Chartrier de Goué

Le chartrier de Goué est l'un des plus importants de l'ancien duché de Mayenne. Il contient sur la famille de Goué des documents authentiques, remontant au commencement du XIVe siècle et qui établissent sur les bases les plus solides, depuis cette époque, les titres de noblesse de cette maison.

Armes de la famille de Goué : d'or au lion de gueules surmonté d'un fleur de lys d'azur

Supercherie historiqueModifier

Mais Jean-Baptiste de Goué ne se contenta pas de cette antiquité déjà si vénérable et d'une série si longue d'ancêtres. Les autres pièces fausses du chartrier de Goué, qui n'ont plus trait à la croisade de 1158, sont variées dans la forme, quelques-unes même peuvent n'être que des copies altérées de documents vrais, mais toutes ont cela de commun qu'elles devaient servir, dans l'intention de celui qui les fabriquait, à reporter l'origine connue de la famille de Goué du XIVe au Xe siècle. À côté de ces textes sincères, originaux, on trouve au chartrier une grande quantité de pièces en copies vidimées qui feraient remonter les sires de Goué au Xe siècle[1].

À la fin du XIXe siècle, l'Abbé Angot fit un travail de recherche remarquable sur le Chartrier de Goué et détailla avec une extrême précision le travail de faussaire. Au début du XXe siècle, la polémique remonta à la surface lorsque Alain de Goué exhuma Les Croisés de Mayenne en 1158. Ce fut Ernest Laurain, directeur des Archives départementales de la Mayenne qui par une étude complète en 1912, enterra définitivement cette Histoire.

Famille de Goué…Modifier

Avant le XIVe siècleModifier

Ce sont des contrats de mariage, des extraits prétendus de chartriers d'abbayes, qui attesteraient la haute antiquité de la famille, mais qui manquent de vraisemblance et dont aucun autre document contemporain ne fait mention.

Toutes ces histoires ne nous sont révélées, que par des vidimus du XVIIe siècle, dont les originaux n'ont jamais été vus par personne.

Après le XIVe siècleModifier

Il reste maintenant à présenter cinq documents du XIVe siècle (1324-1339).

AnalyseModifier

L'abbé Angot, s'il affirme que les documents antérieurs au XIVe siècle sont apocryphes, ajoute que cela ne veut pas dire que tous ceux d'une date plus rapprochée soient authentiques. Il en est deux spécialement qu'il soupçonne de fausseté[36]. Vérifié, le soupçon prouverait que le faussaire était bien le détenteur du chartrier, puisqu’il en aurait eu à sa disposition les pièces indiscutables. Ce serait un motif aussi pour n'accepter qu'avec grandes réserves les faits qui ne seraient établis que par des preuves empruntées au chartrier en question[37], et pour les rejeter quand ils se trouveraient en contradiction avec d'autres autorités.

L'abbé Angot affirme qu'il n'y a point de Goué connus avant le XIVe siècle, et qu'à cette époque, ils ne sont point chevaliers, mais clercs ; que toutes les pièces où ils figurent, antérieures au XIVe siècle, sont des faux, dont l'inspiration ou l'exécution doit être attribuée à Jean-Baptiste de Goué, père et fils. C'est une famille qui commence dans la cléricature laïque, au XIVe siècle ; qui ne pourra jamais produire un de ses ancêtres cité dans le chartrier de Savigny où sont nommés par centaines les seigneurs du pays, et qui paraît dans les documents de son propre chartrier bâtissant une église en 915, une chapelle de pèlerinage en 970 ; qui fait attester ses mariages en 1002 par l'évêque du Mans, scellant son acte avec un sceau qu'il n'avait pas ; dont un représentant se fait tuer à Hastings où il n'alla point, car les Goué, à cette époque, sont aussi inconnus en Angleterre qu'en France[38]

Il y a des signatures de notaires calquées et faussées, des inventions de personnages dans la maison de Laval ; des seigneurs donnés arbitrairement aux terres de Fougerolles-du-Plessis, de Brée, de Montflours, de Montgiroux, et autres.

