Contestation des élections législatives russes de 2011

Protestations postélectorales russes de 2011
Description de cette image, également commentée ci-après
Informations
Date - 13 juillet 2013
Localisation Drapeau de la Russie Russie
Caractéristiques
Organisateurs manifestations, oppositions politique russe
Participants Opposants
Revendications Annulation des élections
Types de manifestations Manifestations, rassemblements
Bilan humain
Arrestations au moins 1 600[1]

La contestation des élections législatives russes de 2011 ou rebaptisée par Boris Nemtsov révolution blanche ou révolution des neiges[2], désigne une série de manifestations se déroulant depuis les élections législatives russes du 4 décembre 2011.

ContexteModifier

Selon les résultats officiels, Russie unie, présidée par Vladimir Poutine, remporte la majorité absolue des sièges avec 49,32 % des voix. Au mois de , Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie de 2000 à 2008 et président du gouvernement depuis 2008, avait annoncé son intention de retrouver son poste de président à l'occasion de l'élection présidentielle de 2012 et promis, une fois élu, de nommer l'actuel chef de l'État, Dmitri Medvedev, à la tête du gouvernement. Ce « tour de passe-passe » aurait méconté la population et fait perdre de nombreuses voix à Russie unie lors de ces élections législatives[3], puisque le parti recule de 15 points par rapport au scrutin de 2007.

Ces résultats sont largement conformes aux principaux sondages pré-électoraux (Levada donnait ainsi 53 % à Russie-Unie, VTsIOM 53,7 % et l'International Statistical Institute 49,6 % - soit tous plus que le score finalement obtenu), aux sondage de sortie des urnes et aux sondages post-électoraux[4].

L'ONG Golos[5],[6],[7] rapporte des irrégularités et pressions durant la campagne électorale et pendant le scrutin[8]. Le Parti communiste de la Fédération de Russie dénonce, dès le début du scrutin, des fraudes massives. Le Parti libéral-démocrate de Russie et Iabloko remettent également en cause les résultats. L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe relève de « sérieuses indications de bourrages des urnes »[3], tandis que plusieurs médias font état d'exemples de fraudes flagrantes[9]. Une vidéo montre ainsi un homme qui déclare : « Si on commence à vous embêter, appelez un policier… Il est au courant »[3]. Plusieurs chaines de télévision diffusent au soir des élections des résultats pour le moins surprenant. Ainsi dans la région de Rostov, la somme des scores de chaque formation atteint 146,47 %[10], un phénomène que certaines ONG russes expliquent comme le résultat d'un bourrage d'urnes en faveur de Russie unie mais dont les auteurs auraient oublié d'enlever des voix aux autres partis. Dans les casernes, les prisons, les hôpitaux psychiatriques, le parti au pouvoir a recueilli de 92 à 95 % des voix et même 99 % en Tchéchénie[11]. Une ONG, l'Observateur citoyen, avance même sur son site internet que le score réel de Russie unie serait à peine de 30 % et donc surévalué de 20 points[12].


Estimations des résultats selon l'Observateur citoyen[13]
Parti
%
  Russie unie 30,90
  Parti communiste de la Fédération de Russie 22,80
  Russie juste 20,50
  Parti libéral-démocrate de Russie 13,80
  Iabloko 7,80
  Patriotes de Russie 1,50
  Juste Cause 0,90

ManifestationsModifier

 
Manifestations, place Bolotnaya, le .

Le journal Huffington Post rapporte que « le phénomène est essentiellement urbain et cantonné aux très grandes villes comme Moscou ou Saint-Pétersbourg » Le mouvement de contestation est organisé sur Internet et rassemble des militants de partis nationalistes, communistes, libéraux, associations, ONG[14].

Le Parti communiste (KPRF), premier parti d'opposition, marque cependant ses distances à l’égard de « l’orangisme » des libéraux. Son président, Guennadi Ziouganov, rappelle ainsi les précédents de la Yougoslavie, de la Géorgie et de l’Ukraine et qualifie les leaders libéraux de « pope Gapone collectif », en référence à un prêtre qui joua un rôle provocateur lors du dimanche rouge de 1905[15].

