David Rivault de Fleurence

mathématicien français
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David Rivault de Fleurence, ou David Rivault de Fleurance, ou encore David Rivault, né en 1571 probablement à La Cropte, près de Laval, ou dans les environs, et mort en janvier 1616 à Tours, est un homme de lettres et mathématicien français.

David Rivault de Flurence
Biographie
Naissance
Décès
Activités

BiographieModifier

OrigineModifier

Il est sans doute apparenté avec Pierre Rivault de Flurence, gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi, Maître des Eaux et Forêts de la Mayenne. Sur la fin de sa vie, dit-on, David Rivault et Jean son frère, auraient voulu se pourvoir d'un titre nobiliaire[1].

ÉducationModifier

Il reçut une éducation soignée, et, fut élevé, dit-on, parmi les familiers du comte de Laval[2]. Après avoir terminé ses études, embrassa le parti des armes. Tout jeune, il écrivit le Fâché amoureux dont on ne connait que le titre mentionné par son auteur.

L'ItalieModifier

Le désir d'acquérir de nouvelles connaissances le conduisit en Italie et en Sicile. Outre les mathématiques, qu'il avait étudiées avec soin, il possédait le grec, le latin et les langues orientales. Pendant qu'il était à Rome[3], il acquit des manuscrits arabes, entre autres un recueil de proverbes d'Abou-Obaïd et un dictionnaire arabe, qu'il fit traduire en latin par un maronite. Il communiqua ensuite cet ouvrage à Isaac Casaubon, qui pria Erpenius de le publier[4]. Rivault est qualifié dans la préface :

« Vir clarissimus et doctissimus, linguarum orientalium valde studiosus »

La HollandeModifier

A Paris, où il était de retour en 1599, il publia le Discours du point d'honneur. Claude d'Expilly fait allusion, à la fin de son 30e plaidoyer au sentiment de Rivault de Flurence. Rivault fit un voyage en Hollande vers la fin de 1602, et il alla à Leyde voir Scaliger avec lequel il s'entretient d'astronomie[5].

Les armes à feuModifier

L'amitié de Casaubon, bien en cour, contribua beaucoup sans doute à l'avancement de Rivault. Le , il fut nommé par Henri IV gentilhomme de la chambre du roi. Pour prouver sa reconnaissance au roi, il étudia la question des armes à feu, et publia à Paris en 1605, Les elemens de l’artillerie concernans tant la theorie que la pratique du canon.

En Hongrie, avec Guy XX de LavalModifier

Le , il accompagna en qualité de résorier le jeune comte de Laval, qui se rendait en Hongrie, pour y servir comme volontaire dans les armées de l'Empereur. Le comte fut tué par les Turcs devant Comorn le  ; et Rivault, qui combattait près de lui, fut blessé de deux coups de cimeterre et d'un coup de hache. Il ramena le corps de son protecteur à Laval, et profita des loisirs que lui laissait la paix pour se livrer à la culture des sciences.

Voyage au LevantModifier

David Rivault s'embarquait de nouveau à Marseille, en 1608, pour le Levant, visitait les mers d'Orient, combattait contre les Turcs par mer et par terre, courait plusieurs risques en diverses sortes[6].

Académie des humoristesModifier

Il fit un second voyage à Rome en 1610[réf. nécessaire], et fut admis à l'Académie des Humoristes[7]. Le jour qu'il vint y prendre séance, le 28 février, il prononça un discours latin de réception dédié à Jean Zamet : Minerva annota, sive De conjungendis litteris et armis, qui fut imprimé (Rome, 1610, in-8°).

Précepteur de Louis XIIIModifier

De retour à Paris, il fut nommé sous-précepteur de Louis XIII et son professeur de mathématiques, avec un traitement de trois mille livres par brevet du . Les mémoires de la cour nous le montrent assidu à ses fonctions.

Il succéda le à Nicolas Lefèvre dans la charge de précepteur en chef du jeune roi[8],[9]. Le , il obtint le titre de conseiller d'État et privé.