Généalogie de la maison de la FerrièreModifier

Jean-Baptiste de Goué père a laissé dans le chartrier de Goué quatre pages in-folio pour la généalogie de la Ferrière, avec ce titre : « Généalogie de la maison de la Ferrière, suivant les enseignements et titres trouvés dans ladite maison, faict ce 11 mars 1511. (Je adjouté ce qu'il y a depuis ce temps-là).

Dans la suite de ce factum, M. de Goué n'oublie pas les siens : Emine de la Ferrière est mariée à Robert de Goué, 1149 : R. de Goë signe la reddition du Mans par les Anglais !

À la fin du manuscrit : « Cette généalogie a esté faicte l'an 1511, par Guillaume Marie, tabellion, suivant les tiltres et enseignemens trouvés dans la maison de la Ferrière. Et ce qui a esté ajouté depuys est suivant les mémoires produits à la preuve de Gabriel de Goué, chevalier de Malte, faict le 6 aoust 1644. » Le tout est du même procédé et de la même valeur que les pièces de Goué et de Mayenne.

André René Le Paige a inséré dans son Dictionnaire la généalogie faite sur ces données. Il a tout de même reculé devant Rioulf, assassin du pieux duc de Saint-Bosmer, en 878. Pour l'abbé Angot, le manuscrit est tout entier de la main du sire de Goué.

Il n'en va pas pour la généalogie de la Ferrière autrement que pour celle de Goué. Ces rêves-ci : assassinat commis en 878 par Rioulf de la Ferrière et qui le fait connaître ; construction d'un château par les manants de onze paroisses, qui révèle un autre personnage, alors qu'un troisième est chargé de lever 200 hommes par Guillaume, duc de Normandie en 1033 ; tout cela est élaboré en l'honneur d'une famille dont le sieur de Goué était allié. Quel autre que lui aurait eu intérêt à y fourrer en 1149 un Robert de Goué, alors que nous savons que les Goué de cette époque sont tous de son invention ?