Durant la journée du scrutin, plusieurs manifestations ont lieu à Moscou et Saint-Pétersbourg contre Russie unie et sont réprimées. Il y aurait eu 170 arrestations[16]. La chaîne américaine Fox News montre dans un reportage une vision d’une Russie « à feu et à sang » « illustré » par des images d’émeutes en Grèce[17],[2].

Les 5 et 6 décembre, les manifestations continuent à Moscou avec jusqu'à plusieurs milliers de manifestants. Parmi les figures de l'opposition, l'ancien vice-Premier ministre Boris Nemtsov et le chef de Iabloko Sergueï Mitrokhine sont arrêtés, de même que le blogueur Alexeï Navalny. Au total, plusieurs centaines de personnes ont été arrêtées[18].

Le 10 décembre, une manifestation rassemble entre 50 000 et 80 000 personnes[19]. Le 18 décembre, de nouvelles manifestations mobilisent plusieurs milliers de personnes à travers plusieurs villes de Russie occidentale[20],[21].

Le 24 décembre, le nombre de personnes s'étant rassemblées à Moscou pour défiler est estimé à 120 000 par les organisateurs et au moins 29 000 selon la police, tandis qu'un expert mandaté par RIA Novosti en dénombrait au moins 56 000[22]. La présentatrice de télévision Ksenia Sobtchak lors de son discours du 24 décembre 2011, devant 100 000 manifestants, a été sifflé et beaucoup doutent de sa sincérité[23].

Contre-manifestationsModifier

 
Manifestation de soutien à Vladimir Poutine au stade Loujniki, le 23 février 2012.

Le , 15 000 Russes se rassemblent à Iekaterinbourg pour soutenir Vladimir Poutine, brandissant des banderoles où on peut lire « La Russie a besoin d'un président fort », « nous sommes favorables à un futur stable » ou encore « nous sommes pour Vladimir Poutine »[24].

Le , le stade Loujniki de Moscou est rempli de 130 000 Russes favorables à la réélection de Vladimir Poutine[25].

RéactionsModifier

Soutiens du mouvementModifier

Les contestataires reçoivent notamment le soutien de l'ancien maire de Moscou Iouri Loujkov, de l'ancien ministre des Finances Alexeï Koudrine, ou encore de l'écrivain Boris Akounine[26],[19]. L'ancien dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev estime que Vladimir Poutine devrait quitter le pouvoir car « il a déjà fait trois mandats : deux en tant que président (2000-2008), un en tant que Premier ministre, ça suffit »[25].

Soupçons d'ingérence américaineModifier

C'est l'ONG russe Golos financée et soutenue par les États-Unis[5],[6],[7] qui rapporte des irrégularités et pressions durant la campagne électorale et pendant le scrutin[8]. Le département d’État américain avait publiquement annoncé en décembre 2020 que les fonds accordés aux ONG et « médias indépendants » russes seraient augmentés en 2012 jusqu’à plus de 9 millions de dollars[15]. Le sénateur républicain John McCain twitte que « le printemps russe arrive »[27]. Le blogueur Alexeï Navalny qui a étudié aux États-Unis à l’université Yale, où il fut un « Yale World Fellow »[28], serait lié à la National Endowment for Democracy[2],[29]. Le , la secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton déclare au siège de l'OTAN à Bruxelles que les États-Unis soutiennent « les droits du peuple russe » et ses espoirs pour « un avenir meilleur »[8]. Vladimir Poutine accuse les États-Unis de soutenir l'opposition[30], reproche à Hillary Clinton d'avoir « donné le signal de départ » et ajoute que « qu'une partie des organisateurs (des manifestations) agissent selon un scénario connu (...) mais nous savons aussi que dans notre pays les gens ne veulent pas que la situation évolue comme cela s'est passé au Kirghizstan ou il n'y a pas longtemps en Ukraine. Personne ne veut le chaos »[8]. Lors d'une émission télévisée, Vladimir Poutine compare les manifestants aux « banderlog », les singes du Livre de la jungle[31] dont le terme est devenu synonyme de « groupe aux bavardages irresponsables »[32].

Le journaliste Jean-Marie Chauvier souligne que « la vision d’une Russie "à feu et à sang" a été exagérée dans certains médias occidentaux ». La chaîne américaine Fox News a ainsi été jusqu'à diffuser des images d’émeutes en Grèce dans un reportage sur les incidents en Russie[15].