Précurseur de l'Académie françaiseModifier

À cette époque, Rivault propose d'établir une académie qui s'étendrait à toutes les sciences, excepté la théologie, sur le modèle de celles qu'il avait vues en Italie. Il en dressa les statuts et prononça le discours d'ouverture.

Il a obtenu une première réunion au Louvre, dans laquelle il prononça un discours propre, selon lui, à déterminer les invités à se déclarer membres de l'association. Cette idée pourtant n'a pas de suite pour le moment. Mais un peu plus tard, plusieurs beaux esprits prennent l'habitude de se réunir périodiquement chez l'un d'eux pour s'entretenir de leurs études, se soumettre mutuellement leurs ouvrages et critiquer ceux des autres.

Il prépara la voie à Richelieu et l'Académie française. Avec le concours de M. Chaumont, sous-précepteur, du Père Cotton, qui assiste à toutes les leçons, et du nonce Ubaldini, il met dans l'éducation du roi l'esprit de suite qui jusque-là avait fait défaut.

Mise à la retraiteModifier

C'est un accès de colère de Louis XIII pour un sujet futile et le sentiment de sa propre dignité qui motivent la retraite de Rivault de Fleurance. L'élève royal a un chien qu'il aime beaucoup. Cet animal incommode souvent Rivault pendant qu'il donne ses leçons, et le , pour s'en débarrasser, il lui donne un coup de pied. Le roi s'emporte contre Rivault au point de le frapper. Celui-ci présente sa démission et quitte la cour. Il se réconcilie cependant avec le roi, qui lui promet, dit-on, un évêché[10]. La publication des œuvres d'Archimède avec traduction, notes et prolégomènes et les commentaires d'Eutoce d'Ascalon, est l'œuvre de sa retraite. Il dédie son livre à son élève.

Il a accompagné jusqu'à la frontière à Bayonne, Elisabeth, mariée au roi d'Espagne, dont la sœur Anne d'Autriche, devenait reine de France. En revenant de ces fêtes princières, il tombe malade et meurt à Tours au mois de janvier 1616 à l'âge de 45 ans[11].

PublicationsModifier

Outre une édition des œuvres d'Archimède, avec une traduction latine[12] et des notes, Paris, 1615, in-fol., qui a été reproduite en 1646 par le Père Claude Richard, avec des corrections, on a de Rivault :

  1. les Etats esquels est discouru du prince, du noble et du tiers état, conformément à notre temps, Lyon, 1595 ou 1596, in-12 de 392 pages[13] ;
  2. Discours du point d'honneur, touchant les moyens de le bien connaître et pratiquer, Paris, 1599, in-12 ;
  3. Les elemens de l’artillerie concernans tant la theorie que la pratique du canon. 1605, in-8o ; 2e édition, augmentée de L’invention description & demonstration d’une nouvelle artillerie qui ne se charge que d’air ou d’eau pure, & à neantmoins une incroiable force. Plus d’une nouvelle facon de pouldre a canon tres-violente qui se faict d’or, par un excellent & rare artifice non communiqué jusques à present. L’histoire du progrez & des premiers usages des armes à feu tant recentes qu’anciennes, est deduitte en l’avant-propos. Le tout par le sieur de Flurance Rivault, Paris, Adrien Beys, 1608, in-8°, 16-195 p. et 2 dessins[14].
  4. Lettre à madame la maréchale de Fervacques, contenant un bref discours du voyage en Hongrie de feu le comte de Laval son fils, ibid., 1607, in-12[15] ;
  5. L'art d'embellir tiré du sens de ce Sacré Paradoxe. La Sagesse de la personne, embellit sa face. Estendu en toutte sorte de beauté, & és moyens de faire que le corps retire en effect son embellissement des belles qualitez de l'Ame. Par le Sieur de Flurance Rivault. Paris, Julien Bertault, in 12, 1608[16].
  6. Le Dessein, d'une académie et de l'introduction d'icelle en la cour. Ibid., 1612, in-8 de 26 pages.
  7. Leçon faite par Rivault en la première ouverture de l'Académie royale au Louvre le , in-8 de 26 pages ;
  8. les Préceptes d’Agapetus, mis en français par Louis XIII, et ses leçons ordinaires, in-8 de 23 pages ;
  9. Quœdam ex lectionibus regis christianissimi, in-8 de 17 pages ;
  10. le Tableau de Cébes[17] ;
  11. Remontrance de Basile empereur des Romains pour servir a l'education non seulement des roys, mais encore de tous leurs sujets traduction faite de Grec en François par l'expres commandement de tres auguste & très juste Louis XIII, Roi de France & de Navarre, 1612, in-8o. Paris, Antoine Estienne, 1649 ;
  12. Discours faits au roi en forme de catéchèses sur le sujet du quatrième commandement de Dieu, ibid., 1614, in-8 de 115 pages[18];
  13. Opera quae extant omnia. Novis demonstrationibus commentarissque illustrata per Davidem Rivaltum a Flurantia. Operum Catalogus sequenti pagina habetur. d'Archimède. Parisiis : Apud Claudium Morellum. 1615[19].