Notes et référencesModifier

  1. Un vidimus daté de la fin du XIIIe siècle est écrit en caractères qui imiteraient à peu près ceux du XVe siècle.
  2. Ce premier document n'est connu que par la Généalogie de Goué.
  3. Notice de l'ermite Jean, du Pont-Aubrée, attestant qu’Osmond, venu de Goué avec Almodis, sa femme, Robert et Hérald, ses fils, Gauburge, sa fille, Kalandus, son cousin, fait un don pour réparer l'église du pèlerinage frappée par la foudre. La prétendue copie, collationnée en 1439 (Vidimus pris, dit-on, au prieuré de la Futaye sur l'original présenté par le prieur Pierre de la Musse, anno millesimo CCCC XXXIX.), d'un don fait en 980 par Osmond de Goué et sa famille à la chapelle du Pont-Aubrée, que la foudre avait endommagée, est mieux calligraphiée mais ne pourrait prouver l'existence de ce seigneur anté-féodal. La charte serait écrite par un assistant, tous les autres ne sachant lire. Le vidimus n'existe plus au chartrier de Goué. Il est peut-être, dit Alain de Goué, chez les héritiers de M. Laumondais. Charles Pointeau a donné aussi à M. de Goué une cinquantaine des titres qu'il avait en dépôt. Imprimé dans les Croisés de Mayenne, p. 70-71. L'abbé Angot indique que les vidimus sont une pratique courante du faussaire de Goué. C'est sur ce document qu'est établi le second degré de la généalogie de Goué. La date ci-dessus se noterait bien plutôt : millesimo CCCC XXXVIIII.
  4. Avesgaud, évêque du Mans, notifie le mariage de Mathilde, fille d'Herbert de Montjean et d'Esseline, avec Hérald de Goué, fils d'Osmond, chevalier. Mathilde aura tous les fiefs des paroisses de Fougerolles, la Dorée, Landivy, Saint-Mars-sur-la-Futaie, entre autres choses ; en cas de mort de cette Mathilde, une partie de sa dot reviendra à Herpin de Laval, mari de Perrote, sœur de Mathilde ; Geoffroy-Guy de Laval est caution de l'observation de ces clauses
  5. La pièce est datée anno quinto regnante glorioso Roberto rege, indictione decima quinta. D'après un prétendu vidimus du doyen de Laval « Pierre La Marie », du 1er octobre 1246, donné à la requête de nobles hommes Jean et Guillaume de Goué, chevaliers. Imprimé dans les Croisés de Mayenne, p. 71-73.
  6. Il n'y a point eu de famille de Montjean à Montjean de la Mayenne. Les fiefs des quatre paroisses susdésignées ne pouvaient même pas être constitués. La date avait probablement été prise par M. de Goué dans un acte authentique, car l'indiction est 15 en 1002. Mais la vraisemblance que l'évêque Avesgaud atteste le mariage d'un jeune homme du nom de Goué, alors que les Goué de 1335 sont encore simples clercs ! Jean et Guillaume de Goué, dits chevaliers, ne paraissent évidemment dans aucun document historique. Quant au vidimus, il serait donné par un ecclésiastique dont M. de Goué avait rencontré le nom, qu'il défigure, dans le cartulaire de Savigny, où il est cité deux fois : « Petrus de la Marie, » 1246-1256. Si l'on n'avait des raisons bien plus fortes pour prouver la fausseté de cette pièce on remarquerait que le notaire se nommait « de la Marie » et non pas « La Marie », comme il se titre sur le vidimus, et qu'il est bien extraordinaire qu'un notaire ne sache pas son nom exact. Il y a deux fiefs de la Marie dans le pays de Laval.
  7. Gervais, évêque du Mans, délivré de la prison de Geoffroy Martel, est allé en action de grâces au Mont-Saint-Michel ; au retour, il consacre de nouveau l'église de Landivy, polluée par le meurtre d’Hircand qu'Hamon de Landivy avait tué, en présence de Raoul, prieur de la Futaye. Geoffroy, fils d'Osmond de Goué, complice d'Hamon, donna 5 sols de rente sur sa terre de Goué.
  8. D'après un vidimus de 1311, pris, dit-on, sur l'original communiqué par le prieur de la Futaye. Acte fait pour introduire dans la généalogie de Goué un second fils d'Osmond. L'invention du pèlerinage au Mont-Saint-Michel, destinée à frapper par sa précision, la consécration de l'église, le meurtre, sont dans les pratiques ordinaires du sieur de Goué. Le vidimus en question est, comme le précédent, au chartrier de Goué ; il n'est point du XIVe siècle, mais attribué au notaire Beunoust ou Vervinoust (?) que les actes contemporains et vrais nomment Burnoust. Nous verrons que presque toujours le faussaire n'a pas su lire le nom des notaires dont il empruntait la signature. La lecture Vervinoust sur l'acte faux est de Charles Pointeau ; l'abbé Angot a lu Beunoust, mais sûrement pas Burnoust. Pour l'abbé Angot, l'écriture est ridicule. Le prieur, M. de Lemps, n'est connu que par cet acte et doit être rayé de la liste des titulaires, si on ne le retrouve pas dans un autre acte.