Félicitations pour la réélections de Vladimir PoutineModifier

Le 05 mars 2012, le président français Nicolas Sarkozy a félicité Vladimir Poutine après son élection et exprime ses « plus sincères encouragements pour poursuivre l'oeuvre de modernisation démocratique et économique » de la Russie[33].

Le 10 mars 2012, Barack Obama a téléphoné à Vladimir Poutine pour le féliciter[34].

Notes et référencesModifier

  1. Russie : "rendez-nous les élections !", Europe 1
  2. a b et c « Révolution blanche », drapeaux rouges et forces de l’ombre Monde diplomatique du 22 décembre 2011
  3. a b et c « Poutine passe mal », Le Point, 15 décembre 2011.
  4. Une liste complète renvoyant aux différents sondages peut être trouvée ici : (en)List Of Estimates On Fraud In Russia’s 2011 Duma Elections
  5. a et b Regional Civic Organization in Defense of Democratic Rights and Liberties “GOLOS”: 65 000 $
  6. a et b Vote Watchdog Caught Between Kremlin and West
  7. a et b Mark C. Toner, Deputy Spokesperson, Daily Press Briefing, Washington, DC, December 5, 2011
  8. a b c et d Manifestations en Russie : Clinton soutient "les droits du peuple" Le Monde du 8 décembre 2011
  9. Bruno Ripoche, « Russie > Tous les coups sont permis pour faire gagner Vladimir Poutine », sur Ouest-France,
  10. « En Russie, de nombreuses voix s'élèvent pour dénoncer les fraudes électorales », Le Monde, 6 décembre 2011.
  11. « Russie > En Russie, de nombreuses voix s'élèvent pour dénoncer les fraudes électorales »
  12. « Russie > Russie unie surévaluée de 20 points ? »
  13. (ru) http://www.nabludatel.org/hod-vyborov, site de l'ONG.
  14. Manifestation monstre à Moscou contre Poutine La Dépêche du 24 décembre 2011
  15. a b et c « En Russie, « révolution blanche », drapeaux rouges et forces de l'ombre », sur Le Monde diplomatique,
  16. Victoire de Poutine sur fond d'arrestations d'opposants
  17. Protester's Express Outrage Over Russian Elections - Fox News
  18. Moscou: arrestations en pagailles pour la seconde journée consécutive
  19. a et b « Plus de 100.000 personnes défilent dans les rues de Moscou », nouvelobs interactif, 24 décembre 2011.
  20. (en) Thousands rally in Russia over fraud-tainted vote, AP, 18 décembre 2011
  21. (en) Poll protest in downtown Moscow gathers over 3,000, RIA Novosti, 18 décembre 2011
  22. Manifestation du 24 décembre : le résultat n’est pas évident, RIA Novosti, 26 décembre 2011.
  23. Anne Nivat, « La poupée qui dit niet », Vanity Fair no 1, juillet 2013, pages 204-213.
  24. 15.000 personnes à une manifestation pro-Poutine dans l'Oural La Libre du 28 janvier 2012
  25. a et b Russie, Manifestations anti-Poutine: chronologie d'une contestation sans précédent Huffington Post du 3 mars 2012
  26. Gorbatchev réclame de nouvelles élections, l’opposition russe ne désarme pas euronews
  27. Washington pris à contre-pied par le «printemps russe» Le Figaro du 12 décembre 2011
  28. (en) « Profil de Navalny », sur université Yale (consulté le 2 août 2012).
  29. (en) Stephen Lendman, [Putin Wins], International, March 6th, 2012 : « [lawyer Alexei] Navalny has NED ties. His LiveJournal blog admits receiving funding. »
  30. (en) Putin says U.S. encouraging Russian opposition, RIA Novosti, 8 décembre 2011
  31. « Poutine dévisse, l'opposition mobilise », Le Figaro, 16 décembre 2011.
  32. Entry for bandar-log in the Oxford English Dictionary Online, 2013
  33. Sarkozy félicite Poutine pour son élection Le Figaro du 05 mars 2012
  34. Obama a téléphoné à Poutine pour le féliciter Tribne de Genève du 10 mars 2012

Voir aussiModifier

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