BibliographieModifier

Gilles Ménage a publié le premier des recherches sur Rivault dans les notes sur les Œuvres de Malherbe (pages 230-236), Dom Jean Liron les a insérées, avec quelques additions, dans le tome 1 des Singularités historiques, p. 283-295. Enfin Jean-Pierre Niceron les a reproduites, avec de nouvelles augmentations, dans ses Mémoires, t. 37.

L'abbé Mercier de Saint-Léger nous apprend que le portrait de David Rivault, en grand et peint à l'huile, était a Paris en 1783 chez la comtesse de la Rochelambert, une de ses arrière-petites-nièces[20]. Le portrait de David Rivault de Flurence, signalé par André René Le Paige avec d'autres tableaux, existait toujours au début du XXe siècle au château de Thévalles, mais n'était pas, selon l'abbé Angot, authentique.

Un buste par Pelletier a été lithographié par Duperray.

Notes et référencesModifier

  1. Ils auraient invoqué des traditions de famille expliquant la dérogeance de leur aïeul, d'origine bretonne, par la disgrâce qu'avait subie son père pour s'être déclaré contre Pierre Landais, le favori du duc François II de Bretagne, ou suivant une autre version par la révolte d'un autre ancêtre contre son père, qui l'aurait déshérité. Dom Liron fait ressortir la contradiction qu'il y a dans ces récits. En supposant que les lettres de relief de noblesse du eussent été réellement obtenues, elles auraient la même valeur que beaucoup d'autres accordées à des bourgeois enrichis qui se rattachaient, malgré tous les anachronismes et toutes les invraisemblances, à des homonymes de noblesse authentique. Avant la fin du siècle, en 1668, Jacques Rivault, d'une branche riche établie dans le Haut-Maine, déclarait n'avoir aucune prétention à la noblesse.
  2. Pour l'abbé Angot, si cela est vrai, ce fut sans préjudice de son attachement à la foi catholique.
  3. Il trouva fort civilisés, gentils et versés ès lettres les gentilshommes italiens.
  4. Publié en 1623 par Erpenius.
  5. Casaubon, au mois d'avril 1604, se chargeant de transmette une lettre du sieur de Fleurance, lui rappelait le souvenir de ce dernier dans les termes les plus flatteurs.

    « Si vous le connaissiez davantage, écrit-il, vous l'aimeriez, j'en suis certain, autant qu'il vous respecte et vous admire. Il a cultivé toutes les branches de la littérature, mais il s'est principalement occupé de mathématiques et je sais pertinemment qu'il a beaucoup écrit sur cette matière. Il a traduit Archimède en latin et en français pour le mettre entre les mains de nos gentilshommes. Ayant trouvé chez moi votre lettre sur la Démonstration de l'acier, il a cru devoir saisir cette occasion pour vous provoquer. Je puis vous dire que c'est un homme modeste et digne, à mon jugement, de tous vos égards. »