  9. 9 janvier 1067. — Jeanne ratifie le testament de Guillaume de Goué, son mari, fait dans la ville d'Hastings, aux mains de l'abbé Eubon, l'an 1006, du consentement de Richard de Derval, son père, et d'Alix, sa mère. Elle donnait à l'Abbayette un siège, sacrum sellum (Pour sacram sellam. Le sens n'est pas du tout le même.), où le moine Bodolène et ses successeurs prieraient pour son mari, et fondait aussi une messe le 30 octobre, anniversaire de sa mort. Les témoins sont les fils d'Adam, bouteiller du roi d'Angleterre.
  10. Il est gratifié par son descendant d'un commandement à la bataille d'Hastings, y aurait été blessé et aurait fait son testament le lendemain de la bataille. Sa veuve est supposée ratifier cet acte en 1067, mais pour l'abbé Angot, la pièce est écrite d'une encre et en caractères du plus mauvais aloi.
  11. 10 septembre 1071 (INDICTION 9). — Guillaume de Goué, chevalier, à la demande de Bodolène, moine de l'Abbayette, délaisse les revendications qu'il faisait sur les dons de Guillaume, son frère, et de Jeanne, sa belle-sœur.
  12. D'après un vidimus pris par deux notaires, J. Bodin et R. Restaut, et remis à Robert de Goué, chevalier, scellé d'un sceau sur queue simple et marqué d'un lion, l'original restant à la garde de Pierre Crochart, armoirier de l'Abbayette, et de Jean Dugué, 20 mai 1359. Les deux pièces ci-dessus, qui servent à introduire un nouveau degré généalogique, sont sur un même parchemin fort peu lisible, nous dit Charles Pointeau. Les incorrections et les singularités du texte, à défaut de la calligraphie, nous suffisent pour en attester la fausseté. Quant à ceux que n'effraient point la présence des sceaux de Jeanne de Derval et de Guillaume de Goué à des actes de 1067 et 1071, il est difficile de leur faire rien entendre. Ménage avait admis, sur les suggestions de M. de Goué, le second Guillaume de Goué ici remarqué : Il y a dans le trésor de Goué, dit-il, un amortissement d'une rente de dix livres qu'un Guillaume de Goué avait donnée par son testament aux moines de la Fustaye. Lequel amortissement est fait du consentement de Perronne de Craon, femme de Guillaume de Goué, amortisseur. L'acte est de 1080. Je ne say de qui estoit fille ceste Perronne de Craon, comme elle estoit de la première Maison de Craon, ce qui paroist par la date de l'amortissement ; car en 1080 la seconde Maison de Craon n'existoit qu'en la personne de Renaut de Craon, fils aîné de Robert le Bourguignon, lequel n'ayant esté marié que vers 1072, il ne pouvoit pas avoir une fille mariée en 1080. Cette Perronne de Craon pourroit bien avoir eu pour père Gérard ou Aleard de Craon (Histoire de Sablé, p. 292). Ces impossibilités, car ces Gérard et Alard n'étaient point des de Craon, auraient bien dû éclairer l'auteur sur la valeur des renseignements fournis par son correspondant de Fougerolles. Voir les Croisés de Mayenne, p. 75-78.
  13. Raoul de Fougères, qui avait envoyé Simon des Portes avec le frère de Philippe, roi de France, en Terre-Sainte au-delà de la mer, contre les infidèles, lui donne en récompense, du consentement d'Avicie, son épouse, et de ses fils : Mainon et Fransgalon, droit d'usage dans sa forêt de Villecartier, droit de chasse, excepté seulement pour les bêtes rousses et les oiseaux nobles ; droit d'avoir un banc dans l'église de Fontenelle, cum scuto in magna vitria, et une litre, cingatur singulo intus et foris in quo inhereant scuta et arma dominorum des Portes ; droit de mettre un garde dans la forêt. Hamelin et Juhel de Mayenne sont témoins.
