunes Africains : L'héritage de la colonisation est aussi le vôtre. Il y a tous les crimes, mais il y a aussi les droits de l'homme, l'égalité hommes-femmes, l'universalisme...

On y a vu du paternalisme. Et votre description de l'homme africain enfermé dans l'éternel recommencement est très mal passée.
HG : Le discours de Dakar n'exprime aucun sentiment de supériorité. Il parle aux Africains non comme à des enfants mais comme à des frères... Quant à l'éternel recommencement, c'est un imaginaire commun à toute l'humanité à certains moments de son histoire... Chaque civilisation a fait sa propre synthèse. L'Afrique doit faire la sienne[4]... »

Il stipule également que la phrase : « L'homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire » est une référence à Aimé Césaire déclarant : « Laissez entrer les peuples noirs sur la grande scène de l'Histoire »[5].

Un an plus tard jour pour jour, Henri Guaino est revenu sur ce discours dans une tribune au Monde, affirmant notamment que « L'homme africain est entré dans l'histoire et dans le monde, mais pas assez. Pourquoi le nier ? ». Il estime que « toute l'Afrique n'a pas rejeté le discours de Dakar » et que l'« on a beaucoup parlé des critiques, moins de ceux qui ont approuvé, comme le président de l'Afrique du Sud, M. Thabo Mbeki »[6]. L'auteur du discours cite Fernand Braudel et Emmanuel Mounier pour étayer ses thèses.

Le , le président sénégalais, Abdoulaye Wade, prend la défense de Nicolas Sarkozy, selon lui « victime de son nègre »[7].

Le , Ségolène Royal, née à Dakar, présidente de la région Poitou-Charentes et candidate socialiste à l'élection présidentielle française de 2007, prononce un discours, dans la capitale sénégalaise, dans lequel elle déclare notamment : « quelqu'un est venu ici vous dire que “l'homme africain n'est pas entré dans l'Histoire”. Pardon pour ces paroles humiliantes et qui n'auraient jamais dû être prononcées et qui n'engagent pas la France. Car vous aussi, vous avez fait l'histoire, vous l'avez faite bien avant la colonisation, vous l'avez faite pendant, et vous la faites depuis. »[8]

Le , Rama Yade native aussi de la même ville, prend ses distances avec Nicolas Sarkozy sur ce discours controversé, en affirmant que pour elle « l'homme africain est le premier à être entré dans l'Histoire »[9].

Notes et référencesModifier

  1. Yves Gounin, « De la Françafrique à l'Eurafrique. Les débats nés du discours de Nicolas Sarkozy à Dakar », Question internationales, n° 33, sep-oct. 2008
  2. Jean-Marie Cambacérès, Dans les coulisses des voyages présidentiels, Le Cherche Midi, , p. 47
  3. Yves Gounin, La France en Afrique : Le combat des Anciens et des Modernes, De Boeck Supérieur, , p. 77-80
  4. Alain Auffray, « Le refus de lire la lettre de Guy Môquet est incompréhensible », interview d'Henri Guaino, Libération, 20 octobre 2007.
  5. La nuit et le jour
  6. Henri Guaino, « L'homme africain et l'histoire », Le Monde, 27 juillet 2008.
  7. « Discours de Dakar en 2007 : Sarkozy a été “victime de son nègre” », RFI, 18 septembre 2008.
  8. « Ségolène Royal demande “pardon” pour le “discours de Dakar” de Nicolas Sarkozy », Le Monde, 6 avril 2009.
  9. « Discours de Dakar : Rama Yade prend ses distances avec Sarkozy », Le Parisien, 29 octobre 2010.

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

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BibliographieModifier

  • Alpha Ibrahima Sow, L' Affront et la Retorque, œuvre publiée par Lulu.com en réponse au discours de Dakar
  • Philippe Bernard et Christophe Jakubyszyn, « À Dakar, Nicolas Sarkozy appelle l'Afrique à "renaître" et à "s'élancer vers l'avenir" », Le Monde, 28 juillet 2007
  • Philippe Bernard, « Le président sud-africain Thabo Mbeki remercie M. Sarkozy pour son discours de Dakar sur l'Afrique », Le Monde, 15 août 2007
  • Philippe Bernard, « Le faux pas africain de Sarkozy », Le Monde, 24 août 2007
  • Philippe Bernard, « Des intellectuels africains en colère », Le Monde, 29 février 2008
  • Philippe Bernard, « L'image très dégradée de la France en Afrique », Le Monde, 27 avril 2008
  • Jean-Pierre Chrétien (dir.), L'Afrique de Sarkozy. Un déni d'histoire, Karthala, Paris, 2008, 204 p. (ISBN 978-2-81110-004-9)
  • Makhily Gassama, Mamoussé Diagne, Dialo Diop et Koulsy Lamko, L'Afrique répond à Sarkozy : Contre le discours de Dakar, Philippe Rey, 2008, 478 p. (ISBN 2848761105)
  • Henri Guaino, La nuit et le jour, Plon, Paris, 2012, 282 p.
  • André Julien Mbem, Nicolas Sarkozy à Dakar. Débats et enjeux autour d'un discours, L'Harmattan, Paris, 2008, 114 p. (ISBN 978-2-296-04637-5)
  • Aminata Traoré, L'Afrique humiliée (préface de Cheikh Hamidou Kane), Fayard, Paris, 2008, 294 p. (ISBN 2213635900)
  • Babacar Mbaye Diop et Doudou Dieng (codir) : La conscience historique africaine, L'Harmattan, 2008, 198 p. Ce texte dont les articles des auteurs ont été réunis depuis 2005 (donc bien avant le discours de Nicolas Sarkozy) est une forme de réponse au discours du Président. Les auteurs : Bwemba Bong, Momar Mbaye, Bernard Zongo, Cheikh M'Backé Diop, Babacar Sall, Babacar Mbaye Diop, Doudou Dieng, Aboubacry Moussa Lam, Jean Paul Mbelek, Cheikh Moctar Ba, Théophile Obenga. Voir notamment :
  • Adame Ba Konaré, Petit précis de remise à niveau sur l'histoire africaine à l'usage du président Sarkozy, Editions La Découverte, , 347 p., Broché (ISBN 978-2707156372)

Liens externesModifier