  6. Ce sont ses propres expressions dans une lettre écrite de Florence à son retour, le , et adressée au premier président de la cour d'Aix auquel il propose l'hommage d'une relation de son voyage au Levant.
  7. Pascale Mormiche, Éducation des princes français de Louis XIII à Louis XVI, CNRS, , 512 p. (lire en ligne), p. 25
  8. Un élève royal de onze ans devait avoir des caprices. Il prétendit un jour, dans un accès de mauvaise huleur, que Fleurance lui disait des sottises. - Sire, riposta le précepteur, j'aime mieux que vous me haïez homme de bien que si vous m'aimiez méchant ; je ne gagnerai aussi bien ma vie en Turquie qu'auorès de Vostre Majesté. - Si je vous sonne un évesché, dit un autre jour le roi, accourcirez-vous mes leçons ? - Non, sire, répondit sèchement Fleurance.
  9. La comtesse de la RocheLambert, dame de Fleurance, de la famille de David Rivault, gardait, suivant Le Paige, les 76 discours, écrits de sa main qu'il adressa au roi depuis le 1er janvier 1613 jusqu'au 2 mars 1614.
  10. Malherbe écrit, le , qu'on mit à sa disposition l'archevêché d'Aix.
  11. On n'a pu retrouver son acte de sépulture, mais le fait est consant. Sa garde-robe fut vendue 685#, son cheval de malle et sa haquenée passèrent aussi en vente ainsi que sa bibliothèque, acquise par M. de Mesmes, lieutenant civil au Châtelet de Paris pour 1 050#.
  12. Casaubon, dans une lettre à Scaliger, dit que Rivault avait traduit Archimède en françois pour faire plaisir à la jeune noblesse ; mais cette version, si elle a jamais existé réellement, est tout à fait inconnue...
  13. Dans ce traité, dédié à Henri IV, on lit que

    « Dieu tonne sur les testes eslevées qui l'excitent à courroux, lesquelles il rase de l'éclat foudroyant plustost beaucoup que les basses et bien peu eslevées de fleur de terre. »

  14. Ce traité, qui eut l'approbation des connaisseurs est dédié à Maximilien de Béthune, marquis de Rosny, grand-maître de l'artillerie. La 2e édition augmentée du traité est dédié au duc de Sully. Il est très remarquable que l'idée d'appliquer l'or fulminant aux armes à feu, tentée au XIXe siècle comme une nouveauté remonte au règne de Henri IV. Le véritable inventeur était un sieur Marin Bourgeois, de Lisieux, auquel Rivault laissait le mérite de la découverte.
  15. Le journal des dépenses de l'expédition, tenu par le trésorier du comte est conservé en copie presque contemporaine au chrtrier du duc de la Trémoïlle. Pour l'abbé Angot, il ne manque pas d'intérêt, quoiqu'on ne l'ait transcrit que pour combattre les prétentions des héritiers du sieur de Fleurance qui réclamaient 20 000# avancées par lui pour les frais de retour en Hongrie.
  16. Il s'efforce dans cet ouvrage de prouver, avec force citations érudites, que les meilleurs cosmétiques pour le corps sont la beauté de l'âme, la sagesse, l'esprit... Un chapitre est consacré à la voix humaine, avec des considérations sur la musique. Tous les physiognomonistes anciens et modernes pensent que les dispositions et les habitudes morales, ont la plus grande influence sur les traits. Ainsi, l'idée que Rivault développe dans cet ouvrage n'était ni aussi nouvelle ni aussi paradoxale qu'il le prétendait. Malherbe présenta cette œuvre au public et à la postérité par ce sonnet :

    « Voyant ma Calliste si belle »

    L'auteur l'avait dédiée à Marie de Médicis.
  17. C'est d'après Ménage et Dom Liron qu'on cite le Tableau de Cébès parmi les traductions dé Rivault ; Niceron se contente de dire : Je ne sais ce que c'est.
  18. Dom Liron ajoute à ces leçons imprimées deux volumes in-8 manuscrits qu'il dit avoir vus chez l'arrière-petit-neveu du précepteur royal, avocat au Mans, et contenant 76 discours adressés au roi du 1er janvier 1613 au .
  19. 1re traduction et commentaire du traducteur qui serviront de base aux futures éditions allemandes et françaises
  20. Voir Notice sur Schoot ; p. 13.

AnnexesModifier

BibliographieModifier

Source partielleModifier

Articles connexesModifier

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