  14. D'après un prétendu jugement de Fougères, signé Le Corvaisier, Germain d'Anthenaise, tuteur et garde d'écuyer René de Langan, seigneur du Boisfévrier, aurait obtenu copie de cette lettre, « fort vieille et usée », le 25 mai 1560. Sur quoi aurait été pris autre copie devant le sénéchal de Fougères, le jugement étant présenté à écuyer Gilles Tuffin, sieur de la Rouërie, le 13 mars 1609 ; et enfin un « transont », « transonpt » de cette dernière pièce aurait été donné par deux notaires de la cour de Saint-Brice, l'original étant présenté par Jean Duroset, procureur du vicomte de la Rouërie, 22 juin 1624. Les notaires qui signent sont Hurault et Amyot. L'abbé Angot indique qu'il n'a jamais rencontré le mot transont dans la langue juridique du Bas-Maine. Godefroy en cite pourtant quelques exemples au XVe siècle et dans Rabelais. Il ne connais pas non plus les plons dont parle deux fois M. Alain de Goué, mais il connait les plous comme tout le monde.
  15. Pour cet acte, M. de Goué s'est servi de la charte de fondation de l'abbaye de Savigny qui lui a donné la date : anno ab Incarnatione Domini MCXII, Ind. V, Epacta XX, VIII Kal. februarii ; les noms de la famille de Fougères : Raoul, Avicie, Mainon, Fransgalon, les témoins Hamelin et Juhel de Mayenne, Guillelmus, fîlius Ilgerii (Dom Morice, Histoire de Bretagne, Preuves, t. I, p. 525). Il fabriqua le jugement de la cour de Fougères, de 1560, et la copie de 1609, et présenta la pièce tirée, dit-il, des archives de la Rouërie, pour en obtenir une copie en faveur du sieur des Portes de Saint-Pierre, du pays du Maine. Les deux notaires de cette même seigneurie devaient être tout prêts à ce ministère et à antidater l'acte de 1624. C'est la seule fois, je crois, que M. de Goué ait pris autant de détours, et cherché à obtenir des signatures authentiques. Dans la circonstance il agissait d'ailleurs d'une manière désintéressée, pour un parent. La pièce est aux archives de la Roche-Pichemer, mais provient du chartrier de Goué, comme en témoigne la cote de M. de Baugy.
  16. L'abbé Angot s'interroge : « Admirera-t-on encore la science de l'auteur de la Renommée de Goué, avec ses armoiries dans des vitraux de 1112, et une litre avec écus de la même époque ? Il serait intéressant de savoir si le chartrier de la Roche-Pichemer contient d'autres documents de la même provenance. »
  17. D'après une attestation d'un moine, Jean de la Futaye, du 20 juin 1163, qui certifie le retour de 35 des pèlerins le 7 novembre 1162.
  18. La « charte » de la croisade de Mayenne n’était pas plus à Nogent que celle du Pont-Aubrée (980) à la Futaie, celle d'Avesgaud (1002) à Laval, celle du meurtre d’Hircand (1050) à la Futaie, celle de la dame de Derval et de son beau-frère (1067, 1071) à l'Abbayette, celle de Raoul de Fougères (1112) à Fougères, celle de Clémence ou Constance de Mayenne (1169 ou 1205) à la cour du Bourgnouvel, etc., etc. Tout cela est du même système et sort simplement de l'encrier de M. de Goué. Personne ne m'a signalé l'omission de la prétendue provenance nogentaise de la charte des croisés. C'est une invention de M. A. de Goué. Le chartrier de Goué était, au sujet de la croisade mayennaise, plus riche que ne nous le dit M. A. de Goué. On y conserve l’original non rendu. Mais on y avait aussi une copie vidimée de 1515, puisque l'acte de vidimation se trouve dans les « preuves de noblesse » de Goué. Où voulez-vous qu'ait été pris cet acte notarié sinon sur la pièce vidimée ? À moins que les rats ne l'aient mangée.
  19. Aucune cote ne rappelle une autre origine. Si la pièce venait de Nogent, elle en porterait des traces. Quand on me traite de faussaire pour n'avoir pas mentionné cette provenance dans mon premier travail, on joue l'indignation. L'affirmation démentie par toutes ces circonstances n'a aucune valeur. Ce dossier vaut celui des cinq pièces qui furent fabriquées pour introduire une nouvelle branche de la maison de Mayenne, les enfants d'Hamelin et ses petits-enfants. Les écritures se valent, le défi au bon sens est le même ; des noms sont inventés, des contradictions pullulent. Dans la Croisade, on introduit des membres de la famille de Mayenne qui ne virent jamais le jour. La seule adresse de l'inventeur est de n'avoir point donné aux personnages les noms personnels connus dans les familles. Le nouveau défenseur veut établir une distinction entre les deux pièces plus informes et celle qui lui semble très bonne, non pas l'originale pourtant qui aurait péri avant 1515, mais une copie qui en aurait été prise au XIVe siècle. Il se fait donner un certificat anonyme d'authenticité pour celle-ci, d'écriture ferme, régulière, par de savants archivistes.
  20. Il y a de plus ici des indications précises de trucage et de falsification : faut manger ceci avec la ponce ; faut manger ceci quy est effacé, et ce qui suit aussy, prescriptions qui sont toujours effectuées.
  21. 1169. — Robert de Mayenne, fils d'Hamelin, petit-fils de Gaultier, et Clémence de Mayenne, sa sœur, veuve d'Eude de « Montegirulfi », réforment le partage de leur père, du consentement de Geoffroy III, seigneur de Mayenne. Robert cède à sa sœur Fougerolles, la Dorée. Ses enfants nommés ici sont : Guillaume, Geoffroy, Eude, Robert ; ceux de Robert sont : Aubert, Gaultier et Rainaud. La ratification de Geoffroy de Mayenne est au bas de l'acte ; Gaultier et Guillaume de Mayenne, ses frères, sont témoins.
  22. D'après une copie collationnée de l'original présentée aux notaires du Bourgnouvel par Jean de Laval, chevalier, seigneur de Brée et de Fougerolles, 24 avril 1459, et présentation de l'original et de la copie par Jean de Laval, seigneur de Brée, au greffe de Mayenne, et à lui rendus, 10 octobre 1467.
  23. Remarquer qu'Eude de Montgiroul ne mourut point en Syrie de la main des Sarrasins, car il paraît avec Geoffroy III de Mayenne après son retour; et même une charte du cartulaire manceau de Savigny (p. 107 de l'exemplaire de M. de Farcy) donnée par Guillaume de Passavant, nous dit que dans sa dernière maladie il reconnut à l'abbaye de Savigny où il eut plus tard sa sépulture, la possession de Courbefosse en Fougerolles.
  24. 29 septembre 1171. — Robert de Mayenne et Constance, sa sœur, veuve d'Eude « de Montegiruphi », tué en Syrie, contre les Sarrasins, enfants d'Hamelin et de Mathilde, petits-enfants de Gaultier, réforment leurs partages antérieurs. Constance reçoit Fougerolles et la Dorée. Ses enfants sont : Guillaume et Geoffroy ; Eudes, son mari, est maintenant cité comme vivant. Geoffroy de Mayenne ratifie comme ci-dessus, accompagné de ses frères Gaultier et Guillaume. Robert de Goué, chevalier, et Alain de Goué, regis Angliæ tallendarius, sont cités.
  25. Ici, il ne s'agit plus de Clémence, mais de Constance de Mayenne. Les autres circonstances sont assez bien observées, sauf la résurrection d'Eude de Mongiroul. L'écriture est meilleure que dans les actes précédents, imitant celle de la fin du XVe siècle.
  26. Clémence, veuve d'Eude de Montgiroul, et Robert de Mayenne, son frère, chevalier, en procès pour la succession d'Hersende, leur sœur, que Clémence affirmait lui avoir été donnée par son père. Le procès est porté devant le dernier Juhel de Mayenne. Robert cède Fougerolles et la Dorée. Dans un incident que soulève Guy de Fouilloux, l'auteur croit maintenant qu'Hamelin est fils de Juhel et non de Gaultier ; les enfants de Clémence ne sont plus les mêmes, mais Rainald, Guy, P° (?).
  27. D'après une copie collationnée des notaires de la cour du Bourgnouvel sur original présenté par Jean de Laval, seigneur de Brée et de Fougerolles ; signent : Juhès Dessilandres et Jean Le Templer, avec Jean de Laval, 24 avril 1469.
  28. Ce petit roman généalogique, qui avait une bien autre importance que la Croisade de Mayenne, puisque l'auteur devait en produire les affirmations en justice, présente la même incohérence, la même insouciance dans les rédactions successives, les mêmes inventions de circonstances historiques ou imaginaires ; et le même sans-soin pour laisser traîner après soi les productions de sa plume. Ce sont, comme pour la croisade, des ébauches successives d'un même acte.
  29. Il y a deux autres exemplaires qui sont supposés figurer les actes originaux ou deux copies du même original. Ils sont écrits d'une façon ridicule, sur des parchemins qu'il suffit de voir à côté de pièces authentiques pour en reconnaître la fausseté. Les incorrections de rédaction ne se comptent point. Les noms des personnages changent d'une copie à l'autre, et c'est bien toujours le même incident qu'on raconte.
  30. Pour authentiquer ses pièces, le faussaire copie la signature de deux notaires réels : Juhès Dessilandres et Jean Le Templer qui paraissent à des dates antérieures ; celui-ci se nommait Thomas, mais il est dit que le faussaire estropiera toujours les noms qu'il emprunte. Le but de cette production était de prouver la distraction de Fougerolles de la baronnie de Mayenne, et la haute justice de la seigneurie de Fougerolles. M. de Goué savait trop clairement que Fougerolles avait appartenu à d'autres familles avant d'être acquise par la sienne, pour oser créer une alliance entre les Mayenne et les de Goué à cette époque ; mais il y joignit un bailliage de Goué.
  31. C'est ce dernier document sur lequel Alain de Goué s'appuie pour établir que Robert de Goué était chevalier. Nulle part, dans ces trois actes, le titre d'écuyer ou de chevalier n'est encore donné à la famille de Goué. Le mot fief dans le duché de Mayenne signifie non pas seigneurie, mais possession commune avec obligations solidaires vis-à-vis du seigneur, c'est ce qu'on appelle ailleurs frarache.
  32. Pièce longue, très mal écrite, presque illisible, signée P. Burnoust, comme une pièce vraie, et J. Garé. Remarquez qu'il n'y a point de Laval seigneur de Fougerolles, au XIVe siècle. Puis, voyez la différence des situations ; Laval, quoique marié, n'a aucun titre ; de Goué est écuyer ou chevalier.
  33. D'après un prétendu vidimus, en double exemplaire de 1537, de la cour du « Pontmain ». Signature illisible, sur un exemplaire, l'autre n'étant pas signé. Ni Brée, ni Montgiroul, ni Fougerolles n'ont appartenu à un François de Laval à cette époque. — L'acte est assez proprement écrit, imitant le XVIe siècle finissant. Il avait pour but de former un dossier pour ces Laval, seigneurs de Fougerolles, par lesquels les Goué arrivèrent à la possession de cette terre.
  34. C'est un prétendu original imitant l'écriture non du XIVe siècle mais du XVIe siècle commençant, et mauvaise ; la rédaction est tout à fait fautive. Le tout pour établir l'existence de la terre du Parc de Goué et sa juridiction. Les pièces de ce genre, en grand nombre, étaient invoquées dans le procès de 1682.
  35. Cette pièce, extravagante dans les énumérations de titres en partie inventés, avec la présence (on ne dit pas où) de la reine de Jérusalem et de Sicile, Jeanne de Laval, et de personnages des différentes branches de cette maison, réels pourtant, sauf Guyonne et Michelle de Laval, la mariée et sa sœur, est très bien écrite. A ce seul point de vue il serait difficile de la taxer de faux. L'abbé Angot l'indique fausse pourtant. Les du Bois-Rogues ne furent jamais seigneurs de Montsûrs. Michelle et Guyonne, comme je l'ai dit, n'ont jamais existé ; et le mariage qu'on connaît de Patrice de Goué est avec une autre. La terre de Fougerolles était restée à Jeanne de Laval, sœur de la prétendue Michelle, et à Gilles Le Sanglier de Boisrogues qui vendirent effectivement cette terre à Patrice de Goué, en 1519.
  36. Ils sont de 1325 à 1330, portent des signatures de notaires qu'on trouve également au bas d'un acte non douteux de 1323 ; mais ils offrent cette particularité que le seigneur de Goué qui y figure, — c'est le premier authentiquement connu, — y prend le titre de chevalier, tandis qu'il n'a aucune qualité semblable dans les autres pièces contemporaines. L'écriture, le style incompréhensible, les abréviations insolites, l'encre très mauvaise, sont d'ailleurs autant de motifs de n'accepter ces deux chartes que sous bénéfice d'un examen fait par des juges compétents.
  37. L'abbé Angot indique que personnellement, il doit à Jean-Baptiste de Goué d'avoir commis des erreurs de cette nature dans la Monographie de Brée, qu'il juge a posteriori mauvais travail, qu'il ne recommande pas et qui vaut autant que deux ou trois autres brochures analogues écrites par lui dans le même temps avec aussi peu d'expérience.
  38. Pour l'abbé Angot, Guillaume Le Talleur et le chanoine Nagerel (et non Nagarel) ne sont pas des autorités.

SourcesModifier

Voir aussiModifier